RÉPONSE DE M. PITT
Monsieur,
C'est avec la plus grande satisfaction que je vous envoie le consentement du Roi sur un sujet aussi intéressant que l' épitaphe du Marquis de Montcalm composée par l'Académie des sciences,
1. La bombe en éclatant n'avait fait que défoncer le planoher de l'église. C'est par cette ouverture que fut descendu le cercueil du général, dans une fosse creusée immédiatement au-dessous. Histoires des Ursidines.
voi. ni, p. 8.
et qui, selon vos désirs, doit être envoyée à Québec, gravée sur un marbre, et placée sur la tombe de cet illustre guerrier. Elle est parfaitement belle; et le désir des troupes françaises, qui ont servi en Canada, de payer un semblable tribut à la mémoire de leur général qu'ils ont vu expirer à leur léie, d'une manière si glorieuse et jMHir eux et pour lui, est vraiment et honorable et digne de louanges.
J'aurai le plaisir, Monsieur, de vous faciliter de toute manière dans vos louables intentions, et dès que j'aurais reçu avis des mesures que voua aurez prises pour faire embarquer le marbre, je ne manquerai pas de vous envoyer le passeport que vous désirez, et des directions au gouverneur de Québec pour le recevoir.
Je vous prierai aussi, Monsieur, d'être persuadé «le ma juste sensibilité pour la partie obligeante de votre lettre qui me concerne, et de croire que je regarderai comme un bonheur l'occasion de vous prouver l'estime et la considération particulière, avec lesquelles j'ai l'honneur d'être eic.
WM. PlTT.
Londres, 10 Avril 1701.
A la suite de cette correspondance, le marbre fut expédié vers le Canada ; mais on ignore par quel accident il n'arriva jamais à sa destination. En 1883, Lord AyJrner, alors Gouverneur-général des Provinces, fit placer, dans la chapelle des Ursulines, l'inscription qui s'y lit encore aujourd'hui :
HONNEUR A MONTCALM 1 LE DESTIN EN LUI DEROBANT LA VICTOIRE l'a RÉCOMPENSÉ PAR UNE MORT GLORIEUSE !
M. Faribault voulant placer sur la tombe de l'illustre guerrier un marbre plus somptueux, porteur de l'inscription composée par l'Académie des lettres, et donner par là suite aux vœux de M. de Bougainville et de ses compagnons d'armes, écrivit à M. le Marquis de Sainte- Maure Montausier, petit-fils de M. de Montcalm par les femmes, pour le prier de veiller à l'exécution d'un marbre tumulaire du prix de 3000 francs, sur lequel serait gravée l'inscription de l'Académie.
Mais après mûre délibération, il fut décidé que le monument serait exécuté à Québec même.
Précisément à l'époque où notre enthousiaste antiquaire s'occupait activement de ee projet, le nom de Montcalm remplissait la pensée d'autres personnes, placées à de grandes distances les unes -des autres et dans des conditions et des circonstances bien variées.
" De Montpellier, en France, écrivait, le 6 septembre 1859, le Courrier du Canada, Ma-
G. B. FARIPAULT.
dame la marquise de Montcalm, veuve de l'héritier direct du nom de Montcalm-Gozon, s'adressait aux Frères de la Doctrine Chrétienne, pour les prier de faire dire, sur la tombe de l'illustre aïeul de son mari, le jour du centième anniver- Kaire de la mort du héros canadien, les prières de. rEgliee Catholique dans le sein de laquelle tous les illustres morts de cette noble famille se sont endormis.*
De Paris, M. le marquis de Sainte-Maure Montau8Îer et M. le Comte Victor de Montcalm, petit-fils du grand homme, écrivaient aussi en Canada sur le même sujet.
Puis, sur le rocher de Gibraltar, un officier distingué de l'armée anglaise, M. le colonel Beatson, des ingénieurs royaux, publiait une brochure en l'honneur de Montcalm. Mais c'était aux Canadiens-français surtout qu'il appartenait d'honorer la mémoire de Montcalm. " Une grande solennité funéraire fut organisée pour le 14 septembre 1859, jour qu'on avait choisi à dessein pour la pose du monument.
Le Courrier du Canada en donnait la description suivante. " Le marbre tumulaire est composé de quatre pièces principales. La première de ces pièces est une grande table de marbre noir, de six pieds quelques pouces sur un peu plus de trois pieds, destinée à être fixée dans le mur de l'église et qui porto les trois autres pièces de marbre blanc; savoir: la table centrale, la pièce de support et le couronnement. La belle et longue inscription de l'Académie est gravée sur une pièce centrale, avec une netteté et une exactitude de ciseau remarquables. Sur la pièce de support sont gravées en relief les armes de Montcalm, dont l'écu porte : Ecartelé <wl et 4 d'azur à trois colombes d'argent, au 2 et 3 de sable à une tour de même. L'écu, ses pièces et sea accessoires sont burinés avec beaucoup de goût et de précision ; les détails ont été bien soignés. Tout ce petit morceau de délicate Mttlpture constitue un bel ensemble formé de toutes ces figures symboliques parmi lesquelles on aime à voir le dragon des Gozon, la devise faHontcalm Mon innocence est ma forteresse \ ^ le fameux Draconis extinctor de Dieudonné k Gozon, chevalier de Saint-Jean de Jérusalem." La même feuille ajoutait, le ô septembre :
"Madame la marquise de Montcalm, qui, uns la pieuse solitude où elle vit, ne savait pas
2n'on s'occupait de solenniser l'anniversaire de L mort du grand-père de feu le marquis son [.••ri, apprendra avec bonheur ce que les Canadiens auront fait en ce jour de glorieux et mélancolique souvenir pour sa famille. La noble et rieuse femme avait, comme nous l'avons dit, aargé lea bons frères des Ecoles chrétiennes, ni comptent en elle " une sincère amie " de nu grande œuvre, de faire dire une messe le Kir de la mort de Montcalm — "à laquelle, 1 disait-elle dans ce langage auquel on reconnaît ( fe noble sang, vos frères inviteraient — si
11 leur règle et. les usages du pays U permettent, " — les Français avec lesquels ils ont des relu- "lions." Madame la marquée s'informait, avec une piété touchante, de l'état dans lequel se trouve le tombeau de l'illustre ancêtre de son mari :
" Je pense qu'il doit être entretenu, disait-elle, " car le nom du Général Marquis de Montcalmu est resté honoré sur la terre arrosée de son " sang.
Oui, noble Dame, le nom du marquis de Mont' cal m est resté honoré sur cette terre du Canada et dans le cœur de ce petit peuple qui n'oublie pas le sang qui a coulé avec le sien, pour la défense commune de la patrie de Vieille et Nouvelle France. "
En apprenant les préparatifs qui se faisaient à Québec, le dernier descendant de l'immortel guerrier, le comte Victor de Montcalm, écrivait à M. Faribault, en lui exprimant toute sa reconnaissance, ces nobles paroles où respire la grande âme du héros :
" Arrière petit fils et dernier reje-
" ton de la famille du Marquis de Montcalm, je u ne saurais assez vous exprimer ma profonde lt émotion en lisant les généreuses intentions des " habitants de Québec. Retrouver si vivante et tl si chère, après un siècle entier, la mémoire de " mon aïeul, est chose bien douce à mon cœur. li Mon bonheur serait complet, si je pouvais me " trouver au milieu de vous le 14 septembre, et " exprimer toute ma reconnaissance à mes com- 11 patriotes. Mais si, hélas l une faible j-anté me i '" retient fixé sur le sol de notre vieille France, li croyez, Monsieur, et soyez assez bon pour le i( redire à tous, que le cœur canadien de mon " grand père battra dans ma poitrine, le jour de " ce glorieux anniversaire, avec autant de force tl que jadis le sien en défendant Québec. "
11 y eut eu bien des heureux à Québec, si un Montcalm, le seul rejeton vivant du nom, eût pu y être présent en ce jour mémorable 1
Le matin de cette solennité, 1 la belle chapelle des Dames Ursulines était tendue de draps noirs aux larmes d'argent, et, au milieu de la net de cette précieuse petite église, était élevé un catafalque recouvert d'un drap mortuaire parsemé de rieurs de lis d'argent.
Le nouveau monument était fixé à sa place dans le mur de la chapelle près du balustre, du côté de l'épître, au-dessus de l'endroit même où, — sur l'indication d'une religieuse morte il y a plusieurs années el qui avait été, à l'âge de neuf ans, témoin de la sépulture du héros — les restes du chevaleresque commandant de la garnison de Québec furent déposés le 14 septembre
I. La veille, le monument élevé a Wolfo ot à Montcalm par Lord Dalhousie, dans le jardin du fort avait été orné de couronnes d'immortelles et do festons de feuilles d'érable. Le soir, on sonna, à l'église anglioano les glas da Wolfe.
G. B. FARIBAULT
Les Dames religieuses des Ursulines avaient fait exposer dans une châsse, le crâne du héros, retiré, il y a quelques années, de la tombe où reposent ses glorieuses dépouilles mortelles.
A sept heure et demie, une messe base était dite pour le repos de l'âme du général marquis de Montcalm par M. l'abbé LeMoine, chapelain des Dames Ursulines. Du fond du cloître de ce couvent des Ursulines, dont l'histoire s'identitie avec celle des premiers temps du pays, s'élevaient, pendant l'office divin, les voix pures et touchantes des filles de Sainte Ursule qui ont rendu tant et de signalés services à la Nouvelle France et au Canada.
Pour se rendre à la pieuse demande de Madame la Marquise de Montcalm 4es bons Frères de la Doctrine Chrétienne de Québec et de la Pointe- Lévis assistaient en corps à cette messe à laquelle s'étaient aussi rendues beaucoup de personnes de la ville.
A deux heures de l'après-midi, la cloche de l'église des Ursulines appelait encore les fidèles, pour assister à la cérémonie de l'absoute solennelle qui allait avoir lieu sur la tombe où le héros avait été déposé juste un siècle auparavant, presque heure pour heure.
Le B. P. Martin de la Compagnie de Jésus monta en chaire et prononça l'oraison funèbre du Marquis de Montcalm. Il présenta la suite des événements de cette existence si pleine de services rendus à la religion et à la patrie, et fit ressortir, dans l'homme illustre dont on vénérait la mémoire, le double caractère du soldat et du chrétien. Le prédicateur déroula avec tact et bonheur la suite de l'histoire de l'illustre guerrier, issu de cette noble race dont on a dit : " Les " champs de bataille semblent avoir été les 41 tombeaux des Montcalm : " il fit assister son auditoire aux succès littéraires de la jeunesse de Montcalm, aux brillants débuts de sa carrière militaire, .à «ces combats d'où il sortait toujours couvert de gloire et d'ordinaire couvert de blessures; il le montra grand surtout à Carillon où il triompha — à foret- d'audacieuse intrépidité, — au point qu'il eut à répondre d'avoir tant osé, en disant : "Si j'ai, dans une position difficile, mis de côté les règles ordinaires de la guerre, c'est que je me suis rappelé que l'audace enfante souvent les succès.
" Mais, a dit l'orateur, s'il nous est agréable de faire dans la personne du Général Marquis de Montcalm, l'éloge du soldat défenseur de la patrie, il nous est encore plus consolant d'avoir à iaire, dans la personne de l'illustre mort, l'éloge du chrétien." Puis le prédicateur a lu une lettre, écrit par le marquis de Montcalm à la Supérieure du Couvent de l'Hôtel-Dieu de Québec alors qu'il iàisait la guerre dans le haut du pays, lettre dans laquelle le soldat sans peur, l'homme fort entre les forts. demandait le secours des modestes prières de timides vierges et de faibles femmes. Hien n'eut Louuh&ut comme les détails de la
mort de Montcalm, alors qu'après avoir répondu à son chirurgien qui ne lui annonçait que quelque douze heures d'existence : — " c'est assez ! " — il faisait à la hâte ses dispositions, remettait son commandement en d'autre» mains, recommandait au général Murray les prisonniers français, eu lui écrivant : " Je fus leur père sojei " leur protecteur ..." puis qu'enfin, tout entier aux soins du salut de 6on âme, il recevait les secours et les consolations de l'Eglise, pour aller se reposer dans le sein de l'Eternel d'une vie si agitée et si pleine de hasards.
Le prédicateur, après avoir dit à son auditoire combien est futile la gloire de ce monde, qui n'a pour l'homme aucune jouissance au-delà du tombeau, et avoir rappelé quegDieu seul et son éternité ont le droit de remplir notre pensée et le pouvoir de récompenser le chrétien, est descendu de la chaire au milieu du religieux silence de la foule, frémissante d'émotion, qui remplissait la petits église et du nombreux clergé réuni dans le chœur. 1
A la suite du discours du R. P. Martin, nu chœur, organisé par M. Gagnon, a d'abord char té, avec accompagnement d orgue, leLacrymota du Requiem de Mozart en quatuor. Monseigneur de Tloa, qui avait voulu lui-même officier, est alors venu, précédé de la croix et accompagné de ses assistants, se placer devant le catafalque, et le chœur a entonné le Libéra^ à la suite duquel Sa Grandeur a procédé aux cérémonies de l'absoute qui ont terminé les exercices pieux de cette journée de souvenirs religieux et nationaux. La foule s'écoula lentement, en jetant des regards d'affectueuse mélancolie sur le crâne exposé du marquis de Montcalm et sur le marbre tumulaire, dressé contre le mur, sur lequel des mains pieuses avaient suspendu des couronnes d'immortelles.
" Une telle journée, écrivait Le Canadmài 16 septembre, est faite pour laisser sa profonde empreinte dans l'âme de tous ceux qui eurent le bonheur d'être témoins de cette scène religieuse.. Bénissons une religion qui est capable de nous les fournir en sanctifiant le patriotisme chrétien qui en avait été l'inspirateur. Quand un peuple sait perpétuer ainsi le culte de ses héros, et quand les autels, qui Se dressent sous ses yeux, veient ainsi fumer l'encens du ciel uni à celuide la patrie, on peut dire que celle-ci n'est pasmortei dût-elle ne vivre que dans les catacombes !
" Il appartient bien à la presse franco-catholique sans doute de consigner avec bonheur 1* consécration d'une telle date et d'enregistrer une aussi touchante commémoration. Nous l'offrons, aujourd'hui à la méditation de nos lecteurs.
Elle entrera un jour dans des pages moins fngt tives pour former un des anneaux de cette chaîne ininterrompue d'événements dont la suite forme
1 Les détails de cotte solennité sont tirés du CourrUr du Canada et du Canadien.
G. B. FARIBAULT
otre histoire. Heureux de pouvoir la fixer, pluB eureux de pouvoir la transmettre aux généraon s dont elle sera l'héritage, c'est un de nos onheurs de la recueillir comme une relique ■aditionnelle pour la postérité. " Enfin la poésie vint mêler de nobles accents ux joies funèbres de cette émouvante solennité.
J'ai de Montcalm vu l'ombre glorieuse 1 U m'apparut au bord du Saint- Lauréat, L'épée en main, la face radieuse, B s'écriait : «« Canadiens, en avant !
"L'entendez- vous? le clairon des batailles.
" Vient d'entr'ouvrir la tombe où je dormais;
" L'heure a sonné des justes représailles
" Bons Canadiens, soyez toujours Français 1
" Déjà eent ans ont roulé dans l'espace,
*' Depuis qu'un prince, au souvenir maudit,
" Pour des loisirs indignes de sa race,
44 D'un trait de plume, aux Anglais nous vendit;
'• Mais notre sang, comme un saint héritage,
** Au sang saxon ne so mêlant jamais,
M S'est à nos fils transmis pur d'âge en Age,
" Bons Canadiens, soyez toujours Français !
" Aussi le Ciel a béni nos familles :
" Que de sillons aux sillons ajoutés 1 " Que de hameaux sont devenus des villes !
*• Leurs défenseurs par milliers sont comptés. * ** Pour nous venger, leur bataillon s'apprête j
" Nobles aïeux, dormez, dormez en paix
" L'indépendance aura son jour de fête !
" Bons Canadiens, soyez toujours Français !
«' Mère-patrie, au sein du Nouveau-Monde, " Une autre France ouvre et te tend les bras ; « Malgré le temps, la distance do l'onde « Et les malheurs,... son cœur ne change pas. M Nous tressaillons, quand des sons de victoire " Jusques à nous apportent tes hauts faits ; 41 Nous grandissons aux rayons de ta gloire ! " Bons Canadiens, restez toujours Français 1 "
4i Nous ne serions pas juste, disait en terminant le Courrier du Canada, si nous laissions le sujet de cette fête sans rendre à notre vénérable ami, M. Faribault, la justice qui lui est due : 6' est à l'initiative de ce pieux ami de notre histoire et de nos traditions, que nous devons la belle fête, qui a eu lieu hier, et chaque fois qu'où ae rappellera cette solennité, il sera juste d'associer a ce souvenir le nom de M. Faribault. "
C'est aussi pour la même raison, que nous avons cru devoir insister si longuement sur cette page historique, qui fait tant d'honneur à sa mémoire.
Deux ans après cette grande commémoration, la Marquise douairière de Montcalm faisait parvenir à M. Faribault un témoignage de reconnaissance aussi flatteur pour lui que délicat pour tous les Canadiens. C'était une excellente copie du seul portrait original et authentique que possède la famille Montcalm.
Il est facile de comprendre les transports de joie avec lesquels fut accueilli ce superbe tableau, où le talent du peintre a si bien rendu la douce et majestueuse physionomie du vainqueur de Carillon.
Il nous a été donné de contempler plusieurs fois cette magnifique toile.
La pose martiale du héros est vraiment admirable.
Sous un reflet d'exquise douceur, cette belle figure porte le cachet de la plus grande fermeté de caractère. Les sourcils forts et épais qui ombragent ce regard vif et doux, laissent percer l'énergie guerrière, l'iuspiration du génie qui éclataient en brillantes victoires sur les champs de bataille.
On ne peut détacher les yeux de ce tableau, où revit la grande âme du héros. Après cent ans, il se fait encore aimer et admirer sur la toile, comme il fut admiré et chéri de ses soldats et de nos ancêtres.
Un incident de sa mort, que nous a souvent raconté M, Faribault, achèvera de peindre le caractère du noble guerrier, et ne saurait plus dignement mettre fin à tous ces glorieux et attachants souvenirs.
M. Faribault ten.iit cette anecdote de l'un des plus anciens citoyens de Québec, M. Malcolm Fraser, fils de l'un des officiers de Wolfe, lieutenant dans le 42e régiment des Highlanders, connu sous le nom de •' Black Watcti."
M. Fraser l'avait apprise, ainsi que plusieurs autres faite intéressants, de la bouche même d'une ancienne dame canadienne de Québec, qui, vers l'âge de dix-huit ans, avait été témoin oculaire de cette scène.
Pendant la déroute qui suivit la défaite des plaines d'Abraham, Montcalm, oubliant les souffrances atroces que lui faisaient endurer deux blessures qu'il avait reçus pendant le combat, faisait des efforts inouïs pour rallier les débris de son armée qui se précipitait en désordre vers la ville, lorsqu'il fut frappé d'une balle dans les reiens, à quelques centaines de pas de la porte Saint-Louis.
La violence de ce coup mortel, loin d'abattre son courage moral, ne put même altérer safière et intrépide attitude. Soutenu sur son cheval par deux grenadiers qui marchaient à côté de lui, il franchit les portes de la ville.
— mon Dieu! mon Dieu 1 le Marquis est tué!
s'écrièrent plusieurs femmes en voyant le sang qui coulait de .ses blessures, p'endant qu'il descendait la rue Saint-Louis pour se rendre au Château.
Le général se tourna en souriant vers elles, leur assura que ses blessures n'étaient pas sérieuses, en les conjurant de ne point s'alarmer sur son compte.
— Ce n'est rien ! ce n'est rien 1 leur dit-il, ne vous affligez pas pour moi, mes bonnes amies.
Quelques heures après», il était mort !
M. Faribault était un des fondateurs de la société historique de Québec, et l'un de ses premiers bienfaiteurs. La société a voulu en perpétuer le souvenir en faisant suspendre dans la salle de ses séance^ «y& ^rat\xs& ojàv *s&» ^^^ ^^
G. B. FARIBAULT
meilleures peintures du genrdedeM. Faribault, notre excellent artiste, M. Thé. «phi le Hamel.
Dans le cour? Je sa longue carrière de recherches et d'études, M. Farihault avait formé une collection précieuse de uiunu.-crits et d'ouvrages anciens, presque tous sur l' Amérique.
Sachant, pur une triste expérience, à combien de dangers l'existence de ces documents c>t exposée tous les jours, surtout à cause dc^ ravages. de l'incendie si fréquents dans notre pays, il a eu l'heureuse peit>ée de remettre entre des mains sûres le trésor de ses richesses historiques, et a légué à l'Université-Lavai toute sa bibliothéque canadienne, laissant à son ami, M.
Laverdière, le soin de présidei' lui-même à l'exécution de sa dernière volonté sur cette matière.
La liste qui suit fera voir l'importance de ce don généreux.
1° Environ 400 manuscrits, dont près de la moitié sont des originaux ou des copies collationnés de documents tort anciens, (Lti'2'j, 1G3G et années suivantes). Parmi ces manuscrits, le plus précieux et le plus important, sans contredit, est le Journal des Jésuites (1G45-1GGS, seule partie qui ait été retrouvée jusqu'à ce jour).
2 Q Environ l,0i)0 volumes imprimés, dont quelques-uns sont très-rares et très-importants, comme, par exemple, Lescarbot 1(> i), Champlain 1613, Les voyages aventureux de, Jean Alphonse, Relations des Jésuites, éditions anciennes, 17 volumes, etc., etc. On peut ajouter que, parmi les brochures proprement dites, il y en a un bon nombre qui sont maintenant introuvables.
3° Un Album renfermant une centaine de plans, cartes, vues, portraits, tous relatifs à l'histoire du pays, et dont plusieurs sont d'une extrême importance. Au nombre de ces pièces, se trouve le tableau sur toije que M. Faribault avait fait exécuter lui-même, et qui représente i'hivernement de Jacques-Cartier dans la rivière Saint- Charles. *
L'Université reconnaissante a résolu de faire peindre, par M. Théophile Hamel, le portrait de M. Faribault, pour le placer dans une des salles de l'Université, afin de perpétuer lamémoire de cet insigne bienfaiteur. 1
Le tableau que M. Faribault vient de léguer à l'Universitê-Laval, a été peint en 1859 par M. Hawksett.
11 C'est une toile de quatre pieds sur trois, représentant le paysage que forme l'embouchure de la petite rivière Lairet, près de Québec, avec la mise en scène des derniers adieux de Jacques-Cartier aux sauvages de la bourgade de Stadaconé.
M. Faribault a voulu laire reproduire sur la toile l'aspect de cet endroit célèbre de notre histoire, avant que l'industrie, qui s'empare des terraius avoisinants, n'en ait changé la pittoresque