‹ Biographies canadiennes (volume 2)Chapitre 17 sur 196 · Lettre* Historiques de la Mère de l'Incarnation · texte numérisé non relu

Lettre* Historiques de la Mère de l'Incarnation

expédient. Que si nous sommes au bout de notre vie, présentez à notre grand Maître la mort que nous allons souffrir en satisfaction des péchez que nous avons commis contre sa loy, et impétrez à nos pauvres femmes, et à nos enfans la grâce de mourir bons chrétiens, afin qu'ils nous viennent trouver dans le ciel. "

Telle avait été la vigueur de la défense que les Iroquois, malgré leur supériorité numérique, n'osèrent monter à l'assaut. Us investirent de nouveau la place, et firent pleuvoir une grêle de projectiles contre les meurtrières. Les assiégés n'avaient plus un instant de repos, et ils étaient tourmentés par une soif ton jours de plus en plus ardente. Les sauvages surtout devinrent si exténués qu'ils commencèrent à perdre courage, et songèrent à se rendre.

Us chargèrent de présents un prisonnier iroquois, et le firent accompagner dans le camp des ennemis par deux de leurs chef!-?. Ceux-ci furent accueillis par de grandes acclamations, et en même temps quelques Hurons apostats, réfugiés parmi les Iroquois, s'avancèrent vers la palissade pour engager leurs compatriotes à se rendre, leur représentant que c'était le seul moyen d'échapper à la mort. Malheureusement plusieurs Hurons se laissèrent gagner par ces perfides promesses, et malgré toutes les représentations des Français et les sanglants reproches d' Anahotaha, ving-quatre d'entre eux s'élancèrent par-dessus la palissade. Les cris de triomphe redoublèrent, et les Iroquois, instruits désormais de la faiblesse de la garnison qui ne comptait plus que quatorze Hurons, quatre Algonquins et les dix-sept Français, crurent en faire une proie facile. Il s'avancèrent hardiment pour les faire prisonniers; mais les assiégés firent feu sur les plus avancés et en étendirent un grand nombre morts sur la place ; le reste prit le fuite.

Honteux de se voir tant de fois vaincus par une poignée d'hommes, les Iroquois, ne respirant plus que la rage de la vengeance, et vociférant d'affreux hurlements, s'élancèrent tous à la fois à travers les balles. Les Français en firent un horrible carnage, mais ne purent les empêcher de s'avancer jusqu'au pied de la palissade, où ils se cramponnèrent à l'abri des meurtrières et se mirent à couper les pieux à coups de hache. Dans l'impossibilité où l'on était de les y atteindre, Daulac imagina de remplir de poudre plusieurs canons de fusils, d'y mettre le feu et de les jeter parmi les assiégeants pour les faire éclater au milieu d'eux. Cet expédient ayant assez bien réussi, il ajusta une fusée à un baril de poudre et le lança par-dessus la palissade. Par malheur, le projectile fut arrêté par une branche et retomba dans l'intérieur du fort où il fit explosion, tuant les uns, blessant les autres, et mettant presque tout le Teste hors de combat en leur brûlant la vue, ou les étouffant dans la fumée. En entendant le bruit de la détonation.

INTRODUCTION

les Iroquois comprirent tout l'avantage qu'ils pouvaient tirer de la confusion produite par cet accident, et s'emparèrent des embrasures, d'où ils firent un feu écrasant sur les derniers défenseurs. Ceux-ci se battirent jusqu'à la fin comme des lions. Ils inspiraient une telle frayeur à l'ennemi qu'il n'osait pénétrer dans la place. Ces hommes aux figures hâves, aux regards illuminés par l'ardeur du combat leur paraissaient comme des fantômes dont ils tremblaient d'approcher.

Cependant Anahotaha blessé bondissait de toutes parts, assommant tous ceux qui s'avançaient jusqu'à la portée de son tomahawk.

— " lîends-toi, si tu veux sauver ta vie, " lui cria un de ses neveux transfuge chez les Iroquois.

— " J'ai juré ma parole aux Français, répond le héros chrétien, je meurs avec eux; " et il tombe frappé à mort.

— " Mets-moi la tête sur les charbons, murmure-t-il à un de ses compagnons en se traînant vers le feu, l'Iroquois n'aura pas ma chevelure. "

Cependant des monceaux de cadavres jonchaient tout l'extérieur du camp; les Iroquois s' en servirent pour escalader la palissade, et massacrèrent les derniers braves qui, sourds à toute proposition, voulaient mourir les armes à la' main. Un moment auparavant, un Français, par un sentiment de pitié malentendue, assomma à coups de hache ceux de ses compagnons blessés qui respiraient encore, afin de leur épargner les tortures que leur réservaient leurs féroces vainqueurs. Quatre Français seulement et quatre H urons tombèrent vivants entre leurs mains.

Les Iroquois furent terrifiés de leur victoire ; en comparant le nombre de leurs morts et celui de leurs victimes, ils ne pouvaient en croire leurs yeux. Comment un sr petit nombre d'hommes, exténués de fatigues, mourants de soif, privés de nourriture, avaient-ils pu soutenir une lutte aussi longue et aussi acharnée sans prendre un instant de repos? 'Cette résistance était pour eux un mystère.

Après avoir assouvi leur vengeance sur deux blessés français qui avaient conservé un souffle de vie, ils prirent le chemin de leurs villages, n'osant aller attaquer un pays peuplé de tels héros.

Lorsqu'on apprit les détails de cette sanglante tragédie par des captifs hurons, qui avaient réussi à s'échapper, un long cri de deuil s'éleva dans toute la colonie.

Mais la nation canadienne était sauvée: ses défenseurs étaient tombés ensevelis dans leur triomphe.

Voilà les hommes que la religion avait formés ; voilà le peuple canadien, tel que l'avaient fait les missionnaires martyrs et l' éducation religieuse,

Cette société naissante, nous l'avons étudiée

dans sa triple hiérarchie du prêtre, de la femme

ta soldat-colon. Nous avons admiré l'orga-

nisation vigoureuse de cette race en qui rfbua * avons vu circuler un sang virginal et une foi ■ sans mélange. Nous nous sommes extasiés ''' devant cette transformation merveilleuse qui } s'était opérée sous l'action de l'Eglise. i

Nous jyourrions pousser plus loin cette étude, 1 suivre la Nouvelle-France dans sa carrière, indi- . quer à grands traits l'accroissement de sa puissance matérielle, morale et intellectuelle, et montrer surtout le développement de ses superbes institutions, qui font aujourd'hui sa force et sa gloire. Mais cette courte esquisse suffit pour faire voir ce qu'était devenue cette société façonnée par la main de Dieu.

Après avoir médité l'histoire du peuple canadien, il est impossible de méconnaître les grandes vues providentielles qui ont présidé à sa formation ; il est impossible de ne pas entrevoir que. s'il ne trahit pas sa vocation, de grandes destinées lui sont réservées dans cette partie du monde.

La mission de la France américaine est la même, sur ce continent, que celle de la France européenne sur l'autre hémisphère. Pionnière de la vérité comme elle, longtemps elle a été l'unique apôtre de la vraie foi dans presque toute l'Amérique du Nord.

Depuis son origine, elle n'a cessé de poursuivre fidèlement cette mission ; et aujourd'hui elle envoie ses missionnaires et ses évêques jusqu'aux extrémités de ce continent. C'est de son sein, nous n'en doutons pas, que doivent sortir les conquérants pacifiques qui, en se liguant avec les légions d'apôtres répandues aujourd'hui sur tout cet hémisphère, ramèneront sous le joug du catholicisme les peuples égarés du Nouveau- Monde. Loin de douter de son avenir, comme quelques hommes de peu de foi, loin de trembler devant le flot des races étrangères qui semble menacer de la déborder de toutes parts, nous avons l'intime conviction qu'elle continuera de grandir, qu'elle conservera sa langue, ses institutions et sa foi, et qu'elle n'est qu'à l'aurore de l'ère de prospérité qui va s'ouvrir devant elle. /

Messagère de l'Evangile, elle" portera au loin la bonne nouvelle, et secondée par les races celtiques du midi, elle promènera le drapeau de - Jésus-Christ de l'un à l'autre océan.

Ici, comme en Europe, et plus vite encore qu'en Europe, le protestantisme se meurt. Fractionné en milie Sectes, il tombe en poussière, et va se perdre dans le rationalisme. Bientôt, — pour nous servir d'une expression du Comte de Maistre, — l'empire du protestantisme, pressé du côté du Golfe Mexicain et du Saint-Laurent, fendra par le milieu ; et les enfants de la vérité, accourant du nord et du midi, s'embrasseront sur les rives du Missiseipi, où ils établiront pour jamais le règne du catholicisme.

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