VISION
" J'ignore combien de temps je demeurai là anéanti, abîmé dans une douleur sans nom, à genoux auprès du cadavre de celui qui avait été mon père.
LÉGENDES
" Plongée dans une porte de léthargie, mon âme était devenue insensible à tout.
" La mort, la solitude de la forêt ne l'effrayait plus ; hélas ! la solitude était autrement effrayante au fond de mon cœur où naguère tout était encore en fleur.
" Rêves ! illusions ! j'avais vu ces rieurs de la /vie tomber feuille à feuille, balayées par l'orage.
" Gloire ! bonheur ! avenir ! ces anges du cœur, qui naguère chantaient encore au fond de mon ijy.e leurs mystérieux concerts, s' étaient envolés, vc ilant de leurs ailes leurs visages éplorés.
" Tout avait disparu : tout il ne restait
plus que le vide, l'horrible néant.
" Seulement, au milieu de ma nuit, une faible étoile veillait encore.
" Un soupir sur mes lèvres, une dernière prière, pâle lampe du sanctuaire intérieur qui n'était pas encore éteinte, jetait un dernier reflet
" Songeant au vœu que mon père mourant m'avait inspiré de faire, j'invoquais, avec toute l'ardeur du désespoir, la Vierge, consolatrice des affligés ; et voilà que tout à coup
" Mais je renonce à dire ce qui se passa alors en moi.
" La parole humaine est impuissante à dévoiler les mystères de Dieu.
" Que dirai-je donc aux enfants de la nuit, et que peuvent-ils comprendre ?
" Et des hauteurs du jours éternel ne suis-je " pas aussi retombé avec eux au sein de la nuit " dans la région du temps et des ombres. ...
" Et voilà-que tout à coup, au milieu de mes tenebr.es, tout mon être tressaillit, frappé comme d'une .commotion électrique ; et il se lit au fond de moi, comme un vent impétueux et V esprit .„.. était porté sur ces eaux de la tribulation.
*' Et soudain, comme l'éclair qui, rapide, fend la nuée d'orage, la lumière «ejfrdans cette nuit, dans ce chaos : lumière éblouissante, lumière surhumaine. Et la tempête s'apaisa eh moi.
'* Et il se fit un grand calme.
" Et le rayon divin, pénétrant jusqu'aux dernières jointures de l'âme, y répandit une douce chaleur, et une paix ! cette paix qui surpasse tout sentiment.
Et, à travers mes paupières fermées, je vis qu'une grande lumière était devant moi
" mon Dieu 1 oserai-je dire ce qui se passa alors !
41 N'est-ce pas profaner, en les affaiblissant trop, les merveilles de votre puissance?
" Je sentais quequelque chose d'extraordinaire, de surnaturel se passait autour de moi. m
" Et une mystérieuse émotion, cette sainte horreur que toute créature mortelle doit éprouver, à l'approche d'un être divin, s'empara de moi*
" Gomme Moïse, mon âme se disait à ellemême :
tl J'irai et je verrai cette grande vision.
" Et mes yeux furent ouverts, et je vis,
ce n'était pas un rêve, c'était bien une réalité, an miracle de la droite du Très4Iaut
"Non, V œil de V homme n'a jamais vu, sot oreille n'a jamais entendu ce qu'il me fut donné de voir et d'entendre alors.
". . ..Longtemps elle me parla, et mon âme,
" Au milieu d'un nuage d'éclatante lumière, la Reine des cieux m' apparut, tenant dans set bras son divin enfant.
" Les splendeurs ineffables, qui jaillissaient de sa figure, étaient si éblouissantes qu'en comparaison le soleil n'est qu'une pâle étoile. Mai» cet éclat, loin de fatiguer la vue, la reposait délicieusement. '
" Douze étoiles formaient son diadème !
" L'arc en ciel était son vêtement;
" Et sous ses pieds, les nuages de pourpre de l'aurore et du couchant.
" Et derrière leurs franges dorées, des myriades d'anges souriaient et chantaient des hymnes qui n'ont point d'écho ici-bas.
*' Et ce que j'entendais et ce que je voyais était '' si vivant, mon âme le saisissait avec une telle " puissance, qu'il me semblait qu'auparavant " tout ce que j avais pu voir et entendre n'était " qu'un songe vague de la nuit. ,:l
" La divine Vierge me regardait avec ce sonrire immortel, qu'elle déroba sans doute aox terres de son divin enfentelet le jour de sa naissance.
" Et elle me dit :
— "Me voici, mon fils, je viens à vous parce " que voua m'avez appelé. - - ." * >
41 Déjà le secours que je tous envoie est pro- " che ...
44 Souvenez- vous, mon fils ".....
" Mais qu'allais-je dire, malheureux I • ,
44 II ne m'est permis de révéler de ce céleste entretien que ce peu de paroles qui regardent ma délivrance.
" I* reste est un secret entre Dieu et moi... ...
" Il suffît de dire que ces paroles ont à jamais fixé ma destinée. ,