Historique
tendant. Quel malheur peut donc jeter ce voile de tristesse sur votre front ?
Tandis que tout sourit autour de vous, votre cœur seul est triste.
II me semble cependant qu'il est impossible de contempler cette soirée si sereine, cette nature si ravissante sans éprouver un sentiment de calme et d'intime sérénité.
Rien ne m'éblouit comme l'aspect d'un beau soir.
Cette gracieuse harmonie de l'ombre et de la lumière est pour moi pleine deimystère et d'ivresse.
— Hélas ! répondit la jeune lille, j'aurais pu, il y a quelque jours, jouir avec vous de ce beau spectacle de la nature. %
Mais aujourd'hui, tous ces objets m'apparaissentà travers un crêpe funèbre.
Ce beau ciel, ces champs de verdure, ces fleurs, ces fruits, ces bosquets vermeils, qui charment vos regards, me font frissonner; j'y vois partout du sang.
— Mon Dieu ! s'écria le jeune officier, vous serait-il donc arrivé quelqu'aifreux malheur ?
— Hélas ! il y a à peine quelques heures, je viens d'être témoin de la scène la plus déchirante qu'il soit possible d'imaginer.
Je nesuurais distraire ma pensée, de ce navrant spectacle.
Mais pourquoi vous attrister inutilement par ce funeste récit ?
Jouissez plutôt paisiblement de ces heures qui vous paraissent si délicieuses.
— Continuez, continuez, s'écria le jeune offi cier, racontez-moi ce tragique événement.
Le bonheur est souvent égoïste, mais il faut apprendre à compatir aux douleurs d' autrui*
La jeune fille reprit :
— Avant-hier au soir, une bande de Sauvages»
à moitié ivres, arrivèrent chez mon père.
Ils emmenaient avec eux une jeune fille qu'ils avaient fait prisonnière quelques jours auparavant.
Ah ! si vous aviez vu quelle désolation était peinte sur ses traits !
Pauvre enfant ! Ses vêtements étaient en lambeaux, aes cheveux en désordre, sa figure meurtrie et couverte de sang.
Elle ne se plaignait pas ; elle ne pleurait pas ; elle était là, muette, immobile comme une statue, les yeux fixes ; on aurait pu la croire morte, si uu léger tremblement de ses lèvres n'eût trahi un reste de vie.
Cela faisait mal à voir.
Je n'avais jamais vu une grande infortune.
Les grands malheurs ressemblent aux grandes blessures.
Ils tarissent les larmes, comme ces blessures terribles et subite* c^\\ wr&\Ktà.\b *»»%\ss*&.^ coup d&na\e& Nrô&*.
LÉGENDES
Touchées decompassion, ma sœur et moi, nous ' k tîiiK'H coucher dans notre chambre.
Nous ne pouvions nous faire illusion sur le peu e chance de salut qui lui restait; car nous cou- ; laissions le caractère des Sauvages. , i
Cependant nous essayâmes de faire renaître [iielqu'espoir dans f>on âme.
Peut-être notre père parviendrait-il a gagner es Sauvages et à la tirer de leurs mains.
Enfin, elle parut sortir de sa stupeur et nous it le récit de son malheur.