‹ Biographies canadiennes (volume 2)Chapitre 13 sur 196 · DÉCLARATION DE L'AUTEUR · texte numérisé non relu

DÉCLARATION DE L'AUTEUR

Si nous donnons à la Mère de l'Incarnation et à d'autres personnages, dont il est parlé danj cette Histoire, le titre de vénérable ou de saint, noue déclarons que c'est uniquement pour nous conformer à l'usage reçu parmi les fidèles, qui donnent quelquefois cette qualification aux personnes d'une piété universellement reconnue; et qu'en cela nous n'avons eu nullement intention de prévenir le jugement de l'Eglise.

INTRODUCTION

les précieux germes confiés à la terre. C'est le 8érapbique Pères Joguee. Ceint pour le combat, il descend des montagnes de l'Occident où il a annoncé la parole du salut aux Ojibewais x ; il quitte les bords du lac Huron, séjour de cette nation buronne, objet de tant de sollicitude, et pour Jaquelle, depuis cinq ans, il élève ses mains suppliantes vers le ciel.

Le voilà tombé entre les mains des féroces Iroquois avec plusieurs captifs français et sauvages (1642). Comment peindre ici Y héroïsme de ce grand témoin de la foi? Il faudrait citer en entier les pages admirables où lui-même a tracé d'une main mutilée et sanglante le récit de sa captivité et de ses souffrances; — pages tombées du ciel, qui arrachent des cris d'admiration aux ennemis de la foi, et devant lesquelles le chrétien tombe à genoux, ravi en extase. Pendant le combat où il est fait prisonnier, il ne songe ni à fuir, ni à se défendre. S'oubliant entièrement lui-même, il ne s'occupe que^e ses compagnons d'infortune; il entend l'aveu de leurs fautes, les absout et les prépare à la mort. Quelques sauvages catéchumènes reçoivent le baptême.

L'un d'eux était un vieillard octogénaire ; lorsqu'on voulut l'entraîner avec les autres captiis, il dit à ses bourreaux: " A mon âge, comment pnis-je aller dans un pays lointain et étranger ? Non, je mourrai ici. " Et il reçut la couronne du ciel à l'endroit même où il venait de recevoir celle du baptême.

Les Iroquois assouvirent leur férocité sur le P. Jogues en lui arrachant avec leurs dents presque tous les ongles, et en lui mâchant les deux index. Us l'accablèrent tellement de coups qu'il demeura longtemps privé de sentiment et presque sans vie.

Pendant le voyage qui dura, treize jours, chacun de ses pas fut marqué par quelques tortures. Aux horreurs de la faim s'ajoutaient les chaleurs excessives pendant le jour, le froid pendant la nuit, les fatigues, les menaces et des cruautés dont le récit seul fait frémir. Les vers naissaient dans ses plaies encore ouvertes et envenimées, et il pouvait dire avec Job : Tai dit à la pourriture vous êtes mon père, et aux vers vous êtes ma mère et ma sœur.

Le cœur navré du saint martyr était en proie à de bien plus vives douleurs encore, lorsqu'il considérait cette marche ,funèbre de chrétiens traînés avec lui au supplice et à la mort.

Enfin ils arrivèrent au premier village iroquois* où ils furent reçus par une grêle de coups de bâtons, de massues, et de baguettes de fer.

Respirant à peine, le Père fut traîné sur un échafaud où, après avoir subi de nouveaux tourments, il eut le pouce gauche coupé par un sauvage. " Je pris alors, dit il, ce pouce avec l'autre main, et je vous le présentai, ô Dieu

vivant et véritable, en mémoire des sacrifices que, depuis sept ans, je vous offrais dans votre \ . Eglise ; mais un de mes compagnons m'avertit \ t de ne pas en agir ainsi, dans la crainte que mes : ,; ennemis ne me le missent dans la bouche et ne me forçassent à le manger tout sanglant. "

Des jours et des nuits sans fin s'écoulèrent \ ainsi dans d'inénarrables souffrances, presque sans aucune nourriture et sans sommeil.

" Une nuit, on nous réunit dans une cabane^ où les jeunes gens nous attendaient. Ils nous ~ ordonnèrent alore'de chanter, comme c'est l'usage des prisonniers, et nous nous mîmes à chanter les cantiques du Seigneur sur une terre étran* gère, (pouvions-nous chanter autre^chose?). Au, : chant succéda le supplice ... Us jetèrent sur ; moi des cendres chaudes et des charbons ardents. " Avec des cordes, faites d'écorce d'arbres, ils me suspendirent par les bras à deux poteaux plantés au milieu de la cabane. Je m'attendais à être brûlé; car c'est la posture qu'ils donnent ordinairement à leurs victimes. Le Seigneur, pour me faire reconnaître que si jusque-là j' avais pu souffrir avec un peu de courage et de patience, je le devais non à ma propre vertu, mais à Celui qui donne la Jorce aux faibles, m'abandonna pour ainsi dire à moi-même pendant ce nouveau tourment. Je poussai des gémissements (car je ma glorifierai volontiers dans mes infirmitéSj afin que ta vertu de Jésus-Christ habile enmoi) t et l'excès de mes douleurs me fit conjurer mes bourreaux de relâcher un peu mes liens ; mais Dieu permettait, avec raison, que plus je faisais d'instances, plus ils me serrassent étroitement.. Après environ un quart d'heure de souffrance, ils me détachèrent; sans cela je serais mort. "

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