‹ Biographies canadiennes (volume 2)Chapitre 129 sur 196 · LE DÉTROIT · texte numérisé non relu

LE DÉTROIT

Connaissez- vous cette riante et fertile contrée, riche en souvenirs historiques, dont les Français nos ancêtres foulèrent les premiers le sol encore vierge î

Connaissez-vous ces prairies verdoyantes et onduleuses, arrosées de rivières limpides, ombragées d'érables, de platanes, de figuiers, d'acacias, au milieu desquelles s'élève, brillante de jeunesse et d'avenir, la florissante ville du Détroit?

Si vous voulez jouir pleinement du spectacle enchanteur que présente cette contrée délicieuse, dont le climat ira rien à envier au soleil d'Italie, remontez la rivière du Détroit par une fraîche matinée du printemps, quand l'aurore a secoué son aile humide sur ces vastes plaines et que le soleil de mai trace un lumineux sillage à travers les vapeurs diaphanes du matin.

Nulle part le ciel n'est plus limpide, la natureplus ravissante.

Nulle part les lignes onduleuses de l'horizon ne se devinent, dans le lointain, avec un plu pur azur.

Vous rencontrerez des sites agrestes et poétiques, de romantiques paysages, de petites ilei boisées, semblable!* à de gracieuses corbeilles de verdure, toutes retentissantes des rires moqnenn d'une multitude d'oiseaux ; de jolis promontoires dont les bras arrondis encadrent des golfes pleia : d'ombre et de soleil, où la vague caressée par de tièJes haleines vient déposer sur la rive une fran- ge d'écume argentée.

Vous apercevrez des vallées et des collines couronnées de grappes de verdure, qui semblent se pencher tout exprès pour 6e mirer à loisir dans l'onde voisine.

De chaque côté, la plage se déploie tour à tov rocailleuse, ou couverte de sable tin et grisâtre, oa ; bordée d'une dentelle de gazon, ou hérissée de hauts joncs, couronnés de petites aigrettes, parmi lesquels se perchent et se balancent de timides martins-pécheurs que le moindre brait itit envoler.

Ici de frais ruisseaux coulent en murntuwt sousjles ogives fleuries des rameaux entrelacés: là! de petits sentiers, bordés de fraises ci de marguerites, serpentent sur l'épaule dn coteau - T plus loin, la brise printanière frissonne sur de verts pâturages, et parfume l'air de délicMBes senteur s.

Les mille bruissements confie} des eaux et des feuillages, les gazouillements des ^oiseaux et des voix humaines, les mugissements des troupeaux, ^ les volées lointaines et argentimee des éwchei des bateaux à vapeur, qui parcourent la rivière, montent, par intervalles, dans l'air et répandent un charme indéfinissable dans l'âme et dans les sens.

De distances en distances, de gracieux villages s'échelonnent le long de la grève, tantôt groupés dans l'échancrure d'une anse, tantôt penchés aux flancs d'une colline, ou la couronnant comme d'un diadème.

Enfin vous arrivez devant Détroit dont les clochers et les toits étincellent sous les rayons du soleil.

Mille embarcations, que son industrie fait mouvoir, se détachent sans cesse de ses qnais et sillonnent le -fleuve en tous sens.

LES PIONNIERS

Si j'Étais poète, je comparerais volontiers la gracieuse cité au superbe cygne de ces contrées qui a'èveillant le matin an milieu des joncs de fa rive, secoue ses blanches ailes en prenant son essor et (ait pleuvoir autour de lui les plurues et les gouttelettes de rosée; ou bien encore au splendide magnolia, qui croît sur les bords <lu fleuve et qui, balancé parle souffle embaumé de la briee matinale, répand, sur l'onde où il se mire, la poussière féconde de sa corolle.

Fondé en l'année ITOO par M. delà Mothe- Cadillac, le Détroit demeura longtemps attaché

Les Anglais en firent la conquête en 1760 et le conservèrent jusqu'à la guerre de IB12.

Depuis lors les Etats-Unis sont devenus les heureux possesseurs de toute cette charmante contréeque le Père Charlevoix appelait, ajuste titre, le *' jardin du pays."

"Le Détrait, dit l'historien du Canada, a " conservé, malgré toutes ces vicissitude», le " caractère de Bon origine et la langue française " j est toujours en usage. Connue toutes les "cités fondées par le grand peuple d'où sortent "ses habitants et qui a jalonné l'Amérique des " monuments de son génie, le Détroit est des- " tiné à devenir un lieu considérable à cause de " m situation entre le tac Huron et le lac-

Tort les années mOouBO, le Détroit était loin de présenter l'aspect florissant qu'il offre aojourd hui.

Ce n'était qu'un petit fort, entouré de faibles remparts et de palissades, peuplé par quelqu< •MrtHDea de colons canadiens.

Véritable tente an milieu du désert, ce fo était la sentinelle avancée de la colonie et, par nite, exposé sans cesse aux incursions des Sa

Autour des fortifications s'étendaient quelqu . champs conquis sur la furet, que les habitants ne pouvaient cultiver qu'au risque de leur vie, tenant la pioche d'une main «t le fusil de l'autre ; et au delà, enavant,en arrière, adroite, à gauche, partout le désert, partout l'immense océan de ht ibrét, antre ténébreux dont les sombres voûtes recelaient une multitude d'êtres mille fois plus . Cruels, mille, fois plus formidables que les tigres «t les reptiles.

Il est facile d'imaginer de quel courage indomp-

table devaient être trempés ces hardis pionniers qui avaient osé venir planter le drapeau de la civilisation au milieu de ces lointaines solitudes, malgré des dangers sans nombre.

Une des plus grandes figures qu'offre l'histoire u nouveau monde après la sublime figure du lissionnaire, c'est, à mon avis, celle du Pion- ,ier canadien.

Il est le père de la plus forte race qui se soit inplantêe sur le continent américain : la race

Le sang le plus noble qui ait jamais coulé dans s veinesde 1 humanité, circule dans ses veines ;

rang français.

Partout on retrouve le pionnier canadien sur • continent, et partout on peut le suivre à la

Parcourez toute l'Amérique du Nord, depuis . liais d'Uudson jusqu'au Golfe du Mexique, dénis Halifax jusqu'à San Francisco, partout vous

grèves de l'Atlantique et sur la mousse des Montagnes Rocheuses.

Un Insatiable besoin d'activité le dévore.

Il lui faut toujours, toujours avancer vers de nouvelles découvertes jusqu'à ce que la terre manque sous ses pas.

Mais ce n'est pas le seul amour des aventure*, ni l'âpre soif de l'or qui le pousse ; une plus noble ambition le travaille ; un mobile plus légitime le dirige et l'anime. \

On sent qu'il a la conscience de remplir une rentable mission, un mystérieux apostolat.

Feuilletez un moment les pages de notre hisloireet surtout les Relations des Jésuites, et partout vous verrez le pionnier canadien, animé d'un ièle admirable pour la conversion des Sauvages, frayant, avec d'héroïques efforts, le chemin aux missionnaires et opérant souvent lui-même de

Je retrouve, réunis en lui, les trais plus grands types de l'histoire humaine.

Il esta la foin prêtre, laboureur et soldat.

Prêtre! sap:ètè ardente, sa foi vive, son zèle pour le salut des âmes amollissent les cceurs les plus, durs, et entraînent vers ia loi des peupla-

Fut.il jamais un plus beau sacerdoce ?

Laboureur ! devant sa hache puissante, la forêt tombe avec fracas autour de lui et sa charrue trace, à travers lei tronus renversés, le sillon où frémira bientôt le vert duvet de la future moisson.

Soldat I c'est par des Biècles de combats qu'il a conquis le sol que sa main cultive.

Ah 1 si j'étale ç*™Vre, '-je ■» "avais*» , w!«Mi«.»w

l<* LÉGENDES.

la toile cette noble figure avec son triple carac- 1 Attirés par la facilité d'y parvenir, les Sauvatère de Prêtre, de Laboureur et de Soldat. I gos. venaient en foule y vendre les produit de

Au fond du tableau, je peindrais l'immense leurs chasses. ibrèt dan;» toute sa sauvage majesté. On y voyait affluer tour à tour les diverses

Pins pré*, «le blonds épis croissant parmi les nations des ïroquois, des Potowatamis, des Illitroncs calcinés. | nuis, de-s Miamis et une foule d'autres.

Sur l'avant-scène un pan du Grand Fleuve avec ses vagues d'émerauie étincelautes aux rayons du soleil.

On verrait d'un côté avec ses remparts et ses palissades, l'angle d'un fort d'où surgirait un modeste clocher, surmonté de la croix j de l'autre côté, une bande de Sauvages fuyant vers la lisière au bois.

Au centre du tableau apparaîtrait, les cheveux

M. Jacques Du Perron Baby était alors surintendant des Sauvages du Détroit,

On conçoit facilement quelle devait être l'importance de ce poste à cette époque. Aussi M. IJahy avait-il réalisé en peu d'années une brillante fortune.

au vent, un éclair dans les yeux, le front san- ! Presque tout le terrain sur lequel s'élève autant sillonné d'une baile, mon brave pionnier, ! jourd'hui le Détroit lui appartenait en société près de sa charrue, tenant de la main gauche ! avec M. Macomb, père du général Macomb qui son fusil dont ia batterie fumerait encore ; de la ' commandait une partie des troupes américaines droite, versant l'eau du baptême sur le front de ' pendant la guerre de 1812. run ennemi vaincu et mourant qu'il vient de , C'est à la suite de cette guerre que M. Baby, convertir à la toi. j jx>ur s'être déclaré en faveur du Canada sapa-

Oh! comme j'essayerais de peindre sur cette ! trie, perdit toutes les propriétés qu'il avait acinâle figure, dan* toutes les attitudes de ce sol- j quises au Détroit. • iat lab-jureur aux muse. es de fer. et ia force calme I

eî sereine de l'homme des champs et le courage | m * 9

invincible du soldat et ir «ubliiiie enthousiasme j

ii:i prêtre. j Au centre du fort, s'élevait, comme une char-

Certes, ce tf.Keau r.e serait pas in ligne du pin- mante oasis au milieu du désert, une élégante cc-au ùï Mici:e;-A! ge uu -ir Iîi;ie:,». maison eiiiMi;rée de jardins.

« C'était la demeure du surintendant.

* • Aimant îe luxe, il avait prodigué tous ses soins Foi. travail, cirage : prêtre, laboureur, soi- pour l'embellir.

•îat: voila le pionr.ier car.a îlen. Le jardin, exhaussé au-dessus du sol, était en-

C*e?t C:nc::.aa:u a . le so'.-ia: îal-oureur devenu touré d'une terrasse de gazon.

c:.réî:e-.. Au centre ïa maison élégamment peinte, à

O*: ïe guerrier Je Sparte q'iî a passé par les demi-cac liée derrière un rideau de branches d'éta-

CV.ac:mtes. ■ bies. de pjiru-rs. d'acacias, qui balançaient leur

• feuillage chatoyant jusqu'au-dessus du toit, rtf- * * semblait à une escarboucle enchâssé dans une

Lecteur Cavaiien n:i\ parcourez ces lignes, guirlande d'émeraudes. Tz-Tis t>:-uvez lever la té:e avec nu noble orgueil. • Une nuée d'oiseaux, tantôt cachés sonibfaîl" car le sang qui coule da:.s vos veines est le sang lée. tantôt voltigeant dans l'air, se croisant, se Je ce héros. poursuivant, décrivant mille chemins tortueux

petits

a accornp.îr. eau es.

\jt p«up> à ouï !i Pr?vi ie-c:- a donné de tels C'était le soir. ar.céir*?. s*:! e*x t :èle aux desseins Je Dieu, -est Les derniers rayons du soleil couchant cotoi.é,-r--îa r-r::-er.: de-:::ié a de gracies choses. raient de teintes roses et safranées le dôme delà

M& : s iî'.ssc^s Cr-r er.*TÎgr.eiï;er.:* qui ne siéent foré:. ■ :u"s::x cheve.ix blancs e: r:ve:.vr.s a r.:;re récit. ' La chaîenr avait été étouffante pendant tout

. le i-ur.

La brise du soir, gazouillant parmi les rosiers,

î A \TsP^ <~~ ' es dahlias et îe- églantiers en fleur, rafraîchisse

ja nature emorasee et pari u mai t raird enivrantes

Kl

A l"ép:que reculée que ri:-u* décrivons, le corn- : 1. L' n:erce des t-elleteries étal; i::::r.erj5e au Détroit. |

hirondelle de cheminées.

LES PIONNIERS

Réunis autour d'une table dressée, en plein air, au milieu du jardin et chargée de mets et de bouquets de fleurs dérobés au parterre, le surintendant et toute sa famille prenaient le repas du soir.

Un jeune officier, arrivé depuis quelques mois au Détroit, avait été invité à se joindre à la famille. N

Des esclaves noirs, occupés du services de la table, se tenaient debout derrière les convives, attentifs à leurs moindres signes.

Quelle charmante soirée !— s'écriait le jeune officier, beau jeune homme, aux cheveux blonds, aux traits nobles et expressifs, au front haut, intelligent et fier, à l'œil vif, mais un peu rêveur; — en vérité je n'ai vu qu'en Italie un climat aussi doux, une nature aussi délicieuse, d'aussi beaux effets de lumière !

Voyez donc à l'horizon, ces flocons de nuages qui nagent dans l'azur du ciel. Ne dirait-on pas une superbe êcharpe à. frange de pourpre et d r or flottant à l'horizon P

— Cette soirée» est magnifique, en effet, repondit le surintendant.

Nous jouissons dans ce pays, d' un bien beau , climat.

Niille part je n'ai vu un ciel plus pur, une lumière plus limpide, une nature plus grandiose ; mais, d'un autre côté, nous sommes privés de bien des jouissances accordées aux vieux pays.

Exilés aux dernières limites de la civilisation, à combien de dangers ne sommes-nous pas exposés de la pari des Sauvages !

Vous, qui venez à peine de quitter les rivages civilisés de l'Europe, vous ne pouvez vous former une idée de la cruauté de ces peuples barbares.

Ah ! la vie est encore bien dure dans ce pays.

—Oui, repartit la femme du surintendant dont Il belle et mâle physionomie indiquait une nature fortement trempée, il y aà peine quelques années, /étais encore obligée de faire la sentinelle, le fusil an bras, à la porte du fort, pendant que tous les hommes étaient occupés aux environ a la culture des champs. 1

La conversation Ait ici interrompue par un des esclaves noirs qui vint avertir M. le Surintendant et sa femme qu'une personne étrangère désirait les entretenir.

Tous les convives se levèrent alors de table.

—Vous m'avez l'air bien triste ce soir, Mademoiselle, dit le jeune officier en s' adressant à une jeune fille de seize à dix-huit ans, qu'à ses traits on reconnaissait facilement pour la fille du Surin-

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