LE GÉNÉRAL BARON DE C(EHORN
Il Ail ses adieux é sa femme éplorëe ; pour la dernière fois it serre contre son cœur ses fi]s et ses flUes et se rend au
rassemblement àMayence. Avec sa fougue habituelle, il prend |t.ii I tiix batailles de Lutzen et de. Baiitzen ; niais s.i iiiitiivnise étuilf vri se de nouveau sur lui son inlluenre in;iUaj^.aid('. il reçoit des blessures graves, et point de n'cuaipen:je ; à la date du 18 juin (1813) il écrit d'Ëicbberg sur le Bober près de Buntzlau : < Ma brigade a reçu une quantité de grades et de récom|>en8e8; Û n*y a que moi qui n*ai pas même joui de la satisfaction de la voir nonnmée dans le rapport sur la bataille de Baulien, quoique j'y aie perdu un tiers de mes hommes, que J'aie passé à Sprée sur un pont que j'ai fiiit raccommoder avec des portes et des volets, sans canon, sous le feu de plusieurs batteries , auxquelles j*ai été exposé pendant deux liera du jour, et après un combat de niousquelerio.... Ma brigade toute composée de recrues de l'espèce la plus « débile « a emporté de vive force le village de Biirg; j'ai ag^i dans f cette occasion par moi-même et sans ordre. Avec des éléc ments ansai faibles, il ne reste autre chose à faire aux chefs
< de colonne, qu'à ne jamais désespérer de la fortune, et i c opposer le sang*fh>id, la constance, et une activité redouc blée aux coupe menaçants. >
Dans sa juste douleur, il adresse à un personnage influent, des alentours de l'empereur, une réclamation amére; il est outré de l'oubli dans lequel on semble le laisser avec une intention presque malveillante: il réclame la publiciié iniime l'héritage sacré de ses enfants. — Je puis dire que, sacrii fice d'argent , de santé , je n'ai rien considéré , du moment c où il s'agissait du service de l'empereur. A la bataille de t Bautzen , une violente contusion de biscaîen sur la colonne c vertébrale, malgré de grandes douleurs, n'a pu me fiiire c quitter ma brigade, où ma présence était alors indispenc sable. A sept heures du aoir, flrappé de nouveau par une
< balle dans la région du foie, je ne pouvais plus ni rester à
niOOnAPIlIES ALSACIENNES.
c clievaly ni mo coucher; je conliuuai néanmoins h donner
< des ordres. Le lendemain, je me fis transporter a la léte c des carrés do ma brigade, et ne Tai pas quittée» au milieu c de violentes souffrances. • ^ < Voila, Monseigneur, le r^t « succinct de ce que, dans ce commencenottit de campagne, f j'ai pu ajouter A mes services passés ; j'ai acquis le droit
< consolateur de confier ma peine à Votre Bicellence ; vous c ne laisserez votre œuvre iroparfîûte... »
Il adresse une supplique analogue au prince Berihier, sans ohteuir, à ce qu il ' mble, un résullat ininiédiat, car le temps de Tarmistice se passe, et nous retrouvons le général de CoBhom aux environs de Dresde , commandant une hrig-ade de la division Friederichs, et en relations très-amicales avec ce nouveau chef. Les lettres du général Friederichs portent Tempreinte d un caractère qui sympathisait avec celui de Cœhorn.
Après ia bataille de Dresde, à laquelle notre général prend part, il est posté à Radebui^; vers la fin de septembre il est chargé de la défense de Meissen et du pont sur l'Elbe. Il repousse avec sa vigueur accoutumée , qu'il sait communiquer aux officiers et soldats de sa brigade , les attaques du corps du général Sacken, et empêche le pont de l'Elbe d^être incendié. Au commencement d'octobre pendant le mouvement de connentraliou sur Leipzig, son chef immédiat lui confie la nll^sloll difTicile d'occupei", sui- la Miilda, tous les débouchés, et de protéger au besoin la retraite de la cavalerie fi'ançaise. Enfin, au moment suprême, pondant les terribles journées de Leipzig, il commaude ia division Friederichs, dont le chef est blessé.
Mais rbeure de Gœborn aussi a sonné. Le 18 octobre, un boulet figeasse sa cuisse gauche. Quelques soldats se préparent à l'emporter. — c A. vos rangs, leur dit-il, je suis comme les autres*. » — Deux de ses fidèles domestiques, ayant vu son
1. Cei» nobles purolcâ ont été entendncs par M. Lacroix, aide-Ue-camp dn géiièn] Pric4sriehs.
LE <iÉMÉRAL BA.RON DE CŒIIORN.
cheval reveiiii* sans son maîlre, voni à la recherche du général , le li'ouvenl étendu par terre, sans connaissance; ils improvisent un brancard à Taide d'une porte qu'ils détachent d'une chaumière» et cherchent pour le malheureux blessé un abri dans la demeure du libraire Tauchnitz à Lei'iizig. L'amputalion du membre fracturé est jugée nécessaire , pratiquée sur-le-champ. Ce « rlicvalier sans peur <;l sans reproche , » ijui avait depuis trente et. un ans vu la mort sous toutes ses tonnes, et lutté sur les champs do bataille de la moitié île TEnropp, endnra, sans sourciller , Topéralion qui Ir- reléguait, à Tàge de 42 aos, parmi les Invalides, et dit en souriant à son domestique : « Bah ! avec ma jambe de bois je pourrai encore faire valser ma femme à Ittenwiller.» Ainsi, la confiance dans la force vitale qu'il sentait circuler dans ses veines et . qui faisait battre son cœur dans ces terribles moments, restait indestructible ; elle se traduisait par une explosion de mélancolique gaité, qui, de la part d'un autre moins éprouvé que lui , aurait pu toucher à l'affectation ; ce serait Mre injure i sa mémoire, que d*y trouver un autre sentiment que celui (ruiu' ailiniralile bérénilé au milieu des souffrances, une lutte avec los visions fiévreuses, qui faisaiont passer devant ses yeux les téfos (liérics , 3(!rist*^ps, de sa femme et de ses enfants; sur son lit de doidtîur, le biessé écartait violemment les sombres pressentiineats pour conserver quelques chances de guérison.
Dix jours plus tard , le 29 octobre il expira de faiblesse , au moment où son domestique portait une tasse de thé à ses lèvres décolorées.
Au milieu de l'épouvantable désordre et de l'épidémie pestilentielle, qui r^ait alors 4 Leipzig, l'ennemi rendit cependant les derniers honneurs militaires au général lançais, que son nom et son caractère recommandaient à uiie attention exceptionnelle. Mais la famille de M. de Gœhom n'a pu retrouver le lieu de sa sépulture. H dort, inconnu, au milieu de ses
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compagnons d*inforlune el de gloire, que le lypbus et les blessures avaient enlevés par milliers à la suite de la catastrophe du 19 octobre.
Le serviteur épi'ouvé qui avait été son ^'arde-iriiiladc -je i»'^^r«itlo (le ne ]kis coniiiiili t \r nom de cet ii»»jiiniL' fidèle au malheur ajijiorta n Slruî>tiotng 1rs détails sur les dei'uiers moments de son maître ; il n'avait à déposer dans la demeure de la veuve et de six orphelins que les débris de réquipement militaire, une croix de commandant de la L^^gion d'honneur, et de l'Ordre militaire de Bavière, un sabre brisé par un boulet , un chapeau couvert de sang.
Un coup d'œil rétrospectif sur cette vié agitée doit nous élre permis. Les hommes de la trempe du < Bayard alsacien » n'apparaissent pas sur la scène avec chaque nouvelle génération, (pielque fécond que soit notre sol en illusti-alions guerrières.
Oiie voyons-nous? un adolescent, orphelin, mais isMi d'une noble race , prend service sous l'ancien régime , comme simple volontaire ; il gagne vite ses premiers grades, poussé par sa bonne mine et son nom; il cherche, il brave les dangers des colonieii pour avancer plus rapidement; la révolution arrête son essor et le rejette au dernier rang des soldats. Il en prend son parti, remonte une seconde fois ces degrés inférieurs de la pyramide militaire ; un pressentiment secret lui dit que dans la giberne du soldat républicain se trouve au besoin le bâton de l'ancien maréchal de France ; un courage bom'llant , extravagant le pousse à des exploits dignes des héros d'Homère ; il amortit lui-même peut-être l'éclat de ces hauts faits par une intraitable bnjsquerie et par les défauts inhérents àr toute qualité exceptionnelle; en dépit des entraves, des contrariétés, des injustices, fl frappe si bien tous les yeux qu'il conquiert, jeune encore, et avant la fin du dix-huitième siècle, sur les champs de bataille de TAUemagne, le grade de com* mandant. Si, au lieu de Aire ses débuts sons Roche, Jourdah,
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Horeau, il B*était battu sous les yem du vainqueur d'Arcole ei de Ifarengo, il est permis de croire qa*i la même époque déjà il aurait atteint le rang de colonel ou de général» et que
sous TEnipirc, ses destinées auraient été bien plus éclatantes. — Eh hieii , je ne roj^relte point pour Cœhom qu'il au lutte, t;ii vaillant clianipion , au second un Uuisiéine ranjS". Oui sait si h [ii ospérité constante n'eût point fait déviei et troublé ce cai'aclére si droit et si pur; qui sait si, maréciial de France, il eût conservé celte franchise d'allures» presque républicaine, qui le rendait redoutable comme un censeur antique? que serait devenue au milieu de la cour qui se forme autour de toute grandeur, que serait devenue cette simplicité qui hii foisait, dans l'Age mûr et au milieu du bruit étourdissant de la guerre, rechercher la société des poètes favoris de sa jeunesse? Je n'ai pas vu sans émotion , parmi les reliques de sa famille, un cxcnipluiro fort usé dus poésies lyriques de Salis, brave officier , et noble , comme C(t'liorn , excellent père comme liu', et, comme lui, admirateur intelligent des j^rands spectacles de la nature. Le texte de ce petit volume portait de nombreuses traces du crayon du général qui avait niartjué les passages sur lesquels il se plaisait à revenir. Dans l'une de ces strophes élégiaques, si douces et si gracieuses, qui abondent dans les œuvres du poète suisse, Tépoux heureux, mais poursuivi au sein du bonheur par de sinistres pressentiments, voit sa jeune femme penchée sur une urne iimébre, et verser dès larmes pieuses, témoignage d'un étemel attachement. Ces vers étaient doublement soub'gnés; car, que de ibis le général n'a-t-il pas dû prévoir le moment, où sa veuve répandrait aussi des pleurs en songeant à lui, sans avoir même la consoiatiou de porter sa douleur sur un symbole visible au-dessus d'un tombeau.
Le général de Goehoiii avait inculqué de bonne liciue â ses enfimts cet amour de la grande et belle poésie; il leur faisait apprendre par cœur et déclamer les vers d'Athalie;
BlOtiHÀPUlES ALi>ACl£NlfKS.
et quand son fils l'écîtait rimmortelle réplique de Joas à Abner:
- « Je craias Dieu , cher Abner, et n'ai pofnt «f antre crainte ; •
le père souriait satii^rait ; il enleudait au foud de son cœur l'écho de cette voix enfantine , qui répétait la sentence directrice de sa propre. vie'.
1. Le général de Gœhom, au niomeat de moudr» laitasit six enbats en bta âge: deox flla et quatre ffllea; Talnè de sea flla, M. le baron Eugène
de CœhorD. cstai^nrd'hiii déptilé du fias-RUn an Gorfia législatif, maire de Saint-Pierre et neoilnc delà Légion d'honneur; -- le second. M. Edmond de Cœhorn, a suivi la carrière diplomatique; il a rempli les fonotioua de sccrOtairc d'ambassade à Constanfinoplc, de premier secrMaire de légation à Krancrort et à Danit;stadt , il e^^t chevalier de la Légion d'honucur ci de l'ordre lie&sois de Philippe le Magiiunime ;
L'aluée des lillcs du général est l'ôpouse de il. le comte de Duutcu. pro» priétairc en Livonie ;
La aeoonde a épousé M. le baron Alfred Renonard de Boaaierre, député dn fiae-Miiii an Gocpa légialatif et membre du oonaeil municipal de StcaaboQig;
La troisième a épousé U. le baron de Dallwii^, préaident du minialére grand<dncal de Hesae ; die est morte i Wiabade, le 2 mai 1860.
La quatrième , morte en octobre 1853, atalt épooaè M. le Itaron de Neneval, olllcier d'ordonnance de l'Empereur.
La reoYe du général est morte eu février 1841,