Dans une mission qui le fit pénétrer jusqu'au
Saut-Sainte-Marie.
A tous ces tourments, venait se joindre à ï| chaque instant l'appréhension de l'horrible sup- J plice du feu. Enfin le Père fut relégué dans un 3 village avec un autre prisonnier français, René S Goupil, jeune chirurgien, d'une admirable piété, £ qui était venu en Canada pour se consacrer à- .l'œuvre des missions. Après tant de coups et de i blessures, tant de jeûnes multipliés et de veilles g continuelles, et surtout après tant de poignantes * angoisses et de peines intérieures, n'étant plus | occupés pour ainsi dire qu'à sentir leurs douleurs, s. les deux captifs exténués pouvaieut à peine j marcher ou se tenir debout. Leurs membres, qui. j n'étaient plus qu'une plaie, ne leur laissaient de repos ni le jour ni la nuit. Enfin, réduits à la: dernière extrémité, ils crurent pendant quelque ! temps que chaque jour allait être le dernier., j Leur unique consolation, parmi tant de maux^; était de se traîner péniblement sur une colline > qui dominait le village, et dans cette solitude* ■ loin du tumulte et des importunités, de répandre-: leurs âmes devant Dieu en de tendres épanche- ' ments, et de déposer à ses pieds leurs croix, ' leurs tristesses et les amertumes de leurs cœurs. Un jour qu'ils rentraient au village en récitant le chapelet de la Sainte-Vierge, un sauvage,
INTRODUCTION
•percevant René, retendit mort à ses pieds d'un tmp de hache.
À Ja vue du tomahawk ensanglanté, le Père Jagoes se jette à genoux, ôte son bonnet, recommande Bon âme à Dieu, et attend le même sort ; ■aïs le sauvage lui ordonne de se relever.
Le cadavre de René fut traîné dans le village, abandonné aux chiens, puis jeté dans un torrent. A. la première occasion iàvorable, le Père Jogues se mit à la recherche des restes de son infortuné ami, afin de lui donner la sépulture. " Je partis de bonne heure, dit-il, avec une bêche pour
noncer prissent la fuite en le voyant! Que de fois en découpant l'écorce, j'ai tracé sur* les arbres, la très-sainte croix de mon Dieu, pour faire fuir ses ennemis, et que par elle, ô mon Seigneur et mon Roi, vous régnassiez au milieu des ennemis de la croix, les hérétiques et les payens, habitants de ces contrées, et sur les démons qui y dominent au loin. "
Les habitants de la Nouvelle-Hollande, qui travaillaient depuis longtemps à sa délivrance, lui offrirent un jour les moyens de s'évader; mais quelle ne fut pas leur stupéfaction, lorsqu'au
creuser une fosse; mais on m'avait enlevé mon ! lieu de saisir cette chance de salut avec empresfrère. Je vais à l'endroit où il était. Je gravis sèment, il leur demanda quelques jours de la colline, au pied de laquelle coule le torrent; réflexion. Car, ayant eu le bonheur de baptiser j'en descends, je parcours la forêt qui est de un bon nombre de captifs et d'enfants, il avait l'autre côté : tout est inutile .... Que de semis- résolu de vivre et de mourir sur cette croix où aements je poussai alors ! Que de larmes, pen- le Seigneur V avait attaché. Et ce ne fut dant que je vous adressais, 6 mon Dieu, le qu'après s'être bien convaincu que sa présence chant des psaumes d'usage dans notre sainte ne serait d'aucune utilité à ses ennemis, qui Eglise, pour l r offîce des morts ! venaient de former la résolution de le mettre à
"Cependant après la fonte des neiges, j'appris mort, qu'il se décida a prendre la fuite. de quelques jeunes gens qu'ils avaient vu les i Enfin, après bien des dangers et des traverses, ossements épars du caiavre de ce Français. Je ] il aborda sur les cotes de la Jireiagne, où il reçut me transporte alors sur les lieux. Je recueille j l'hospitalité chez un paysan bivton. Toute la quelques os à demi rouies, reues des chiens. ■ famille i'm.lit en pleurs au récit de se* infortunes, des loup* et des corbeaux, et en particulier une et le l'ère lui-même ne put îvtenir ses larmes tête brisée en plusieurs endroits. Je baise avec ; lorsque les deux jeunes lilies de la chaumière
vinrent, en sanglotant, lui uilïir un ou deuxjsous, leur uuin ! i'* trésor.
Son s.\j \w en L'ranco fut à peine do -quelques m\>i ; . ïlnivrê de la l'oY-v de la ci'oi:;. ce sublime iii:L-.ï-ô n.; soupirait p'us qu'après ?js chères mi-.-i./us du Cauad-.i. n'avais d'autres désirs que d\v c r.isi.mmvr .-i.oi s^i'.riîitv. l). j retour dans la c iîoniv\ ï\ iit, par l'urdiv de ses -^péL'leu:^, trois Y»..v;-.:iv.^ ch'J-z ;es ir^qu- i-. An dernier, il eut le p!v>- : e:i:im?nt de sa m -ri. ,: îbo et non redi'x); ''
respect ces saintes reliques et je les c iche ^n terre." feesté seul au milieu des Iropu.K i'hôiv.ïqae martyr eut à subir, pendant près d'u;n> nriné.; encore, un esclavage» mille ibis pav que ia mort. En proie à d'éternelles an;.: >i.«ses. obj.-t «Is: mr.prisde se* bourreaux, lui dont lu i-h-indj ti était pas digne, mourant (b faim et de froid, i! ne fut p!u> bientôt qu'un squelette :imbiiia:.L. 'ui ne lui était un tourment, el/ti murl un véritable gain. Son unique refuge était la priètv ei la
méditation des Saintes Ecritures. Tou>> le- ii:a- j'irai et je ne reviendrai pis, écrivait-il; mais je lias, dès qu'il pouvait s'échapper, i! ve retirait, serais heureux si notre Seigneur voulait achever
trbre eu lui enlevant son écorce, il passait la ' veines de mon corps et de mon cœur. '"
plus grande partie des journées dans Y oraison et A peine arrivé chez les Iroquois, il fut dé
jion avec Dieu qu'il était seul à adorer et à pouillé de ses vêtements, accablé de coups, et
aimer dans ces vastes déserts. Il fit même, peu de temps après assommé à coups de hache
malgré les rigueurs du froid, une retraite de à l'entrée d'une cabane (18 octobre lb'46).
quarante jours dans les bois.
'• Que de fois, écrivait le sublime anachorète,
mh nous sommes assis sur les bords des fleuves
i* Babylone et nous avons versé des larmes au
tsuvemr de Sion, non seulement de la Sion
triomphante dans les cieux, mais de celle qui
glorifie Dieu sur la terre? Que de fois, bien que
«T une terre étrangère nous avons chanté le
Osmtique du Seigneur, et nous avons fait retentir
In meta et les montagnes des louanges de leur
îiteur, qu'elles n'avaient pas entendues depuis
v création ! Que de fois j'ai gravé le nom de
mu sur les arbres élevés des forêts, afin que
i iémons qui tremblent en V entendant pro-
En parcourant la vie de ce grand crucifié de Jésus-Christ, ne croirait-on pas lire une pagje dérobée aux Actes des Martyrs ? En lui revit tout entière la fraîcheur des anciens jours, de cette aurore du Christianisme, dont les premiers rayons resplendissent encore d'un éclat si radieux.
L'astre du nouveau martyr, à peine apparu au firmament de l'Eglise^ ramena le printemps dans les sillons de la mission huronne. x Une
1. La Mère de l'Incarnation racontant la conversion des Hurons disait : " L'on attribue cette fécondité aux mérites et aux prières du K. P. Jogues, dont le sauf répandu a été comme la semence de tant de généreux néophytes. " (Letorta Historique», Y^ to\M&ft&^
1 2 INTRODUCTION
merveilleuse germination se révéla tout-à^oup genoux au pied du poteau où il va être attaché,
et couvrit bientôt le sol, jusque-là si stérile, et comme autrefois l'apôtre Saint André à la :
d'une riche floraison. Moins de deux ans après vue de la croix après laquelle il soupirait depuis
la murt du père Jogues, la nation entière avait si longtemps, il l'embrasse avec amour et respect. ]
embrassé la foi. Mais le ciel semblait craindre Puis apercevant autour de lui une foule de chré- v
les oraçes pour la nouvelle moisson, car sans tiens condamnés comme lui au supplice, il lève
attendre la maturité, il voulut la cueillir encore les veux au ciel, et dans une fervente prière, 1 ;
en lleur, et la mettre à l'abri dans les célestes adressée à Dieu, il les exhorte à souffrir coura-
greniers. geusement en leur montrant les palmes qui les
La nation iroquoise, qui était-en guerre depuis attendent là-haut. " Echon, i lui répondent les
plusieurs années avec les tribus huronnes, avait )0ns sauvages, notre esprit sera dans le ciel
enfin acquis sur elles, après bien des alternatives F^ ue ncs cor P s ^f™""* «?«' ^ <*™\ P « e
de succès et de défaites, une supériorité incon- D,eu P our nous » <l u i] ™ u ? lhsPe # miséricorde,
testable. Elle entreprit alors une dernière lutte n0 " s * invoquerons jusqu'à la mort, d'extermination. Pendant l'hiver de 1619, une Le caractère du P. de Lrebeut est unique par
nombreuse armée d'Iroquois se présenta aux * a grandeur dans 1 histoire de 1 héroïsme en
portes du village Saint-Ignace. Déjà l'année Canada. Nous avons assiste avec un fremis-
précédente, ils avaient détruit deux bourgades Pement ™ eîe , d ^reur et d inexprimable pitié
et massacré le P. Daniel. Le fort, attaqué à a " martyre du P. Jogues. Sa constance admi
résistance, hies mirons ne soupçonnaient pas «""^•«•■••' -^; •— — . * «^.« v,^v.. .««..*„ —
même la présence de l'ennemi et étaient plongés ^"P^ «n gémissement trahissent en lui les
dans un profond sommeil. Le village fut livré Vaillances de la nature; c'est l'agneau résigne,
aux flammes et tous les habitants, hommes, mais suppliant, sous la gnfte di tigre. Le P.
femmes, enfants furent passés par le fer, et le de Brebeuf, au contraire, c est le lion dans toute
feu. Trois hurons seulement parvinrent à se- sa ^ et sa majesté. ( hf-z lui,, i ame est tout
chapper demi-nus, et coururent à une lieue sur (M,tiere 1 souveraine et msitrosse de son enveloppe
la neige et la glace donner l'alarme aju village "^telle; 1 humanité semble avoir perdu tous
Saint-Loui*. ses droits, iandis qu on suspend autour de son
. -i- * i i . .• '^ii • cou un collier de haches roupies, — qu'on l'enve-
Au milieu de la consternation générale, le cri , d , une ccinture iV êcorc ° ^i^ de gomme
de guerre des Iroquois retentit dans la foret et ^ p6fi j ne enfia mmces,~qu'en dérision du
glaça toutes les âmes d'épouvante. Les ennemis b tême ou , ni verse de roan 1 bouillante sur la
ne voulaient pas donner a leurs victimes le temps {ê { , Qn taiHe gur pes mcmbres (]es lambeaux
de se reconnaître. Ils cernèrent la place < le tous |Je ^ . pont més et (}évorés deyant lui les cotes et montèrent a i'assau . # Deuxtois les , Qn , ui ce leg main8 ayec deg ferg ro
guerriers hurons, qui se défendaient en héros, qu 4 prèri lui avoir arracllé ]a eau de ]a têt *
les repoussèrent avec pertes ; mais enfin écrases j^tte sur son crâne de la cendre chaude et des
par le nombre, fis tombèrent sous les débris des J charbon9 e mbra,és,-que sa peau rôtie se fend
palissades Les féroces vainqueurs pénétrèrent en , blessures rouges et sanglantes,-que le
alors par toutes les brèches et tirent un horrible fep en fo feu giffle gur W8 mupcleg a | ltés de ' s i smes
carnage. Bientôt une colonne de fumée qui oonvu , 8ifa et 8 » e „fonce jusqu'aux os-que de
s éleva des cabanes en flamme, annonça la fatale tûut son oar bonisé s'échappe une vapeur
nouvelle aux bourgades voisines. comme d , UI £ chaudière en ébul!ition,~pas un
•Les Pères de Brebeuf et Lalemant se trouvaient c^ pa8 U n soupir ne s'exhale de sa poitrine,
alors au village Saint-Louis. Malgré les près- Sa figure illuminée conserve l'expression d'une
santés sollicitations des Hurons qui les sup- sérénité parfaite; et les jets de flamme, qui
pliaient de prendre la fuite, ils aimèrent mieux voltigent autour de sa tête, semblent déjà le
se vouer à une mort certaine, plutôt que d'aban- couronner du nimbe mystique des bienheureux,
donner leur troupeau à l'heure du danger. Dans Son regard, attaché au ciel, plonge au-delà des
l'horreur de la mêlée, parmi les flèches et les sphères visibles et paraît absorbé dans la con-
balles, les couteaux et les tomahawks qui tour- templation d'une céleste vision; il l'abaisse de
naient sur leurs têtes, les hurlements des vain- temps en temDS sur ses bourreaux avec tant de
queurs et les lamentations des mourants, ils eal me et de * fermeté qu'ils reculent d'effroi
baptisent les catéchumènes et donnent l'abso- comme devant un être surnaturel. D'une voix
lution aux néophytes, les confirmant tous dans forte et assurée, il leur annonce la vérité, et
la foi. Chargés de liens avec les autres prison- encourage les infortunés captifs qui partagent
niers, ils sont conduits sur les ruines fumantes son supplice. Les Iroquois redoublent -de fureur
du village Saint-Ignace pour y être torturé^. On e t de cruauté, afin de le faire taire. Quelques
les accueille à leur arrivée par une grêle de — <*<oups de bâtons. Le Père de Brebeuf se jette à 1. Nom que les sauvages donnaient au P. de Brebeuf.
INTRODUCTION
aurons apostats joignent l'insulte à la férocité, sa tombe. La mort du P. de Brebeuf, en effet, tl Tu nous as dit, Echon, s J écrient-ils, que plus sembla creuser un ahime sous «es pas. Le on souffrait dans cette vie, plus la rccumpon.se j vertige >'einpara de la nation entière, saisie gérait grande dans l'autre. Kemercic-nous donc, j d'épouvante a la vue des cruautés inouïes des
puisque nous embellissons ta couronne.
Exaspérés de ne pouvoir ni lui ai radier le moindre signe de faiblesse, ni l'empêcher de parler, ils lui fendent la mâchoire en deux d'un coup de hache, lui coupent les lèvres, le nez, une partie de la langue, et lui enfoncent un ter rouge dans la bouche. Dans cet ail'.vux état, il parlait encore par signe pour cunsnk-r et tortiller les autres captifs et surtout le I\ Lalema^t dont
Iroquois. Kl L» se crut perdue. S'imauiiuMit t'ju jours voir derrière elle le fantôme implacable de son ennemi, elle se *\\<\h rsa da'is les •b-is » ù la famine, la guerre, l'épiuémie s'acharnèrent a ses ]\i", et décimèrent tes lr>ie< décris.
Ainsi tut anéantie ces te petite chrétienté, enfantée avec tant de douleurs ^t «le larmes, au moment même i ù elle croissait en iiïiee et donnait les plus belles espérances. J.e Sauveur, au
les soupirs lamentables, les plaintes déchirantes ' jour de sa vi<iie, n'avait eu qu'un,' couronne lui fendaient l'âme. Natuiv »ïèle et «léîicaie, le d'épine à poser Mir le ir»»hi de sa nouvelle P. Lalemant n'était qu'un t'iii.le ( ' ■ * auprès épouse. Mai- la jeune néophyte s'était montrée du P. de Brebeuf, colosse doué d'une or... .u.sation ! digne de sou hien-ainié; a^ern-mllée el soumise. physique exceptionnelle. C'était un spectacle elle i'avait ivçuo de >es main>eu la baisant avec navrant pour le vieux missionnaire île voir son : amour. Elle gravit c"i;iv:vu.-ement tous les jeunecompagnon, qu'il aimait C"inme son eiitant, | déjrés de la suiuTraïuv. ce ■.!■-» autre échelle do se tordre dans d'intnlf .. \-s douleurs. Au plus I Jacob qu'avaieat mi.n:é.\ h-* premiers, ses irlofort de ses tourments, il joignait les mains, levait ' rieux mi.«.-ioimanv.-. Aus-i !■■■■ qu'ils la dépoles yeux au ciel, et poussait de profond- soupirs : <èr ur. u<ute meurtrie el .-a.i .la'.iiè, au pv.l du vers Dieu," en invoquant suii secours. Ses l.our- \ ti-ône de Divu, .-a cuur.-iine ■l'épim.s avait îleuri reaux le couvrirent d'ée-«»rc.'S de s:q>in et avanr . -ut .-» n front el était dewnae la couronne «h. d'y mettre le feu le traînèrent «levant L» P. «le j r-j-v des martyr-.
Brebeuf; le jeune martyr se j. ta a >fs \>\\. !s, eî : So:«'ïi le.; vs-.es >u:ial:: s )i-< lé -autres qui se recommanda à ses priées en répétant les : avaient englouti la i:ii. .-iî-ii d ■ ■- il.u\ ■•-«. avaient paroles de 1 ? apôtre Saint Puul : u Muiis acons • détruit en grande m;.:;;.' /'.-livre m iaU-rieuélé donnés en spectacle au monde, au;v anges sèment élab^^e d.
ui e;\ ne
;iii"h i*: ûe ia Con-
et aux hommes. M
ver.- i.»n ne.- t i'.uvii'.v».
Ivres de carnage et de sang, les hviquois , tempête u'éiaii q-.n
. .us ee s. i:;:,t
nui j!.;r.:
ait la
i .v, ::>,::: :e. ijes
inventèrent contre lui des railmemeuts de cruauté ! tail.es dê'oiis do Jlur-ns, échappé* à Li mort, dignes de l'enfer. Ils lui arrachèrent le- y^ux J en .~e di.-qeivant de h :îs eo.é-. allèrent déposer et mirent à la place des chiirbuiH ar lents. Son ! les piviiih rs vrni' .« •!■• a !'. : chez plu>ieui-i supplice fut prolongé pendant un jv i:r et une | nations, et ju.-qa'au ml'lïeu de leurs i::<rield nuit entière ; et ce ne fut que le lendemain de sa ' ennemis. Ain-i lu\u .-e pi ■ îi à ei-ufoi.dre la
captivité, vers neuf heures du mutin, que l'un i sa;:e^.-è d.
!l!lv'
.-■."S p. US
i'Ct'ix é iliici j
d'eux fatigué -de le vuir languir si longtemps, surgiront -les ruine- - : il c'e.-t au moment n.emo mit un terme à ses maux en lui fendant la tète j L ,\i Unie vie par:. il éiein:e pi ur jamais, que
d'un coup de hache.
Le P. de Brebeuf avait cueilli sa couronne avant lui. Il rendit le dernier soupir après trois heures de tortures. Les barbares lui arrachèrent le cœur et le dévorèrent entre eux^croyant ainsi ^'incorporer une partie de pou courage. 1
Nous ne craignons pas qu'on nous reproche de nous être arrêté trop longtemps devant cette douloureuse peinture. Le regard de l'historien ne se détache qu'à regret de ces scènes à la fois déchirantes et radieuses, surtout de cette majestueuse figure du P. de Brebeuf, qui ruyonne d'une grandeur sans rivale, debout sur les cendres fumantes de la nation huronne. Il ava.t été le fondateur de cette petite église, et il en fut le dernier apôtre; après l'avoir tenue dans ses bras à son berceau, il l'ensevelit avec lui dans
1. On conserve encore, chez les Dames Hospitalières de Québec, le crâne du P. do Brebouf, enchâssé dans le socle d'an buste d'argent, qui fut envoyé au Canada par la famille de l'illustre martyr, dans le but d'y renfermer cette précieuse relique.
l'uiscau «le i'e-péran.M» eiianie .-ar les décombres l'hymne de lu r ésu rivet i ■■».
Lorsque les missionnaires bien des années plus tard, pcnétrèreni dnns les viihip-; irutpiois, ils furent ravi** d'admiraîiuii d'entendre retentir la forêt des chants sacrée de i'lytçîise. C'étaient quelques familles huronnes qui, pour charmer leur exd, psalmodiaient, dans leurs rudes cantiques, les hymnes de Siun. '* Je ne pouvais m'cmpôcher de verser des larmes, dit un des missionnaires, en voyant ces pauvres exilés si fervents, et ni constants dans la loi. : ' Ils avaient formé, au milieu de la gentilité, une colonie chrétienne, et quoique privés de tout secours religieux, ils avaient conservé toutes leurs pieuses habitudes. " Les chants sacrés, la prière en commun, renseignement de la doctrine chrétienne se 'perpétuèrent dans les familles. Ces bons néophytes ne se contentaient même pas d'entretenir parmi eux ces pieux sentiments; ils avaient le zèle de la foi et cherchaient à la répandre.
INTRODUCTION
il Un de ces chrétiens, vieillard d'une foi éprouvée, qui avait autrefois reçu le P. Lemoine dans sa cabane, avait sanctifié toute sa famille, et converti bien des payens. Privé depuis vingt ans de l'assistance d'un prêtre, il demandait toujours à Dieu de ne pas mourir sans confession. Il fut exaucé ! En voyant le P. Frémin, il s' écria : " Enfin le bon Dieu m'a exaucé ; confesse-moi et je meurs content. *
Nous sommes entrés dans ces détails au sujet de la mission des Hurons, parce que, comme nous l'avons déjà remarqué, elle offre dans un cadre restreint, le tableau complet des origines chrétiennes parmi les; sauvages.
toutefois l'histoire de l'apostolat indien ne révèle qu'un côté du plan divin dans la fondation de la Nouvelle-France. Ce n'est, pour ainsi dire, que le rayonnement de la pensée providentielle qui présidait à la naissance d'une nation chrétienne. Nous avons déjà vu quels purs éléments avaient été réunis pour en tonner le premier noyau ; quels hommes choisis la main divine avait groupés autour de Champlain.
Depuis le jour où le Verbe de Dieu s'est associé une Vierge dans l'œuvre de la rédemption du monde, rien de grand ne s'opère dans l'Eglise sans l'intervention de la femme. Elle apparaît à l'origine de toutes les sociétés chrétiennes, exerçant une puissance inconnue aux âges païens. Car, de même que Dieu, le christianisme e.M; amour; et nulle part sur la terre le fleuve de l'amour ne jaillit avec tant d'abondance que du cœur de la femme; aussi est-ce sur ses genoux que le christianisme est venu déposer les générations naissantes pour les abreuver du lait de cet amour, après l'avoir purifié et sanctifié.
Tel est le secret de la grandeur et de la puissance de la femme chrétienne.
Les artistes représentent le manteau d'azur de la Reine du ciel tout parsemé d'étoiles : n'est-ce pas l'emblème de cet essaim de vierges et de femmes héroïques qui forment son cortège ?
Toutefois en faisant asseoir la femme à côté de l'homme sur le trône de la vertu, le christianisme ne l'a pas arrachée au foyer domestique. Son triomphe est d'avoir brisé ses chaînes et de les avoir ensuite tressées en couronne sur sa tête. D'esclave de la famille, il l'en a fait la reine. Son action sur la société est tout intérieure, comme sa gloire; l'éclat n'en pénétre au dehors -qu'à travers le voile du sanctuaire domestique. C'est la vie humble, cachée, invisible, mais toute-puissante de Marie dans l'Evangile. Parfois seulement, aux jours suprêmes» elle apparaîtra au premier rang pour le salut des peuples. Elue de Dieu dans le palais ou sous le chaunie, elle portera alors le bandeau royal Ou la houlette, et s'appellera Hélène ou Geneviève de Paris ; Clotilde, Blanche de Castille ou Jeanne d'Arc. Autour du berceau du peuple canadien, un
Te R. P. Martin.
cercle de vierges et d'héroïnes la saluera, aveo Bossuet, du nom de Thérèse de la Nouvelle- France.
C'est cette Mère de l'Incarnation, dont le nom béni s'est déjà rencontré plus d'une fois sous notre plume, et qui fut la première en date comme en génie et en sainteté à la tête de cette armée d'épouses du Christ qui vinrent dresser leurs tentes dans les bois, au milieu des sauvages du Canada. Jalon -es des grands travaux des missionnaires, ces saintes femmes ne voulurent pas se montrer moins fortes et moins généreuses, et laisser les hommes cueillir seuls les palmes du sacrifice. A peine, en effet, la colonie avaitelles pris naissance et ouvert les portes des missions, qu'un long murmure partit des divers points de la France. C'était le signal du départ de ces colombes du Seigneur, qui, emportées par le souffle de l'apostolat, s'élevaient du sein des cloîtres et des cités et venaient s'abattre sur nos rivages. Rien ne put effrayer leur charité ; ni la vaste étendue des mers, ni les récifs inconnus, ni l'horreur des tempêtes, ni les glaces des hivers, ni la crainte des plus affreux supplices. Elles s'avancent sur les montagnes de l'océan, et viennent bâtir leurs nids féconds dans les cavernes des serpents et des ours.
Enfants des bois, quels ne furent pas votre étonnement et votre admiration en vovant ces timides vierges affronter tant de périls par dévouement pour vous, par amour pour vos âmes ! Et toi, petite église naissante du Canada, lève-toi, étends les bras, et regarde autour de toi ;..:. tes filles viendront de toutes parts. Alors tu verras et ton cœur admirera et sera inondé de délices. . . . Elles volent comme des nuées et comme des colombes. . . . et peupleront
tes lieux déserts parce que le Seigneur a
mis en toi ses complaisances. . . . et que tu donneras naissance à un grand peuple. x
La charité incomparable de taut d'illustres servantes de Dieu s'est réunie dans une seule âme; l'éclat de tant de vertus a brillé dans une même vie.
L'histoire de la Mère de l'Incarnation nous montrera quelle charité, quel amour du sacrifice et de l'immolation, quelle énergie morale, quelle persévérance, il avait fallu à cette courageuse femme, et à ses compagnes, pour venir s'exiler, sous un ciel nouveau, et consumer leur vie parmi les peuplades les plus féroces de l'univers, afin de les amener aux pieds de Jésus-Christ, après les avoir enchaînées par les liens de l'amour divin. Nous verrons la Mère de l'Incarnation initiée d'abord, d'une manière providentielle, à sa carrière apostolique, conduite comme par la main à travers tous les états de la vie, fille, femme, mère, veuve, novice, religieuse, nous la verrons depuis le jour où, abordant la terre du Canada, elle se prosterné et