Domaine de H. 0. de TQrckhelm, au dn mont Sainle^Odlle
503 BIOr.RAPUIES ALSACIENNES.
foncières; enfin Kheinweiler, qoe je paye assez cher, sera dans quelques années une jolie et bonne propriété. »
(Test bien là le coin de terre tant ambitionné par Horace ; un vignoble eiposé au soleil ^ des fruits et des légumes, des gazons toujours verts, le clapotement des vagues du Rhin, des collines, des bois / le poétique voisinage d*un moulin, et une minière à exploiler dans les montagnes, car à côté de l'agréable, il faut aussi songer à rulile. La fatiiillc augraenle ; M""' Rapp accouche d'une petite liUc € tbrl laide c'est riieurcux pèi r (jui I alfiniii'.... « niais on nous assure, continuet-il, qu elle n'en sera que plus jolie plus tard. Me voiJâ père de quatie enfants, et ce bonheur surpasse réellement tous les autres ; je réprouve tous les jours.... »
Puis il remercie son aide-de-camp de l'accueil qu'on lui a (kit dans hi famille de son frère à Strasbouiig , et en revient une fois de plus à cette fille qui vient de naître.... « Je vous prie aussi de fiiire pait & toute votre famille que ma femme m*a donné une fille qui est laide.... mais on me promet qu'elle fera tourner des tètes avec le temps. »
(Jue dites-vous de ce bonheui paternel, qui déborde, qui est honteux de ses élans, et cherche à les voiler, en ayant l'air de dénigrer la fii»ure d une enfant, qu'il idolâtre déjà?
Sans rentrer dans une carrière tout à fait active, Uapp reprend un peu à la vie publique. Le roi l'a bien reçu : « J'ai eu l'honneur d'avoir une audience du roi , qui m'a fait un accueil ciiarmanl; j'en ai été fort touché. Sa Majesté m'a donné la main avec bonté, et m'a dit les choses les plus flatteuses. Pourquoi tous les autres grands n'ont-ils pas lait comme lui depuis leur première entrée? nous n'aurions pas è déplorer tant de malheurs. » Cette audience était un acheminement vers la pairie, qui échut i Rapp, lorsque le maréchal Gouvion-Saint-Gyr eut |»ris en iSiH le portefeuille de la guerre.
C'est dans les salons du maréchal que le comte Uapp eut une scène très-vive avec un colonel de l'Empire, qui avait,
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en sa présence, attaqué l'empereur, t Je trouve foit étrange,
s'était écrié Uapp, fjiie l'on ose tenir un pareil lanj^ag-e dans le salon d'un homme de guerre, qui doit à l'empereur son jji'ilon de mariM'lial -
l.e iuiideiiiaiii ri" m- le colonel vint doimer des explications très-satisfaisantes ù Happ, (jui s'élait attendu n im cartel, et était bien décidé à y répondre. Le culte qu'il professait pour rempereiii ii'iKlmettait aucun compromis ; pour lui. Napoléon était Tidéal du héros et du souverain ; et cet hommage, il le rendait è la mémoire du prisonnier de Sainte-Hélène, hautement, toujours et partout, chex lui, dans les salons de Paris» à la cour des Tuileries. La scène qui se passa dans le cabinet de Louis XVIII à la nouvelle de la mort de Tempereur est bien connue. L'émolion pîofonde, que Rapp ne cherchait point à contenir, et le> j. ai oies ;illc< tueuses du loi, qui respectait cetle douleur, peuven! se puiser de toul commentaire. L'hisloire contemporaine a enregistré ces détails dratnnfiques, et 1» postérité en gardera souvenir; car tout ce qui, dans les personnages historiques , porte le cachet d'un sentiment profond et vrai , a le privilège d'exciter l'intérêt à travers les âges'.
Cette fin prématurée du prisonnier de Sainte-Hélène réagit, sans aucun doute , sur l'organisation déjà ébranlée et aflaiblîe du général. Pendant l'été de 1831 il avait infructueusement plis les eaux de Vichy; il était retourné plus souffrant que jamais è Rheinweiler. Entouré des soins les phis touchants , il ne fit plus <pie languir. A Paris déjà sa famille s'était aperçue du déclin de Sf\'< forces ; il senihlait avoir pris eu aversion la vie de },Maiiii seij;iieur, et, avide de ieli-o»iver les émotions, les habitudes de la vie des camps, il allait quelquefois dans
I. EsMl nécessaire de consigner ici ces détails t.... Rapp pleurait en présence du n>l : • Sire, vous me pardonnerei ; c'est i lui que Je dois Tbon* oenr de servir Votre Majesté. • lonfs XVTII répondu ce que tout galant bomne aurait dit à sa place.
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les casernes de Paris goûter i la gamelle du soldat On a souvent remarqué qu*eQ vieillissant Tbomme retourne par instinct à ses habitudes premières , comme si les bouts de la cbatne quon appelle la vie, tendaient à se rejoindre et â se souder.
Le général Rapp n'avait accepté un siège à la chambre des pairs et des fond ions iiuiiuriliqiies auprès du roi qu'en vue de l'avenir du son fils Maximilieii , sur lequel se concentrait maintenant son ambition. Mais il voulait que cet enfafil lut élevé simplement et ne perdît jamais le souvenu i 1 jugine de son père. « Je ne veux pas que Max devienne vaniteux , disait un jour le général è un ami fidèle, à son ancien aidede-camp Marmier; promettes-moi, si je devais mourir, et si mon fils tournait à Torgueil , promettez-moi de le conduire à Cobnar, de lui montrer la modeste maison de mon père, et de le rappeler a Thumilité chrétienne. »
Je n'ai pas encore eu l'occasion de parler des sentiments religieux du généi-al Rapp. D'origine protestante, il respectait la foi et le culte de ses pères ; il ïjiégcail au consistoire de Paris; il était rluéLien par la charité , et il faisait largement le bien sans acceplion de cidte. Les témoignages rendus :i sa mémoire sont unanimes sur ce point. Les cloches de toutet les églises sonnèrent ses funérailles,' lorsque sa dépouille mortelle arriva à Golmar, le il novembre 1821. Trois jours auparavant (le 8) le général expirait à RheinweUer, entouré de sa fitmille et de quelques fidèles amis. Ses dernières paroles avaient été pour sa femme* et son fils , pour la France et son souverain. Aux yeux de Rapp, élevé surtout è Fécole de l1Smpire, le roi, successeur de Napoléon, était le représentojil de l'ordre public; Rapp ami ut . respectait la liberté individuelle; il délestait le règne des masses et l'anarchie.
Lorsque le ceicueil qui renfermait son corps, eut passé de la rive droite du Rhin sur la. rive française, les cortèges des communes rurales de plusieurs lieues à la ronde vinrent se joindre au groupe des amis et à la députation de Gobnar
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qui formaient le convoi funèbre. Au loin, dans les campagnes, la cloche des morts annonçait son passage; ce soldat, mort pair de France, presqu'au fatle des honneurs auxquels un simple citoyen peut allcindre, avait fiappé les imagrinations populaires; sa franchise, sa luiL^tjuejie imljUiitc aUiraient à lui toute la génération de TEmpire, coniuie sa bienfaisance lui avait attaché les cœurs jeunes et vieux.
C'est avec cet entourage , ambitionné comme dernière récompense pai' rhomme de bien, que le cercueil de Rapp fut porté dans Féglise paroissiale protestante de Golmar, et de là au cimetière. Vanité des vanités ! les orateurs ecclésiastiques et hilques, proclamant devant une foule immense les titres de glove et dîionnettr de Tilhistre général , étaient moins éloquents que les pauvres qui lui payaient le tribut d'une larme, ou st'S coiiijiagiiuus d'armes , qui étaient venus rendre les derniers honneius à ce vétéran des combats de 1 Ëmpire et de la République*.
Quelques semaines plus tard, un service funèbre fut célébré dans l'église des Billettes à Paris. Ici le pasteur, qui n'était plus écrasé , comme ses collègues de Colmar , par le voisinage même du cercueil, se trouva presqu'à la hauteur de son sujet. C'était une méditation chrétienne , simplement commémorative, une revue biographique des titres que Rapp avait au respect de ses coreligionnaires , de ses concitoyens , et au souvenir de la postérité. Un long frémissement sympathique éclata dans rauditoin; , lorsque roi aleiir rappela ce grand deuil, tout récent, sur les deux bords du Hhin, et ces lon-
1. Le cercueil était porté par des souis-otnciers de chasseurs; les coln.s du poêle mortuaire ètaieut tenus par les généraux Meyer, Dermoncoiirî, M»^na{,MCT el le colonel d'état-inajor Tavernier. On remarqua dans le cortège; le général Kessel, qui avait couuuaûdé sous les ci .li es de Rapj); les coflilei Waldner, ses andens aides-de-camp: le lieutenant-colonel de Goil, qui avait tlsTené avec lui le aiége de Daatiig; le cohmel Mangin, qui avait été son camarade en Ègfpte, el son ami à Dantsig.
5U6 UlUGHAPlilEb AUAClEKiNKS.
gaes lignes de feux Ainéraires, qui silloimaieiil lea oiubi'es de la nuil, et ce clergé, et ces fidèles de toutes les commanions, unis dans un seul sentiment de fFatcrnelle dou)eur Six ans et demi aprè.s la mort du général , on vint déposer
à ses côlés , dans le cimelière <le Colmar, le corps de son jeune (ils, niurl à Weiniar, au iiirtis il<> iiini 1838. Ce pauvre l'ulcint élail à peine itjié Jf (loii/r ans: se sriilaiit défaillir, il uvail dit à sa mère: « Si je meurs, lu me feras porter eu Fi ance auprès de mou père. >
Le poète patriardie , Gcethe , alors presque octogénaire , lorsqu'il apprit la douleur maternelle de la comtesse Rapp, hii envoya une strophe — quatre lignes — pleine de délicatesse.
/f eintarf «fas von vieU» Frwdtn
;i7e e/» FrUhHmgtbaumûhen grani,
H tir uni gab$t du ihr die Leiden ,
Ihr . dte reiuUes OiUck verdieni?
Ces vers se refusent, à raison même de leur gracieuse cuntexture, à toute traduction littérale
« Weimar, toi qui te présentes avec tes Lesquels en
lleiii ii et tes juics piiiilaiiières , pourquoi Lui duiiiiei eus sout- Iranres, à Elle qui est di;j:nc du honliciu h- plus pin ? »
Di\ mois auparavant rilinsire poêle avuil adres^é é M""^ liupp les vers suivants :
/.n dem (tuten . ttcni S'r/itf'Hfn /A erden irir tiii!- yi i ii yucwlintn : ht dt in Scha'ni ii . un (/l'/n Hiilvn Il erden tcir uns frisc/i er/nuf/ten.
Mo ùedatj'es deinen If^egen H^eiter ketnen Reisesegeu.
1. Au luoiiifiil ou itiipp expirait, il était pair de France, premier cliambcUau mallre de la garde-rok- «lu nji . trrantj-croix de l'onlre de la Lc^moii d'houuciir, commandeur de Saiul-Loub, grand-croix de l'ordre militaire de VaxImlOen-Jteepb de Bavière et du Lion Palailn, grand-croix de Tordre de la Fidélité de Bade, chevalier de Tordre impérial de la Couronne de fer, membre do consistoire de Pafi« et viceH)fésident de la Sodélé biblique dt France.
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Il en est de cette strophe, comine de la précédente; c'est un souffle» Taecord à peine indiqué d*iine harpe, que Ton ne peut fixer en notes appréciahles.
c Ob! comme nous nous faisons une douce habitude de vivre
« avt'c la bonté, avec la beauté! Comme nous puisons auprès « (le la l»euul''', iuijU'és de la buiilc uiw nidciii- juvénile! Tu * peux |»ai lii >aiis deinan<ler une autre l>ui»éiliclion pour les » couises lointaines »
Oui, certes, la conilesse Alberline n avait qu'à se montrer pour captiver les cœurs , et lauteur immortel de Faust luimême ne pouvait, par ses vœux, sa bénédiction paternelle et sa sympathie, rien ajoaler au tharme qa*exerçait la douce %ur,e de la jeune veuve. Cependaint une prière pour son bonheur k venir, pour son bonheur personnel, n'aurait pas été superflue, puisqu'il un an de distance à peine elle perdait un enfant chéri, et (pie plus tard elle succomba elle-même, encore Liaii> i;i force de ITii^'-f, ijpi ùs avoir essayé de se créer d'autres all'ecLiuiis el d'autro dcvoiis'.
Le fds aîné de iiap]) est mort, il y b une vin^^^taine d'années, eu Al^'érie-. Il était écrit là-haut que le général intrépide < ne stM-ait point la tige d'une lignée bi ave comme lui. »
Ses deux lilles survivent ; la plus jeune a épousé un Anglais de distinction'; Faînée est devenue la femme du baron Édouard de Rothberg, frère de la comtesse Rapp, et elle habile cette poéti(|ue terre de Rheinweiler, qui est revenue à ses premiers propriétaires historiques.
Dans le sort des familles , connue dans la destinée des empires, il y a, quoi qu'on eu dise, des ( ii-constaiiL-Cb nitu q(it't"j> au coîri de ia fatalité, c'esl-à-diie , d'uiie iiiiluence el d'uue volonté d'en haut.
1. M*' ia comleaae Rapp avait épousé, en second» noces, un grand seignenr ècosoalB, lord Orummoud, due de Melfori.
2. li avait le grade de capitaine, et suivait les traces de aon père.