GOD£FROI DE STRASBOURG
cbîe; non, jamais le soleil de la beauté ne s'est à tel point i levé sur la Grèce et sur Mycènes! Celui qui regarde IseuU en iface sent épurés son cœur et son courage; carie feu épure cTor. La vie n'acquiert de prix que pour celui qui a vu Iseult;
«sa beauté embellit de son reÛel les dames placées h ses «côtés; (le ses vertus elle couronne le nom de toutes les
« rcMiiiies. î»
Vous le voyez , Trislan est frappé an cd'ur; mais il l'ignore ou veut l'igTiorer lui-même. Et à ces premiers symptômes d'un mal cacbé vient se joindre la sourde persécution des courtisans, qui portent envie à sa faveur croissante. On insinue au roi Marke que les succès de Tristan sont dus à la magie, qu'il serait urgent que le roi se mariât pour avoir un héritier direct. Tristan lui-même s'applique généreusement à vaincre les scrupules de son onde; il ne veut pas subir plus longtemps la malveillance et la haine des grands; il préfère rester «sans terre. > Marke cède à une double impulsion ; il convoque le conseil des grands barons, qui caressent ses désirs secrets et votent pour une alliance matrimoniale avec la belle Iseult ; par ce ttiuiiage serait mise à néant la discorde enli e rAuglelerre et l'Irlande.
Tristan accepte témérairement le rôle d'aiiihassadeur rnalrimonial auprès d'Iseult. Vous vous rappelez rintrrdietion qui écarte tout Anglais des ports de l'Irlande. Lorscpie Trislan S^approche avec son vaisseau du rivage irlandais, il s'en tient assez écarté poni que l<-s flèches ne puissent ralleindre. Le commandant de Wiseforl descend sur la plage, et questionne Trislan sur sa provenance. Celui-ci a recours à une ruse analogue à celle qui Ta ^ervî et sauvé une première fois; il prend terre, sans être connu, et va combattre un monstrueux dragon, qui dévastait en ce moment une partie de l'Irlande. La main dlseult avait été promise par le roi à qui délivrerait de ce monstre le pays terrifié. Tristan sort victorieux de la lutte, et, comme preuve à l'appui, il coupe la langue envenimée du
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dragon» qui Hnrecte de ses exhalaisons malsaines. Pour calmer Tardeur fiévreuse qui le dévore inslaDtanément et le pousse presque à la folie, il s'enfonce dans un lac on étang et perd connaissance.
Sur ces entrefaites, le grand-écoyer tranchant (Truchsess), l'un des préttmdunts îï la main d'Isfull, avail épié les allures do Tristan, s'était glissé à sa suite auprès du dragon et avait coupé la tête du monstre. Une scène véritalilenient comique nu l i'u relief la fi-aymir de ce faux brave, placé en face de la béte abattue. Il appelle des amis en témoignage de ses hauts faits et court demander la main dlseulL
La reine, on peu magicienne et devineresse, rassure sa fille qni n'est point d'humeur à épouser Tabominehle Trachsess. Hère et fille et Brangatne, la nièce de la reine, vont avec un page, A la recherche du dr«gon; elles découvrent Tristan toujours privé de connaissance, sur les bords de l'étang. La reine ranime le jeune héros par une sage et efficace médicamentation. L'étonnement de Tristan, lorsqall se voit entouré de trois femmes adorables, est extrême. «Ah! bon Dieu, s'écrie-t-il, « lu as pensé à moi; irois lumières brillent à l'enlour de moi,
les plus iielles qui se puissent voir sur terre...., l.i Iciicilédes « yeux! la consolaliun et le conseil de plus d'un cœur! Iseultle « soleil éclatant, Iseull raurore, et Rrangaine, la di)uce lune à « son apogée. » Vous conviendrez que Ton ne saurait être plus courtoisement poète. Les dames aussi ont reconnu Tristan, ou plutôt Tantris, car c*est ainsi qu'il lui avait plu se nommer lors de son premier séjour au palais de Déveline.
Le roi d'Irlande, fort empêché, a recours aux bons conseils de son épouse, qui lui promet de dévoiler l'imposture.
Dans une scène toute féodale, devant le roi, le Truchsess continue à maintenir hardiment la véracité de son dire; il oppose aui dénégations de la reine, des raisons empruntées à sa susceptibilité cachée. — «Les femmes, s'écrie-t-il, aiment et < recherchent ceux qui les haïssent.... fol est celui qui sanscau-
«ODBPBOI DE stuasbourg. 55
c lion vient porter son eorps au marché pour Tamour tf une
• femme!» Vous avez entend» un devancier de François I"", seulement moins clievalercsque et moins heureux que le roi brillant. La reiue d'Ii liinde reloi-que toutes \pb paroles du Ti uchsess; elle lui démontre (jue lui aussi n'a rien d'uu caractère viril; que lui, comme une icmme, recluîrcbe aussi qui le déteste.
Le roi décide qu'un combat, en champ c)n< mirait lieu à trois jours de date; la reine fera descendre dans la lice le véritable vainqueur du dragon.
En attendant cette épreuve décisive, la jeune Iseult commence à laisser errer avec bonheur ses regards sur Tristan; elle trouve qu'il serait (kit pour commander aux autres, pour diriger un royaume, au Heu de faire le négoce de pays à pays. E! son cœur parle plus haut encore; elle visite, avec un irré- M>iil)le attrait, la cliaMibif où l'on prépare l'armure et les armes de Tristan. Elle y découvre la brèche presque imperceptible du <(laive qui a ahatlu son oncle Morolt ; l'éclat d'acier, conservé dans un écrio, s'y adapte. Plus de doute, Tristan est le meurtrier de son oncle.
Alors, avec la mobilité d'une jeune fille ardente, elle passe ou croit passer de l'amour à la haine; elle se précipite, pous* sée par les furies de la vengeance, vers le cabinet de Tristan.
Pour la situation, nous sommes en face d'une scène analogue a celle de Charlotte Gorday et de Maral, avec cette énorme diflérence, qu'à la place du monstre révolutionnaire se trouve PAntinous du moyen âge, el qu'an moment de frapper, Iseult est arrêtée par sa mère, qui hu lapjK lle que le cuupalde est sous la sauvegarde des lois de l'hospitalité.
Le cœur d'îseult est ballotté entre la colère et les plus doux penchants de la jeune femme. Elle finit par jeter loin d'elle fépée, lorsque sa mère lui rappelle que le Trucbsess ne peut être abattu que par le jeune héros, vainqueur de Morolt.— Vous devines les détails que j'ose à peine indiquer; Il fhutpour
56 BIOGRAPHIES ALSÀCi£ItN£S.
en trouver d'aussi oaifs remonter au chaut de rOdyasée, braque Ulysse, en Sicile ou Trinaerie, rencontre la jeune et belle Nausicaa.
Tristan, pardonné et babillé, remplit fidèlement auprès de Gourmouoe et des princesses le message dont il est cliaigé par le roi Marke, et obtient, poui* son oncle vieillissant, la main de la jeune Iseult.
J*ai sauté à pied^ joints sur les scènes un peu burlesques de la confusion de Trucbsess, qui est conspué par l'assemblée au moment d'entrer en lice.
Avant que Tristan ne s'embarque avec la iianoée de son oncle, la reine-mère, devinant, sans trop de peme, la passion filiale qui va s'emparer de ces deux jeunes cœurs, donne à sa nièce Brangaine un philtre qu*elle devra verser à Marke et i Iseult ]e jour ou le soir des noces.
Pendant une longue et pénible traversée , Tristan prodig:ue ses consolations respectueuses à Iseulf. Pour donner quelque repos aux dames et à l'équipage, il fhit relâcher le bâtiment dans une anse solitaire. On scj>l dispei.^t' mh la plagf. Tristan et IseuU, demeurés sur le vaisseau, demandent à boire, et, en Tabseuce de Brangaine, l'une des filles d'honneur, par une méprise irrémédiable, donne .aux deux amants le philtre destiné à Marke. Brangaine entre, aperçoit la fiole vidée, pâlit comme une morte, et jette à la mer le vase de malédiction.
Ainsi, sur une pente douce et par des gradations insensibles dont je n'ai pu qu'indiquer les linéaments les plus indispensables, le poète a amené les deux amants jusque sur les bords de faMme; puis, cruel et implacable interprète ou narratein* de l'amour illégitime, il les précipite au fond, j'allais dire d'un gouffre, mais non, c'est au fond d'une vallée couverte de fleurs, où les tourments alternent avec les jouissances.
Au treizième siècle on croyait aux pinllres; cependant j'ai tout lieu de soupçonner la bonne foi du poëte; évidemment la potion magique n'est pour lui qu'un subterfuge, soit pour
GODEFBOl DE STRASBOURG. 57
amoindrir ou effacer aux yeca des lecteurs ]a culpabilité de Tristaû et d*Iseiilt, soit pour symboliser rirrésistible inflaence d*une affection passionnée, fille de la piiié et de Fadmira-
tion.
Que (Jirai-jc de la description admirable, de l'analyse psycholofrique de cette passion naissante, pudique d'abord, puis impatiente de tout frein, de loiiti' conhMiiiti ^Dame Vénus, «la coiiciliali ice , avait si bien punLié de loLile haine les sens « des deux amants, que l'un était devant l'autre, s'y reflétant « tout entier comme dans une glace. Tous deux n*avaient qu'un cseui cœur; le chagrin d'Iseult causait à Tristan la douleur la «phts vive : la doulepr d'Iseult navrait Tristan; ils étaient unis < tous les deux dans le bonheur comme dans la sonffirance, et «cependant tous les deux se le cachaient.» Vous entrevoyez la lutte de Tristan entre Tbonneur et l'amour, la lutte dlseult entre Famour et la pudeur, et sans que je le dise, vous devinez aussi quelle est la fin de ce combat. — « Tout ce que je « vois, dit Tristan, me trouble et me peine; rien dans le monde « ne m'est cher comme vous. > — Et Iseult répond : «Sire, il en « est ainsi de vous à moi. î
Le système philosophique développé à cette occasion par le poëte Godefroi est curieux au dernier point. Je ne cacherai nullement que quelques-uns de ses raisonnements nous sembleraient entachés d'afféterie, et que les sorties de Godefroi contre le matérialiame ne semblent pas toi^ours dictées par les intentions les plus droites. — «Nous avons enchâssé une c pierre ûnisse, dit-il quelque part, dans Tor pur de notre «bi(gue, et nous nous trompons ainsi nous-mêmes. > —Je soupçonne fort que la partie morale du poème n*a été qu'une esr péce de passe-port, ou de pavillon neutre, couvrant une marchandise suspecte. — Peut-être aussi — et la charité devrait me pousser dans cette voie — peut-être aussi Godefroi sentait- il, très-jeiiiK déjà , tout le néant des joies terrestres, et poûtait-il une amère volupté à montrer sur le premier plan même du
58 BIOGRAPHIES ALSAC18NMES.
lableau destiné à la glorificatioii de Famottr, îe serpent eaché 8008 llierbe fleurie.
Ainsi, ft la peinture même du bonheur des deux jeunes
amnnts, il mêle Tavant-goût des soucis qui s*eni{iai*ent d'eux, lorsqu'ils vont prendre terre en Conioii;iilles.
Je renonce a vous dire les niovtMis eiDjiioyes pour tromper Marke. La iidèle I^rai)p:aine se lait la complice des deux amants et se sacrifie pour sauver l'honneur d'Iseull.
Ici vient se placer une scène, qui de prime abord ne semble que romanesque et arbitrairement inventée, mais qui est, de foit, le produit d*ime profonde observation du oonir humain.
Dans son poème, GodeAroi s'applique partout à présenter la jeune IseuU comme un modèle de grAees, de pureté, de fidélité, de vertu; car les articles do Gode de la chevalerie ont cela de particulier qolls assimilent l'amour A la piété ; et qu'un
homme, épris d'amour, est par cela même vertueux, à peu près comme chez les anciens, l'idée de la vertu et de la valeur était rendue par un seul et même terme. Mais en dépit de cette interprétation jioin* ainsi dire oblijîée du Code de la passion, Godeh'ûi n'est pas dupe de son dire : il sait parraitement où peut conduire l'amour illégal , et il ne se fait point faute de le proclamer par les incidents mêmes de son drame. Ainsi, celte belle et affectueuse Iseult, cet être idéal, ce modèle de la fidélité, non pas conjugale, mais de la constance en amitié et en amour, cette angélique Iseult se laisse aller â un soupçon qui e^t un véritable crime de lèse-amitié, et qui m'oblige de soufller sur l'auréole dont le poète a décoré cette téte d'ail^ leurs si charmante.
Isepll crauii d'être trahie par son amie d'enfance, par sa cousine Brangaine; elle ne veut plus avoir de frmtiifice et de conftdcnV', q[- horrcnda refera — elle donne nu>siuu à deux écuyers d emmener la malheureuse femme au fond d'une forêt, OÙ elle devra être mise à mort. — En face de tant de beauté.
GODlîFROI OB STRASBOURG.
de jeunesse, de pureté, une irrésistible pitié s'empare de& meurtriers; au lieu d'exécuter textuellement les ordres de la
femme de Marke, ils attachent Brangaine au haut d'un arbre — ressource mise en pi ntiquo depuis des temps immémoriaux, depuis les temps mylliulogiques de la Grèce, par les assassins repeiUaiils. La reine est trompée par un faux rapport. Irritée, aflligée d'avoir été trop bien sorvif , ïscult veut à son tour éconduire les meurtriers, ne pas délivrer la récompense promise aux écoyers, qui finissent par lui découvrir tonte la vérité. Brangaine est et demeure sauvée, et ce qui est plus merveilleux encore, elle se réconcilie avec la reine.
Vous ferez la part des circonstances romanesques ou impossibles de ce récit; mais en quoi le poète a frappé juste, c'est lorsqu'il nous montre l'épouse inûdéle rompre du même coup les liens d'homieur, d'affection et de gratitude qui eussent dô la rattacher d'une manière indissoluble à une amie dévouée jusqu'à la mort. — Quelle ost la morale à tirer de cet inridenf? Quelle a dû ôlrc la pensée intime du poète? EvideiiHuciil celle de fournir une preuve à l'appui (l'une loi éternelle. Le pied, jilacé en dehors delà voie régulière, <,'lisso dans le sang et dans la boue. Les puissances infernales, qui, d'après l'expression d'un grand poète moderne, guettent dans l'obscurité toutes nos démarches', franchissent, dès qu'elles en trouvent l'occasion, l'imperceptible barrière qui les sépare de nous et entraînent avec elles les hommes fourvoyés.
Je ne pourrais, sans étendre à l'infini cette analyse, mettre A découvert ou suivre toutes les ruses employées par les amants pour tromper le vieux roi. Boccace, La Fontaine, Arioste et Wieland ont emprunté A cet arsenal bien fourni quelques-uns de leurs engins; passés maîtres en fhît de récits éroliques, ils ont rajeuni, au ^rand détriment des bonnes mœurs et des bons sentiments, les intrigues, fruits de la vie
t. Sciiiiier, daos le prologue de Jjanue d'Are.
oûive des cours et des richesses; mais avec une habileté consommée, ils dut abrité leurs pissats sous le voile d'une diction gracieuse et de bon goût; ils sont presque parvenus é laire amnistier le vice, tant le fiird qui sert à le recouvrir ressemble aux couleurs naturelles empruntées aux Oeurs printanières des champs et des prairies.
C'ciSl à dessein que j'étal)lis ce parallèle entre le poëte du siècle des Hohenstauiïen et les * mi irs des temps plus récents. Quelques-uns d'entre vous, ont guùte de ce fniit défendu, et ont dès lors, sans en preudi'e une connaissance directe, une idée assez nette des incidents qui diversifient la ti-anie du poème de Tristan. Une seule diiïérence fondamentale subsiste entre l'inventeur du treizième siècle et ses successeurs: Godefroi emploie des moyens que les poètes modernes dédaigneraient comme peu vraisemblables, ou qu'ils mettent en œuvre, ironiquement, pour sauver ainsi leur réputation d'hommes instruits et sans préjugés.
L'un des épisodes les plus dramatiques et les plus ingénieux du poème de Godefix>i est celui du Concile convoqué à Londres par Marke et l'épreuve du fer chaud, à laquelle se soumet IseuHpour pioiiver son innocence. A cet effet, elle a usé d'un subterfuge que je ne puis convtuableraent reproduire ici et qui entraîne le poëte à nn blasphème, dont il a dû rougir plus lard, lorsqu'un revirement complet dans ses pensées et ses actes eut fait de lui le chantre inspiré, le psalmiste de l'amour céleste, après avoir été le musagète païen de l'amour profane.
Au milieu de ces mines et de ces contre-mines, au milieu de cette stratégie savante employée tour à tour par le vieux roi débonnaire et par les jeunes et intéressants criminels, le lecteur rencontre un asile, une espèce d'Élysée, la plus gracieuse invention de ce poëte si fertile en ressources et si habilement créateur, à une époque où les lecteurs n'avaient point les exigences do public blasé du dix-huitième et du dix -neuvième siècle.
GODBPROt DK STRASBOURG.
Trislaii, un moment fugilif et exile, était rentré en grâce auprès du roi,, et les deux amants vivaient de nouveau en bonne et secrète intelligence, ne pressant aucune entrevue, sachant attendre, et prenant, selon l'expression de Godefroi, la bonne volonté pour le iait. Ce pendant des yeox jaloux continuent à veiller autour d'eux; ftlarke surtout, soupçonneux, surprend les regards des jeunes amants noyés dans les larmes ou dans les délices d^une entente mutuelle. M arke , malgré les preuves presque patentes de Tinfidélité dlseult, ne pouvait cesser de l'aimer. £t c'est là encore un de ces faits, étemelle* ment vrais, et basés sur une inMlible observation du cœur. Le roi aimait sa jeune femme plus que sa propre vie , mais des tortures furieuses le plongeaient aussi dans une telle rage d'amour qu il ne voyait plus rien au delà de cet horizon voilé et qu'il s'abreuvait de colère.
Bref, Marke, pour en fmir, exile les deux amants; il ne veut pas les mettre à mort ; mais , dans un discours qui ne manque pas de dignité , il rh'clare les abandonner à leur propre conscience , et être fatigué de cette communauté à trois.
Les deux amants se prennent par la main et quittent la cour, oh Brangaine, leur amie, reste à l'effet de plaider éventu^ement leur cause.
A quelques journées de distance de Tintaleule se trouve, sur des hauteurs solitaires , la grotte aux Amants, ou , comme l'appelle le vieux poëme anglo-normand, h fossure aux amants, creusée dans des temps antédiluviens par une race gigantesque. I/intérieur de cette grotte aux parois de marbre, plus agréiible (ju'un i»alais, roroit la lumière d en haut; des tilleuls en ombrag:ent et en voilent rentrée. Au-dessous de cet asile, des bois à perte de vue encadrent des parterres de fleurs naturelles, el le concert des oiseaux du ciel retentit tous les jours sous le feuillage.
Comment les deux exilés se nourrissent-ils dans cette solitude? Le poète aflSrme hardiment t qu'ils se regardaient l'un
ai BIOGRAPHUS ALSACIENNBS.
« l'autre, que la fidélité et raflection, épurées par le niallieur,
< \iiuv servaient de boii <■ et de manger. Ils se ^ffîsaient l'un
< à l'autre , et n'auraient pas donné une fève pour conquérir «uni* nirillt'uie existence. Leurs serviteurs et leur cour, e'é- « laienl les oiseaux; leurs fêles, c'était 1 abandon niuluel; c toute la (at)Ie ronde d'Arthur» avec 868 magnificeDces et ses
< encltaQlemenU se trouvait pour eux dans leurs yeux et leurs « cœurs. •
Pendaut leurs promenades dans les bois et sur les pralrîes, et près de la fonlaine aux Trois-Tilleuls, ils remémorent les légendes des amants d'autrefois, cThistoire de Phillis de cThrace, de Ganacée, de Biblis, de DidoUi la reine Sidoc nienne » tant célébrée par le magicien Virgile. »
filais ce bonheur parfeit ne devait point durer, |)as plus <|ne celui de la grotte aux Aigles (jui a fourni à un poêle contemporain le sujet d'une ficlioii aussi séduisante et au fond aussi peu vrais* iiildable que celle de Godefroi de Strasbourg. Pendant une partie de chasse , le roi Marke découvre l'asile des deux bannis ; il entrevoit à travers l'ouverture du plafond de la grotte t cet homme placé sur une couche de cristal , à côté d'une déesse, mais avec une épée nue qui les sépare, symbole et preuve pour lui (!) de leur chaste innocence dans cette dangereuse inUmité. »
De retour a Tintaîeule, Marke tient conseil, et, dans celte circonstance, les hauts-barons, conseillers complaisants, font comme les sages de ce monde : ils ont deviné la secrète pensée du roi et ne vont point à rencontre de ses vœux. Les deux exilés sont rappelés à la cour de (/ornouailles. < Marke était « volontairement, aveuglé par le désir; il aimait tant se rap-
< procher d'îseull, qu'il lui passait Ions les toris qu'il en ^ «éprouvait. •> — Mais à partir de ce jour, la difficulté de se
voir devenant de plus en plus grande pour Tristan et Iseult, le fardeau de la surveillance pesait sur eux < comme une mon* c tagne de plomb. > A ce propos, le poète, en parfait moraliste,
GODBPKOl DE STRASBOURC.
se pcrmel une excursion fort instructive sur l'impossibilité de garder les femmes qui veulent pécher. — « Dans un pnys , dit- <il, où les femmes saluaient se défaire de la légèreté fémi- < niDe, de Tesprit féminin et ressembler à l'homme, en pareil «pays, le sapin porterait du miel, la ciguë produirait du «baume, Tortie qui brûle se couvrirait de roses. » ^Hais Godefroi ne demande pas à la femme de changer de nature ; il désire seulement qu'elle préserve sa d%nité contre les assauts du dehors. « Celle qui se conserve pure , doit être •1 honorée du monde eulier et couronnée journellement de « fleurs. Heureux celui auquel , un jour, elle s'engage, car il a « le paradis caché dans non cœur. »
Celle glorification de la vertu féminine sei l , par nmour du contraste, d'introduction à une scène de trahison conjugale désormais irrémédiable. Je m'mt^rdis de vous en donner les circonstances aggravantes. Tristan et Iseult se font des adieux étemels, en se promettant, par compensation, une étemelle fidélité. — «Vous et moi, s'écrie le héros du poème, nous « ne sommes plus qu'une seule et même chose , une seule et « même personne , en amour et en douleur. Jusqu'à la mort je « reste à vous et vous à moi. »
Il s'enfuit en Normandie;, puis il va faire la guerre en Allemagne pour échapper a une douleur qui touche au délire.
Iseult ne poiivail ni vivre ni mourir.
Nous ne soiniacs point au terme de ces aventures; une ré' vulution inattendue s'opère dans la situation.
Dans le pays d'Arundel, près de la Bretagne, — je vous prie de vous arranger comme vous pourrez de cette topographie du treizième siècle, — Tristan vient au secours du roi , et se fait aimer de la fille de ce souverain; elle se nomme Iseult «aux blanches mains.» Grâce au nom qu'elle porte, Tristan s'attache insensiblement à elle; il pense, tout en se reprochant son infidélité a l'endroit dlseult d'Irlande , que le fardeau de son cœur pourrait bien être allégé , et qu'il y aurait
64 BIOCRAPIIIBS USACIBIWSS.
moyen d'échapper aux tortures de ramoiir en greffiint sur l'ancienne passion une passion nouvelle. Je veux en faire « l'épreuve, > dil-il dans un niouolagiic où domine le sophisme; «si le bonheur doit encore me > unr , il est temps que je «commence; car l'amour et la fidélité que j'ai consen'és à < l'endroit de ma dame ne me pi*oiilent g^uère ; je prodigue « mon corps et ma vie, et n'arrive point à consoler ma vie et f mon corps, i 11 accuse en pensée Iseult d'Irlande; il la suppose réconciliée, heureuse avec le roi son époux; die aurait dû lui donner de ses nouvelles!.... Quelle profonde vérité psychologique 1 Bien entendu, cela n'est point confonne au Gode de la morale amoureuse, — je ne parle point du Gode de la morale étemelle, — mais c'est bien là le fruit vénéneux et gangrené de l'arbre défendu. A son insu, ou de propos délibéré, le chantre de Tristan et d'Iseull est l'interprète de la science du bien et du mal, et le veng^cui' involontaire du devoir outragé. Dans cette channante corbeille de fleurs qu'il présente à vos yeux fascinés , et dont les parfums montent à votre cerveau , il a placé la vipère du doute ; elle a mordu le cœur de cet amant , c modèle de la fidélité ; » comme des châteaux de cartes, tombent les grandes résolutions prises au moment des adieux.
G'esi ici que s'arrête le poème de Godefroi; il teimine par une plainte douloureuse, par un retour sur lui-même. «Elle a c peu de soucis de moi, celle que j'aime plus que ma vie et mon «âme, celle pour qui j'évite toute autre femme. Je dois renon- «cer à elle; je ne puis lui demander ce qui, sur cette terre, me « donnei-ait bonheur et vie joyeuse; je vieillis, je vois s'écouler «mes jours et mes années dans d jne.vprimables regrets. >i
.\vant de chercher à pénétrer le secret de cette mystérieuse interruption d'un travail qui a valu à Godiefroi les éloges unanimes de ses contemporains, disons quelques mots des poètes qui ont continué et terminé son œuvre. Il faut bien que nous sachions la destinée des deux amants, dont le nom a eu un
Digitizea by CoOgle
GOD&i^^ROi DE STRASBOURG. 65
retentiasement immenBe au moyen âge ei dans les temps modénies.
Des deux poètes ou chroniqueurs en Ters allemands qui ont repris le fil interrompu, soit par la mort, soit par la volonté de Godefroi, l'un, Ulrich de Turhehn, n'est qu'un versificateur passablement sec, privé du souffle poétique, et cherchant
par iiiuments à captivrr rattenlioii Uu lecteur en fiattaul sa sensualité. Henri de Friberg , au contraire, est heureusement inspii e par son illustre devancier. Il est imitateur, sans doute, mais il a aussi des mouvements spontanés; il ne se borne pas, comme Ulrich de Turheim, à mettre en vers les épisodes que lui fournissent les manuscrits latins ou français; il motive psychologiquement les incidents; il est par moments plein de grâce et de Ihdcheur; on le lit sans trop de fttigue après l'épopée chevaleresque et érotique de Godefroi.
Cependant je ne crois pas devoir analyser sou poème. 11 suffira de dire qu'il raconte avec une simplicité navrante ta fin de Tristan blessé è mort, et trahi par son épouse même. Sur son lit (le douleur, il avait envoyé au delà du détroit un messajçer lidele à Iseult d'Irlande , pour la prier d'aecuui ir aupi ès de lui et de le guérir. Ce deléf^u»^ avait la missioFi d'anuoncer son retour par une voile symbolique , blauciie uu nun v , selon qu Iseult consentirait à raccompagner ou s'y reluserait. Une voile blanche , signe de l'arrivée prochaine de la beUe Iseult, appareil à l'horizon; mais la femme légitime , jalouse comme elles le sont presque toutes, Iseult aux hlanches mains, annonce au malade moribond une voile noire. Le cœur de Tristan se brise, et l'amante n'arrive que pour embrasser un corps inanimé, et sTaflaisser sans vie sur le lit de mort de son ami On enteire les deux amants cdte à cdte , dans des cercueils séparés. Un cep de vigne et un buisson de rose , qui germent et fleurissent sur les deux tombes, entrelacent leurs ti^e^ et leurs feuilles, synd)ole touchant de cette alliance tardive et indissoluble dans le royaume des ombres.
BIOGRAPHIES ÂLSACl£MNfiS.
Il est certes regreilable, au poÎDl de Tue eslhéliqae» que le poète créateur n'ait point achevé lui-même son œuvre, et qu'il ait laissé ce soin à des intelligences de second et de troisième rang ; mais ces regrets seraient laigement compensés , si Thypolhèse d'un ingénieux critique (Wattrîch) avait quelque fbn- Jemeiit , et si Gudefroi de Sirasboiiig avait réellement expié ou racheté les erreurs de sa jeunesse cl de son âge viril par ujie miraculeuse conversion.
En tout cas nous touchons ici à une phase neuve cl inattendue du talent de (lodcfroi.
Le poëmp fil Tristan eld'iseult avait été probablement composé de 1212 à 121Ô. Il est permis , non pas de préciser, mais de deviner cette date à l'aide de quelques données éparses dans l'œuvre de Godefroi; telles sont, par exemple, les allusions hostiles à la grande épopée de Wolfram d'Eschenbacb, qui appartient incontestablement à la première décade du treizième siècle.
A la date du 25 juillet 1215, l'empereur Frédéric il fut sommé par innocent lil de prendre la croix ; les préparatifs de cette expédition impériale se lii ent , pendant les deux années suivantes, surtout le long du Hhin, et nous savons par une poésie lyrique, attribuée avec raison a Godefroi, que le poète strasbourgeois , entrafao^é par le mouvement général, s'était croisé.
Il existe enfin deux poésies religieuses, qui reviennent presque à coup sûr à Godefroi : l'une didactique , sur la pauvreté volontaire; l'autre lyrique, en l'honneur du Chriti, dâ la Vierge H de rammr divin.
Quelques fragments, empruntés à la poésie didactique, sci viront à mettre en relief la révolution intérieure qui a dù, vers cette époque, se faire dons l'âme du poëtc jusqu'alors voué au culte de la beauté terrestre, de la gloire et des richesses.
— cËnfaniy si le bonheur t'évite, si Dieu daigne t'accorder
Digiti/od bv C 700<?le
GODiÂ^ROI DE STRASBOURG. 67
c pauvreté de corps et de biens, tu dois reDdurer avec pac lienee, tu ne dois pas t*en affliger dans ton âme; tu lui en c rendras grftces de cœur et de pensée, et ne te laisseras point « ébranler. Car, vois- tu bien , il te promet par là les joies
< éternelles.
— «Enfant, cheiami, j>ois - un Lien sùr, et croisâmes « paroles, la pauvreté, lorsque volontairement on la subit, !a «pauvi f'fé sauve des aiiirnri, de 1 cnler; elle seule peut enlever «à tout péché ton corps et ton ànie. La pauvreté e.st, vis-à-vis
< de la colère divine , ia meilleure médiatrice ; entre Dieu et i nous elle place Tamour, qu'aucun ange même, sache-le bien, (ne pouri'ait y placer.
— c Enfant, la pauvreté a été le partage volontaire de Félre c par eicétlence, de celui qui a été de toute éternité et qui ne c finira point Lorsque sa douce mére l'eut enfonté dans ce « monde bostile, la pauvreté a été son début; il à souffert la «pauvreté nuit et jour; avec elle il est parti d'ici; c'est par' la (pauvreté qu'il nous a rachetés; aime la pauvreté, si tu veux
« le sauver de l'enfer....
— « Enfant , Dieu n dit de sii i)ro])re bouche que le royaume ff dw ciel apparlieut aux pauvres volontaires. Conserve ces pa- « rôles, toujours et partout, dans ton cœur; ne laisse point (rédiaufTer et attii'er ton àme par l'amour des trésors. Les (biens de la terre engendrent dommage démesuré pour le ( salut éternel; ils séduisent Thomme; détourne d'eux ton ir cœur si tu veux être heureux là-haut >
Le poète moraliste développe ensuite les raisons qui font dévier le riche; ce n'est point un sermon; c'est le cri de désespoir d'une âme qui a trop sacrifié au monde, et qui en recoonaU le néant. Il recommande rhomilité, la douceur, la pureté du cœur, la chasteté, la patience envers hommes et femmes; il flétrit les vieillards qui se cramponnent aux biens et renonrent, dans leur folle illusion , aux bonnes œuvres; il montre ieui' cœur, corrompu, paiesseux, tombant en pourri-
turc SOUS le fardeau des richesses, et le ûiea, mort sur la croix, le Dieu qui, du sang de son cœur, nous a rachetés, chassé hors de ces âmes flétries.
(les indications doivent suffire pour prouver que le chantre de Tristan avait été visité par la grftce , et que son oOBor était renouvelé.
Le système , construit par Waltrich à Taitle de ces données chronologiques et psycliolo<(itjues, n'a pas le cai a' tôre de ]a certitude, mais celui d'une probabilité, qui, aux yeux de beaucoup de lecteurs habitués à se contenter de raisons bien moins plausibles, doit équivaloir à la réalité des choses.
Notre poète , qui s'est lui-même exclu , dans sa jeunesse , du cercle des poètes moraux , et qui termine sa vie en prêchant la pauvreté et en chantant un psaome magnifique, rempli d'élans vers le ciel , doit avoir subi une métamorphose radicale, une conversion peut-être subite.
Wattrich suppose que cette révolution s'est opérée dans râme de Godefroi, au milieu de la croisade , pendant laquelle il se serait rencontré avec saint François d'Aastse, soit en Italie, soit au siège même de Damietle.
En effet , saint François a prêclié, d'exemple et do parole, la pauvreté volontaire, presque dans les mêmes termes que Godefroi dans les vers dont j'ai cité quelques passages. Bien plus , l'hymne de Godefroi offre une grande analogie avec les inspirations poétiques du saint fondateur de l'ordre des moines mendiants. La rencontre de ces deux illustrations n'est nullement impossible ; et elle n'aurait pas eu lieu , qu'il suffirait, je pense, des sentiments développés, pendant la croisade, dans le cœur du poète repentant, pour expliquer sa conversion è l'amour divin, après les agitations d'une jeunesse vouée à la déesse des amours proftnes.
Une grave objection toutefois s'élève contre le système de Wattrich; ce sont les vers de l'un des continuateurs de Godefroi. Henri de Friberg dit expressément avoir repris en sous-
GODEPROI DE STBASBOURG. 69
oeuvre le poème de Tristan , interrompu par la mort de l'illustro poëte strasbonrgeoîs
Mais Henri de Friberg n'a écrit que vers la fin du treizième siècle, et il ne précise nullement Tépoque de la mort du chantre de Tristan. D'ailleurs, si Godelhii s'est fiiit affilier, en Italie , à l'ordre des Franciscains, il aura par cela seul efihcé le souvenir de son existence antérieure; pour le monde frivole et oublieux , pour ses amis même, il était mort et enterré. A une époque où le journalisme ne pro[)ageait pa^ avec la rapidité de réliiicelle élecirique les événements g'énéraiïx et les aventures isolées, individuelles, l'auteui- le plus illustre de France et d'AllemagTîe pouvait s'enfermer en toute sécurité, et sans qu'on en sût rien, dans un couvent du Midi; au bout de quelques années, les compagnons du poète croisé, absous ou disparu, ne parlaient plus que de ses vers; le froc couvrait, mieux que n'aurait fait le gazon da tombeau, le souvenir de ses amours, de ses exploits et de ses malheurs.
Celte hypothèse d'une conversion intime de Godefroi prend plus de consistance, lorsqu'on lit avec attention les strophes du chant sublime auquel j'ai déjà fait allusion.
Le poëte parle (strophes 3 et 4) du temps passé de sa vie comme d'un lemjjs perdu jM ur son salut, comme d'une existence vide et dénuée de joui^Ninces réelles. ~ « Ébloui par le charme de l'amour terrestre , il a négligé d aspu er à l'amour céleste, à la vie éternelle (strophe 6); il était plongé dans le péché sans fond comme le lac Bodman ; il ne peut songer à ce honteux passé, sans craindre de rester muet et de ne pas trouver un seul accent pour chanter la louange de Dieu; mais il espère dans la miséricorde de Dieu et dans la prière des fidèles.»
Dans d'autres passages de l'hymne, il y a des aUosions
t. Got miser Srhepfcr das Geùoi
Daz in genomen Mt dcr fot
Bie von dirre snceden Welt. (Vers 31 à 34.)
BIOORAPimS ALBAcnsmo».
presque directes et palpables à une prise d iiabit. Le puele se révèle comme un être dont l'âme est la fiancée de Dieu , et qui a fait le vœu d'une chasteté éteraelle.
Quelle scène saisissante, tragique, s'il était vrai que Godefroi de $lrasboui|r, bourrelé de remorde, poursuivi juir la pensée que sa muse a été la muse des voluptés pûemies, se fùl trouvé en Ikee dù samt apôtre de la pauvreté et de l'amour divin ! s*il était vrai que ce doux messager de paix lui eût pré* senté le breuvage qui devait i jamais étancher sa soif dévorante ! qu'il l'eût arraché aux liens d'un terrestre servage, pour l'eutralner sans réserve dans un servage divin! Alors un nouveau printemps aurait commencé pour cette âme malade, et à la place de iu poursuite incessante d'ini bonheur, qui jusqu'alors lui avait toujours échappé, comme, dans la fable, l'épouse du maître des dieux échappait à ixion, il aurait attaché immuablement ses yeux sur le modèle et l'idéal de toule sainteté.
L'hymne qui marque l'époque morale dans la vie de Godefroi de Strasbouiy» se partage en trois parties, que Watiricb a ingénieosement analysées et traduites en vers allemands modernes avec un rare bonheur d'expression. C'est le panégyrique du Christ» celui de Marie, enfin celui de Tamour divin. Le poète a conquis cet amour, après de grandes souffrances, non pas devant le tribunal d'un juge terrestre , mais en face des anges eux-mêmes qui se sont pencliés sur lui du haut des nuages. L'iiynm. de Godefroi — je me sers de i"expr«'ssiûn do Waltrich — est le eonronnemeuL, la transfiguration des chauts d amour {Mimieiieder) de l'Allemagne. C'est un psaume entonné par une âme que remplit le souHle divin.
Van der Hagen * a des expressions tout aussi enthousiastes pour caractériser une partie de ce sublime fragment — car, pas plus que le TWslon, ce psaume n*est parvenu intégralement jusqu'à nous. — L'érudit éditeur des Niébdmgm et des