‹ Biographies alsaciennesChapitre 14 sur 57 · I. Miimnin^et» X. IV, p. 6S · texte numérisé non relu

I. Miimnin^et» X. IV, p. 6S

GODBPilOt DS STRASBOURG.

Minnestnçer compare les sUophes en l'honneur de Marie à une statue de la sainte Vierge , placée au - dessus du naaîtreautel, entourée de gloires, du chœur ries anges et des saints, effleurant de son pied aérien le giuhu de la lune , et s élançant avec reniant divin vers ie séjour de l'éierneUe béatitude, vers la magnificence du Père et du Saiot-Esprît.

Si vous me demandiez de justifier les allégations de Wattriofa et de van der Hagen et mes propres sympathies par des citations traduites de ce poëme , je serais bien obUgé de me retrancher derrière mon impuissance, ie craindrais avec raison de vous donner de riivmue de Gudefroi une idée incoiuplète. Comnjéut voulez-vous rendre, dans une prose faible et déenlorée, ces élans veii> 1 luiiiii, ces tableaux, dont les magniticences sont empruntées à tout ce ipie la terre abrite de grand , de gracieux et de beau ; conimeut reproduire ce langage pur, ces paroles tantôt douces, tantôt majestueuses, qui révèlent les chastes secrets d'une vie identifiée avec Dieu; comment, sans tomber dans une désespérante monotonie, rendre avec les nuances indispensables ces métaphores similaires qoi reflètent les faces diverses d'une seule et mime pensée; comment de ma Taible vois ferais -je retentir à vos oreilles les sons d'orgue de ce Te Deum solennel, célébré par le psalmiste alémanique, la veille de sa mort? Gomment suivre dans son vol ce! aigle des Alpes, élancé vers l'empereur d'amour (f/en Kaiser der Miiute)?.... Là, bi»;n loin au-dessus des nuages de la terre, se jieidenl les derniers accords de cette harpe sacrée en laissant deviner dans leurs dernières vibrations les joies de l'éternité.

Les circonstances de la mort de Godcfroi de Strasl>ourg sont tout à fait inconnues; il est donc loisible, selon que Ton adopte ou que Ton rejette les hypothèses de ses commentateurs , traducteurs et interprètes modernes; de penser qu'il a succombé pendant la croisade ou qu'il s'est éteint lentement dans un couvent italien, ou qu'il a encore salué, sur les bords

BIOGRAPHIES ALSACISHIIIS.

du lac de Conslanco, le lihin, ce fleuve de ses premières amuurs, qui lui fournit à plusieurs reprises des points de comj)araisuii et des tableaux brillants. Cette existence a dû être de bonne heure usée par les émotions les {)lus diverses. C'était bien aussi l'opinion la plus répandue parmi ses coDlemporaios et ses compatriotes.

Daos le célèbre manuscrit des Minnesingei' , de Manesse, conservé à la bibUothèqoe impériale de Paris, Godefroi est représenté dans tout l'éclat de sa jeunesse, imberiie, coiflTé d'un chaperon, qui pose à peine sur sa belle chevelure bouclée; il est vêtu d'une tonique rouge el d'un manteau bleu. Il n'a point d'armohîes; les tablettes et le style qu'il tient dans ses mains lui en tiennent lieu. Il a ses titres de noblesse inscrits dans le livre d'or du Parnasse allemand , et son par- (ion dans le ccBur de plus d'un de ses lecteurs*.

1. Cette unnistle t été proclamée par Ctiarles Sfmrock; en sa qualité de traducteur, 0 a*est tellement épris de aon poète ftiTori qo^tl i^est (Ul de cette jQStiOcation un devoir de piété. Ses regreli portent sartout sur Téta!

fragmentaire du poème; il est convaincu que l'œuvre complète aurait plaidé en faveur des inlontions île i'auleur, et qne Tristan et Iseult se seraient placés, de droit, à cùlé de Pyraino cl cle Tliisbé, de Héro et de Léandre, de Roméo et de Juliette, que les moialisles n'ont point reléi/ués jusqu'ici au nombre deâ créations d'une fantaisie impure. Aux yeux de Simrock, Godeftei ii*a paa fonlu prêcher le mépris dn mariage et de la INMIté eonjogale; son lenl bat tendait A montrer Tirréalatlble penchant des corara, dominée par la loi de la passion et en guerre avec le monde officiel. GodeiM, d*apréa Simrock, ennoblit Tamonr iHégitime par la fidélité; le mariage même que Tristan conclot arec IseuIt aux blanches mains, ne rompt pas la promesse faite à la belle Iseult d'Irlande, parce que runlon légitime ne s'accomplit pas d'une manière intime.

Ce plaidoyer, (juelque habile qu'il soit, me semble inadmissible. Ce qui eropéclie l'assimilation de Tristan et d'Iseult avec les autres couples cités par Snnrock, c'est que ces derniers, en s'unissant, ne blessent aucune convention aniencurci ils sont, il est vrai, eu lutte avec des convenances de famille, avec la loi civile, mais nullement avec la loi religieuse ni avec leur c(»iaeience.

- iioaioi

DANIEL SPECKIiÉ

VAwmnwn-mimmuu mr sainAint «déolb.

Le nom de Daniel Specklé est dans la mémoire de toutes

les personnes (jtii uni une cuiiiiaissanco même superficielle de l'histoire d'Alsocc; mais, n moins de s'occuper specialeiiient de la nialiére, on ignore les mérites multiples de ce précurseur du grand ingénieur hollandais , et de l'illustre ingénieur de Louis XIV.

Aux qualités émineotes de rarliste, Specklé joignait le talent de récrivain , l'amoar (MissioDiié du sol alsatique , le déair de donner à son nom que]i|ue durée , eu léguant à ses ooncitoyens des ceuvi-es destinées A la défense et A l'embellisseinent de la cité natale.

Daniel Spécifié est né é Strasbourg, en au milieu du

mouvement de la réforme; mais lui-même, comme homme, ne fut guère imbu de l'esprit de puritanisme, qui régnait alors dans nos mœurs. Sa jeunesse fut plus qu'orageuse : je ne le calomnie pas : les protocoles du g:rand sénat en font foi. Specklé était querelleur, bretleur et grand ami des dames à tous les degrés de lechelle sociale. 11 était , de son métier, sculpteur en bois et brodeur en soie; en d'autres termes, il errait aux abords du temple de l'art, sans pouvoir entrer dans le sanctuaire, et cependant il aentait la vocation de destinées plus hautes. Poussé par le démon inné » il se mit A parcourir rSorope en artiste désireux de voir, d'étudier, d'arriver à une existence plus large; c'est ainsi qu'il visita la Scandinavie, l'Allemagne sur loult; sa lisière orientale; il vit le croissant

BI0GRAPBIB8 ALSACIENNES.

suspendu, menaçant et terrible, sur les frontières de la chrétienté. Son esprit passionné pour la civilisation de l'Occident tressaillit; il se promit d'employer les facullôs cpje Dieu lui avait iléparliei», à élever des boulevards contre cet t'iniemi de notiT civilisation. A Vienne, où il arriva sous le règne du bon Maxiolilien li, l'arcbitecle impérial Soiizer devina le« ressources infinies de cet homme encore jeune , et le fit nommer aux fonctions de directeur du musée d'artillerie. C'est dans cette position qu'il sut , pendant cinq ans , se concilier TaffécUoD de son protecteur, la bienveillance impériale , et amasser en même temps des connaissances scientifiques très-variées, qu'il voulut appliquer au isenriee de sa ville natale. De retour A Strasbourg vers 1574, il confectionna, pour la maison d'Auliiche, une carte d'Alsace {lîjli à 1577), excellente, si l'on tient compte de l'état des sciences riiatliématiques à cette cpocpic , et bonne même à côté de cell<' de C-assini. Ce <pn" peut nous donner la mesure de la valeur de l'œuvre de Specklé , c'est que le savant Sdicepilin, pendant ses longues pérégrinations archéologique en Alsace, s'en servait constamment, et rendait justice à cette production d'un labeur consciencieux. Mais l'activité de Specklé ne devait point se borner & celle de l'ingénieur géographe. En relations suivies avec les' archiducs d'Autriche,. avec Albert, duc de Bavière, avec l'excellent évèque de Strasbouiig Jean de Manderscheid, avec Lazare de Scfawendi , sieur de Hohenlandsperg , avec Philippe V, comte de flanau - Lichtenberg, avec les comtes palatins du Rhin, avec les villes libres ei impériales d'Alsace, il était conslaninieiil « (lii^iillc , i luivuqué, mis en réquisition par les princes, les gi-ands seigneurs, les magistrale, pour la pratique d'un art, auquel il avait, depuis son séjour à Vienne, appliqué toute l'énergie de sa volonté, et les ressources de son esprit fécond. Par ses études obstinées, il était parvenu è se faire architecte et ingénieur civil, au point de confondre les hommes du métier; ainsi il fortifia successivement toutes les villes d'Alsace en plaine^ sur les

DANISL SPECKIÉ.

montagnes , et plusieurs villes d'Allemagne , telles que LIm , Ingolsladt, et€. Et comme on ne prête qu'aux riches, la tradi- Ikun s'applique è orner sa biographie» en prétendant que, dans ses courses loinlaines, ii avait accompagné Cbarles-Quint en Afrique, et construit les fortifications de Gibraltar.

L'époque de la grande activité de Speekté date de son retour à Strasbourg» où il Ait» dés i577, nommé architecte de la ville. Gx»nme tel , il confectionna un modtie en bois de la cité ; mais son vérilslile titre de gloire est cekii d'avoir considéiaiilemenl augmenlé td ainéliuré les forlilications âo Strasbour{r, et d'avoir consi^rné le résuUat de ses études et (J( snu i xpéiieiice dans un ouvrage théorique, intitulé Archiledura , publié en 1589 , c'est-à-dire, i'ainiée même de sa mort. Je dois mettre quelque peu en relief les qualités de cet étonnant travail , mis à contribution par les ingénieurs contemporains de Specklé, et par ceux du grand siècle de Louis XI?.

Le titre complet» à lui seul» donne un aperçu général de la matière telle que rarchitecte - ingénieur de Strasbourg entendait la traiter: « L'architecture» c'est-à-dire Tart des forti- « ficalîons , telles qu'elles doivent être appliquées de nos jours

«aux villes, cliâteaux, forteresses, sur eau. sur terre, sur " 1rs hauteurs et dans les vallées, avec h-urs boulevards, eavai( licrs , fossés et contre-escarpes, ainsi que du mode ré{j^ulier « et utile de s'en sei vii' en jfuise de défense contre les eune- *mis, avec l'artillerie nécessaire; le tout représenté avec c fondements, vues et dessins par feu Daniel Specklé» archi- < tecte de la ville de Strasbourg *. t -

1. Le tout revu à nour, corrigé avec soin, et augmenté de quelques vues, linprimé à Strasbuur;? et en vente chez Lazare Zetzner, 1009; c'est la troisième édition; la premièro est de ir.Sî); elle a été publiée, encore du vivant de l'auteur, chez Bornanl Jobin. I,a deuxième parnl le 10 fi^vrier 1595 à Strasbourf:, cliez L'izarc Zetzner, avec préface <ic i'éilitetir, portrait de l'auteur par De Dry, et une biot^raphie de Specklé par Lanz de Kaysersberg.

76 BIOGRâPHIBS ALSACIBHMES.

Dans une préface curieuse, lauUur énumère lui-même les raisons qui li (i- i nlan nf à composer cl à publier cet ouvrage, t Le magisli'at, dit-ii, doit conslruire des fortifications, pour remplir ses devoirs envers Dieu; car nous avons, par nos vices et péchés, offensé et irrité le Tout - Puissant, de sorte qu'il aurait bien le droit de nous visiter par la guerre, la fomtne» la peste, et d'autres plaies encore, Toire même de nous plonger dans Vabtme de la danuiation , si le Christ ne nous avait rachetés, en tant que nous nous convertissons i lui par repentance sincère et amélioration de notre vie ; ce qui serait la meilleure reconstruction basée sur Dieu ; car lorsque Dieu ne protège pas les villes, c'est en vain que le gaidien se met sur la défensive. »

Cette introduction scniljlcrait, pour le moins, bizarre et inopportune, si l'on ne se rappelait que Specklé lui - même avait à expier de graves péchés de jeunesse , et qu'arrivé à l'âpre de raison , vivant au milieu d'une ville où le langage théologique était à l'ordre du jour, il pouvait se permettre cette alliance des idées de conversion avec les préceptes de Tart de fortifier les places sans crainte de provoquer le moindre sourire. Je dirai même qu'il y a quelque chose de touchant dans cette intime corrélation qu^il établit entre son art et les pensées qui s'élèvent au-dessus de ce monde. cDieu a luimême, continue-t-il , Dieu a lui-même disposé certaines localités , certaines hauteurs qui sont déjà fortifiées par la nature, afin de servir d'asile, de refuge dans les calaniilés, et d'aider à pruil niirr la bonté céleste.»

C'est toujours l'ennemi du christiani-nK^ , le Turc, auquel Specklé fait allusion. II faut bien se rappeler que Vienne avait déjà subi un siège de la part des infidèles, et que précisément cent ans après la publication de V Architectura , la capitale de VAutriche allait, une seconde fois , courir les mêmes dangers* Élever, même sur les bords du Danube supérieur, sur le Rhin moyen et dans les Vosges, des boulevards contre ces Habo*

DAKIEL SPSCKLÉ. 77

métanSy ce n'élaii donc pas une précaution superflue, et si les kMistionSy construits par SpocUé, autour de sa ville natale, n'ont pas été mis a Pépreuve par un sultan ou un grand-visir, ils ont été de bon emploi pendant la guerre de Trente ans, et ont sans doute contribué k maintenir Strasbourg intacte , à la faire respecter dans son imposante neutralité.

C'est donc l'honneur gennunique, et son àiiieàlui, que Specklé tenait à sauver par ses travaux; il le dit en termes explicites. Il vouînil à la fois faire une œuvre religieuse et mondaine; Iravailler pour la Jéinjsalem céleste, et pour les villes où l'Évangile et le ciuciiix n'avaient pas encore disparu devant le Coran. Si quelque circonstance devait , en dépit des improbabilités chronologiques, plaider en faveur de la présence de Specklé à l'eipédition africaine de Charles V, c'est bien cette haine indomptée du Mahométan, qu'on retrouve dans plus d'une page de ses écrits.

Dans son .^reAfleefffra il pose d'abord les principes généraux de l'art, puis il passe aux constructions de défense sur les bords des rivières et de la mer , sur les hauteurs et au pied des montagnes; il trace les règles pour la conduite de l'eau à travers les forts; il parle de l'établissement des portes, des ponts-levis, des citernes, des poudrières, et décrit l'artillerie de défense.

Au moment où Specklé fit paraître son travail, le système italien était en usage, système défectueux, en ce que les fossés de défense étaient trop peu garantis. L'architecte-ingénieur de Strasbourg fit cesser cet mconvénient; les fossés, tels qu'il les établit, sont battus et défendus par les canons des bastions à onUhns; mode qui fut adopté par Vauban; du moins Gœhom affirroe-t-il que son illustre rival a emprunté ie système de Specklé , et n'a toit qu'altérer l'épaisseur de l'oreillon.

Une autre réforme radicale , opérée par Specklé dans le système de forlifîcation , c'est d'avoir changé l'emplacement des raveims, qui jusqu'à lui était trop rapproché de la cour-

BIOGRAPUIKS ALSACIENNES.

tinc, aa point d'empdcber que les fossés de la place ne fussent défendus par les flancs. Dans son Archikeknra, 11 prouve jusqu'à révidence qu'à Taîde du ravelin comtruîl et posé» eooune il Tentend , une forteresse devient à peu près inexpugnable.

Je dois abandonner aux hommes de Fart Tappréciatlon complète el détaillée du mérite de Specklé. S'il n a point , de son vivant, fait prévaloir son système dans toute l'Kui'ope, et s'il a laissé cueillir la palme par Vaubnn . c'est (pril était ciilré trop tard dans la caiTièi f, cl que les jn^énieui s. st s coiitrniporains, jaloux, obstinés et ignorants, se niéliaieat systcajatiquemenl du savoir d'un homme qui avait débuté comme artisan, comme architecte, et était arrivé, sans avoir couru la cai'riére militaire, ni assisté à de grandes campagnes, a se Ikîre un système qui heurtait toutes les idées reçues.

Les dessins, les plans, qui accompagnent l'ouvrage capital de Specklé, sont fiits avec une netteté exquise, et ne manquent pas tfun certain degré d'élégance, sans arriver au léché, à la précision des plans modernes.

Poui' lotite personne curieuse d'étudier les anciennes forteresses des Vosges el de laphiino, VArchilecturu de Specklé est un indispensable anxiliaire. Le fort de Lichtenberg, carrément assis sur les montagnes au nord de Bouxwiller, consei've encore des traces nombreuses de sa puissante activité; mais à Strasbourg , Vaubab. et le génie militaire modenie , ont presque partout effiicé son souvenir; sans rinterventioa de la Société pour la conservation des monuments historiques la porte d'entrée du foubourg Blanc disparaissait naguère pour toujours.

La capitale de TAlsace conserve un autre témoin du temps

de Specklé ; et il ne faut rien moins que le voisinage de l'œuvre d'Erwin , pour repousser dans l'ombre une construction , remarquable par sa sobdité, le bon goùf qui a présidé ù son ornementation extérieure, et le bon sens qui a duigé ies dis-

DAHIEL sfxckU. 79

lilbii lions de riiilcrieur de rédifice. Nos lorleurs ont devine que je fais allusion à l'an^nien liôtcl dr ville, saccag-é , en juillet 1789, par des hordes pillardes, mais restauré depuis celte époque.

L'aneien hôtel de ville, avec ses deux étages et ses élégantes croisées , qui laissent circuler largement le jour et la lumière dans les salies; avec sa magnifique porte d'entrée , e^ son ornementation de rarriére-renaissance, rappelle sans effort les palais municipaux des grandes villes flamandes, dont les tendances et les moeurs républicaines étaient d*ailleurs les mêmes que celles des villes libres et impériales d'Alsace.

Mais la véritable gloire de Speckié e^t d'avoir renouvelé pour nos cilés l'œuvre de Helzel , (jui sous les IloiienslaufTen avait, le premier, entouré de mur> les bourgades de la plaine. Si le landvo^^l de Fi édéric II a été surnommé par Scbœpflin le Thésée de l'Alsace, il est permis de revendiquer, pour Speckié , sans trop de prétention , le surnom du Vauban aUaliqne. C'est une réhabilitation un peu tardive; car on s'est contenté jusqu'ici de lui accorder, sur parole, un certain degré de considération , sans se rendre compte de l'étendue et de la qualité de son mérite ^

I. Je «ois moioB teuté d'admirer Speckié oomme clirooiqueur et btolorien, à ea Juger du moins psr la maoiëre dont il racoote le lUi de rinven» lion de rimprimerie. n fait de Outfobeiy, qu'il nomme aimpleatent Jean GeotflelBcb, le aenriteur de Heolel, et alOnno qtt'aprâs avoir volé le aoeret de cet InTottear, Il se serait eaAii à Hajenee» où Je geotilhomme Onltenberg uu Ura parti. Gensfleisch serait mort, frappé de cécité, et Meald aurait terminé ses Jours, consumé par la douleur. Ces iudications ou ces assertions, contmircs aux faits rôel.s, dniiiienf une idée médiocre de la critique de Speckié. — .\o/i omnin possumus omnes. — Le manuscrit de la ctironiqiie fut iiclieté par Osée Schad, diacre de Saint-Pierre le Vieux, des uuiiis de Lazare Zetzner, pour le prix de M Ooritii»; il passa, eu liilâ, aul archives de la ville et de la à la biblLottièquc. Speckié est aussi le premier qai ail Indiqué les mofeas de fliire écouler feaa des terrains liannides {ÀrdUU^ara, p. 70). Il serait donc en quelque sorle rtaventear du drainage.

Sa noble physionomie porte l'empreinte de la réflexion et de Faustérlté. Les épreuves de la vie avaient mûri son caractère en même temps qne son génie ; le sourire du jeune

homme heureux avait disparu de ses lèvres; son large front, sillonné par des rides précoces, semblait ne plus donner asile qu'à deux pensées: faire son salul personnel, • ( abriter ses concitoyens chrétiens contre réveulualité d'une invasion tartare.

Les événements ont^ en partie, donné tort aux prévisions craintives de rarchitecte de Strasbourf^ : les murs de Haguenau, Benfeld , Schlestadt, Ensisfaeim , élevés par M, ont été battus en brèche, et renversés tour à tour non par les Turcs,

mais par des hordes qui se disaient chrétiennes; et qjianl à ses destinées au delà du tombeau, elle est dans les secrets de Didu.

DOMINIQUI2 DIBTBIGH

L'AMMBIBTRB DM ATBASBODBO

V«M »outt9* 1 Ce d'cM ri^ ; Je luia hi l povr «eu l^ir.

POWMSl».

Lorsqu'on parle de haûies traditionnelles et de vengeances accomplies pnr devoir, la pensée se porte involoninirement dans les villes d'Italie du moyen %eou dans les montaj^nes de la Corse. Les factions deFloi encc sont devenues proverbiales, et l'expression même de vetidetta indique l'origine méridionale de ces actes de fureur calculée, qui frappent une victime, uniquement parce qu'elle appartient à une femille ennemie.

liais de semblables faits, quoiqu'ils se présentent moins fréquemment dans le nord de l'Europe, ne sont pas étrangers pour cela é nos annales. Sous une enveloppe diverse, les passions, qui agitent le cœur de Thomme non régénéré, sont les mêmes partout. Je vais initier mes lecteurs dans un de ces drames, dont l'histoire locale de Strasbourg fournira les acteurs.

Dans la biographie de Frédéric de Dietrich, premier maire de Stiiiibourg, fai déjà eu' l'occasion de parler de ses deux aneèlies, tous deux portant le pienom de Dominique; l'un, arrivant fugitif de Saint -Nicolas en Lorraine à Strasbouiig, dans la seconde moitié du seizième siècle, et conquérant un foyer dans cette ville hospitalière; l'autre, petit-fils du premier Dominique, jouani un grand rôle dans les négociations qui précédèrent l'acte du 30 septembre 1681.

l. La biograpliie du maire de Strasbourg a été composée et publiée avant celle de l'ammeistre Dictricli.

filOCltAPHlBS ALSACIENNES.

C'est de l'ammeistre Dominique Dieliich, iic à Strasbourg: le :]0 jnnvier 1620, que Irailera la présente notice. Il n'a point reçu en {mrtage les qualités brillantes de son arrière-petit-ûlâ; mais la place qa*il occupe dans Thistoire de aa ville natale, n'est pas moindre; et sa destinée a été presque aussi tragique que celle du maire de 1790. Dans sa longue carrière, la question confessionnelle se trouve mêlée à la politique; les souffrances du père de fimitUe et du chrétieD, étroitement liées aux persécutions qu'endure l'homme d'État. Je chercherai à expliquer comment il a pu se faire que le citoyen qui a contribué à préserver sa ville natale des horreurs d'un siège, n'a recueilli an fond que l'ingratitude, tandis qne des rivaux, plus heureux, niais mums délicats que lui, ont été comblés de grâces royales.

Les événements, au surplus, racontés sans passion, parleront d'eux-mêmes et fourniront une nouvelle preuve à l'appui du principe décourageant pour le scepticisme historique ou religieux, que la solution do plus d'un problème ne se trouve pas toujours en ce monde;

Le père de Domini{|ue Dietricb (né le 6 septembre i58S*) était commerçant et membre du Comité des XV; il avait épousé une fille de l'ammeistre Meyer, et s'était ouvert, par cette alliance, le chemin des honneurs dans la petite république de Sti-asbonrg^. Il mourut pendant la guerre de Trente ans (le 12 janvier 163!»).

Son fils Dominique n'avait pas encore, à cette époque, atteint sa majorité; mais il était évidemment bien appuyé par sa fhmille maternelle; à l'âge de vingt-sept ans, et simple licencié en droit, au moment où les négociations de Munster et d'Osnabruck laissaient entrevoir une solution pacifique et une ère nouvelle, il épousa Ursule Wencker, la fille d'un ammeistre

1. Il existe une uutc écrite de la maiu même de Domiaîque Didier, le réfii; IL lui rain , qui flic l'époque précise de la oaiwauce et éu l)aptéme de icau Uictricli. Voir Ja [nècc justiOcative.

DONimQVE DIBTRIGH. 83

(le 10 août 1647), menibru des XIII et scoiarque, c'est-ô-dire inspecteur ou directeur de l'université.

A cette époque, au sortir d'une longue guerre qoi avait appauvri toutes les familles, le luxe était chose ineounue et les grands capitaux n'existaient plus que dans les cités commerçantes de lltalie et de la Hollande. Bien de plus curieux que le contrat de mariage de Dominique Dietricb, qui apporte, à litre de douaire à sa fiancée, la somme de deux cents rixdalers, et re<;oil, à titre de dot à verser dans la communauté, la somme de trois mille florins. Mèuie en tenant compte de rénorme différence que deux siècles ont apportée dans les valeurs monétaires, et en décuplant les chMres indiqués» nous n'arriverons qu'à une mise de fonds assez modeste pour Tune des premières fiimâles de Strasbourg.

Mais Dominique Dietrich avait la qualité souvent reprochée aux habitants de la Lorraine : il était économe; il était, de plus, intelligent et désireux de conquérir une place honorable dans la société. En 1654, il fait déjà partie du {^l and Conseil, et monte successivement d'échelons en échelons, aux XXI, aux XV, aux Xlll, enfin en 1 660, au moment où il entrait dans sa quarantième année, il est nommé anmeistre. '

Ainsi, vingt et un ans avant la capitulation, il avait déjà atteint le point culminant des honneurs auxquels il pouvait aspirer à Strasbourg; il était le père de huit enfimts, sans avoir eu jusqu'alors une seule perte à déplorer au sein de cette nombreuse famille; la considération publique l'entourait, et dans les rapports fréquents de la vieille répiibliiiuc i,li aibouigeoise avec les anturités françaises que le traité de Westphalie avait amenées en Alsace, Dominique Dietrich, qui parlait et écrivait avec facilité la langue de son grand-père, servit presque toujours d'intermédiaire; il était , par sa position et ses antécédents, en relation avec le Résident, que le gouvernement de Louis XIV avait établi à Strasbouig, et fot de bonne heure initié dans les intérêts graves et complexes que cette ville,

jetée entre deux puissances hostiles, avait à concilier et à ménager. Le priiicipi^ de la iiouiralilé , autant que le permettaient les circonstances, devint ]>oiir kii, dcj> ce moment, un article de foi ; et si , plus tard, il peiirlia du côté de la France, ce fut évidemment moins le souvenir de son origine première, que rimpéneuse nécessité et une juste appréciation des choses qui décidèrent de son choix.

Dés les premiers froissements entre Louis XiV et FEmpire germanique, la politique de Strasbourg devait forcément consister en un système de bascule, et les chefs de ce petit gouvernement, dans leur attitude vis-à-vis du peuple , devaient souvent avoir cet air gêné et emprunté que contractent les hommes d'affaires, lorsqu'ils sont maîtrisés par des événements majeurs Tm Icr avec autorité au nom d'un grand Étal, c'est chose assez lacilc, et l'ambassadeur ou le ministre d'une grande puissance n'a qu'à mettre dans son rôle officiel un peu de dignité personnelle , pour obtenir d éclatants succès; une position moins enviable est celle de directeur â\m gouvernement destiné à fléchir et même à crouler; ici l'habileté la plus consommée ne parvient pas toiqours à sauver les apparences et à conserver, au milieu des ruines, une attitude nette et décidée. Le peuple , quoique peu diplomate et peu versé en histoire, a le sentiment instinclif des situations politiques ; à Strasbourg, les habitants étaient essentiellement attachés à 1 Ailemajine : langue, religion, mu'urs , liadilious du passé , tout les y conviait; ils devaient surveiller d'un œil jaloux les allures de leurs magistrats, et les suspecter facilement d'être gallophiles , dès qu'ils n'épousaient pas avec passion , à tout hasard, les intérêts de l'Empire. Cette disposition naturelle^ instinctive de l'esprit, explique la facilité avec laquelle un méchant pamphlétaire parvint, déjà dix ans avant la capitulation , à ikusser l'opinion sur le compte de Dommique Dietrich et à ébranler les fondements solides sur lesquels sa fortune semblait assise.

DOMINIQUE DIBTRIGB. 85

Je touche à l'un de ces faits pénibles que l'on aimerait nier, pour être dispensé de flétrir les hommes qui provoquent la vindicte publique, et de blâmer les magistrats qui appliquent sans miséricorde des lois sanguinaires,

Ihins le courant de septembre 1672, la ville de Strasbourg fbt mise en émoi par des pamphlets difAnnatoires , répandus par une main inconnue'; ces libelles contenaient les imputatiotis les plus graves contre le magistral en ^«'néral et Tammeislre Dielrich en particulier. Dans le premier moment^ reflet ne fut point déiavorable aux personnes attaquées ; mais le pamphlétaire anonyme revint à la charge, et cachant son oeuvre démoniaque sous le voile de l'amour de la patrie, il ^ affirma que Tammeistre, adultère et paijure, infidèle dans la gestion des deniers publics, était sur le point de livrer Strasbourg à la France. Pour donner plus de crédit à son dire calomnieux , il répandit sous main le bruit que le stettmeislre Bemold lui-môme était l'auteur de ces écrits, et dévoilait, par cette voie détournée, ne le pouvaul d'une manière directe, les trames de son collègue.

L'ammeistre Dietrich, si méchamment diffamé et dédaignant de réAiter des faits absurdes, que sa vie tout entière démentait, Dietrich perdit du terrain; la considération publique qid Tavait presque entouré d'une espèce d'auréole, s'amoindrit, puis s'éclipsa; de fait,, se disait -on, pourquoi Dietrich, Français d'origine et descendant de parents catholiques, ne serait -il pas tenté de trahir une ville allemande protestante, où il n'a pas t^ncore jeté de très-profond^'? l acines?

Le magistrat de Strasbourg prit fait et cause pour l'amroeistre outragé; il convoque les citoyens par tribus, fait démontrer dans ces assemblées l'inanité des libelles et promet cinq cents rixdalers /le récompense à qui découvrirait et dé- . noncerait le pamphlétaire.

1 . Quelques circouittaoces de ce fait odieux sont empruutées au récit de Frieâe et de Strobel.

BIOGRAPHIES ALSACIElVflBS.

Mais pas un indice m trahit la soiiflc de ces calomnies. L't'ftbrvesceiice publique augmentait; déjà la trahison de Dietrich semblait un fait accjuis; pou s'en fallut qu'une émeute ne vînt prouver au gouverneraent de Strasbourg à quel poiut les espnts étaient exaspérés.

Ud incident fortuit vint mettre au jour la véritable cause de cette odieuse Intrigue. Dans le courant de janvier 1673, la servante d'une brasserie , située dans le quartier de la Krutenau, fat chaigée par ses maîtres de reconduire , une lanterne à la main, Fun des habitués de ce lieu public, le docteur George Obrecht , qui s'était attardé. En passant devant la maison du stettmeistre Bernold , cette pauvre fille , qui marchait à quekiues pas en avant , crut entendre la chute d un paquet de papiers sur le pavé ; elle se retourna et dit au sieur Obrecht : « Monsieur le docleiir , vous avez laissé tomber une lettre. » — t Vous vous trompez , ce n'est pas moi,» répliqua le docteur* La servante, congédiée à la porte du sieur Obrecht , suivit, pour rentrer chei ses maîtres, les mêmes rues qu'elle venait de traverser ; poussée par une curiosité pardonnable , elle ramassa le paquet jeté on tombé devant la maison Bernold. Le contenu était en langue française; elle remit le tout au maitre-brasaeur, qui reconnut, non sans efih>i, que c'était un pamphlet de la même nature que ceux dont on se préoc^ cupait depuis six semaines. « C'est une bien méchante lettre , que vous me donnez là , i> dit le brasseur à la servante interdite ; < vous mentez en afiirniant que vous l'avez ramassée dans la rue ; elle peut vous coûter la lèlo. » La malheureuse persista dans son dire; elle fut renvoyée de la maison.

Le brasseur, quoique parent éloigné d'Obrecht, se crut obligé de remettre le pamphlet entre les mains de iWmetstre Dietricfa, qui questionna la servante et provoqua une confrontation de ce témoin avec le docteur Obrecht ; ce dernier opposa la dénégation la plus vive è ce témoignage qu'il appelait calomnieux ; mais la servante ne se montra ni intimidée , ni

DOUmiQDB DIBTRICH. 87

passionnée ; elle persista dans sa première déposition. L'ammeistrc Dietrich la fit niellrc en état d'arrestation et consigna le docteur Obrecht dans le bàtinieiil du n i! nual des lulelles... Le junscun.>tjll(' joiussail à Strasbourj^'^ d une assez niativaîse réputation : inti ii^niut, dépensier, pèie de onze enfants et sans fortune, il faisait fièclie de tout bois, plaidait toutes les danses véreuses et usait de moyens peu délicats pour faire t une bonne affaire t. Tout récenunent, J'ammeistre Dietrich avail fait casser judiciairement un testament qui contenait un legs considérable au profit d*Obrechl. La rancune de IVocat outragé fut profonde; mais le moyen dont il usait pour se venger de l'un des efaei^ de la République, était dangereux; la loi prononçait la peine de mort avec des raflîiiemenb LarLares contre le difl'amateur - pamphlétaire. I! n'était guère probable qu'un homme vei-sé dans l'étude dei> lois locales se laissât aveugler à ce point i»ar la haine et courût le risque d'une poniiion capitale» pour le seul plaisir de vexer un eunemi puissant.

Le docteur Obrecht , fort de ce raisonnement, que pouvait fiiire le premier venu, continua à se dire la victime ou d'une odieuse calomnie ou d'une ballucioation, à laquelle la servante avait été en butte. Hais Fammeistre Dietrich devinait instinctivement son ennemi; toute la honteuse carrière d'Obrecht était dévoilée devant lui. Irrité de voir une fille innocente, dont les dires purlaient le cachet d'une entière ï>iuct rilé , compromise par un drôle audacieux, il fil transférer l'avocat inculjc d ins la prison de ville. Cette seule démonstration suffit fN.uji li iubier le coupable. On avait remis entre ses mains un exemplaire du Nouveau Testament; il ouvrit les Actes des apôtres, la conversion de saint Paul (chap. 9 des Actes) frappa ses esprits et opéra dans son cc^ Tune de ees émotions soudaines qui tiennent du miracle, mais qui sont plus fréquentes que ne le pense un monde frivole. George Obrecht demande i ftire des aveux: c H est le seul auteur des pamphlets répandus depuis

88 BIOGIUl»lUfiS ALSÀU£MI£S.

décembre 1672; H supplie le magistrat d'être indulgent; une haine atroce Ta égaré ; il se repent ; il recommande à la Tille

sa femme et sa nombreuse famille. » Mais le tribunal demeure inexorable; la ville entière avait été induite en erreur; un ammeisli-e , la gloire de la Képublique , avait iuiili perdre une bonne réputalion , acquise par une vie sans tacite ; une ûlle innocente avait été emprisonnée et avait couru le risque d*une gra?e condamnation ; on crut qu'il fallait user de rigueur et statuer un exempte. Obrecbt Ait condamné a avoir la main droite coupée, puis à être décapité et son cadavre écartelé. Lecture lui fut donnée de cet arrêt barbare le 7 février 1873.

L'amroeistre Dietrich intervint avec le ferme désir de le sauver ; il u'ubtinl qu'uiu' rt'ductiuu de la peine. Le trihunal eiiijiinel fit îrri^ce au condamné de la mutilation préliminaire et de la slupide vengeance destinée à flétrir le corps du supplicié. Si le malheureux Obrecbt avait, dans le cours de sa vie , mérité plus d'une punition pour dos actes que réprouve l'bonnêteté la plus élémentaire , si le fiiit d'une diffamation raffinée devait lui valoir une peine correetionneUe assez forte pour lui fiiire passer i jamais Tenvie de recommencer « il est hors de doute que la peine capitale n'était pas applicable à son délit , et que le souverain collectif de Sti^asbourg devait commuer la punition au risque de lorlurci- la lui. Les effroyables détails de l'exécution d'Obrecbt donnèrent i ubienienl tort à des juges , qui assumaient en cette circonstance sur leur tête une responsabilité analogue à celle qui pèse sur la mémoire de l'inquisition de Venise.

Obrecht prouva le profondeur de sa conversion en marchant avec sérénité vers le lieu du supplice. Cependant il laissait sur cette terre » et au milieu d'une population irritée contre lui , une veuve et onze enfants : il la confiait au père de tous les orphelins. Il questionna le bourreau sui^ la manière de se compor tel poui' lui faciliter sa terrible lâche; ce fut précisément ce calme inusité du patient qui troubla l'exécuteur

Digitizeci lj ^oogle

des hautes œuvres. Obrecht s'était agenouillé et attendait le coup fatal; le bourreau tremblant frappe, non le cou, mais le milieu de la tête. Obrechl, torturé, se roule par terre, en poussant des cris de douleur. Alors le bourreau s'approche,

s'enipare du malheureux supplicié, et pour l'achever mais

ma plume se refuse à tracer ces horribles détails; à deux siècles de dislance, un frisson de lerreur parcourt mes veines et alterne avec la fièvre de Tindignalion , à penser que Je pavé de ma ville natale a été ensanglanté légalement par une scène erapnmtée aui procédés sauvages de l'Orient et de la Numidie.

De ce jour, le bonheur tourna le dos à Tammeistre Dietrich; non qu'il eût assumé sur sa tète la responsabilité de la condamnation si cruellement subie par son ennemi; tout autorise

à croire qu'il déplora du fond de son cœm* la rigueur inusitée du tribuual, ijui se constiUiail le venjreur de l'un des chefs de l'État. Sans avoir à ce sujet des données précises, je suis convaincu que la protection tutélaire de Dominique Dietrich et de ses collègues couvrit les enfants du supplicié; mais une loi mystérieuse et fatale rè^h la destin r''^ des familles comme celle des nations. Dominique Dietrich expia par des malheurs inouïs le tort de n'avoir pas, dés les premiers indices, jeté le voile de l'oubli sur les méfaits d'un ennemi per aonnel. 11 fallait pour cela une vertu surhumaine, il fallait le courage de braver l'opinion publique , et Dominique Dietrich ne parvint que plus tard A conquérir cette force d*éme et cette farmelé de croyance qui ont fait de lui un véritable martyr.

I.e supplice d'Obrecht fut, sinon oublié, du moins bien vite relégué sui- l'arrîère-plan; car, au moment même où il expirait, les affaires publiques prenaient un aspect de plus en plus grave. La guerre de Hollande avait éclaté; i Europe allait s'immiscer dans la lutte entre Louis XIV et les États généraux : l'Âlsace était destinée à devenir le théfltre , sinon principal , du moins partiel de ce grand conflit, et la ville de Strasbourg, prise

90 BIOGRAPHIES ÀLSACIEKMES.

entre les deux parties belligérantes , comme dans un étao, semblait dès ce moment ne pouvoir sortir saine et sauve de

cette compression que par un miracle.

Le miracle ne s'opéra point, et Strasbourg, après huit oii lUMil années d^hésilations , de pourparlers, de faux-fuyants, de rompîaisances foi'cées, tantôt pour la France, tantôt pour l Empire , Strasbour^^ finit, de frnf^rro lasse, par se jeter dans les bras du plus fort. La capitulation de Strasbourg est un fait assex simple; elle s'explique par la force des choses, seulement il Allait une habileté peu commune pour l'obtenir aussi favorabre, d'an vamqueur peu habitué à ménager les Mbles, et pour y aboutir sans exaspérer une population soupçonneuse.

Mais avant de raconter les circonstances dernières qm' ont amené ce résultat et de dire la part que prit Dominique Dietrieh aux négociations officieuses et officielles , je ne puis me (lis|i( nser de faire récit de celle époque intermédiaire qui s écoula entre la mort de (reoi Obrecbt (1 fi73) et la paix de Nimègue (1679), dernier répit dont profila Strasbourg , la cité républicaine , pour maintenir encore un peu son existence seinlisant indépendante. Cette agonie a été longue et pénible outre mesure; car elle commence de fait avec la paix de Westpbalie; c'est plus d*un quart de siècle» ce sont trente-trois années bien comptées (1648 à 1681). Tonte la carrière active de Dominique Dietrich tombe dans cette époque de transition afRigeante ; son enfonce et sa jennesse sont contemporaines de la ^nierre de Trente ans; les tortures de sa vieillesse coïncident avec la révocation de l'édit de Nantes et le ravage du Palatinal. Il n'a pas eu d'autre répit dans sa longue existence, que les années qui s'écoulèrent entre son niai'iage (1Gi7) et la mort de sa jiremière femme (1662). C'est la période ascendante pendant laquelle il monte de grade en grade jusqu'à la dignité suprême.

J'ai déjà indiqué que Dominique Dietrich était et devait être

fiOmiflQirB DIBTBIGR. di

aussi long-temps que possilile le pai li.^an d'une sf^i ieuse neutralilé. Mais ce paliadinm de l'indépendauce slrasbourgeoise courait chaque joui' <\i' [luiivi itnx risi]u» .s, L'Empire disait à la ville : Vous nous appartenez ; le traité de Westphalie n'a rien changé à votre situation antérieure ; tous les précédents historiques et juridiques tous lient à l'Ëmpire ; c'est à lui que vous devez, en toiit état de cause, aide et obéissance.

Strasbourg répondait à l'Empire : Protèges -nous ! nous sonunes vos enfants! soyes en tout état de cause notre défenseur pateniel !

La France disait è Strasbourg, lorsque les années touchaient aux portes de la ville : Prenez garde de ne point favoriser l'Empire h nos dépens ; je veux bien respecter votre neutralité, mais il faut qu'elle soit sincère; sinon , je brûle vos vilinfjes, j'arrête vos bateaux sur le Rhin et vos convois de marchandises sur les granrles routes; si vous poussez trop loin votre partialité envers l'Autriche, le Brandebourg ou le Palatin , je tâcherai de vous prendre vous-mêmes, et ce sera chose facile.

Strasbourg, en lace de la France, aussi longtemps qué ses bataillons vainqueura étaient dans le voisinage immédiat de la ville, Strasbourg se fiiisait humble et suppliante; elle affirmait qu*e]le ne donnait rien aux généraux de l'Empire, tout au plus

quelques légumes verts et de bonnes paroles.

Mais la France n'était point dupe; elle envoya, à partir de 1060, dans les nim> de Strasbourg une série de résidents, tous habiles et rusés , ne se payant pas de promesses et rrlevanl avec amertume les moindres infractions au système des neutres. Dominique Dietrich, qui était ammeistre régent, prévenait les froissements; il parlait avec art et interprétait on adoucissait les ^ts; sous les dehors d'une parûiile bonhomie, il se maintenait dans une réserve prudente. Le premier envoyé de Louis XIV avec lequel il se trouva en rapports, fut Frischmann (père), qui annonça la naissance d'un dauphin

92 BIOGRAPHIES ALSACIBNNBS.

(1661). A cette occasion, la ville donna de grandes fôles; mais, pouc rétablir la balance, quelques années plus tard, lors de la naissance d'un prince uiipi lial. on se mit aussi en frais de ngouissances , de teslias, de Te Dcuni et d'illuminations. Pour peu que le peuple fût disposé à raisonaer , il de* Tait se moquer de ces actes de courtisans ou les critiquer amèrement.

En attendant, pour être prêt à toute éventualité , le magistrat avait Ait réparer et agrandir les fortiflcattons (1668 à 1671)

et augmenté la garnison. Malgré des forces trés-respeetables*,

on laissa incendier (le 14 novembre 1672) le puni du llliin par des brûlots que le gouverneur français de Brisach avait fait préparer cl qu'il avait lancés en aval du fleuve, remorqués par des bateaux qui contenaient des soldats et des bateliers décidés à tout braver. A Strasbourg on sonna en vain le tocsin d'alarme, lorsque le désastre était consommé. Aux plaintes fondées que la ville fit parvenir à Louis XIV , le monarque répondit : c Qu'on me sache gré d'avoir détruit le pont. Les troupes de Brandebourg ne pourront venir ravager les environs de la ville! ï> C'était ajouter l'ironie à la violence. Un pont volant rétablit la communication mierceptée; Kehl fut iraniédialemciiL entourée de paiissades et flanquée de d»'n\ bastions; un Blockhaus fut construit près du passage du Khin; puis la ville rétablit le pont même malgré lopposition du gouvernement français. Le magistrat de Strasbom^ crut devoir recourir à l'appui de l'empereur Léopold; Sa Majesté Impériale renvoya la demande de secours au directoire de l'Empire à Mayence; c'était se déclarer incapable d'arrêter les projets du monarque français. Aussi la ville de Strasbourg, intimidée par rari pstiiti 011 de ses bàlimenls marchands au passage de Philippshour^', se hâta-t-elle de défaire le pont de Kehl à peme réubli (avril 167^).

1. 1,500 homoies de gwnlMMi toiise indépendamnient de la roOice hmtgeoise.

Pour le coup , l'exaspération fut gi ande parmi le bas peuple; uoe bande d'émeutiers se porta devant la maison de l'ammdstre régent (en ce moment le sieur Wencker), qui fai obligé de se barricader ; de sa forteresse improvisée il donna de bonnes paroles aux mécontents , qui allèrent exbaler leur mauTaise bumeur devant la maison du résident français, et se portèrent ensuite sur les bords du Rhin , probablement avec rintention d'incendier le pont volant ; ce bac se trouvait , à leur grand déplaisir, amarré sur la rive droite ; lorsque la bande des énjeutiers voulut rentrer dans les murs de la ville, elle trouva les portes fermées ; le commandant de la garnison avait pris des mesures de défense. Leurs camarades de 1 mtérieur, ne pouvant forcer les postes , cassèrent les vitres de la maison du résident français, et de firackeohoffer, membre des XV. Ce fut là le terme de ces démonstrations. Le résident Fleischmann porta ses plaintes devant le magistrat, et obtint une satisfaction partielle; deux soldats, convaincus d'avoir tiré des coups de fiosil contre la maison du représentant de la France , furent emprisonnés pendant un mois , puis attachés , en public, une main et un pied en Wni au nioyen d'une chaîne de fer. Ce supplif r hai bare, qui [)ouvait coûter la vie aux coupables, parut suliisant à Fleischmann; il déclara satisfait et écrivit daus ce sens à M. de Pomponne. (Kentziuger, 1. 1, page 347.)

Cette même année (1673) Louvois vint faire en août une visite à Strasbouiig; on le reçut avec de grandes démonstrations de déférence; le ministre redouté d'un monarque toutpuissant venait évidemment inspecter la forteresse, qu'il comptait bien, à la première occasion fiivorable, prendre au nom de son roi.

L'année 1674 fut néfaste entre celles qui précédèrent la reddition définitive de la ville. C'était le moment où l'empereur d'Allemaofne entrait en lice pour soutenir les États généraux de Hollande. L'armée de Turenoe descendit en Alsace; et

bientôt ce grond guerrier vint lui-même camper dans la Koberlsau. II s'agissait ponr hù de s'emparer de gré ou de force du passage de Kehl. Cette fois, Strasbourg, sommée de livrer les forts du Rhin , fit bonne contenance, elle reaToya le résident Fleîscbmann , le drapeau rouge fut arboré au haut de hi cathédrale; le tocsin appela les citoyens aux armes, et k milice boui^feoise se réunit â la garnison pour défendre ses , foyers menacés. La redoute du péage du Rhin se défendit vaillamment contre un corps de troupes du marquis de Vaubrun ; et puisqu'on avait laiiL lait de l ompi t! le j)i lijcijie de la neijlralitr, on rélalîlit ;iiissi le punt duUliiii, el un nj»pela le secotii s. des Impériaux qui i iiirèrent dans la ville , et se répandirent dans la campagne d'alentour (septembre 1674). Sur tous les points de i'horizoo, les villages incendiés par incurie ou par vengeance annonçaient aux citadins et aux paysans, réfugiés dans Tenceinte de la ville, Tinvasion de la guerre avec tous ses fléaux. Bientôt la cherté des vivres se transforma en disette; les maladies pestilentielles décimèrent les populations rurales et urbaines, la garnison de Strasbourg et les armées. Après la bataille d'Entzheim (i octobre) où Turenne parvint à arrêter les Impériaux (pii voulaient pénétrer ea Lorraine, les campagnes su trouvèrent si bien ravagées, que les troupes allemandes, pour subsister, se replièrent sur le liaul-Uhiu , et que Turenne prit poste à Dettwiller.

Je n'ai point à raconter ici les détails de la marche du maréchal, qui, passant sur le revers occidental des Vosges, et traversant la Lorraine, rentra par le col de Bussang en Alsace, où il prit à revers Farmée de TEmpire. Cette manœuvre hardie, couronnée par la bataille de Tûrckheim (5 janvier 1675), décida la retraite définitive des alliés. Strasbourg revint au système de la neutralité enfreinte pendant un moment ; le gouvernement français avait d'ailleurs fait les premières ouvertures pour amener une réconciliation; le magistral décidn (pie dorénavant le passage du Rhin serait interdit aux deux parties

DOMLMQUE DiETRiCH. 95

belligérantes, et se déclara prêta renvoyer les ironpes des eerclea, pour les remplacer par des auiiliaires suisses. Le résident Trémont d*Ablaocourt vint occuper l*h6te] Fleischmann. Littfluence de Dominique Dieirich triomphait de nouveau dans les conseils de la cité.

A côté de hii commençait à s*é1ever toutefois , dès ce moment, une autre noiabililé locale. Le syndic de la ville, Gùnlzer, homme hahilfî et prévoyant, et possédant, comme Dieirich, les deux langrut s, presseatail que la France sortirait triomphante de celte lutte, et finirait par arhorer le drapeau blanc sur les remparts de Strasbouiig. £a mai 1675 , il eut l'adresse de se faire donner une mission auprès de Turenne, qui tenait alors son quartier général à SchlestadL Que se passa-t-il dans cette entrevue? Nous l'ignorons; mais ce qui est certain, c*est que Gûntser rapporta la parole du maréchal que, de sa part, la neutralité serait respectée; de fait, elle profitait surtout à la France.

L'empereur le sentait parfaitement; dès le mois de mars, il avait écrit une lettre sévère, mais déraisonnable, à Strasbourg et aux dix villes de la préfecture de Ifaguenan ; il leur reprochait de dontu-r des vivres à l'ennemi dans un inomenl où cet ennemi occupait sans contrôle presque toute l'Alsace. Montecuculli , le général des troupes de l'Empire, campait à WiUstett sur la rive droite du Rhin. 11 avait réclamé en vain le passage du Rhin, puis il s'était contenté de venir seul à Strasbourg jeter un coup d'ceil sur les fortifications.... Bientdt après, il eut à tenir tête à Tùrenne, qui s'était porté sur la rive droite par un pont de bateaui jeté sur le Ittun entre Rhinan et Plobsheim....

Il ne m'appartient pas non plus de redire, dans celte esquisse biographique d'un magistrat de Strasbourg, les savantes manœuvres du maréchal Irancnis, qui tomba, frappé à moit à . Sashach (le 27 juillet 1075), au moment où il allait teniiiiier la campagne par un coup d'éclat. L'armée française , privée

BIOGRAFHIBS ALSACIBlflIBS.

de son iiiustre chef et commandée par deux généraux qui se jalousaient mutuellement (Vaubrun et Deloiiges)» se replia; le cereuefl de Turenne passa le Bbin , et les troupes qu'il avait naguère conduites A une victoire certaine le suivirent sflen* cieuses et consternées. Montecuculli vint camper à Kehl, et fit recevoir A Strasbourg ses soldats blessés.

C'était de la part de Strasbourg, dans l'espace de moins d'un an, une seconde infi-action au principe de la neutralité. On alla saluer Montecuculli à Kehl. e( Un ouvrir le passage tlu poot Si je me résigne à monli cr à nu cette conduite sans dignité, c'est qu'il ne m'appartient pas de voiler les faits, quelque désavantageux qu'ils soient pour notre citél... Mais ces ibits doivent servir à mettre en relief la nécessité fiitale où se trouvait en fin de compte Strasbourg, de baisser la téte devant le vainqueur, à moins d'aspirer â la gloire de Sagonte.

En automne 1675, lo prince Louis de Condé vint prendre le commandement de l'armée, veuve de Turenne. C'était un digne successeur du héros, dont la mort prématurée avait plongé dans le deuil la Fmice entière, et arraché, non des larmes, mais quelques témoignages de sympathie officielle à l'impassible demi-dieu qui ti'ônait â Versailles.

HontecucuNi reçut Tordre du cabinet de Vienne de se re* plier vers le.Palatinat. On peut juger de l'empressement de Strasbourg à apaiser, autant que possible, celui qui restait maître du terrain. Déjà le SI août, dans une séance du grand conseil, le syndic Fried avait cru devoir appelei l'attention du gouvernement répuldicam sur la possiiulilé d'un conflit, dans les murs mêmes de la ville, si des soldats français et impériaux venaient à s'y rencontrer en qualité de visiteurs. Triste et bumiliante situation des faibles, qui se rendent compte de leur détresse, sans pouvoir y remédier!

L'année 1676 se passa pour la ville sans incident majeur. Le résident Verjus avait demandé la démolition du pont du . Rbin, mais le magistrat s'y était refusé; il avait même accordé

Digitizeo lj oOOgle

DOMINIQUE OIETRICH. 97

Je paasage du potii run Impériaux (le 10 juin), et un an plus tard, en juia 1677 , le duc de Saxe-Weimar-Ëisenach avait fait suivre cette route à ses troupes, sans s'arrêter aux remontrances de Strasbourg, qu*intimidaient les menaces du général français (Montclar). En septembre, après le combat de Willstett, le duc de Saxe vint se réfugier sous les batteries de Kehl et dans la prrande ile du Rhin. La position de Strasbourg se compliquait d*' plus en plus; le peuple, allemand de cœur, et exaspéré eonti e ses chefs, voulait les forcer à se déclarer une bonne loi:: conUc les Français qui rava^'eaienl en ce moment les bailliag^es de la ville. Le magistrat se vit obligé de donner une sauvegarde au résident Dupré, menacé par la fureur populaire qui avait débuté par la démonstration habituelle contre les fenêtres de l'envoyé français. Voici en quels termes cet agent avait rendu compte à son gouvernement de Fagitation de Strasbourg: cLes alfeires de la ville sont brouillées, parce que les troupes du Roi ont fourragé et piilé Wasslenheim; la population, excitée par tes commissaires (impériaux), veut forcer le magistrat à rompre la neutralité. Les affaires de Sa Majesté n'en soulliii ont pas; je ne vois pas ce que ces gens pourront faire de plus que ce qu'ils font pour les ennemis. »

Dupré fut remplacé le 27 février 1678 par M. de Laloubère, dont l'arrivée est annoncée par ime lettre royale où Louis XIV parle en souverain maître: «Nous verrons avec plaisir que votre conduite réponde dans les occasions à la bienveillance que ncus conservons pour vous.» (Voir Goste, Preuves, page 89.)

En accréditant M. de Laloubère à Strasbourg, au moment décisif de cette lutte prolongée entre la France et TEmpire, Louvois comptait évidemment sur l'habileté du nouveau résident, dont la correspondance, publiée par M. Coste, révèle les embarras cioissants de Strasbourg et l'attitude de Dominique Dietrich au milieu de ces conjonctures délicates.

C'efil avec lui que Laloubère s'aboucbe de préférence. «J'ai I. 7

98 BIOGRAPilIBS ALSACIIimCS.

donné ma lettre de créance cl parlé plus de deux heures, en allemand, au chef du Conseil, qui est Tamnieislre Diett ich, € homme d>esjprU et de réputaimi. » (Lettre du âl mars 1678.)

Dans celte mdme lettre, Teavoyé de France aflirme c qu*tl n'y a pas encore un seul homme de gagné dans l'année ennemie, ni dans la ville;! il voit cque cela est difficile à foire, et qu'il en coûterait cher! > — c Ce poste-ci est d'une grande fatigue; qu'un seul honinic n'y saurait suffire. Il faut voir du fiioiide, et il faut b<'aucuup écrire, et quitter la besog-ne pour le premier bourgeois (jui a un pas&e-port à demander...»

... «L'ainmuislre ou consul régent de cette ville, qui se nomme Dietrich, a un valet suédois, ami de mon laquais; j'en tirerai quelque chose... C'est de là que j'ai su que l'empereur paye deux cents hommes de la garnison de cette ville, sous le titre de dédommagement. . . i

Noos apprenons par cette même pièce qui contient en somme peut-être la révélation la plus curieuse de cette inapprécialilf correspondance, que tles yi us bourgeois sont français, mats que les auli c6 gardent les choses de la ville... a que t M. de Uann, grand bailli de Hanau, qui a servi treote-six ans en France, et qui a bien aidé son prédécesseur Oupré, en fera autant ponr lui. i

Quelques jours plus tard, M. de Laloubére rend compte d'une conversation qu'il a eue avec la noblesse de la Basse- Alsace; il la traite avec le souverain dédain d'un agent qui tient le dernier mot de son gouvernement, et qui respecte à peine les convenances. Les nobles alsaciens descendants ou parents de. ces dynaste.s rpii marchaient de pair avec les piiiincs souverains de l'Empire germanique, insistent sur leur imraédiateté et leur neutralité, «ie crois, leur dit -il, que des gentilshommes, qui tiennent des ûefs du Roi, lui doivent autre chose que de la neutralité.» — Les nobles d'Alsace protestent, en affirmant que beaucoup d'entre eux n'ont ancun fief du Roi. — On ne sait, en vérité, ce qoi doit, dans cette entrevue, inspirer

plus d*étoiineiiieoi, routrecuidance de l'envoyé francs qui ignore les premiers éléments du traité de Westphalie, et la position que cette convention internationale a faite & Fancienne

noblesse tl'Alsact', ou la bonhomie de celle noblesse qui cherche encore son point d'appui daus la lenoni- d'un traité que le majlre des destinées de l'Europe allait mlcrpréler à sa guise par les Ghambrea de réunion.

Dans le même rapport à son ministre, M. de Laloubère ajoute qu*il a eu, le â a?ril, une grande eonTersalion avec rammeistre Dietrieh. <(7est un habfle homme, et assex poli, et pas méchant, ce me semble; mais messieurs de Slrasbouiig craignent TEmperenr, et point do tout le Roi. t — Cette dernière assertion est on cuntradiclion rormollc avec d acUvb comptes rendus du même agent; un dirait qu'il veul uriler Louvois conlro lo gouvernement de Strasbourg, ou que c'est une lettre destinée à être mise sous les yeux du Roi, pour le pousser à un parti extrême. Laloubère était courtisan, et savait de quel point de rhorizon souflOait le vent.

A la date du 7 avril, H. de Laloubère adresse à Louvois un nouveau rapport sur une conversation qu'il vient d'avoir avec Doroiniqu'e Dietrich. (Cosio, Preuves^ page 45.) L'attitude de l'auinieistre régent est celle d'un homme qui voit les nuag-es s'amonceler sur l'horizon de Strasbourg, el qui sent la fatalité peser sur les affaiies de la ville. Il cherche avec beaucoup d esprit <à donner le change à son interlocuteur; à toutes les plaintes du résident, il a des répliques et des excuses toutes prèles; mais comme il se trmive en face d'un diplomate consommé qui rétorque tous les ai^piments, Dietrich finit par soupirer, par hausser les épaules; avec un grand air de franchise, il remercie le résident des avis charitables qu'il lui donne, et dont il se serait bien passé.

— 'i Songez, lui dit-il, que nous sommes État de l'Empire, que nous ne pouvons refuser aux impériaux les choses dont vous vous plaignez. >

iOO BIOGHAPUIES ALSACIENNES.

— «(Test de ce que ?ou8 agissiez en État de l'Empire que je me plains, > répond Laloubére.

Dietrich, pour expliquer la position ambiguë de Strasbourg, cRe Texemple de Téleeteur de Hanovre, cqui avait donné sa

coUc {sic) à l'armée de TEnipii c, et qui avait néanmoins une pension du lUii de France comine neulre.»

L'agent fronçais rt''[)ond : «îl y a cii cela une grande dillérence... Monsieur de Hanovre a imc bonne arméel»

On croit voir le sourire insolent qui a dû accompagner ces paroles de M. de Laloubére, et servir de commentaire muet, mais éloquent, à cette apothéose cynique de la force matérielle.

Le langage diplomatique du résident de Louis XIV, traduit

en slyle vulgaire, aurait été formulé ainsi: «Vous n'êtes que de |»auvres petit> i)ourgeoi8 (M. Diipré et les aiilreb; [)rédécesseiii s de M. de Laloubére les ap()elaient sans deguisenieut de la canaille); si nous usons de quelques ménagements, c'est que nous ne sommes pas encore malfTes complets du terrain; mais laisses venir une bonne paix, qui écarte les derniers bataillons de l'Empire, et nous vous donnerons des leçons de neutralité. »

n s'applique au surplus à persuader ofl^llement à Dominique Dietrich que le Hoi n'en veut pas à TAllemagne, mais simplement aux Pays-Bas; puis il insiste sur la nécessité de s'abstenir de toute faveur à faire aux aimées impériales... «Ne trouvez pas étrange, ajoute-l-il, que M, le maréchal (de Créquy) vous traite de même, et vous pince quelquefois... >

Dominique Dietrich comprend tout le poids des paroles du résident; cjamais Strasbourg n*a eu le dessein d'offenser le «plus puissant Roi du monde, devant qui il n'y a plus de «grandes ni de petites places...»

«Nous nous séparâmes fort bons amis, ajoute Laloubére, après une conversation de deux heures , moitié ii aiiyaise, moitié alleniunde; et il est venu aujourd'hui me faire un hon-

DOMINIQUE DIETRICH. iOi

neur que mes prédécesseurs n'ont jamais reçu, à ce que les gens de céans m'assurent...!

Dans le courant du même mots d'avril, et dans les premiers juur> de mai, M. dp Laloiibèrp, pour donner plus de poids à ces paroles ollicit usos, rvnn'l luie <,éiie de iiiéniuire.s officiels à messieurs de la république de Strasbourg. Ce sont de véritables notes diplomatiques très -sévères, très - catégoriques , dont les éléments ont été évidemment fournis par Versailles. Laloubère enveloppe ces remontrances dans quelques phrases bienveillantes A l'adresse du personnel de la magistrature strasbourgeoise; mais au fond, ce sont les leçons données par un maître sévère à ses disciples indisciplinés :

«Ne livrez point aux ennemis de Sa Majesté vos magasins, ni de <|uui mettre en sûreté ses bateaux, ni des équipages de guerre; ne lui prêtez ni vos moulins, ni vos fours; prenez-y garde, M. de Gréquy (qui commandait alors en Alsace) a Tordre de vous surveiller. Sa Majesté fera' moins attention aux réponses que vous me donnerez, qu'à la conduite que vous tiendrez; "vous avez moins ft consulter sur vos paroles que sur vos actions...»

«Toutes les fois que vous vous montrez un peu partiaux pour les ennemis du Roi, vous blessez le Hoi; et c'est chose assoi délicate de savoir au juste jusqu'à quel point li voudra souffrir d'être blessé. »

ici la menace est si peu déguisée , que Strasl)ourg, dés ce moment, devait sentir la pointe du glaive toucher les cheveux de sa téte.

Dans un autre mémoire (du 25 avril), le résident se plaint d'une députation que la ville de Strasbourg, sans le prévenir, avait envoyée au doc Charles (V) de Lorraine, commandant

une partie des armées de rKm|)ire; et dans une troisième note, il chorclip à démontrer à la ville que l'Empire fait tout pour la compromettre, el rien pour la sauver. Ceci u'élail plus de la diplomatie^ mais l'exacte vérité.

Pendant cette année mémorable de 1678, StrasbouiY courut, en effet, de grands dangers, par suite de son attitude, cette fois plus prononcée en foveur des Impériaux. La ville avait, au moment de Touverture de la cani)>agne, à peu près dix mille hommes de garnison* en y comprenant la milice boiir^^eoise; des arsenaux parfaitement fournis, et des magasins bien approvisionnés au puiul tl< pouvoir ravitailler tpialrevîngt mille hommes. Mais, conime diiiis les campagnes précédentes, cN'tiiit moins la ville que les forts et le passage du Rhin, qui préoccupaient les généraux des deux armées ennemîes. On consentait à respecter, de part et d'autre, la neutralité de Strasbourg, pourvu qu'elle voulût livrer le pont et les bastions qui le défendaient.

Le duc de Lorraine et le comte de Koenigseck étaient établis en été entre Offenbourg et Kehl; le marquis de Gréquy, venant du Brisgau, prétendait enlever le pont. Lorsqu'à la date du 24 juillet 1678, le baron de Nontclar se présenta devant le fort (le Kehl, qu'il somma de se rendie , dt^s pum jj.uiers s'étalilirenf entre le général fram-ais et un secrétaire -greffier de la villt', t'fivoyé auprès de lui. On iw parvint point à s'eutendre; M. de Laloubére lit à la hâte ses paquets, et quitta Stiasbourg.

Huit cents hommes occupaient le bastion de Kehl. L'ammeistre régent, pour encourager cette petite garnison, se transporta sur les lieux; peut-être espérait-il reprendre les négociations; mais il était trop tard; Tordre de livrer Tassaut était donné; la milice k la solde de Strasbourg se défendit vaillamment; deux cent cinquante hommes (}e tiers de la garnison) avaient déjà succombé, et Simmler, le commandant suisse, avait été fait prisounit i sur la hrèclie, lorsque les Frani;.ais impétueux pénélrèi ent dans l'intérieur du fortin. Les survivants jiarvinreol à se sauver eu partie. Domuiique Dietrich revint avec

1. Troi« mille Impériaux, dooze eenU Suisse» et six mille bowYeoii.

DOMIRIQUB OimiCH. 408

eux en ville. Il pouvrnt (Iik', après avoir dirigé pendant deux jours cette défense ol)slinée contre des soldats de l'armée de Turenne et de Condé : t Tout est pei du , fors rhonneiu*. »

LfC baron de Montclar, irrité de cette résistance inattendue, livra le village de Kebl au pillage et aux flammes. Le pont du Rhin Alt brûlé. Le marquis de Gréqoy se bàla toutefois d'écrire au magistrat de Strasbourg une lettre, portant en substance: cNous avons détruit le pont, parce qu'il appartient à lUmpire; nous n'en voulons pas à la ville, si elle consent à rester neutre, dHdle cède le pauage di» Bhin, »

Le gouvemement de Strasbourg cédait en ce moment i une d(juble pression, qui rempècliait de prêter l'oreille au comliiandanl en chef de l'armée française: le peuple exalté par le récit de la défense du fort de Keh) , où s'était trouvé un fort détachement de la milice bourgeoise , le peuple demandait à grands cris la guerre avec la France; de plus, TEmpire, en ce moment représenté à Strasbourg par le baron de Mercy et par le comte Énée Silvius Piccolomini, promettait des services eflBcaces; ces secours ne tardèrent pas à arriver en effet; mais déjà le maréchal de Gréqiiy s'était emparé des ouvrages avancés dans les îles du Rfam; dans les environs immédiats de Strasbourg, il fiiisail brûler les mêmes villages <pii subirent, en 1815, la vengeance des alliés; et, à la date du 25 août, il lançait de sou camp d'Obeiiuoduiii un jjiauileste à la fois habile et éloquent contre la république de Strasbourg qui avait de toutes manières rompu la neutralité. La ville répliqua dès les premiers jours de septembre par une proclamation écrite en allemand; cËUe n'a fait que se mettre en état de défense; l'armée du maréchal a mis à sac le bourg de Wasselonne qui relève de Strasbourg^; il a dépassé, sans aucun doute, les instructions de son souverain, qui ignore les méfoits de ses généraui* >

En attendant , les hostilités continuèrent, on essaya en vain de traiter de l'échange des prisonniers ; une correspondance

i04 BIOGBAraiBS ALSACIBHNES.

vivt! el moqueuse s'eiij^agea entre le eommandaiU du fort de Kehl et la ville. Peut-être l'ainmeistre Dielridi, en ce moment entraîné et doniitu' par le parti de la guerre, en était -il luimême le rédacteur. Au mois d'octobre, les Impériaux reprirent les iJeB du Hliia sur les Français qui furent obligés de battre en retraite et qui lancèrent, en guise d'adieu , quelques boulets sur Strasbourg. L*un de ces projectiles tomba sur le chœur de la Cathédrale et fut apporté, comme une espèce de trophée, à Tammeistre Dietricb; mais lui, doué en fbît d'affaires politiques d'une es[)èce de secuude vue , ne [laita^f a [nubablemenl pas renivreineiil de ses compaliiuies, qui v ivaiont, du haut des nuirs, l'armée du maréchal d»; Gréquy s'écouler vers le Nord. Les dernières années avaient beaucoup trop révélé à Tammeislre l'impuissance de l'Empire fractionné et les ressources inépuisables de la France monarchique pour qu'il eût pu se ftire illusion sur un àvenir très-prochain. Hais ignondtil qu'aux yeux de la foule c'est un tort irrémissible de ne point partager ses haines, ses espérances, son enthousiasme irréfléchi? La figure soucieuse de l'ammeistre fut peut-être plus lard interprétée connue l'indice du dépl;ti>ii- qu'il avait épioiivé à l'occasion de la retraite des Français, i) il avait pu tomber le â6 juillet dans le bastion de Kebl, à côté des Suisses, des paysans alsaciens et des milices bourgeoises qui défendaient, pour la dernière fois, l'étendard de la cité impériale, il vivrait aujourd'hui dans la mémoire de ses descendants, à Fmstar de ces héros de la Grèce ou de l'Helvétie qui moururent pour la liberté. Dominique Dietrich a mieux feit cependant; il est mort pour ses convictions religieuses; mais, ni amis ni ennemis ne lui en ont tenu compte, parce que l'heure propice était passée, et qu'il s'est endormi sur sa couche après une long-ue agonie et une obscure vieillesse, au lieu de tomber frappé par le glaive du bourreau ou touché par la main de l'ange des batailles.

La paix de Nimègue avait été arrêtée dans les derniers mois de 1678, et ratiûée en février 1$79. Strasbourg restait osten-

DOHimOVB DIBTRfCR. i05

siblement dans la pusiiiun où le Iraitô de Westphalie l'avait placée. Mais ce n'élail pas l'intention de Louis XIV qu'elle y restât longtemps. Je pense même que dans les alentours du Roi, l'occupation prochaine de l'aocieime capitale de l'Alsace était le secret de la comédie. Un Douveau résident français est envoyé à Strasbourg (Si juin 1679) dans la personne de H. Fjnschmann, le fils de Tarent du même nom, qui avait eu vingt ans auparavant des relations diplomaticpies avec Tarnmeistre Dominique Dietricb. Sur les vives instances du maréchal deCréquy, le reste des Iroiipei^ de l'Euipire qui occupaient encore Slrnshuur^, évacuèrent la ville. Lr maréchal écrivit à Paris poui' pi opuser île IbrliUer Hochfelden dans la vallée de la Zom, point (]uî assurerait les abords du lUiin et les communications par les Vosges avec Phalsbouiig : à raoin.s , ajoute le maréchal, qu'on n'ait l'intention d'occupor hientôt Strasbourg. Il ne reçut point l'ordre de fortifier Hochfelden. Le résident Friscbmann établit une chapelle catholique dans son hôtel à Strasbourg; quelques conversions i la religion dominante en France s'opéraient de loin en loin, sans éclat. Le grand*vicaire de Vévéque de Strasbourg se rendait de temps à autre auprès du résident à Strasbourg. L'évêque lui-même, François-Egun de Fiirstenhrrg, et sou Irérc, LiiuUaunie de Fùrstenberg, chaiiom*' dn grand - chapitre et son successeur futur, étaient depuis plusieurs années gagnés à la cause du Roi. Tous les iatérôtii spirituels et temporels les conviaient à abandonnei' la cause de l'Empire ; ils attendaient avec confiance les événements qui devaient leur rouvrir les portes de la basilique de Glovis, de Dagobert et de l'évéque Wemer de Habsbourg.

Le magistrat fit réparer les fortifications et envoya ^ pour en récupérer les frais, des collecteurs d*impôt i domicfle. Cette contribution perçue en vue de la défense commune et

conforme aux vieux si souvent majiifeslés par la population anlifrançaise , fut cependant mal accueillie et payée à regret.

BIOGRAFHIES ALSACIBKNES.

L'heure du daiifjrr était passées on voulait bien être défendu, mais non payer la défense.

Ce n'étaient là, toutefois, qiio (les symptômes partiels, des indices qu'un observateur attentif et bien informé pouvait seul recueillir. Mais un fiiit bien plus significatif se passait dans les hautes régions politiques ; je veux parler des Chambres de réunion, établies par le Roi à Mets , à Besançon et à Brisach.

Ces tribunaux avaient pour mission spéciale d'interpréter, dans le sens le phis large et le plus fiivorable aux intérêts du Roi, les articles des deux traités de Westphalic et deNiinègue qui lui attribuaient les Pays-Bas, la Franche-Comté et l'Alsace. Quelles étaient les terres relevant des fiefs situés dans ces pays? C'est ce que des juj^n^s, unilatéralement nommés et pris au sein de In magistrature française, allaient décider; et les années du Roi qui restaient à Tétat de guerre, même après la paix récemmmit conclue , allaient dans la campagne dite des incamérations (1688 et 4684) appuyer de leurs baïonnettes le prononcé de ses juges. Dès le premier moment, cette prétention exorbitante de Louis XIV éleva de vives réclamations au sein des diètes de l'Empire. Strasbourg fit entendre ses plaintes, car les troupes françaises avaient occupé militairement les bailliages dv la ville, e( la République fut sommée, par la Chambre de réuniuu sié^^'anl à Brisach , de prêter seiTuent au Roi. On opposa, bien entendu, un relus péremptoire; mais le président de la Chambre répliqua : < Vous ne devez point le serment comme ville; vous le devez comme propriétaire de bafiliages; on saura bien vous y forcer. >

$trasbouiig s*émut de plus en plus; elle envoie auprès de Tempereur Léopold le syndic Joacbim Fronts, qui n'obtient à Vienne que de vagues promesses de secours. Les Turcs menaçaient les États héréditaires de l'Autriche. Louis XIV le savait; le monarque très - chrétien avait excité les ennemis implacables de la chrétienté à fondre sur les frontières orientales do l'erapii'e d'Allemagne.

DOMINIQUE DIETKICH. 107

Nous tottchons à Tannée fatale pour la république de Strasbourg (1681). Le résident Frisebinami, de plus en plus actif. Insiste sor le renvoi des troupes suisses auxiliaires. On loi obéit aveuglément, sou» Tempire de cette fatalité qui précipite la chute des États, grands et petits, lorsque leur jour est marqué. Renvoyer les Suisses, c'était d'ailleurs ménager les finances obérées de la ville; et douze cenls hommes ne seiiiient pomî , '11 cas d'attaque à maui aimée de la Fi-ance , une force suÛibaiile poui* opérer une résistance elîicace. Frisc!»mann, qui correspond directement avec le Hoi, rend compte des conférences qu'il entame avec le préteur , M. de Zedlitz , € un des premiers f des pltis inteUigenis et des plus zélés du ConteiL » (Lettre du 7 juillet 1681 au Hoi.) cOn a voulu lui oflHr, à lui Frischmann, un cadeau en argent, qu'il a refbsé. C'est Gûntser, le syndic , qui lui a fait cette ouverture. >

Je ferai remarquer que, dans ces derniers mois qui précédèrent la reddition de la ville , Famfneistre Dietrieh n'est plus nuranié parmi les personnes qui sont en rapport fréquent et direct avec la France. Son influence réelle et celle qu'on lui atUibuaii peut-être gratuitement, ressortent plutôt des événements qui suivirent la capitulation , que des négociations officielles et secrètes qui préparaient cet acte historique.

Cest un fait incontestable pour moi , et tout lecteur de la correspcodance de Frischmann en demeurera également convaincu , que si Dominique Dietrieh désiivit la reddition de sa ville natale, il n'a rien fait pour hâter ce moment, que Zedliti et Giintxer y prêtèrent la main, mais qu'en dernière analyse les hommes fUront en cette circonstance les instruments de la destinée. Louvois, en attendant, préparait en silence, avec activité et avec une exactitude scrupuleuse jusijue dans les moindres détails, les nieMu es qui devaient faire tomber Strasbourg entre les mains du lloi sans coup férir el sans brûler, pour nin^i dire, une seule amorce. Sa conscience d'homme d'Étal ne devait guère être inquiète ; à ses yeux, Strasbouiig

108 BIOGRAPHIES ALiACiEN.VES.

relevait du souverain domaine qm <nn maître exerçait en Alsace en vertu des derniers traités. Strasbourg, d'aiileurs, avait fourni, pendant les dernières guerres, des vivres et des manitions i rennemi de la France; elle avait à plusieurs reprises ouvert le passage du Rhin; c'était plus qu'il n'en fallait pour justifier la ruse bien connue au moyen de laquelle il sut s'emparer de «la clef de l'Alleniagne méridionale ». Des troupes nombreuses avaient été acheminées sous divers prétextes et par petits détachemeiUs vers la Loi raiue et In Franche-Comté, et enlm vers l'Alsace même ; les approvisiouiieinents étaient dirigés sur le Haut-Kbiu dans des caisses et des colis portant la suscription : c Armes pour Brisach. t On sait que Tune de ces caisses se rompit sur la grande route et mit à jour son contenu de Urines.

Le magistrat de Strasbouig fai averti, et ceux de ses membres qui ne se trouvaient point initiés dans le secret des affaires, s'alarmèrent avec raison. A la date du S7 septembre, le baron de Montclar avait réuni 30,000 hommes aux environs de Strasbour<(. Une rumeur sourde en culait déjà dans la foule, lorsqu'un apprit, le 28, que la redoute du péage du Hhin avait été enlevée , dans la nnil , par des forces supérieures. Ci était le baron d'Alfeld qui venait de â en emparer.

Le tocsin sonna; des prières publiques furent ordonnées; la milice bourgeoise se précipite sur les places de rassemblement et sur les remparts; la populace profère dans les rues des vociférations contre le résident français, qui est averti, par les amis qu'il comptait au sein du gouvernement, de ne pas qm'tler sa maison pour ne pas être insulté. Le parlementaire envoyé à M. d*Alfeld dans la redoute du Rhin reçoit une réponse catcgori(}ue : «C'est un acte de précaution cuiilre le passage des Impériaux. » Le stiial , peu satisfait de cette explication, qui ressemblait tort à une raillerie, délégua Gûntzer, pour conférer avec le commandant français. Gûntzer, je l'ai déjà dit, s exprimait convenablement en français, et Ton

DOMINIQUE DHETRICa. 109

n'était pas fondé à suspecter son patriotisme strasbourgeois. Il

joua fort bit'u son rôle officiel: «Vous n'iprnorez pas , Monsieur le baron, dit-il à d'Alfeld, qu'à 50 milles cJ^ distance il n'y a pas un soldai de l'Empire. >

— «One voulez -vous, Monsieur, j'exécute des ordres; adressez - vous à îl. de Mootclar el à M. de Louvois qui sont attendus aux avan l- postes. • ....

Gûntzer vint , le iront en apparence soucieux , rendre compte au magistrat réuni en grand conseil. La défiense fut résolue ; comment affronter la colère de la foule, sans iàire au moins une démonstration officielle. Les milices des bailliages allaient être sommées de se rendre à l'appel de la ville, et un messager, chargé de prévenir la diète de Ratisbonne , fut expédié avec des dépêches confidentielles, qui révélaient la détresse du magistrat et le peu de forces dont il disposait pour la défense. Mais déjà les communications étaient interceptées sur tous les points par les troupes françaises ; pas un ordre ne put être transmis ni à Barr ni à Wasselonne ; le courrier dirigé sur l'Allemagne fut airèté aux environs de Schiltigfaeim ; en un mot, Strasbourg était bloquée; on eût dit qu*an coup de baguette avait fiiit surgir, comme de dessous terre, les soldats qui cernaient lu forteresse.

Les gouvernants déddèrent qu'une députatîon serait envoyée an baron de Montclar. Dominique Dîetricb fut du nombre. Ce qu'il avait prévu depuis iieid" ans pcul-étre, et ce qu'il avait dû prédire dans l'intimité depuis trois ans, aruvuit sans qu'il pût apporter à la défense de sa ville natale d'auli'e secours que celui de sa parole , et les ressources infinies de son esprit, pour sauver, dans ce naufrage de la liberté politique, les franchises municipales el la liberté des consciences. La capitulation de Strasbourg est si adroitement rédigée, elle énumére si bien tous les points vulnérables de la fortune publique et les couvre de précautions si minutieuses, qu*on est porté é croire, avec quelque raison, que ce document n'est

BIOGRAPHIES ALSAOlEiNMKS.

pas le prodiiil d'une improvisation i laquelle les événements auraient nécessairement imprimé le cadiet du trouble et de la précipitation. En face du baron de Hontclar, général en cbef de l'armée du siège, la discussion Ait impossible; les paroles du militaire étaient ironiques et hautaines : c Strasbourg a été cûtlce jtar le^j Irailês du Munster et de Nimègriie; le Hoi veut l'occuper.... Soumettez - vous, MessicTirs; si vous me mettez dans le cas d'employer la lorce, j'ai 1 ordre de vous traiter comme des sujets rebelles. »

Ceci était parfaitement clair: on avait à choisir entre le sac de la ville ou la conclusion d'un pacte qui assimilait les habitants de Strasbourg à ceui du reste de l'Alsace. Or, dans cette province, tous les vestiges du passé n'avaient point été efiàcés à la suite des traités de paix auxquels M. de Hontclar faisait allusion; il était donc permis d'espérer, qu'en baissant bénévolement la téte, on serait dispensé de passer sous les fourches caudines.

Louvois devait arriver à Illkircli lo 29 scplenibre ; c'est avec lui , avec le vëriluble fondé de pouvoir de Louis XIV, qu'il s'agissait de traiter.

Mais les grandes dillicullés étaient à l'iotérieur. Toutes les corporations des tribus étaient réunies, exaspérées; tous les hommes capables de porter les armes (ils montaient au plus à ;i,000) étaient à leur poste, et le résident de remperear,H. de Neveu , excitait les esprits à la résistance : c Les secours allaient arriver de Francfort, de Ratisbonne , du Palatinat. > Il ne lui en coûtait rien de promettre. Le sieur de Jenneggens , commandant militaire, déclarait, en attendant, qu'avec les ibrces dont il disposait, il ne pourrait point garnir les bastions et les remparts; son devoir, il le ferait, mais le succès était impossible.

Dans la matinée du 29 septembre, la députation du magistrat s'était rendue auprès du marquis de Louvois, qui tint le même langage que IL de Hontclar, et donna un déhii jusqu'au

DOMIMIQUB UETRtCU. lli

soir, pour réfléchir et pour lui soumettre les bases (Tune capitulation.

La rentrée des délégués et leur morne contenance firent connaître aux citoyens aiTnés et aux rcprésenlants des tribus, qu'il n'y avait d'autre salut à espérer que dans la reddition instantanée do la ville. La désolation fut grande; elle se traduisait chez quelques-uns en cris de colère; mais le niag^istrat, décidé a capituler dés le ^ , avait pris la sage précaution de laisser les canons des remparts privés de munitions.

Cependant la soirée du 39 s'était passée, sans que Ton fût en mesuré d'apporter à LouTois le projet de charte qui devait sauvegarder les intérêts de la ville. Le respect des formes légales fiit maintenu» à tout hasard, dans cette circonstance critique oû chaque minute de relard pouvait entraîner d'incalculables conséquences.

Le niagisfi ïit avait voulu consulter loyalement les tribus, ne rien leur cac Ikm . et obtenir du libre consentement de tous ses concitoyens 1 acquiescement à une soumission honorable, commandée par le bon sens et la nécessité, suprême loi des individus et des peuples. '

La folie seule aurait pu conseiller de tirer quelques coups de canon contre des forces décuples, et de livrer l'honneur des femilles à des soldats déchaînés. Les tribus donnèrent plein pouvoir au grand conseil de la ville, et celui-ci remit son autorité entre les mains des délégués qui signèrent Taete de capitulation, le mardi ^0 septembre, à Ulkirch*. La signa-

I. La capitulation de Strasbourg a été si souvent imprimée, que jc puis me dispenser de la reproduire ki. (Voy. Strobt'l, l. V, p. 131; c'est un siiaple résumé. — Kenlsinger, t. II, p. 297. — tilon, Strasbourg illustré, U D, p. 59 et SQlT.; U en donne nn/w-nmîle. — Gostc, p. t08.)

Ugnttle ne dooM, conme Sicobel, qn'ane analjBe de Tacte de mnmla* Bion de Strubottig^. — Frieie, t III, p. 249. — Affr Yemth Strauburgi m Frmilknieh, rtm Scherer. (Etnmer, flWeKwAM TuKkmbu^, «inèe 1843.) ^ L'ouvre de Sehefcr est dirigée eyec pisslon ooutro Louis XIV, el desll-

BIOGKAFUIKS ALbALlENNES.

ture de Dominique Dfetrich figure entre celles du préteur ZediitE et de Frœretsen. Louvois put à peine contenir Teipression de aon bonheur. D avait, sans difficulté, accordé les vingt-quatre heures de répit, que le magistrat avait fait demander la veille; les dispositions des esprits lui étaient connues, il (loiilait si pfMi «l'une soumission pacifique, qu'il avait fait avertir 1«* uiaïquis de Chamilly, nommé g'ouvenieur de la place dé Stiasbour^r, de se rendre à son ])()sle.

Dans la soirée du 30 septembre tout fui consommé; Tarmée française prit possession de la ville. Aucune acclamation ne salua son entrée; mais le mécontentement aussi fut' voilé sous des dehors asseï calmes; à tel point que M. de Vissac put écrire dès le l*" octobre à M. de Louvois qui résidait encore àlllkircb:

( Strasbourg n*a jamais été si Iranquille que celte nuit; il

Test encore ; j'ose vous assurer que cela continuera, s'ils ne s'enivrent j)as ce soir avec leurs hùtes. »

Cette assertion, pcul-ètic un peu gratuite, rappelle iiivolonlairernenl les vers de l'auteur des Messénieiines , ijui nioFilre le soldai autrichien s'enivrant avec les Napolitains., tau pied du laurier de Vii'gile. >

J'ai quelque peine à croire que la réaction fut aussi prompte, quoique les événements contemporains nous aient donné le droit de ne pas rejeter parmi les fables ces revirements soudains au ccenr des populations. La capitulation modifiée avait été lue aux écbevins, dans leurs tribus respectives, dés le l"" octobre, et cette lecture avait été accueillie dans un morne silence : c'était la seule protestation possible. Le serment de fidélité fut prêté le 4 octobre, sans opposition, par le préleur,

née à flétrir la lichelé de rtnipire, qai laissa enlerer la def de rAIlemasne. Scherer semble Ignorer rinflnence de Doininlqne Dleliich sur les destinées de Strasbouiv; il ne met en scène que GOntier, Stoes et Fnnls. Au svrplns, il tntte plntdt la question de la politlqoe générale que celle des indift> dualités straabonigeoises.

OOHINIQUE OUTRICH. liS

les amineîstre et stettmeistre, et par le sénat; Louvois put annoncer le même jour à son maître que des écuries et des casernes spleiidides seraient construites aux frais de la ville. A défaut de bon vouloir, l'intimidalion opérait, et déliait la bourse municipale. Des forts intérieurs (le Fort-Blanc et le Fort de Pierres) furent immédiatement élevés pour contenir au besoin les mécontents, et à côté de la compression matérielle, l'œuvre de la transformation religieuse lut entamée, le lendemain même de Fenlrée de^ troupes françaises. Le 38 sep* tembre on avait célébré pour la dernière fois un service protestant sous les voûtes de la cathédrale; l'évêque Égon de Fûratenberg rentra dans son domaine légitime, en vertn même de l'acte de capitulation, dès le 20 octobre; il put, quatre jours plus Inrd, recevoir à la tête de son chapitre, et sur le seuil du temple puriiié du contact de l'hérésie, l'heuieux monarque qui venait jjreii lrc (h js^rssîoîi de sa nouvelle conquête. Que l'abattement ait été grand à Slrai^bourg, dans les premiers mois qui suivirent la capitulation, rien de plus simple; il fallait quelque temps aux esprits troublés pour se plier à un ordre de choses diamétralement opposé à des habitudes séculaires. Tout allait changer, on le pensait du moins: langue, mœurs, religion; car si le pacte de cession conservait aux luthériens le libre exercice de leur culte, le Roi et son mmistre, révéque et son clergé espéraient bien que des conTersions éclatantes suivraient de près cette grande commotion politique; ils comptaient sur l'influence des cuutroversistes habiles qui allaient élire domicile à Sd .ts! oiu-g; ils comptaient sur l'ambition des uns, sui' 1 entraînement ou la faiblesse des autres, enfin sur les inspirations providentielles qui ouvriraient des yeux non prévenus < à la vérité étemelle dont l'Église catholique est dépositaire. »

Avec les premiers mois de 1682, les ordres religieux rentrèrent à Strasbourg, et le 15 août la procession en llionnettr de la sainte Vierge traversa les principales rues de la ville. On I. 8

UA filOGJUPJUES ALSACIEMlfES.

ivait intimé au magistral Tordre d'y assister; mais ici Topposition ne put être vaincue; Tarticle S de la capitulation, qui

garantissait le libre exercice de la religion protestante, fut invu(|iié, et la cour n insista pas davantage. J'ignore si la résistaïice inattendue, que l'on rencontra sur ce terrain, fut attribuée à rinfluence occulte de quelques personnes de la haulc magistrature locale. Je serais lenié de le croire; les procédés cavaliers dont on usa quelques années plus tard envers Dominique Diclrich doivent être ramenés peut-être à cet incident. La soumission politique était complète; mais les convictions établies par un siècle et demi d*eiercice du culte nouveau, et par les traditions des fiimilles^ restèrent fermes. Sur la frontière de l'Allemagne où couvaient de grands mécontentements à la suite de la prise de Strasbourg, et en vue d'un traité à peine signé, les violences matérielles auraient été, sinon impossibles, du moins imprudentes; en tout temps, les j^nnivernements absolus ont tenu compte de l'opinion pubiujue. et ont essayé de la gagner ou de la pervertir plutôt que de i'allrunler en face.

De grands avantages matériels, accordés en fait d'impôt, des espérances de succès dans les carrières publiques, devaient seconder l'ardeur intelligente des membres les plus distingués du clergé catholique, et ramener peu à peu plus d'une Amiille dissidente au sein de la Nère-Ëglise.

Les conversions qui forent le plus remarquées dans les premiers temps de la domination française sont celles de Gûntzer et d'Ulrich Obreclif. Je n'ai point à m'occuper de Gûiitzer: son nom, assLZ mal lamé, ins[)ire peu d'intérêt, et, sans le calomnier, il est permis d'aUribuer à une ambition de bas aloi son passage au culte professé par le pouvoir royal.

Quant à Ulrich Obrecht, je ne me sens pas le droit de le classer parmi les intrigante vulgaires, qui passent du côté de la majorité, uniquement parce qu'elle dispense les honneurs et les richesses.

Il était, comme mes lecteurs ont pu le deviner, l'un des fils du malheureux George Obrecht, qui avait été supplicié pour crime de calomnie. Forcé de se créer une carrière par son fiHTail, et d'effacer, par une existence irréprochable, le souvenir qui se rattachait au nom de son malheureux père, Ulrich se jeta, téta baissée, dans les études de droit, de philologie et d'histoire. On ne flt point peser sur lui la réprobation peu chrétienne, mais instinctive, qui s'attache d'habitude à la famille d'un condamné criminel; George Obrecht avait racheté, par l'énormilé de sa peine, l'honneur de «es enfants.

Des détails précis sur la jeunesse d'Ulrich font défaut. L'année même de la capitulation , il avait publié un ouvrage écrit en latin cicéronien, sur l'histoire d'Alsace. J'ai été fort étonné de trouver dans ce b^au travail, qui porte le titre de Prodrome des affaires d'Alsace (Prcdnmm Renm akaUea* Ji'wny, le germe et, en quelque sorte, le phm de l'Alsace illustrée et diplomatique de Schcepflin. Une remarquable préface révèle un esprit de critique, précurseur deBeaufort et de Niebubr.

L'auteur aniioiicc le dessein de déblayer le terrain de Thisloire d'Alsace; il veut < onibatlre les opinions et les assertions erronées, élever i'ediîice luslorique apr^s avoir accompli ce travail préliminaire, se hasarder sur le chemin royal, seulement après avoir extirpé les broussailles qui en obstruent les abords. — <^ S'il est souvent difficUe, impossible même, en fait (d'histoire, d'affirmer ce qui est vrai, il est en tout état de «cause possible de découvrir ce qui est Aux... La vérité his- ( torique court des dangers, pas tant parce que les assertions «finisses et erronées lui font opposition, mais parce qu'elles « lui sont juxtaposées... t Son but est donc bien nettement défini; fl va passer au crible les auteurs qui ont écrit sur l'his-

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