NOM
rudes et doux , qui s'aspiraient , selon lui , beaucoup plus fortement du temps d'Homère, et se prononçaient comme le diqamma éolique, a rencontré plus d'adversaires que de partisans, quoiqu'elle explique fort bien comment certaines syllabes, brèves de leur nature, deviennent longues à la fin d'un mot, quand le suivant commence par une voyelle , et qu'elle fasse disparaître les hiatus, si fréquents dans les vers de ce grand poète. Nous trouvons Homère traduit en vers et en prose, dès le commencement ou vers le milieu du 16* siècle, chez les Italiens, les Anglais, les Français, les Espagnols, etc. Nous ne nous arrêterons qu'à celles de ces traductions qui tiennent en littérature un rang plus ou moins distingué. On estime chez les premiers celle de Salvini, qui a traduit tout ce qui nous reste d'Homère; celles de Cerutii , de Cesarolti et de Honli, mais ils n'ont donné que Y Iliade. La traduction de Pope chez les Anglais a fait oublier Cbapmann, Ogylvie et Hobbes ; mais quelques-uns lui préfèrent encore celle de Cowper, comme plus exacte et conservant mieux la couleur simple et naturelle de l'original. Les Français ont en prose, madame Dacier, Bitaubè, MM. Lebrun et Dugas Montbel, qui se distinguent tous par un genre de mérite particulier. Deux de nos traductions en vers méritent seulement d'être citées : celles de Rochefort et de M. Aignan. Les Allemands font beaucoup de cas des versions de Bodmer, du comte de Stolberg, digne frère du traducteur de Sophocle, et de M. Voss : tous ks trois ont traduit Homère en vers hexamètres, système de versification qui a prévalu dans cette école, et dont elle a fait aux anciens une application qu'il ne nous appartient pas de juger. La littérature espagnole nu nous offre que quelques traducteurs obscurs on ignorés dans leur propre pays. Le plus estimé est D. Saverio Malu. Nous nous étendrons peu sur le mérite littéraire du prince des poêles. Homère est trop généralement connu, trop bien senti , pour avoir besoin de nos éloges. Que pourrions» nous ajouter, d'ailleurs, au magnifique Essai de Pope sur la vie et ies écrits d Homère ; au Discours préliminaire de Rochefort ; et surtout â l'éloquent éloge d'Homère, placé par l'abbé Barthélémy dans la bouche du Scythe Anacharsis ? Les dissertations mêmes de Lamotte sont , dans leur genre, un hommage d'autant plus flatilcur, selon nous, pour l'auteur de l'Iliade et de Odyssée, que le nombre et la sévérité des crif jues y donnent à la louange un caractère plus !f j/ide et moins équivoque. Noble et puissante autorité du génie! Celui d'Homère préside, depuis trente siècles, aux destinées de toutes les littératures du monde. C'est là, c'est dans ce vaste répertoire de toutes les connaissances utiles >u agréables, que les Eschyle, les Sophocle, les Euripide ont puisé non-seulement les sujets de eurs tragédies, mais l'esprit, les sentiments qui es animent , et ies charmes variés de ce style
dont Homère avait le secret, et leur a laissé le modèle. C'est au génie de ce grand homme que non-seulement les poètes épiques, tels que Virgile et le Tasse, ont dû leurs beautés sublimes, mais que les plus grands artistes, dans l'antiquité et chez les modernes , ont emprunté leurs plus belles conceptions. Les uns et les autres se sont d'autant plus élevés qu'ils ont approché davantage de leur modèle; et de m»*me qu'Homère a été appelé le Poêle, l'expression de beautés homériques, passée en proverbe, est devenue chez tous les peuples lettrés le nom par excellence du grand et du beau poétique. A — D — a. — Depuis que cet article a été composé, c'està-dire depuis 1817, ce qu'on peut appeler le problême homérique a fait quelpjes pas vers la solution ; il convient d'en donner ici un résumé succinct. Le paradoxe de Wolf ne pouvait être combattu avec succès si on restait sur le terrain où il avait porté la question. 11 fallait élargir ce terrain, et on le fit de deux manières : les uns insistèrent sur la conception de Veusrmble des deux grandes épopées , et y montrèrent l'œuvre d'un puissant g<:nie poétique ; ils le démontrèrent avec tant d'évidence que la pensée d'attribuer cette ordonnance, admirée par Aristote, aux diascécastes et en partie au hasard , dut paraître presque absurde. Les autres explorèrent laborieusement tous les restes et toutes les notions qui nous sont parvenus sur l'ancienne poésie épique des Ioniens, dont Homère n'était que le point culminant. H est résulté de ces recherches que le chant épique s'était fait entendre au moins un siècle avant l'apparition des poésies homériques ; que ces poésies dénotent une longue pratique el un perfectionnement progressif de l'art ; qu'elles ne sont aucunement les premières inspirations de la muse hellénique; que, d'un autre côté, les quinze épopées qui forment ce qu'on appelle l'ancien cycle épique et que les Grecs faisaient généralement remonter à l'époque même d'Homère sont évidemment plus ou moins récentes, évidemment composées à son imitation et dans l'intention de compléter l'Iliade et V Odyssée, afin de réunir en un seul corps de po :sies toutes les traditions qui se rattachent au sujet des deux épopées en remontant et descendant. Ainsi , on ne peut douter que ces dernières ne soient, dans leur ensemble, la création personnelle d'un grand génie, mais modifiée, dans ses parties, par des rhapsodes dont la mémoire la conservait seule pendant un laps de temps. L'œuvre de Pisistrate était, pour ainsi dire, une recomposition de l'ensemble, recueilli par parties dans la bouche des rhapsodes. Les plus récentes études homériques s'occupent précisément à découvrir ces parties et leur soudure (en grec rhnpsis) ; nous voulons parler de celles de Ch. Lachmann (Considérations sur /'Iliade , en allemand , 1847) et de M. Kœchly, publiées successivement dans les programmes de l'université de Zurich. Voyez aussi
Geisf, Disquisitiones Uomericm* 183#; Hennami, De inU rfA ttionibus, et De ilcraUs apmd Homerum. 1832;. Kaysrr, /Je dirersa liomcr'mrum canminum origine, 1855; Sf oha, /Jfl txlrema Oàysse» parte. 1816 (le dernier chant eh la moitié de l'avantdernier, sur l'authenticité desquels-)?* grammairiens alexandrin* avaient déjà manifesté des doutes). Parmi les autns écrits qui traitent la question homérique en général, voici les pins remarquables : MuIIct, lmtrôducfMm[ V'orsehule, etc. , en allemand), 182 1 , Cammano (même litre), 1829; dan» un sens- analogue, Dugas-Montbel , Histoire des poésies homériques ; kn user, Questions pr\ hminaires sur Homère (en allemand), 1828;Nitasch, De historia Uomeri. 183f> et 1857; B. Thieesch, Epoque et Patrie d'Homère (en alletliafHl), 1832.; \\ elcker, le Cycle épique tl Us Poètes homériques (en allemand), 1835; t. 2, 18*&; Uùnlxer, Homère et le CyrU épique (en allemand), 1830; Zell, £ Iliade et Us NiebehiAgan (en allemand), 1843; Lehrs, QuaAiones epictr, 1837 ; une notice trèsremarquable sur Homère, par M. Guigniaut, dans le Dictionnaire homérique de Theil , p. 7-16; une thèse de M. liant (1843), se rattachant à cette notice; Sengebusch, Homerica ditsertationes dues, 1856 ( le recueil le plus complet de tout ce que lesanriensauteurs ont dit sur Homère); Limbourg- Brouwer, Sur la beauté morale des poésies d'Homère. 1829. Un Uvre spirituel de Scbubarth, Idées sur Homère et son époque (en allemand), 1821 , soutien l le paradoxe d'une origine troyenne du pocle. — Apres les célèbres travaux de Vos* sur la cosmographie et la géographie homériques, il faut nommer ceux de Vœlckcr (en allemand), 1825 et 1831. — Les éditions d'Homère les plus estimées données dans ce» derniers temps sont celles: de Bois onade, 1823; de Bothe (avec commentaire), 1832 et suiv., 5 vol. ; de Spitzner (avec notes rnV tiques, \' Iliade seulement), 1836; de la. collection Didot, grec et latin, avec les fragments des poètes cycliques et un Index. 1*37; de Bekker (révision critique du texte), 1813; le commentaire de Nitzsch sur VOJyssée (en allemand), 1926 et suiv., 4 vol.; celle de btibner sur \' Iliade, 1848. (traduit en anglais par Arnold, 1 852) ; et celle de Dinderl „ 1856 (dernière révision du texte,, 2 vol.). D.
HOMMAUIE DC UELL (laxAes-XAviut-MoBAiw), voyageur et savant français, né à Altkirch , département du Haut-Rhin;, le 24 novembre 1812, commença ses éludes classiques dans sa ville natale et lest termina au collège «le Dijon , où il se lit particulièrement distinguer, fclu 1831 , ses parenU le placèrent à l'école des mineurs- de st- Etienne, dont il devint bientôt l'un des meilleur» élèves; il y resta jusqu'en 1833, et il épousa, la m âme année, mademoiselle Jeannc-I^ouiae-Adélaïde Hériut. Ce fut à peu pr.è*à cette époque que M. de Kenuingan, inspecteur général des pont» et chaussées , résidant à Lyon., le chargea des. études du chemin, de fer projeté entre cette ville et celle de Marseille, où r aioaii qu'à Vienne et a
Gondrieux, il dut an , entièrement consacré à ces lravau\ et a d'autres du même genre. Malgré m mariagt h récent, la vocation voyageuse d'Mammairt de M le décida à partir pour Constantinooie, afin déplorer scientinquement un pays encore Douros pour les voyageurs européens ; il était attetà df ailleurs par le gouvernement tore, qui m. accepté l'offre de ses services. Il se rendit a MaiseiUe , et , le 3 octobre 1835 , s'embarqua sur n navire marchand, le Génie nangutnr Xrm a vae des cotes de Cépbalomc, le bâtiment Gt n» frage, et en peu d'instants le rivage futewm! de ses débris. Quoique l'équipage et les passas» eussent eu le bonheur de se sauver à bord im chaloupe, cependant tin journal {USémepian i> nonça que tout avait péri , corps etbiees. re*n* six semaines, la famille et les amis d'Hoinmaifr* Uelt le pleurèrent comme mort, excepté sa jeost femme, à laquelle on était parvenu à carter If cruel événement : elle n'apprit les daapncourib par son mari que dans une lettre qu'il lui remit de Smyrne. Il était à Gonslantinople depuis k 21 novembre 1 835 , lorsque, an mois de on * l'année suivante, il y fut réjouit par sa (emae, qui dès ce montent ne se sépara plus de Im et partagea toutes ses fatigues et tous rf* ibmtm Le but principal d'Homtnaire de Uell, eoseMdant dans le Levant, était de recennaltre ta «♦ stitutioo géognostique de la Crimée, ainsi c* celle des steppes de la Îiauvelle-Russie, et tfarriver, par des observations positives, a bsofotw de la grande question de la rupture du Itospt*" et de l'ancienne communication de la mer *w avec la mer Caspienne. Fuis ses idées se drvetappant, iL résolut d'étudier sous leurs dilata* aspects les vastes contrées qui s'étendent entre Ir Danube et cette dernière mer jusqu'au pied <» versant scplentrioaar du Caucase. Avant denettw ce projet à exécution , et pour s'y bien préparer, il explora avec un soin infini les enriraw ■ Gonslantinople,. constata l'existence de pnwes» mines de charbon de terre, aujourd'hui en fi''11" activité, et commença à> prendre sur b TupfW des notes pleines d'intérêt, qui phi» lard te1** virent de base dan» se» études sur l'orieot i< 15 mai 1838-, un bateau à vapeur le t— de Constantinople à»Odes»a. Pendant cinq a»*" passées dans la Russie méridionale , Honni*" de Hell sillonna le paye dan» tous les sens, s*"* à. pied ou à cheval le cour* des fleures et <** rivière», visita toutes tes cotes russes de ia »' Noire, de la mer d'Azow «t de la met €uf'^ ■ étudiant, le régime des eaux et mesura ut le rrlw du sol, de manière à pouvoiren tracer «les coup* Cliargé deux fois par la CM de WÛfWJ d'imyotHantes missions à la bis scienttlu}oe* n industrielle» , il> Ut , par le» «étires et a« fin»* gouvernement russe, plusiears vojafçrs d'eu** ratio» dans le district d'&atemncslatf, ■■»■ Bessarabie el dau» le pava de» Co*H*<* w '*
dans un de ces voyages qu'il trouva, «ut les bonis du Dnieper, auprès des cataractes de ce fleuwe , des Hlons d'une mine de fer, dont la découverte lui vnlut . en 1839, la errix de St-Wladiinir, <la protection et l'amitié du comte de Worortiaw, et une assistance toute spéciale de 1b part des principales autorités russes. Tousses moments furent consacras, pendant cette dernière année et en 1840, aux préparatifs de son voyage à Ja mer Caspienne, fions l'exploration qu'il avait entreprise, Nommaire de Me 11 ne se borna pas à ce ipii semblait «tre «plus spécialement le bot de son voyage (l'étude de la constitution du pays), mais il dirigea en même temps ses olmervatians sur Jes diverses rares nomades ou fixes; sur leurs physionomies, les caractères ethnographiques qui les distinguent, leurs mœurs, lears coutumes, ienrs usages, leur histoire; s'<occupant également de la statistique, de l'état de l'instruction , des progrès de l'industrie et du commerce. Ses recherches sur les niveanx respectifs des mers Caspienne et d'AtOW lui firent rMonBottiH! une difiownoc beaucoup moindre que «celle résultant de robservation faite par Parrot en 1812, et même de la mesure par des distances zénithales due aux travaux des académiciens de St-Pétersbourg en 1839. Ledésir de résoudre la question célèbre de la dépression 'de la mer Caspienne le décida à faire à ce sujet un grand nombre d'observations. Les données qu'il obtint le portèrent à penser que l'abaissement relatif des eaux de cette mer devait être attribué à la diminution de celles que lui versent le Volga , l'Oural et l'Lmba , par suite du déboisement des rives de la première de ces rivières et de leur changement de cours. En 1841, llomraaire de ll- ll quitta la Russie pour allt r remplir *n Moldavie un engagement contracté le 10 septembre avec le prince régnant, et devant durer deux ans; sa mission consistait dans la surveillance et la direction de tout oe qui était relatif à iteaploitation des mines ainsi qu'aux voies de communication; mais, atteint par les fièvres pernicieuses du D.mnbe, l'état de sa santé le força de «Soigner de la principauté avant l'expiration de son engagement et de rentrer dans sa patrie -pour y respirer l'air natal. Alin de mettre en ordre les matériaux de son «oyage, dont il se .proposait de
Îublier la relation , Nommai re de Ni 11 *e rendit Paris vers la fin de 1842. Tout en conduisant ce travail, il crut devoir soumettre à l'Académie des sciences quelques-uns des résultats qu'il avait obtenus , dans un mémoire Sur la différence de niveau entre lu mer Carpievne et la mer d'Atout, qui fut inséré dans les Comptes rendus des séances de ce corps savant. Ce même mémoire fut également lu (20 mars t8i3) s la société de géologie, dont Nom maire de HeU était membre, et imprimé dans son Bulletin. >he premier volume de la relation de son voyage, publié sous ce titre : les Steppes de la mer Caspienne, le Caucase, la Crimée et la Russie méridionale, venait de paraître (4844)),
lorsque la société de géographie, dont il -faisait déjà partie , et à laquelle U avait soumis plusieurs .mémoires (I) et ses manuscrits, lui accorda son prix annuel, le 26 avril 1844, sur le rapport d'une commission composée de MM. Eyriès, Walckenaer, Larenaudière, Daussy, et dont M. Jomard était le rapporteur. Les deux premiers volumes de la relation (qui *n compte trois), dont la rédaction est due en partie à la pkune élégante et facile de sa spirituelle compagne, sont plus spécialement consacrés à la description des lieux qu'ils ont parcourus, au» événements qui leur sont survenus, aux impressions qu'Us ont éprouvées, aux mœurs , aux •coutumes et taux usages des peuples qu'ils ont visités. On y rencontre cependant aussi d'excellentes notices sur ta constitution et l'administration de ces contrées, sur leur histoire, leur industrie, leur commerce, etc. Le .troisième volume comprend toute la partie scientifique : topographie et configuration des plaines de la liuasie méridionale , iclimatologie , mouvement général de Ja végétation, géographie physique tt historique de la mer Noire et de la mer Caspirnne, ainsi que des recherches historiques et hydrographiques sur les principaux fleuves qui alimentent Ja première de ces mers. Il est terminé par un coup d'œil sur l'histoire de la cartographie du bassin de la mer Noire et de celui de la mer Caspienne, et par des recherches tant sur la différence du niveau entre cette dernière mer et l'Océan que sur l'origine des salines et la constitution des amas d'eau salée appelés limanes. L'ouvrage est accompagné , en outre , de vingtcinq planches pittoresques, d'une belle carte basée sur les observations astronomiques les plus récentes , sur les travaux hydrographiques de la marine russe, sur les itinéraires, ainsi que sur les propres observations de l'auteur, et dans laquelle il a rectifié et complété le tracé des monts Carpatbes, figurés jusqu'ici un peu arbitrairement sur les cartes. Des circonstances indépendantes de sa volonté obligèrent Horamairc de 11-11 à limiter le dernier volume de sa publication aux considérations physiques, historiques et géographiques : il réservait ses études purement géologiques pour un autre travail complètement distinct qu'il-se proposait de publier après son retour d'un second voyage à la veille d'être .entrepris sur les côtes méridionales de la mer Noire et de la mer Caspienne. Pendant oe voyage , il devait recueillir de nouveaux faits, compléter ses observations iptemières, et -réunir tous les éléments nécessaires à la solution de grandes questions scientifiques. Néanmoins, les fossiles recueillis dans les terrains tertiaires de la Bessarabie ei des bords du Dniéprr, dans Jes formations crétacée et jurassique de la -Crimée, ont été décrits par M. Alcide d'Orbigny, son collègue aux sociétés
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