ROMANCE
Air : Le Fil de la Vierge.
oir où vécut tant d'heureux jours mon père ;
Séjour béni, ive enoore et ma sœur et ma mère,
Couple chéri ; lu passé la douce souvenance :
L'éclat vermeil 1 où brilla de ma première enfance
Le beau soleil,
s enivrants, mes courses, mes longs rêves
Au bruit du vent, des forôts, au tord des larges grèves
Du Saint-Laurent « de candeur, où tout dans la nature
Et dans mon cœur "hymne saint des anges, le murmure
Du vrai bonheur.
les du jardin, ombreuses avenues
Que tant de fois, .
; âge d'or, mes pas ont parcourues ;
Célestes voix •s, des oiseaux cachés parmi les roses,
Ou dans les lis, rous alors les merveilleuses choses
Du paradis ?
ur la montagne, où le soleil poudroie
Mes pas rêveurs nt les sentters où la mousse verdoie
Parmi les fleurs, des bois, de la mer qui sommeille
Le grand soupir, û m'environne en mon âme réveille
Un souvenir.
Voici la croix sainte où s'agenouillait mon père ;
A son côté Pressant du chapelet les grains bénis, ma mère
Disait l'Ave ; Et d'enfantines voix, poursuivant le cantique
De Gabriel,
Livraient au vent dm soir leur prière angélique A l'Eternel.
Quand l'hiver déployait sa robe virginale,
Qu'étincelait Dans ses sjllendides nuits l'aurore boréale,
On médisait:
Enfant, vois-tu tomber les étoiles filantes,
Du ciel si beau?
De tes illusions en ton âme expirantes,
C'est le tombeau.
Dispersés par le vent de cette amère vie,
Chaque printemps Ramène au vieux manoir une troupe ravie
De ses enfants.
Frères, sœurs, puissions-nous autour de notre mère
Encor longtemps Réunis, couronner d'un main tendre et fi ère
Ses oheveux blancs.
Mais d'où vient qu'un nuage assombrit ma paupière,
Noire vapeur ?
Hélas ! je vois là-bas la croix du cimetière,
Et j'ai frayeur.
Quand j'entendrai la voix du ministre suprême
Me dire : adieu !
Faites-moi retrouver tous ceux que mon cœur aime
Au ciel, mon Dieu !
Airvault, 1er juin 1869.