‹ Biographies canadiennes (volume 2)Chapitre 136 sur 196 · SERPENT · texte numérisé non relu

SERPENT

Plusieurs mois se sont écoulés sur les événements que nous venons de retracer.

Il fait nuit. »

"Nuit dont les vastes ailes

Font jaillir dans l'azur dos milliers d'étincelles; Qui, ravivant le oiel comme un miroir terni, , Permet à l'œil charmé d'en sonder l'infini; Nuit où le firmament dépouillé de nuage?, De ce livre de tua rouvre toutes les pages I

L'harmonieux éther, dans ses vagues d'azur,

Enveloppe les monts d'un fluide plus pur;

Leurs contours qu'il éteint, leurs cimes qu'il efface,

Semblent nager dans l'air et trembler dans l'espace,

Comme on voit jusqu'au fond d'une mer en repos

L'ombre de son rivage onduler sous les flots 1 .

Sous ce jour sans rayon, plus serein qu'une aurore».

A l'œil contemplatif la terre semble éclore;

Elle déroule au loin ses horizons divers

Où se joua la main qui sculpta l'univers !

Là, semblable à la vague, une colline ondule,

Là, 1 5. cote au poursuivie coteau qui recule,

Et le vajlotf voilé de verdoyants rideaux,

Se creuse comme un lit pour l'ombre ot pour les eaux;*

loi, s'étend la plaine, où, comme sur la grève,

La vague des.cpis s'abaisse et se relève ;

Là, pareil au serpent dont les nœuds sont rompu»

Le fleuve, renouant ses flots interrompus,

Trace à son cours d'argent des méandres sans nombre,.

Se perd aons la oolline et reparaît dans l'ombre.

Que le séjour de 1 homme est divin quand la nuit

De la vie orageuse étouffe ainsi le bruit!

Ce sommeil qui d'en haut tombe avee la rosée

Kt ralentit le cours de la vie épuisée

Semble planer aussi sur tous les éléments

Et de tout ee qui vit calmer les battements.

Un silence pieux s'étend sur la nature

Le fleuve a ton éclat, mais n'a plus son murmure.

Les chemins sont déserts, les chaumières sans voix.

Nulle feuille ne tremblera la voûte des bois

Et la mer elle-même expirant sur sa rive

Houle à peine à la plage une lame plaintive :

On dirait en voyant ce monde sans échos

Où l'oreille jouit d'un magique repos,

Où tout est majesté, crépuscule, silence

Et dont le regard seul atteste l'existence,

Que l'on contemple en songe à travers le passé

1. Quelque horrible que soit cette scène, je puis cependant affirmer qu'elle est parfaitement vraie, jusque dans ses plus petits détails.

LÉGENDES

I* faattake d'an monde on la vie a cassé !

Sciicaicni aan* 1.* troncs des pins aux larges cimes I» ri îes groufies épars croissent sur ces abîmes, X/baieine de la nui: qui se brise parfois, R'ia^d de loin en îuin d'hannonieusos voix, C .-=a:e poar attester dan? leurs cimes sonores Q'se ?e monde assoupi palpite et vit encore."

Au milieu du jardin, à l'endroit même où fut massacre l'infortuné jeune homme, s'élève une cr:ix noire. ?i:np!e, sans urnement.

Aucune inscription ne révèle au passant le iiOm &e la victime, ni la fatale histoire.

Hé la* '• t-He est écrite pour jamais en san- ? ants caractères au cœur de la famiile.

Chaque soir le Surintendant, entouré de sa femme, de ses enfans et de ses esclaves, vient réciter, au pied de cette croix, une prière pour le repos de l'âme de son infortuné ami.

Ce soir là, toute la famille venait de se retirer.

Seule, une jeune tille,' vêtue de noir, priait encore à genoux au pied du funèbre monument.

Elle était très-pâle ; sa figure avait une expression d'ineffable tristesse.

La rosée du soir avait allongé les boucles de ses cheveux qui retombaient en désordre le long de ses joues.

On eût dit la statue de la mélancolie.

A la cime des cieux, la pleine lnne versait de son urne d'albâtre les flots de sa limpide et mélancolique lumière.

Le rayon rêveur venait effleurer le gazon an pied de la croix et remontait à la paupière de la jeune fille, comme une pensée d'outre-tombe, comme an soupir silencieux et reconnaissant de l'innocente victime dont le souvenir avait laissé dans son âme une empreinte si pleine de charme et de poignante amertume.

Sa lèvre murmurait une ardente prière.

La prière ! Oh ! pour le cœur endolori, c'est le céleste dictame ; c'est le sourire des anges à travers les larmes de la terre.

Longtemps elle s'entretint avec son Dieu, exhalant sa prière avec ses soupirs et ses larmes, agenouillée au pied de cette croix, sur un gazon encore humide du sang de l'innocente victime.

Enfin, au moment où elle allait se relever pour s"éîoi,rn*»r, elle leva un instant la vue, et crut apercevoir comme une ombre qui s'agitait à l'ouverture d'un soupirail percé dans le mur d'une sorte de petit hangar qui s'élevait à quelques pas devant elle.

Un nuage vint alors à passer sur la lune et 'empêcha de distinguer quel pouvait être cet objet.

Elle attendit un instant et, quand le fut passé, le rayon illumina une face hui

— Ce ne peut être qu'un voleur, se dit elle-même.

Pourtant la porte est certainement bii niée.

Il se sera trouvé pris quand le domestic venu la mettre à la clef.

Cependant cette tête sortait toujours « ta<re du soupirail, se détachant toujours d en plus de l'obscurité.

Un moment les rayons de la lune tom en plein sur cette figure.

La jeune fille tressaillit.

Elle venait de reconnaître cette figure.

Impossible de s'y tromper.

C'était bien lui.

Elle le reconnut parfaitement à son teic vré, à ses traits durs et féroces, à ses fauves et roulant dans leurs orbitres.

C'était C'était. . . . le Potowatomis,

sassin du jeune officier! 1

Sa première pensée fut de fuir ; mais u vincible curiosité la retint.

Cependant le Sauvage s'agitait toujours l'ouverture.

Un de ses bras était sorti en dehors ds pirail et il tenait dans sa main un objet qi jeune fille ne pat distinguer.

Longtemps il essaya de se faire jour à tri l'ouverture trop petite pour le laisser pas»

Enfin, au moment où il faisait un de effort pour s'échapper, il tourna brusqiNi la tête et fixa d'un air inquiet soi regards m petit buisson voisin.

Il parut alors hésiter; puis lâchant l'e qu'il tenait dans sa main, il s'appuya avec < main contre le sol et s'efforça de recultf ; ses épaules, resserrées de chaque côté p mur, le tinrent cloué dans l'ouverture.

Alors son inquiétude sembla augmenta jeta un nouvean coup d'oeil sur le buisson.

Un léger froissement de feuilles se fit entendre, et de l'ombre du buisson sortit petite tête qui se dirigeait lentement vers le

vage.

C'était la tête d'un serpent à sonnette. *.

1. Ceux qui connaissent le caractère des San savent combien ils sont toujours enclins à voler.

2. Ces reptiles étaient encore si nombreux dans cette contrée, il n'y a pas bien des années, qu'il très-dangereux de laisser les fenêtres ouvertes 11 Ma mère me racontait que pendant qu'elle demei Sandwich, chei son père, un des domestiques eut prudence de laisser la fenêtre ouverte. Pends veillée, quelqu'un recula par hasard un buffet i

LES PIONNIERS

les yeux dilatés, le Sauvage obîoindres mouvements du reptile qui out doucement et avec précaution, ;ût eu la conscience de la force et de son redoutable adversaire, fut à quelques pas du Sauvage, il la gueule béante, il s'élança vers

it qu'il l'eût touché, l'Indien de sa ) libre, lui donna uu violent soufflet retomber à plusieurs pas de lui.

après, il tenta un nouvel effort iger ; mais ce fut en vain, furieux s'avança une seconde fois aça l'attaque; mais cette fois avec caution encore.

5tre approché plus près qu ? auparal ennemi, il s'élança avec une nou- ; mais sans plus de succès, car la avage Tenvoya rebondir encore plus ara van t.

ratomis fît alors uu effort suprême livrer mais ce fut encore inutile - «ta cloué dans l'ouverture du sou-

iomme l'éclair, le mptile, l'écume

le regard en feu, la gueule gonflée

et sortant une laugue bifurquée et

revint de nouveau en rampant vers

les de sa peau, que la rage faisait 58 plu s vives couleurs, miroitaient ons argentés de la lune, et le léger inneaux de sa queue, semblable au archemin froissé, troublait seul le i nature.

te silencieuse, au milieu du silence jntre un serpent et un Sauvage enrabtil qu'un serpent, avait quelque Janta3tique qu'on eût dit deux mauee disputant dans l'ombre quelque e victime.

nt s'avança si près de l'Indien que ait pu presque le saisir de la main, essa une dernière fois et en renvoyant arrière, il prit son élan.

ige le guettaif toujours de la main, yeux les moindres oscillations de

facile de voir que la lutte suprême nencer et se terminerait bientôt par Pun des deux adversaires.

«rcut, étendu derrière, un énorme serpent

our pendant qu'elle faisait l'école buissons compagnes, un serpent s'élança sur elle b à la ceinture. Heureusement que se3 »arassèrent dans ses vêtements. Pens'enfuyait éperdue, ses compagnes lui étacher son jupon. Et c'est ce qui lui

A l'instant où le serpent se précipitait comme un dard sur son ennemi, le Sauvage leva encore la main j mais cette fois l'élan du serpent avait été si rapide et instantané, qu'il ne put l'attraper, et le reptile le mordit à la joue.

Un cri rauque mourut dans la gorge du Sauvage qui saisit de la main le serpent avant qu'il eût pu s' échapper, et, l'approchant de sa bouche, dans sa rage, il le déchira avec ses dents et le mit en lambeaux.

Vaines représailles; car le coup était porté.

Quelques minutes après, d'horribles convulsions et des cris affreux annoncèrent que le venin mortel avait produit son effet.

La victime se tordait avec désespoir au milieu d'atroces douleurs.

On crut d'abord qu'il était à la fin parvenu à s' évader ; mais plus tard on trouva le cadavre, énormément enflé, encore pris dans l'ouverture du soupirail.

Ses yeux injectés de sang étaient sortis de leurs orbites; sa figure était noire comme du charbon, et sa bouche entr'ouverte laissait voir deux rangées de dents blanches, d'où pendaient encore quelques lambeaux du reptile et des flocons d'écume mêlée de sang.

La Providence elle-même avait pris le soin de venger l'assassinat du jeune officier.

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