LES V0YAGEU11S DE NUIT
C'était une nuit d'à
sombre et bru-
Un canot d'écorce se détachait silencieusement du rivag* île Québec à quelques pas de l'endroit cù s'élève la vieille église de la Basse-Ville.
Sur le sable de la grève, un homme était debout tenant à la main une lanterne sourde dotât le cfitte lumineux dirigé vers les flota éclaile canot monté par quatre personnes.
A la lueur Itmve que projetait la lanterne, il était facile de voir que celui qui se tenait à [' arrière du canot était un chasseur canadien.
Il était vêtu d'une chemise à raicF- Menés, .-i île nutaienu d'étoile -irise, et portait sur la tête un bonnet de peau lit D ■
Selon l'invariable coutume des voyageurs, il avait en le soin, avant de prendre place sur la pince du canot, de placer bous lui son capot d'étoffe plié avec précaution.
Une ceinture rouge, dont les franges flottaient sur sa jambe gauche, s'enroulait
Si:* pieds étaient chaussés ,1e l JO ttt dont les hausses de cuir de mouton, enveloppaient le bas de ses pantalons et se rattachaient audessous du genou par des lanières de peau d'anguille. !
C'était un homme d'un tempérament sec, mais d'une charpente osseuse et d'une taille trèsélevêe.
Les manches de son gilet, retroussées jusqu'au coude, découvraient di vêlaient une force peu
Ses bras, d'une longueur démesurée, étaient couverts de tatouages représentant divers objets parmi lesquels. on remarquait la ligure d'un eau
Les traits de son visage, halès par !e soleil, d'une remarquable régularité, semblaient été taillés dans un bloc de bronze florentin,
Sa barbe était noire, tandie gtw qu'il laissait croître depuis longtemps et qui
tombaient négligemment sur ses épaules, éti d'un blond châtain.
Un graud air de bonté se reflétait sur toiï physionomie.
Ses yeux, qu'il tenait habituels fermés, lui donnaient au premier abord u»
parence engourdie; tuai- ils étii rare intelligence, enchâssés sou? le noirs et épais, lorsqu'il était ■ d'une émotion un peu vive.
Du reste, dans su personne, rien n'éts quable, si ce n'est un air d'apathie et cîanoe, que l'extrême lenteur de ses wouvemea laissait naturellement supposer.
Son habileté extraordinaire canot lui avilit lait donner le surnom 'h:- Cm
par intervalles, ■ du c
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un autre personnage *?«?■
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C'était un homme superbe, à l'œil e
(ie.enii.iii urinées, h élevé nivi'iiiirtijl d'inlelii'.'' d'un galbe si irréprochable i|ue Phid iinv ;l l\ u--.ni ci ipié aveu a
de .'lu. mine ;v l'élu
indienne, s rasés, à l'exception d'une touffe o sommet de la tète avec des plu .'l'outardea et d'olea sauvages, comme le cimier d'un casque anti
Il portait une espèce de manie u frange rose et lilas, lait avec c bon, couleur orange, l que les i savent rendre si soyeuses et si molles.
Des mocassins ornés de rassades et d de pore-épic, teints en rounc ei ■
Les guerriers de bu tribu l'app Tshinepik,' - c'est-à-dire la Gre soit à cause de sa souplesse exi--;
de la figure de ce reptile tatutiée s
LA JONGLEUSE
Les reflets de pourpre de la lanterne dessinaient encore la silhouette de deux autres personnages assis au centre du canot.
C était celle d'une jeune femme et d'un enfant de huit à dix ans.
Une profonde mélancolie mêlée d'inquiétude se reflétait sur la figure pleine d'énergie de Madame Houel.
Ainsi se nommait la jeune femme. 1
La noblesse de ses traits et l'élégance de ses vêtements révélaient une personne de distinc- . tion*
An moment où le canot franchissait la pénombre projetée par la lumière, elle était occupée à étendre un châle sur les épaules de son ^enfant pour le préserver de l'humidité de la nuit.
Quand le canot eut entièrement disparu dans les ténèbres, l'homme à la lanterne remonta lentement la berge :
— Diantre ! murmurait-il à part lui en s'éloignant, il faut que Madame ait bien du courage pour s'embarquer par une pareille nuit.
Je veux bien croire que Monsieur Houel a été gravement blessé.
Mais qu'était-il besoin de tant se hâter ^et de s'exposer, par là, à un danger évident ?
Se pouvait-elle au moins attendre jusqu'à'dexnain matin ?
Mais à peine a-t-elle appris la fatale nouvelle qu'elle n'a pas même pris le temps de faire ses
malles.
Ah 1 je crains fort qu'il ne lui arrive quelque
malheur.
Et puis ce massacre de trois hommes par un
Sarti dlroquoiô qui a fait une descente avantier dans rile d'Orléans, et qui a enlevé une
femme et quatre enfants
Us seront fort heureux s'ils ne font pas la rencontre de quelques-uns de ces démons enragés.
En faisant ces réflexions, il disparut derrière l'angle d'une maison, et tout rentra dans les ténèbres.
1. Parmi les membres de la Compagnie dot Dent AnoeiéB figure le nom de M. Houel. rions lisons dans le ©ours d'Histoire de M. l'abbé Ferland: «Richelieu trouva des auxiliaires de bonne volonté dans les Sieurs de Boquemont, Eovel, contrôleur général des Salines tu Brouages, de Latteignant etc., etc. M. Houel se donna beaucoup de peine pour faire venir les Pères Récollets en Canada. " Los principaux bienfaiteurs qulls ont eus ont esté sa Majesté, M. de Pisieux, M. de Kaousy, grand vicaire de Pontoise et syndic des Récollets en Quanada, M. Ouel contrôleur général des Salines de Brouages, et quelques autres." Mémoire des SécolleU présenti au Moi tu 1637.