‹ Biographies canadiennes (volume 2)Chapitre 138 sur 196 · PRIMAVERA · texte numérisé non relu

PRIMAVERA

bien j'ai suave et fraîche souvenance ours vermeils, où, folâtre enfant, ivre é, d'air et de lumière, le cœur léger l'aile des papillons dorés, je n'avais jouci que d'éinietter mes bonheurs inurini les-grands bois, près des sources

ou sur le velours des prairies; — tour à idissant parmi les foins en fleurs, tout le rosée, — ou éparpillant, lutin espiègle, ules odorantes, — ou taquinant les moisi courbés, sur les blondes gerbes, — ou, s barbouillées de fraises, les cheveux es de grappes de bluets, cueillant les monieux !

[ui me rendra me? ivresses enfantines, u ciel bleu, mon front rose, mes courses blés d'or, ou dans les glaïeuls en fleurs, Iches matinées, — heures charmantes, — le la vie, — où le cœur n'est que le brûsensoir d'où s'exhalent sans cesee de imbroisies j où les sens, encore endor- * leurs chastes corolles, s'épanouissent à zéphyrs, s'ouvrent à toutes les ivresses ?

joies de ma blonde enfance ! colombes cœur hors du nid envolées, — ne ferai- je lp jamais résonner mes sourires sur vos missantes ?

1 éteints pour jamais, — pour jamais i ces rayons éblouis de mon aurore !

us aussi, chers lecteurs, ne pleurez-vous joyaux tombés de vos radieuses couces premières caresses du bonheur si >t si douces qu'on dirait les mystérieux de nos anges gardiens ?

pleurons ensemble; — car nos âmes dé-

i fantaisie, qui précède la Légende do la Jonaraltra au premier abord un hors d'œuvre , l'on prend la peine d'y regarder de prè*, on > cette longue rôVerio ?e rattache assez intimesujet, puisqu'elle dessine un coup d'œil gésux ou se passent les scènes de la Légende.

chues une fois chassées par les ans de cet Eden enchanté de la vie, n'y retournent jamais !

De tous ces bonheurs envolée, il ne reste plus qu'un linceul embaumé :

Un souvenir.

Mais du fond de l'urne vide, ce doux parfum s' exhale sans cesse.

Parmi tous ces souvenirs, il en est un surtout pour moi dont les doigts sonores font vibrer dans mon âme des cordes inconnues et soulèvent d'ineffables harmonies.

Pourquoi, tout petit enfant, abandonnant parfois tout à coup mes naïfs hochets, demeurais-je. un moment tout pensif?

Ah ! c'est qu'une étrange voix tintait à mon oreille et me parlait au fond du cœur.

Ce n'était pas le murmure des cascades, ni le bourdonnement des insectes, ni les éclats de rire des enfants, ni les mugissements des troupeaux, ni les voix d'hommes ou de femmes, ni le frémissement des avoines courbées par les

tièdes zéphyrs, ni les, rires des faneurs, ni les plaintes du vent dans les cimes chenues

des vieux érables, ni les notes tour à tour métalliques ou veloutées

des superbes goglus voltigeant sur les

foin s diaprés, ni les tintements pieux des cloches lointaines, ni la forte clameur qui sort des noires voûtes des

• bois, ni les échos des montagnes, ni les mystérieuses haleines suspendues aux

lèvres de la nuit, ni les muette s harmonies qui descendent des

étoiles.

Planant au-dessus de tous ces bruits, un son lointain, — un écho immense m'entretenait tout bas.

Attentif, j'écoutais un moment l'étrange voix ; — mais l'enfant était trop petit, la voix trop sublime ; l'enfant ne comprenait pas encore et reprenait bientôt ses jeux.

Il ne ee demandait pas encore quelle secrète influence l'entrainait 68,ta&ws^*\^>\\^y«v«nr.

FANTAISIE

irrésistible, vers la grève sonore du grand fleuve, I où s'enivrant des vapeurs salines que secouent j

ses

vagues

écumeuses, il s'amusait tour à tour à taire glisser des pierres sur leurs crêtes mobiles, ou à cueillir les blancs coquillages, ou à l'aire grincer ses pas sur le sable chatoyant, ou, la chevelure tordue par la brise, à lutter contre le Ilot qui l'inondait d'une écume glacée.

Alors surtout la voix, grande et sympathique, résonnant plus distincte à son oreille, éveillait des échos inconnus dans son âme.

Etait-ce l'écho de ta voix sublime, o mon beau fleuve géant ?

soupirer ; — car une voix intérieure seml di^e alors : Illusion ! chimère ! Ces lieu semblent si beaux que parce que tu 1 temples à travers le prisme de ton cœur

Et alors son imagination se tournait, a jalouse anxiété, vers ces rivages celét leur beauté, vers cette vieille terre d'Eu* tout, si vantée pour ses sites pittoresqc bel lis encore par tant de souvenirs hist<

Que ne pouvait-il, traversant les me:

templer un moment ces paysages céU dissiper ainsi ces cruelles incertitudes ?

Plus tard,— quaud l'enfant eut grandi, — quand l'adolescence, secouant de son aile une étincelle embrasée, eût allumé l'incendie dans son âme, — quand le sang fouettait sa tempe comme une lave. — quand, pensif écolier, initié parla nature et l'étude à tous les mystères de la vie, il revenait chaque année vers le foyer natal, la même voix vibrait sans cesse à son oreille, et l'entraînait, irrésistible, vers la plage solitaire.

Là, assis sur la falaise, ou parmi les algues glauques : —

Tantôt promenant ses regards sur les lointaines Laurentides dont le turban azuré se déployait devant lui depuis le Cap Tourmente jusqu'aux bouches du Saguenay : — ,

Tantôt, le front dans les mains, les coudes appuyés sur les genoux, il écoutait la grande voix qui l'avait autrefois assoupi dans son berceau.

Cette voix, que l'enfant avait jadis écoutée sans la comprendre, l'adolescent la comprenait aujourd'hui.

C'était ta sauvage et sublime clameur, ô beau grand fleuve adoré, qui l'enivrait ainsi de s.'i mystérieuse harmonie !

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