‹ Biographies alsaciennesChapitre 32 sur 57 · FRÉDÉRIC DE D1BTR1CH · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC DE D1BTR1CH

maire était déjà di essé ; les i édacteurs de ce libelle ne voulurent point renoncer à leur œuvre et la transmirent au club central de Paris (avril 179â). Celte première tentative contre Dielrich échoua; les modérés avaient, de leur côté, dénoncé à l'Assemblée législative les intrigues impudentes des Jacobins strasboui^eois et demandé la clôture de toute espèce de société politique. Lareaui le rédacteur incendiaire du Courrier, avait même été cité en justice ; mais, acquitté par le jury, il redevint plus insolent que jamais»

Détournons nos yeux un moment de ce pMile spectacle. Le maire de Strasbourg méprisait, trop peut-être, ces adversaires de bas étage qui allaient se gonfler et grandir sous le soleil (le juin et d'aoï^l et dans la rosée sanglante de septembre. Il se réfugiait, loin de ces clameurs, dans le sein de sa famille et dans un cercle d'amis restés fidèles au culte des beaux-arts et aux traditions d'une société d'élite. On était en avril ; sur la provocation de l'Autriche, la guerre était déclarée ; en face de l'étranger, un seul cri se fit entendre sur tous les points. de la France ; et ce cri d'enthousiasme guerrier étouffa un moment toute autre pensée, couvrit un moment toute autre clameur. Sur la frontière de FEst, la plus exposée du territoire national, rentbousiasme guerrier Ait au comble, et le chef municipal de Strasbourg, lui, qui depuis deux ans avait invariablement inspiré à ses concitoyens l'idée qu'il s'agirait peul-être de défendre par les aimes cette liberté sortie des mines de la Bastille, le maire de Slra^hniji ^r resta fidèle à ses antécédents, en donnant une impulsion dernière à ce mouvement de détense qu'il avait lui-même organisé. On improvisa, dans les murs de Strasbourg, trois nouveaux bataillons de volontaires, et l'un des jeunes (ils du maire se fit inscrire sur cette liste \

Pendant le cours du dernier hiveri un jeune officier d'artillerie s'était Mi remarquer dans le modeste arion de M"^ de

t. L'ttoé de tes IHs aemit dt^â «ms les aiiin de Lindiu.

BIOGRAPBIBS ALSACIENNES.

Dietrich , en prenant uiie pari active aux délassements musicaux que se permettait le maître de la maison, compositeur lui-même, dans ses inoiueuts de loisir. Cet officier, tous mes lecteurs roiit uommé avant moi, c^était Ilouget de Ilsle. Parler aujourd'hui de la com position de la Marseillaise, qui fut non pas écrite, mais exécutée, pour la première fois, dans le salon de IP*' Louise de Dietricb; en parler après l'auteur des Girondins, après les millions de Toix qui Tont enlonnèe ou hurlée sur tous les points du globe, avec ou sans inteUigence, bnitalement ou héroïquement, (tendant les festins ou sur les champs de bataille, et presquau pied des éehafliuds/ce serait assumer une tftche ingrate. Ce que je puis me permettre, sans encourir le ridicule, c'est de fixer, à l'aide des documents dont je dispose, nue eircnii.st;iin * ijui a quelque valeur lorsqu'il s'agit d'un chant de vicluiic el de colère, qui a en, depuis plus de soixante ans, le privilège inouï de passionner jusqu'à l'exal" lation les masses et d'an'acher même aux adversaires de la révolution française laveu tacite d'une commotion électrique.

A quelle époque précise la MarseiUaise a-trelle été com-

posée par Rouget de l'isle? La déclaration officielle de

guerre de la France à rAutricbe est du %0 avril 1799; elle n'a pu être connue à Strasbourg que le 24; c'était le temps nécessaire é cette époque pour la transmission la plus prompte des dépêches. Or, je tiens en main une lettre de M. Duehastellel, commandant de la forteresse de Schlestadt, qui écrit à M. de Dietrich, à la date du i9 avril : «Ayez la charité de me

mander un peu ce qni se passe dans le niuude, car mes «lettres et mes gazelles ne Mcnnent point de Strasbourg, «en sorte que je suis dans un abandon total. Je n'ai point «reçu le chant de guerre de M. de Tlsle que vous m'avies «promis.»

Il est donc présumable que l'hymne de la MarsmUaise a été composé, comme le veut la tradition, d'inspiration, au moment même où la déclaration de guerre a été eomiue, dans la nuit

PRÉDIRIG DE OIBTRICH.

du au 25, et exécuté sur le fùauo de la maison Dietricb» dans la soirée du même jour.

Sous Tempire de l'éiDOtion éprouvée , M. de Dietricb a pu écrire à son wa, le commandant de Scblesiadi, dès le 26, aans avoir eu le temps de foire copier immédiatemeni les pa* rôles el la nmsique.

H. Rouget de llde a dû quitter Strasboni^ peu- de temps après la soirée qui lui a valu un renom immortel. Dans une lettre de Huningue, à M. de Dielrich» à la date du i2 juta 1792, il s*énoncG en homme qui est resté sérieusement dévoué à la famille dont riiospilylilé avait été pour lui l'occasion d'un tnoiii|tho inattendu : «lPsous sommes ici dans une violente in- 4 quiétude, dit-il, sur les troubles qui ont agité Strasbourg «ces jours derniers. Les versions, à ce sujet, varient à l'infini, t comme cela arrive toujours. îious attendons avec impatience « le courrier d'aujourd'hui qui doit mettre fin à notre incertit tude. D'après la scène qui s'est passée au Miroir, et la macnière dont vos ennemis se défendent et battent la campagne, «/ose vous prédire que désormais vous^ en aurex bon compte. «(Hélas! il n*a pas eu le don de prédire juste....) Encore

< quelques coups de massue du brave Ëleuther *, encore quelcques arguments de M. Gharopy dans le genre de ceux qn'il « a poussés dernièrement à ce scélérat de Schneider, el je tiens «toute cette canaille pour anéantie. Ce ne sera pas le moindre *. des sei vices que vous el vos amis aurez rendus à la chose «publiipie. De mon côté, je m'occupe très-sérieusemeul à « recueillir un certain nombre de laits qui prouveront au pu-

< blic la manière dont il doit apprécier les éloges et les satyres «de Laveau et de ses adhérents. Vous ne concevez pas, Mon- « sieur, à quel point on est soulevé dans ce pays* ci contre la «conduite du département, et ce que vous concevee encore

I. C'est CTidemment un nom de ^erre senraDl à désigner quelque ami du nisir«.

954 B106RAPHIBS ALSACIKHIIES.

ttinoins, ce sont les actes de violence, les arreislalioiis , les « taxations arbitraires , les inlractions journalières aux lois f dont les administrateurs du peuple se rendent coupables dans

< cette maUieareuse contrée. Le rapport conforme et unanime c de cinquante personnes les a à peine rendus vraisemblables « pour moi. Lorsque j'aurai acquis les preuves légales qu'on ff m'a promises, je tâcherai de trouver le temps de les rédiger; « sinon, je les envemi à M. Gbairon, qui pourra en faire son « profit.

«Je rne suis présoiUc chez M. Oehs, sous les auspices de «M. Fritz', et j'ai reçu de lui et de Madame votre belle -sœur <! toutes les honnêtetés auxquelles je suis accoutumé dans voire ( famille.

1 Daignez me rappeler au souvenir de M*"' Diétrick (sic) et «lui faire agréer mes hommages. Ne m'oubliez pas non plus, cde grâce, auprès de la petite société du soir, où l'on parle

«si bien patrioUsmey et oiï Ton rit quelquefois de si bon cou- « «'ra^e niix dépens do ceux qui le iiicritenl. Je ne vous

< (lirni rien de mes bculimctUs pour vous, Monsieur; ils sont « ceux de toutes les personnes qui ont le bonheur de vous con- « naître, et vous n'êtes pas à savoir qu'elles n'ont pas deux «manières de penser à votre égard.»

A la date du 19 juin, il continue en ces termes : fUn autre « vous féliciterait des marques d*estime et d'attachement que «vous av^ reçues de vos concitoyens dans ces dernières cir^ «constances. Je ne vons féliciterai, moi, que lorsque, à fbrce «de soins, de peines, de périls peut-êtrf , vous serez parvenu • à démas<juer les scélérats, autours de tous ces tiouliies qui "nous ag-itenl. .le ne tiendrais pas ce langage à un homme «dont le caractère me serait moins connu. Mais il n'y a plus «de milieu à garder avec ces hommes pervers. 11 ^ut non plus «les réduire è l'inaction et au silence, mais que le poids de

i. Le ttls do maire.

PRÉOKRIC DB M^THICH.

fleurs crimes relonibc sur cu\ et les écrase, ou bien il vous « écrasera vous-même et tous les bons citoyens. >

A partir de ce moment il n'eiiiste plus de traces de relations suivies entre l'auteur de la ManeUUtiae et le maire de Strasbourg. Les événements emportaient les hommes dans un eflh)yable tourbillon. Rouget de Flste, Pauleur de l'hymne qui a contribué sans aucun doute au succès matériel de la France conti o la coalition tie l'Europe entière, Houget de Tlsle, on le bail, lut eniprisonnf^ , et ne dut son salul <iu'au il ihermidor'. Nous assisterons bienlùl au lent martyre de son ami.

Les troubles de Strasbourg auxquels Rouget de Tlsle fait allusion avaient été, en effet, très-graves. Les enrôlés volontaires en étaient venus aux mains avec le régiment suisse Vigier (le 8 juin); le maire de Strasboui^g avait été obligé d'intervenir avec le vieux Luckner pour rétablir l'ordre.

Au sortir des lattes de la rue, il se trouvait en fiice des Jacobins, en farc île raiirien cl» rgé, en face du clergé assermenté. Les catholiques sérieux, partisans de l'ancien ordre de choses, représentaient le mair<' comme un ennemi de la relipfion; les membres du clergé constitutionnel le prirent en aversion» parce qu'il était juste et qu'il empêchait leurs manifestations intolérantes envers leurs ënctens collègues. C'est un iliit avéré que y en temps de révolution, il faut, pour avoir un pomt d'appui, prendre parti pour le rouge ou le noir; les hommes qui cherchent à tran^i^ur se perdent presfjae irrévocablement et ne satisfont que leur propre conscience.

Le club des Jacul ins, sous la pression de Laveau el eu parlie de Schneider, persistait à anéantir rinlluence de iJielrich par le canal de la société mère. Un nouvel acte d'nrrusation fut présenté contre lui dans la séance du 1 1 juin, du club de Paris, et cette fois avec plus de succès qu'en avriL Maurice de

1. lia célébré la chale de Robespierre par un hymne très -éloquent, mais qui n*t ea aaeon retentlSBement, pas plus que son hymne à 1s Mmiii.

356 BioGiuraus alsacibiiiibs.

Hesse cl le baron Frey, deux Allemands réfugiés, appuyèrent vivement le factum de Laveau, et le même jour, 11 juin, le ministre de l'iiiléricur, Holand, écrivit à Dietricli: tUn bruil, «Monsieur, qui vous inculpe, ainsi que les administrateurs du «départemeol du Bas-Khia, s'est répandu dans cette ville. On «parle d*ime conspiralion pour livrer Strasbourg aux ennemis «de la France; ce bruit est fondé sur des lettres qui m'ont été «communiquées, venues de Tétranger et de Strasbourg même. «Il en est question id dans les sociétés patriotiques, dans les « papiers publics. Il est parvenu au conseil du roi. Je crois de- «voir vous instruire de celte espèce rie dénonciation, puisqu'elle a acquis ee degré de publicité. .) ignore sui quels fon- «L déments elle peut s'appuyer; mais je ne doute pas que vous «ne preniez de promptes mesures pour détruire les impres- «sions désavantageuses qu'elle ne peut manquer de faire dans «le public. U importe de rassurer toute la France sur le sort «d'une ville aussi importante que Strasbouig, et je siiis en «droit de vous demander tous les renseignements qui peuvent «me servir de moyens pour vous conserver la e(wfiance que «le roi a dans voire civisme et voire lidélité.

«J'ajouterai qu'on va jusqu'à citer les sommes d'argent ré- «pandues pour etlecluer la corruption et les infamies dont je « viens de vous entretenir. Signé : Roland. »

Le ministre de la guerre, Servan, écrit le H juin à Lamor- Itère, qui commandait par intérim l'armée du Rhin poui* se plaindre de la négligence avec laquelle se faisait le service et des mauvais sentiments de son entourage. C'était une allusion a M. Victor de BrogHe, chef de Vétat*major... Le maire, averti d'ailleurs chaque jour par ses amis de ces menées de Paris, et ne pouvant plu.^ ^L' iaire la moindre illusion sur riniuiiuence du (langer qui le menaçait, pensii, * omme le lui conseillait Houget de Tlsle, qu'il n'y avait plus de ménagements à garder; il donna lecture au conseil municipal des lettres ministérielles et demanda à se rendre à la barre de l'Assemblée nationale.

FREDERIC DE DlETRJCll. 357

L'iiidignalion de «es collègues fui vive et sincère; ils pruteslè' reiil contre l'idée que le insire pût s^absenter dans ce moment de Strasbourg. Tous les membres afiirmèrenl iadividuellement, sur leur honneur, qu'ils n'avaient aucun*' pari à Tindi^fue et talunmieuso accusaliou porté»* contre leui inaii c; un rédif-oa, séance tenante, une prolestalioii tu faveui' de F. de Dietricli; elle circula dans la ville, chez li> t iiovcns niudérés, encore eu majorité, et l'ut couverte de quelques millier;» de signatures, t Législateurs, est- il dit dans cette adresse, les hommes si € légèrement accusés de conspirer contre la Constitution sont «ceux qui Tout établie et consolidée dans ce déparlement et « qui aujourd'hui la défendent contre les rebelles, les despotes

< et les Ibdieux. M. Diefrich surtout, maire de cette commune, ta consacré à la chose |)ul)li<|ur des talents .-.uiiérit-uis, un f caractère terme, un»' iul.iu^.dde activité et un dcvuiieiiMiii a « toute ( preuve. Porté deux l'ois à celte place éminente et ora- (geuse, il a su préserver celte ville des troubles qui ont dé-

< soie presque tous les autres points de lempire. Législateurs, ( il siégerait parmi vous, si les électeurs du département du « Bas-Rbiu avaient consulté leur reconnaissance plus que leur

. «intérêt. Justes appréciateurs du mérite et de ses services, ils « font dédommagé d'un sacrifice pénible. Vous avez l eyu vons- « mêmes les expressions de leurs sentiments, et vos procèsf verbaux eon>< i vt nt encore ce glorieux témoignage rendu à

. * ses talents et à son patriotisme par les représentants d'un «département entier. 11 n'a pas démérité depuis, et les calom- « nies d'une odieuse cabale n'ont fait qu'accrolti'e sa gloire et «notre estime.

« 11 avait demandé a aller lui-même confondre à vos yeux «ses détracteurs; mais le conseil général de la commune et

« tons les citoyens n'ont pas cm que son absence pût être sans

«danger pour la sûreté de celle \ ille «'I de l'euipiru.

«Nous vous déclarons, et par vous à la France cnlièie, (jue «Frédéric Dietiicli, utairc de Sliasbourg, et les aulies loue- I. • 17

S58 BIOGRAPHIES ALSACIËiN.NEb.

«tionnaires publics dénoncés au ministère de rintéricur, c comme coupables du projet de conspiration mentionné dans csa lettre du il de ce mois, ont toi^ours joui et jouissent « encore de toute notre confiance.

«Strasbourg, le 15 juin 1793, l'an IV de la liberté.»

Ont signé les membres du conseil général de la commune el une foule de ciloyeiîs.

Deux amis du maire, MM. Noisette et Ghainpy, se chargèr ent de déposer ce manifeste municipal entre les mains du prési* dent de l'Assemblée législative. Mais l'Assemblée refusa d'entendre les délégués (séance du iâ juillet), et se déclara satislaite de la marche suivie par le ministre de Tintérieur, qui fl^était refusé de déclarer au maire de Strasbourg quels avaient été ses accusateurs anonymes, La néfaste journée du 20 juin exerçait son influence sur les décisions de l'Assemblée; de ce moment, Dielrich était voué à roslracisnie.

L'un de ses correspondants lui avait écrit dans la soirée même du 20 juin: cNous venons de passer une journée terc rible,... heureusement les malheurs que je craignais ne sont «pas tous arrivés... Je suis au désespoir d'apprendre que vous «êtes accablé de dégoûts et de chagrins; mais jamais ii n'a «existé un homme vertueux a qui justice n'ait été Me tôt ou « lard >

Depuis le mois de mai, les lettrus d<' <tm beau-frère, le chanci'lifT Itàlois, dcvieniKMil aii.'^si d*- jdiis l'ii jilus iiKjuiélanles et soucieuses ; il trouve les exigences de l'anibasbadeur français (Barthélémy) trop grandes. D'un autre côté, aux affaires publiques se joignent les soucis de famille; la fortune particulière du maire périclite de plus en plus; les lettres des agents du Ban -de -la -Roche sont désespérantes; l'anarchie régne dans les forêts; les ordres de M. Jean de Dietricb sont méconnus. Dans son intérieur, M. de Dietrich éprouve pendant c<\s journées si agitées une félirili' mêlée d'inquiétudes navrantes; il a le bonheur de devenir père pour la troii^ieuic

FRÉDÉRIC BB DIBTRICH. S59

fois. M"^ de Dîetrich, vers la fin de juin, donne le joui* à un

fils qui ne sera pas destine à fournir une longue carrière;... les anxiétés de lii pauvi c mère avaient évidemment réagi sur ce rr-jrfon de la doulonr.

De l'aris, M. de Schvvendl, le pessimiste', lui qui, dans des jours reialivemenl calmes, était coostamnient au désespoir, encourage mamfenant le maire: c Quant à vous particulièiec ment, lui dît-il dans une lettre du 8 juillet, vous voilà dans

< le temps où vous pouvez consolider votre réputation. If ainc tenez le bon ordre, écrasez tous ses ennemis, et si la guerre

< devait porter ses fléaux en Alsace, conservet Strmbûftrffà la ^France \n\v tous les nioyens de vigueur et de force dont vous • êtes capable. Ne craignez pas les roquets qui aboieront contre I vous. >

Son vieil ami, M. de Nostitz, lui parle dans les mêmes termes (lettre de Paris du V juillet): t Paris est à la merci f des brigands; cela ne se passera pas sans efi^ion de sang. •Donnez le pi'emier l'exemple à la France entière, en ne < souffrant pas une aflSliation avec une société nuisible au cbonbeur général. J'ose presque affirmer qu'on attend cela «de vous et des Slrasbourgeois. »

Le maire de Sedan lui écrit (lettre du l*^"" juillet): « Courage^

< brave Dielrich^ et soyei persuadé que tous les honnêtes gens cont voué leur estime à des administrateurs tels que vous.» Le maire de Nancy recourt à Dietrich pour réclamer son intervention au delà du Rhin dans une affaire d'arrestation, et Dietrich, au milieu de ses embarras et soucis personnels ou publics, rend le service qu'on lui demande. Chaque jour la situation s'assombrit. Schwendt recommence à sonner le toc> sin d al.iuae. «11 n'v a plus qu'un espoir (lettre du 9 juillet au (soir), c'est qu'ils poussent les choses au point de forcer les

i. n était en ce moment Juge au tribunal de cassation et manquait à peu près dn nécessaire.

2G0 OlUGRAPtilt:» ALSACIKANËS.

thoDoétes gens paimi eux de se rendre ailleurs et d'appeler «à leur aide la nation fidèle aui principes, & la sagesse, à la t Constitution... Pourquoi les bons citoyens dans les départecments D*ouvrent-iis pas les yeux, et ne présentent-ils adresses

« sur adresses contre les infractions journalières à la Conslitu- « lion et au bon snis : contre cette provocation au renverse- 1 ment (\o (oui ordre; contre (•♦•1 enipirc de (ribuiies fjui, au « premier juiir, .se précipilei oiil dans ki >ijlle; contre ce peuple tde Paris (pii iàit la honte rie ta nation... Dieu sait ce que nous c serons dans six semaines. >

Il calculait à p(Hi près juste, M. de Schwendt; on. était, jour par jour, à un mois de date du 10 août et é sept semaines des journées de septembre.

Leii juillet, il pousse on nouveau cri de désespoir: «Le «délire est à son comble; il est tel qti'un étranger pourrait «prendre Paris pour Me des fous, mais des fous furieux. «Hier soir, on a vu le moment où la tribune muassent e «descendrait dans la salle; les membres eiira<j:és se sont HisftU ibué!> vers les deux sorties et injunaRut comme des cliar- € retiers ceux de la droite, (jui ont clé nccueillis de la même < manière par le peuple ; on vonlail la rétiabilitalion de Péliou...

« Le plan des furieux est de transporler l'Assemblée et le «roi à Montpellier, si d'il î la ce prince ne succombe,... la «France est à la merci de la populace excitée par vingt ou «trente coquins qui lui préparent le meurtre, le carnage et «les fers; tout le monde fiiit; eux-mêmes ont tous des passe- (ports; le mois de septembre nous verra dans Tesclavage le «plus vil, si dlci là nous n'avons pas péri sous le couteau. Il «n'y a plus de remède que dans les baïonnettes, de quoique « part qu'elles viennent. La lâcheté inconcevable des honnêtes «gens ne nmis laisse aueun espoir;... j'ai reçu l'adresse du «département du Ras-fUiin, c'est le meilleur esprit qui l'a «dictée... Tenez-vo is i rôt à appuyer les iioonèles gens s'il « arrive un événement. »

FRKOEHIC DË DlETKtCtl. -

. Cette recommandation d*eDcourager les honnêtes gens était fort encourageante^ après ce qu'il a dit deux lignes plus haut; mais Frédéric de Dietrich n'avait pas besoin de cette sommation, son parti était pris'.

Je continue à extra iru quelques j)assng-es des iellrcs de M. de Seliwt'iicll qui nous jellc au milieu de la situation à Paris, et nous initie par contre-coup dans les angoisses qui ont dû assiéger le cœur et l'esprit du maire de Sti-asbourg pendant ces journées orageuses qui précèdent la catastrophe du 10 août. «Dire où Ton nous mène, pour le peu de temps (que l'on a encore à nous mener, c'est chose impossible ((lettre du 20 juillet 179â), parce que Ton ne peut calculer c jusqu'où peuvent se porter la folie, la déi^ison el la perfidie, «poni' ne rien ilii*' de plus... Les généraux n'osent pas duc à d'Assemblée ce qu'ils dl^t•llt jini'loul ailleurs; les ministres ( (on se rappellera que le ministère Holand avait été renvoyé) (sentent que les moyens de résistance ne sont, sous aucun «rapport, en proportion de ceux employés contre nous. Luck- <ner écrit dans un sens et parle aux comités dans un autre. (Tel homme se laisse aller comme on le pousse et ne voit pas (le nœud de rintrigue... On veut perdre Lafeyette, et s'il n'est (pas tué, il sera pendu. I>a garde nationale, dont il était le «héros, ne lajjpuie pas, rniii> i si eu partie tournée contre ■• lui... Les fédérés ne veulent jtlns partir d'ici; la municipalité «(de Paris) est perveise; le déparlement est nui;... les projets « les plus atroces circulent;... il est probable que beaucoup de «députés donneront leur démission;... mais vous avez un beau irâle à jouer. Conserves Strasbourg à la France. Tant que les c principales places fortes, telles que notre ville, MeUs, Lille,

1. L'adresse â laquelle H. de Scliwendt fait atlasion, avait autvl liiimè> diatemcnt celle du conseil municipal do Strasboiir<>; elle était rédigée dans nn esprit pareil, adressée nu ministre Kulaml qu elle sommait de faire justice des cnlamniateurs odfenx et absurdes qui aocitisaient de coDspiralion tes hommes d'ordre de Strasbourg.

BIOGRAPHIBS ALSACIENNES.

«seront à nous, nous pourrons ne pas nous laisser faire eom- « plétement la loi. Mais faiies imre chez vous tous iesfacHeux, cet prenez des mesures telles qu'ils ne puissent plus se réunir. tU est temps d'en finir; et vous donnerez un exemple qui «pourra être suivi. Une ville en état de guerre est en dehors «des mesures ordinaires» et votre position est trop iinpor- « lante pour rien négliger de ce qui peut assurer un méroe » esprit... «

A la date du 4 août, M. de Schwendt renchérit encore sur les précédentes missives; ce ne sont plus des paroles, ce sont des éclats de colère et de rage: «La mesure se comble, et «nous en sommes au point où Ton ne peut plus s'arrêter;... cles combinaisons les plus scélérates ont éloigné de Paris, les c troupes de ligne, y ont attiré les Marseillais, ont rendu odieui «ceni de la garde nationale qui se prononçaient pour le bien, uel oui aiuài ùlé à la force publique toute son action. On avait «aposlé les Marseillais aux Ghamps-Élysées. ils y oui ma-sacré « trois grenadiers et blessé vingt autres gardes iiaLiunaux. «51oreau de Saint-Méry a pour sa part deux coups de pierre tet six coups de sabre, dont un pénétre dans le dos, du bas c en haut, de plus de trois pouces; trente l'ont assailli.

c Enfin les Marseillais avaient feit des dispositions pour atla- « quer le cfaflteau dans ia nuit d'avant-hier, et ils se fiiisaient f fort de l'abandon que la garde nationale avait fait de ses ca- «marades « u ne les vengeant pas. On a su le projet, et on y a «pourvu f)ai- uin* lurce sullîsante...

«L'Assemblée a refusé l'impression du message du roi, et « elle a applaudi aux horreurs vomies contre lui! quel siècle! c quelle barbarie! le jour oij celle atrocité sera consommée, «je donnerai ma démission, j'aime mieux mendier mon pain «(et j'y serai réduit) que de remplir des fonctions publiques «sous de tels monstres, et je le publierai. Mais vous, mais «mes concitoyens, adopteront-ils une pareille atrocité? jes- «pére que non; j'espère qu'ils se déclareionl formellemenl

Digiii^uO Ly <j

FREDERIC DE DIETRiCII. 263

c contre ce boideversement de la Constilation, de la justice et cde ]a raison; ils se trouvent pour cela dans la position la plus € heureuse.

cCalenlei les suites de cet odieux complot et pleurons sur t le sort de notre malheureuse patrie ! Restera-t-il beaucoup

• lie genî? honnêtes à lu tèle cl im sein de nus armées? et quel test riiuiiiiète homme fjni voudr;! icmv à la chose publique, «gouvernée parées piiales qui seront en exéci'alion à leurs <t eontemporaius comme à la postérité? Paris sera une seconde «Nipive.

c Adieu; je compte sur votre fermeté comme Sur vos senticments, et vous les inspirerez à nos compatriotes.»

Deux jours plus lard, le 6, le chefd^une maison de banque avec laquelle M. de Dietrich est en relation , écrit de sa main au bas d'une lettre d'affoires : cUne Action infernale tient c notre ville dans une agitation bien inquiétante. Les suites en «sont incalculables. Si les malheurs dont nous sommes mena- «cés arrivent, nous vuus félicitons de la fermeté, du courage, « de la vertu que vous avez apportés dans lonte votre adminis- »( lralion..yt

h' n'ai point à raconter lelO aoiV , niais i'aftitude du maire de Strasbourg pendaul celle crise. M. de Dietrich fut tel que ses amis avaient espéré le voir : courageux, calme et digne d'un meilleur sort.

Pendant que l'on discutait à Paris dans les rues, dans les sections, dans les dubs, dans les comités, dans l'Assemblée, la question de la déchéance du roi, le conseil municipal de Strasbourg, sous l'influence de son chef, rédigea , & la date du 7 août, deux adresses, l'une au roi, l'autre è l'Assemblée législative. Ces pièces n'étaient que trop explicites ; dans l'une, les membres du eorps municipal pnjnieltenl de rester bdèles à la llonslitiilion, et déclarent que du jour où elle serait violée, ils se croiraient quittes de leurs eng-agements.

Ën laissant partir cet acte, qui arriva à Paris dans la soirée

^Û4 MIoi.KAt'iilHS ALSACIËNNKS.

même du 10 août, el loiiiba entra les mains du représentant Rûhl, le maire Dietricb se constituait Tennemî du parti qui allait remporter la victoire; il signait sa déchéance et son arrêt de proscription. Hais ce n'était point assez; le maire

allait se rompromeltre d'une manière plus fatale encore el lu ùltr Ions SCS vaisseaux.

Lorsque h jiouvelle de la prise des Tuileries par Jes fédérés arriva dans les murs de Slrasbouig (c était le l:î août ), Frédéric de Dietrich convoqua sur-le-cliamp le ron^ïeil et provoqua d*urgence des mesures de sûreté. On doubla les postes; les citoyens étaient sommés de fliire connaître sur Tbeare aux autorites compétentes toute nouvelle qui intéresserait Tordre public; les rassemblements, les réunions de toute nature furent interdits, les dvhs proviioirement fermés. De concert avec le directoire du département, il fut décidé que Ton resleniil fidèle à la Coxstilution !

ïl n'y a pas deux mamèics de ju^er des actes de celte nature.... Si les autorités de Strasbourg ont pris ces délibérations en pleine connaissance de cause et avec la ferme résolution d*en accepter toutes les conséquences, c'était un acte d*un admirable courage; si Ton a pensé, en agissant ainsi, pouvoir louvoyer et attendre les événements, c'était un acte de frénésie!....

Je suis, pour ma part, convaincu que le maire de-Strasboniig savait quel était le danfi:er qu'il affrontait; mais il ne désespéi*ait pas r(impl(''i('ni('iil de l;i t liose puiiliquc Ami de Lafayelle. il coinjikiit pf'iil-L'tre jsur t|uel<pip résistance dans une partie de l'armée; un n'avait pas encore l'expérience, acquise depuis, de l'irrésistible influence d'ime journée de Paris sur les départements. F. de Dietrich, électrisé par les encouragements de ses amis politiques ou par Tldée de former un noyau autour duquel se grouperaient les défenseurs des lois, Dietrich put un instant se croire appelé à jouer un rôle sur le théâtre de l'histoire, à attirer snr lui les regards de ses contenipurains et à s'illustrer aux yeux de ia posiériié. Depuis deux mois, il

FRÉDÉRIC DE DIKTRfCR.

avait eu ie temps de peser toutes les chances et d'envisager toutes les éventualités , et quoiqu'il ne pùt se dissimuler que le parti de la révolte ne fût hien audacieux et fort, le parti de Tordre irrésolu et même faible» il n'avait pas encore perdu toute foi dans la vertu intrinsèque d'une belle cause. Quelques semaines suffiront pour déchirer ce dernier voile que sa nature généreuse et fecile aux ilhisîons jetait sur les horribles nudités de ranarchie*.

Dans la séance du conseil municipal du 15 août, on avait agi lé la question de .savoir si l'on enregisirerait le décret portant suspension du roi, lorsque eet acte arriverait à Strasbon? I.i's (léputL'^ Ko<;li et Kûiil avaient écrit, dès le lendemain du 10 août, des lettres désespérantes; Koch surtout avait supplié les autorités, au nom de la patrie, de sauver la Constitiilion et le déparlement du Bas-llbiu; mais déjà le premier élan avait fait place à quelque réflexion , et sur l'observation d*un membre du conseil, qu'il valait mieux s'abstenir de toute décision précipitée, on ne rédigea point de nouvelle adresse ft l'Assemblée. L'arrivée des commissaires de l'Assemblée était annoncée ; on voulut attendre leurs explications sur la portée et la signification des événements du 10.

Ces délégués, revêtus de pouvoirs absolus, urrivèrenL le It) .iiMii seulement; i\> n'étaient p;is venus en droite lirrne de Paris il Strasbourg où ils avaient ciainl de n ncuntrer (pielque résistance. De Saverne, ils s'étaient rendus à Wissembourg el à Landau, dans le double but d*y procéder h l'épuration des états-majors et d<' se foire accompagner d'mi cortège de bour* geois lidèles pour faire leur entrée au cbef-iieu en toute sécurité. Ces commissaires (c'étaient Gamot» Coustard, Prieur, Ritter) avaient réussi dans leur première expédition au delà de leur attente ; à l'exception de M. Victor de Broglie et de

t. Vntr aux f'ièrcs jiislillcalives l'adr-o'^-e 'lu ronsci! prnôraJ du Bas-Rhin, du consjeil général du district H du rouscil fféuéral île hi coniiuuuo de fttrast>onrfr. r^iinl.*, à leurs ron<*jrovens. 15 août 1792, fan IV de la liherJé

BIOCtRAPHIBS ALSACIBMNtS.

qiu'lrjiifis ofliriers iJ'élaf-iiiajur, ions les gi-néraiix (Riroii, Kellermann , Custiot:) recoimureoi l'autonlé dictatorialfi de i'Assemblée et du nouveau pouvoir exécutif. A leur entrée à Strasboui^, d'où lee officiers supérieurs s'étaient retirés sans attendre 1o suite des événements, ik forent reçus par la société du club du Miroir, par des jeunes filles qui leur offrirent des Aeurs, et par les canonniers de la ^arûe nationale; puis, ils se rendirent immédiatement au sein du conseil départemental.

Là, ils demamlèrenl qu'on leui donnât lecture de la délibération prix' iiiiiu/e jours auparavant (le 7 août), et demaiidèrenl si le conseil persévéïnit ; treize membres eurent le courage de répondre affirmativement. Ils furent suspendus et remplacés le surlendemain (â1 août) par des membres pris au sein de la société des Jacobins.

Les dubs avaient été rouverts dés que les commissaires avaient mis le pied à Strasbouiip.

Quant au conseil municipal, intimidé par les procédés cavaliers de la commission de Paris, en même temps rassuré par les explications de ces délégués sur le maintien de Tordre et des lois, il se soiiinit et révoqua ses précédentes délibérations. Le maire bai.ssa la Ic^le devant la force; il n'avait pas même été averli offlrielleiDeiil t\e l'arrivée des colmnu>^au•es; son rùle était évidemment Uni.

Nous louchons à la séance municipale du 24 août, la «lernière à laquelle Dietricli ait assisté. Avant d'introduire mes lecteurs au sein du conseil et les foire assister à la scène d'adieu du maire, il faut rappeler en quelques mots la décision prise dans l'Assemblée législative après le iO août, lorsqu'elle eut connaissance du manifeste municipal de Slinsbourg du 7 août.

Dans la séance du 14, Laveau et Simond, qui étaient partis pour Paris après la ferim lure du fini) des Jacobins, dénoncèrent le maire et la niunieipalilé de Strasbourg cuinme ennemis de la chose publique. Celte accusation resta sans suite; on

FRÉDÉRIC DE DlblhlUU. 267

voulail évidemment attendre le premier rapport des commissaires envoyés en Alsace. Mais, quatre jours plus tard, dans la séance du 18, une dénonciation anonyme reproduisit les mêmes griefs contre la commune de Strasbouiigr et contre son

chef. Le député Rûhl, avec une perfide bonhomie, demanda' que l'on m prît aucune décision uvnnt d'avoir reçu les dépêcheii de Carnot : « Que Dietrich, se trouvant cliargé et accusé « par plusieurs personnes , devrait, dans son propre intérêt, «être mandé à la barre de l'Assemblée; que lui (Riihl) ne «connaissait pas personnellement le maire de Strasbouiig, «mais que Dietrich avait, dans FAssemblée même, beaucoup «d'amis, qui sauraient, sans aucun doute, réfuter les attaques c dirigées contre lui.»

Mais déjà la terreur planait, invisible, sur tous les députés nnjilt'iï's; pas une voix m o.,a sV'lever en faveur de Dietrich qui I M riait le stigmate de liaître à la patrie. Par décret de l'Assemblée il fut cité à comparaître devant elle dans le délai de huit jours; et une proclamatioD du Directoire exécutif, datée du 19, prononça la dissolution du conseil municipal. Ces actes officiels parvinrent à Strasbourg entre les mains des commissaires dans la nuit du âi an âS.

Le nouveau maire provisoire (Lacbansse) fit convoquer le conseil par le maire sortant, pour annoncer les dispositions prises par le gouvernement central. A travers la sécheresse du procès -verbal de cette mémorable séance, à (ravcrs son laconisme calculé, il est facile de voir la gèue et 1 émotion qui régnaient dans l'assemblée municipale pendant la lecture des acfes officiels.

La maire révoqué avait ouvert la séance, en avertissant ses collègues qu'un membre du conseil avait reçu, le matin même, des dépêches de Paris qui avaient nécessité la convocation immédiate de cette réunion. Après la lecture des pièces, M. Lachausse

se déclara incapable de rcmj^lir les fonctions dont le jj^ouvernement central le chargeait; et, faisant usage de la faculté

SflB BIOGRAPHIES ALSACIENNES.

que lui laissait la proclamation du 19 août, il délégua, en 8oa lien et place, M. Braun, qui n'accepla que oonditionoellenient, -cne connaissant pas, dit-il, toutes les obligations que c cette mission lui imposerait >

Alors le procureur de la commune, M. Mathieu, <{iii se trouvait compris dans Tordonuance de révocation, prit la parole f'I fit ressortir avec vivni ilu le civisme et le courage dont le maire îïvait fait pr i)('uclant sa pénible adminisi ration ; il avait la conviction (pie M. de Dielrich se justiAerait d'une manière éclatante et facile.

Le conseil couvrit d^applaudissements ce discours et fit consigner au procès -verbal que le maire Oietrich emportait Testime et la confiance de ses collègues. Le maire les remercia de ce témoignage d'affection , le seul qu'IU pussent lai donner dans cp moment crili<|ue. Ses dernières paroles furent une ('xhortauoii à ne rien (bii e (jiii put troublei- la trainjuillilé publique. Il salua l'assemblée en amiom aiil si>n inleiillDn do partir pour Paris, et, se dérobant à toute démonstralion , il quitta immédiatement sa ville natale.

Le conseU se sépara, en proie à des émotions faciles à concevoir et causées à la fois par le danger que couraient le maire, la chose publique et leurs propres personnes.

Le parti modéré, qui formait encore la majorité dans la ville, fut plongé dans la stupeur, lorsque le bruit de la révo- « ation du conseil et dn départ de Dietrich se répandit. rluh de l'Auditoire, rc\|»i • s.sion de ce paili , se sépara, sans *ju'il fût besoin d'une ialcrvention quelconque pour le cooU'aindre ou le fermer.

Téterel, Euloge Schneider et Monnet, les représentants extrêmes du parti jacobin, commencèrent dès ce moment à exercer sur la ville une influence désastreuse ; leurs antagonistes ne se donnèrent pas pour battus; dès le prennier jour, et dans le courant de l'hiver de 1799 à 1793, on put croire un moment que le parti de l'ordre et d»^ la saine liberté . dont

FRÉDÉRIC bh D1£TR1CU. 269

Oietrich avait été le représentant, tiendrait tdle aux énergumènes, et réagirait fa?orablement sur la destinée de Tancien maire.

Criiii-ci ii'ôlail pjis allc on droite ligne à Paris. Il lui lallul «jutlques juurs puur réunit !«'s (iocuiiients doril il devait faire usage pour sa défensi' ; îijuuloiis aiis.si i[u il a\ ail envoyé à Paris un ami dévoué pour sonder le terrain. On était à la veille des journées de septembre.

M. de Dieirieli passn la liii d'aoùl daus les montagnes du Jtegertbal. il Ct ses derniers adieux à ces forêts séculaires au milieu desquelles il avait passé les belles années de son enfonce et les rares moments qu*il déroba plus tard à ses devoirs officiels. Triste et pénible répit!.... l'air pur des Vosges ne calmait plus la fiévi-euse impatience qui le dévorait: en se penchant pour la dennère lois ^ur le iiiiruir limpide des vastes élangs i]m avoisiiient ses forges, il a dù se dcfîi indti" s'il ne valait pas mieux y chercher un éternel rep(i> ine de tenter une lutte désormais inutile; sur l'escalier princier de son château de ileichshofl'en , de sinistres pressentiments ont dù lassaillir, et lui dire à Toreille que peut-être il en moulait les degrés pour la dernière fois. Oh ! qui peut sonder les profondes angoisses d*un père de famille qui prévoit les malheurs et la

ruine des siens, suivant de près sa propre raine M"" de

Dieirirb avait iejoint son mari, et c'est avec cette fidèle compagne qu'il reprit la route de Pai is, en se dirigeant par Bilche sur Metz.

Il s'éfail fait tirlivier, le 58 août, par la rniJuRipalilé de Heii iisiiolfen , un rerlihcat ruiislalanl que depuis le jeudi i28 août il s'élail arréti'; tant à la forge du Ja'gerihal qu'à Ueiehsholleu même, pour attendre ses papiers de Strasbourg. Un autre certificat, délivré par la municipalité de Bitche, fixe le jiassage de M, et M""* de Oietrich dans cette forteresse au septembre. Le maire de Bitche atteste que ces voyageurs lui avaient déclaré se rendre a Paris par la route de Sarregue-

â7Û BIOGRAPHIES ALbAClËMKEi).

mines, et qu'ils avaient manifesté cun grand attachement à la pniiie,» malgré la pcrscculion à laquelle ils se disaient livrés. Il est évident qiie le maire marchait à petites journées pour

allendnî son éna. .-aire de Paris. Qui oserait lui en faire mi reproche? ce fiflèlc messager' vint à sa rencontre &ur la loute de Sarrcg^ueinines à Melz; il était parvenu à sortir des barrières au moment même où l'on s aliendait à û&s» scènes do violence. Il annonça au maire proscrit qu'il trouverait à Paris non des juges, mais des bourreaux; que TAssemblée, d'ailleurs, par décret du 38 aoAt, avait prescrit son arrestation provisoire et son transfèrement à la barre de la Convention par la gendarmerie.

Après un court instant d'hésitation et avoir remercié avec effusion l'ami fraternel qui venait tie sauver ses j(jur>. M, de Dietrieli pa»a Im tivenient la fiontière*, ni sans peine, ni sans dangei ; et , après un long déluur forcé , par le Palatinat et Francfort, il vint se jeter, le 10 septembre, dans les bras de son beau «frère a Bàle. U touchait au port; il sortait de la caverne de Cacus, et se trouvait sous un toit hospitalier, dans un pays réellement Ubre, auprès d*amis dévoués; car peu d^hommes ont, comme lui , rencontré, an fond du gouffire, des cœurs à l'abri de tout changement.

Son intention toutefois a était pas de [irofiter iiuiéfinimenl de cette bonne hospitalité. En s'exilant volonlaii enienl, il n'avait voulu que se mettre à Tabri des violences et constater qu'il se rendrait à Paris, de sa libre volanié. Le jour même de son arrivée à Bàle, il écrivit, d'une part, au président de l'Assemblée législative qu'il se constituerait prisonnier dès que le régne des lois serait rétabli; puis il fit la même déclaration è Tambassadeur de France en Suisse, ne cessa de porter la cocarde tricolore , s'abstmt de se décorer de Tordre du mérite

1. Je dois croire que c'était M. Gloaticr, qui avait été cliai^è de Tèdu-

cation de Fréd. de Dictrich, flis.

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