LE MIRAGE DU LAC
Après avoir roulé quelques instants ces réflexions dans son esprit :
— Canawish ! x — dit-elle eu s' adressant à l'impassible Indien qui avait écouté la conversation précédente sans prononcer une parole, -^que distu des présages du Canotier ?
Le Sauvage sembla ne pas faire attention à cette demande et ne fit aucune réponse.
— Pourquoi la Grande Couleuvre ne répondelle pas quand la fille des Visages Pâles lui adresse la parole ?
Il y eut encore un moment de silence.
Enfin le Sauvage dans son langage rempli de figures :
— Le Mirage du Lac qui dort sur les genoux de la Fleur des Neiges est plus beau que le nunuphar blanc des grandes eaux.
Le lac où se mirent la folle avoine et les roseaux du rivage est moins 'limpide que ses yeux, et son regard est plus brillant que l'étoile du soir.
Ses lèvres sont deux grappes de fraises mûres ' et ses dents sont des flocons de neige.
Les lianes au printemps sont moins flexibles que sa chevelure.
Aussi, quand la Fleur des Neiges contemple le jeune Visage Pâle, le sourire est-il sur ses lèvres et ses yeux» sont-ils pleins de larmes de tendresse.
pond par dos coups ou par sauts aux demandes qui lui sont faites. Eh bien ! les voilà vaincus, tous les inventeurs des tables tournantes et des spiritual rappings ! les jongleurs des Indiens infidèles peuvent leur servir de uiHitres et leur montrer des choses plus surprenantes que colles qu'ils ont jamais connue?. Tous nos grands magnétiseurs seraient également surpris do voir avec quelle facilité ces jongleurs manient le fluide magnétique, auquel je donnerai volontiers ici lvi nom de fluide diabolique."
1 Expression sauvage qui répond au mot: Camarade.
La Fleur des Neiges serait-elle donc au j< d'hui laase de la vie de son enfant ?
Ne sait-elle pas que pour évoquer celle qu jeune oreille du Mirage du Lac a entendu* que ses yeux ont vue, il suffit de prononcer nom?
— Oh ! s'il n T y a que cela à craindre, re Madame Houel en souriant, tu peux parler ; Dame aux Glaïeuls n'est pas un esprit pour tendre du fond des bois la voix de la Grai Couleuvre, quand ses paroles parviennent peine à l'oreille de la Fleur des Neiges.
— Puisque ma sœur le demande, reprit 1' dien, la Grande Couleuvre parlera; — mais ei paroles évoquent la Matshi Skouéou, la Fh des Neiges ne pourra s'en prendre qu'à e seule.
— La fille des Visages Pâles ne craint rie son cœur est fort comme celui du Tshinépick 1
— Quand la Fleur des Neiges saura que Matshi Skouéou serait prête à mettre en libe toutes les Peaux Blanches captives chez les I quois pour pouvoir mettre la main sur l'enfi d'un chef des Visages Pâles, tel que le Miw du Lac, son cœur sera-t-il aussi fort ?
A cette terrible menace, Madame Houel tri saillit et pressa instinctivement contre son cœ le charmant enfant qui, insoucieux du dang dormait tranquillement sur ses genoux.
Il ne parut pas même s'apercevoir de ce Bri que mouvement ; car le contact de cette don main lui était connu.
Et que peut craindre en effet l'enfant dans sanctuaire de l'amour maternel ?
L'hirondelle dans son nid redoute-t-elle le ve ou l'orage ?
L'enfant entre les bras de sa mère, n'est pas la fraîche goutte de rosée dans la virgin corolle du lis ?
Tant d"innocence et de pureté ne 6emblc elles pas devoir échapper au malheur ?