‹ Biographies canadiennes (volume 2)Chapitre 16 sur 196 · Ctrtaintf pages de rkiitoire du Canada semaient · texte numérisé non relu

Ctrtaintf pages de rkiitoire du Canada semaient

quelquee représentants de la civilisation, marchant contre la barbarie après s'être armés au pied des autels, semble un épisode renouvelé du temps des croisades.

On était au printemps de l'année 1660. La colonie était presque épuisée après un demi-siècle de luttes sanglantes contre les Iroquois. Les succès réitérés de ces féroces ennemis avaient tellement accru leur audace qu'elle leur avait inspiré le projet d'exterminer jusqu'au dernier Français. Cette nouvelle répandit la terreur et la consternation parmi tous les colons. On crut que tout était perdu. Le pays, en effet, semblait sur le penchant de sa ruine. L'ennemi était déjà aux portes j chaque jour des escarmouches annonçaient sa présence. Dans chaque village, on érigea des forts, ou on restaura les anciens ; # on se barricada dans toutes les maisons. A* Montréal, à Québec, aux Trois-Rivières, on multiplia les moyens de défense.

En ce moment critique, une poignée de braves résolut de se dévouer pour la patrie en danger. Montréal était l'avant-poste de la colonie : c'est là qu'ils se réunirent.

Par une matinée du mois d'avril de la même année, l'église de Villemarie x présentait le spectacle le plus attendrissant. Seize braves colons, entourés de leurs familles en pleurs; ayant à leur tête un jeune militaire du nom de Daulac, s'agenouillaient à la table sainte. Ils venaient de prendre la résolution de sacrifier leur vie pour sauver la colonie, Après avoir fait leurs testaments, et s'être confessés, ils étaient venus se nourrir du pain des forts et jurer au pied des saints autels de rester fidèlement unis jusqu'à la mort et de ne jamais demander quartier.

Certains de ne plus revoir \miys foyers, ils serrèrent une dernière fuis, entre leurs bras, tout ce qu ? ils avaient de cher ici-bas, et s'éloignèrent accompagnés de» larmes et des bénédictions de ceux pour qui ils allaient mourir.

Ils arrivèrent le premier mai suivant au pied du Saut-des-Chaudières, situé sur la rivière des Outaouais. Un fort y avait été construit l'automne précédent par les Algonquins. Ce fort avait le double désavantage d'être éloigné de l'eau, et dominé par une colline. Les Français m prirent cependant le parti de se retrancher derrière ce faible rempart formé d'une simple palissade en partie détruite, et d'y attendre les Iroquois qui devaient suivre cette voie au retour de leurs chasses d'hiver dans les forêts du nord.

Après quelques jours d'attente, ils virent venir à eux une troupe de sauvages, qu'ils reconnurent bientôt pour des amis. C'était quarante guerriers

des commencements héroïques de >s tribus latines ; l'expédition de

le récit renouvelé

Rome au milieu des

Daulao rappelle à **y méprendre lé dévouement des

Ooelès et des Cvrtins. (Ë. Rameau, La Franco aux

Colonial.')

1. 0't«t la md primitif que la piété des fondateurs avait donné a Atatrfal.

INTRODUCTIO

de cette nation huronne, dont nous avons raconté les touchantes infortunes et dont quelques débris s'étaient réfugiés près de Québec. Ils étaient commandés par un vieux héros chrétien de la même nation, nommé Anahotaha. Un fameux chef algonquin, suivi de 6ix de ses guerriers, s'était joint à eux aux Trois-Rivières j et ils venaient tous demander la faveur de combattre à leurs côtés contre l'ennemis eommun, et de verser leur sang avec eux.

Le lendemain de leurs arrivée, qui était un dimanche, deux hurons, envoyés en éclaireurs, rapportèrent qu'ils avaient vu cinq Iroquois qui marchaient aussi à la découverte dans la direction du camp. On tint aussitôt conseil, et il fut décidé qu'on élèverait, le lendemain, une seconde palissade autour de la première.

C'était vers le soir. En attendant l'heure du eouper, pendant que les chaudières bouillaient au-dessus des feux du bivouac, la petite armée, groupée à l'entrée du fort, récitait en commun Ja prière du soir. La voix grave et solennelle de Daulac s'élevait au milieu du silence de la troupe et du désert, et, par intervalles, un long murmure se prolongeait au loin, emporté par la rafale sous les voûtes des bois : c'était le concert de toutes les voix de l'armée mêlée au sourd grondement de la chute et qui répondaient en chœur à la prière. Tout-à-coup des hurlements épouvantables, accompagnés de décharges de coups de fusils, interrompirent cette imposante cérémonie j et l'on vit apparaître une flottille de canots sauvages, portant deux cents chasseurs iroquois, qui descendait la rivière. Les alliés n'eurent que le temps de leur répondre et de se retirer précipitamment dans l'intérieur du fort pour se préparer à #a défense.

Un des chefs iroquois mit pied à terre, et déposant ses armes sur le rivage, il s'avança jusqu'à la portée de la voix, et demanda à quelle nation appartenait les guerriers qui défendaient le fort. " Ce sont des Français, des Hurons et des Algonquins, leur répondit-on ; si notre frère PIroquois veut entendre des paroles de paix, qu'il aille camper avec ses guerriers de l'autre côté de la rivière. " Les alliés espéraient par ce stratagène gagner assez de temps pour compléter leurs travaux de fortification. Mais les Iroquois ne se laissèrent pas prendre à ce piège et commencèrent immédiatement à dresser une palissade en face du camp. La lutte allait donc devenir inévitable. Les alliés profitèrent des quelques heures de répit qui leur restaient pour se fortifier de leur mieux, coupant des pieux, consolidant les endroits les plus faibles, entrelaçant les. palissades de branches d'arbres et remplissant les intervalles de terre et de pierre, tout en ayant le soin de ménager des meurtrières de distance en distance. Les ouvragée n'étaient pas encore terminés que les ennemis montèrent «saut en poussant, selon leur habitude, leur e cri de guerre. Les assiégés se défen-

dirent avec une bravoure sans égale. À chaque meurtrière étaient postés trois tireurs qui décimaient les rangs des Iroquois en dirigeant sur eux un feu continuel. Tout étonnés .de rencontrer une aussi ' vigoureuse résistance, ils commencèrent à plier, mais confus de se voir repoussés par une poignée d'hommes, ils s'élancèrent de nouveau à l'attaque. D'autres décharges aussi bien dirigées que les premières les accueillirent. Un grand nombre furent tués, un plus grand nombre blessés, et le reste, saisi de frayeur, prit la fuite en désordre, sans que les assiégés eussent à déplorer la perte d'un seul homme. Quelques-uns des alliés sautèrent pardessus les remparts, allèrent couper la tête d'un chef iroquois qui avait été tué durant le combat, et l' érigèrent en trophée sur la palissade au bout d'un pieux.

Cette première victoire enflamma l'enthousiasme des vainqueurs ; ils se jetèrent à genoux pour en remercier le ciel, et reprirent avec une nouvelle ardeur leurs travaux de défense, décidés plus que jamais à combattre jusqu'au dernier soupir. Les ennemis, revenus de leur première frayeur, tinrent conseil et députèrent quelque-uns d'entre eux pour aller demander du secours à la grande armée iroquoise alors cachée en embuscade dans les îles du Richelieu, et attendant le moment favorable pour envahir la colonie.

Cependant le fort fut investi de tous les côtés, et, durant sept jours et sept nuits, les alliés soutinrent le feu continuel que les Iroquois ne cessèrent de diriger contre eux dans la crainte de les voir s'échapper. Ils brisèrent les canots d'écorce des Français, qui avaient été abandonnés à quelque distance du fort, et en firent des flambeaux pour mettre le feu aux palissades j mais toutes leurs tentatives furent inutiles ; car le feu des assiégés était toujours si bien nourri qu'ils ne purent jamais en approcher.

Un deuxième assaut plus furieux que le premier fut donné contre la place, mais il fut repoussé avec une telle vigueur que l'ennemi n'osa plus revenir à la charge. Voyant qu'ils ne pouvaient réussir par la force ouverte, les Iroquois tentèrent alors d'employer la ruse.

Connaissant l'inconstance des sauvages, ils feignirent de vouloir faire la paix. En effet, les Hurons, commencèrent à hésiter j mais les Français connaissaient trop bien la perfidie des Iroquois pour se laisser leurrer par ces belles promesses ; ils demeurèrent inébranlables. Ils ne furent pas longtemps sans s'apercevoir de la ruse, car, pendant qu'on cherchait à attirer leur attention d'un côté, une bande d'Iroquois se glissaient secrètement derrière eux et s'avançaient déjà pour les surprendre.

Il est impossible de peindre toutes les souffrances qu'eurent à endurer les courageux défenseurs du fort pendant tout le temps que dura le siège. Le froid, la faim, la soif, l'insommie les tourmentèrent plus encore que les Iroquois.

INTRODUCTION

Pendant les courts instants de sommeil qu'ils pouvaient prendre entre les veilles de nuit, ils étaient obligés de coucher à la belle étoile, sur la terre glacée, au milieu des balles qui sifflaient flans cesse autour de leur tête. Mais leur tourment le plus cruel provenait de la disette d'eau; elle devint ei grande qu'ils se virent réduits à avaler toute sèche la farine de maïs qui leur servait de nourriture. Ils avaient découvert un peu d'eau boueuse dans un trou de la palissade, mais à peine y en avait-il suffisamment pour que chacun d'eux put y tremper ses lèvres. Lorsqu'ils ne pouvaient plus résister aux tortures de la soit; un petit détachement, protégé par quelques tireurs, faisait une sortie et allait puiser un peu d'eau à la rivière ; mais leurs chaudières étant tombées dès le premier jour entre les mains des ennemis, ils ne pouvaient en rapporter qu'une petite quantité à la fois. Pour comble de malneur, les Hurons et les Algonquins n'ayant pas eu la prudence de ménager suffisamment leurs munitions, elles vinrent à leur manquer. Les Français leur en fournirent pendant quelque temps; mais les leurs finirent aussi par devenir rares. Au milieu de tant de fatigues et d' angoisses, ces héros chrétiens puisaient, dans la prière, une force et un courage toujours renaissants. " Car dès que l'ennemi faisait trêve, dit la Mère de l'Incarnation, 1 ils étaient à genoux, et sitôt qu'il faisait mine d'attaquer, ils étaient debout les armes à la main. "

Une semaine entière s'était écoulée ainsi, lorsqu'ils entendirent tout-à-coup une immense clameur dans le camp ennemi. Toute la forêt retentit en même temps de hurlements sauvages et d'innombrables décharges de coups de fusils, qui, multipliés par les échos, produisirent mille bruits et des roulements de tonnerre capables de glacer d'épouvante les cœurs des plus intrépides. Chaqne arbre semblait avoir soudain donné naissance à un ennemi. Les Iroquois saluèrent par de longues salves l'arrivée de plus de cinq cents de leurs guerriers. Tous les assiégés se jetèrent à genoux pour recommander leur âme à Dieu, et se préparer à la lutte suprême. Alors le grand chef huron Anahotaha adressa à tous les Saints cette prière que nous empruntons avec tonte ea naïveté au récit de la Mère de l'Incarnation: " Vous scavez, ô bienheureux habitans du ciel ce qui nous a conduit icy : Vous scavez que e/est le désir de réprimer la fureur de l'Hiroquois, afin de l'empêcher d'enlever le reste de nos femmes et de nos enfans, de crainte qu'en les enlevant ils ne leur fassent perdre la foy et ensuite le paradis, les emmenant captifs en leur pals. Vous pouvez obtenir notre délivrance du grand Maître de nos vies, si vous l'en priez tout 3e bon. Faites maintenant ce que vous jugerez convenable, car pour nous, nous n'avons point d'esprit pour scavoir ce qui nous est le plus

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