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LE CANOTIER

Chanson des bois

La colonisation du Canada a donné naissance, dès les premiers temps, à un type exceptionnel, d'une rare originalité : c'est cette classe d'hommes qui, entraînés par les séductions de la vie des bois, abandonnaient la culture des champs pour se livrer à la vie nomade des Sauvages. S' aventurant avec eux dans leurs légè- %a embarcations, ils remontaient les lacs et les ves, et bientôt devenaient aussi habiles à

conduire le canot d'écorce que les Sauvages ei mêmes.

Ils finissaient par se passionner tellement pc cette vie d'indépendance et de dangers que ri ne pouvait plus les en arracher. On en rencon encore de nos jours un bon nombre sur les mites de la civilisation.

Nous avons eu occasion de nous faire c duire en canot, il y a quelques années, par de ces intrépides aventuriers, jusqu'aux sour du Saguenay. Sa dextérité à conduire t canot d'écorce était telle qu'il remontait les p forts rapides de la rivière Chicoutimi, debo une perche à la main, dans son canot comj tement chargé. Nous avons essayé de tradui dans la chanson suivante, quelque chose cette existence originale.

Assis dans mon canot d'écorce, Prompt comme la flèche ou le vent, Seul, je brave toute la force Des rapides du Saint-Laurent.

C'est mon compagnon de voyage; . Et quand la clarté du jour fuit, Je le renverse sur la plage :

C'est ma cabane pour la nuit.

Ses flancs sont faits d'écorces fines Que je prends sur le bouleau blanc ; Les coutures sont de racines, Et les avirons de bois franc.

Sur les rapides je le lance Parmi l'écume et les bouillons ; Si vite il bondit et s'avance Qu'il ne laisse pas de sillons.

Près de mon ombre, son image Toujours m' apparaît sur les eaux, Et quand il faut faire portage, Je le transporte sur mon* dos.

Le laboureur a sa charrue, Le chasseur son fusil, son chien, L'aigle a ses ongles et sa vue :.

Moi, mon canot, c'est tout mon bien. .

Mon existence est vagabonde :

Je suis le Juif-Errant des eaux ; Mais en jouissance elle abonde; Les villages sont desi tombeaux.

J'ai parcouru toutes les plages Des grands lacs et du Saint-Laurent ; Je connais leurs tribus sauvages Et leur langage différent.

J'ai vu plus d'un guerrier farouche Scalper ses prisonniers mourants.

Et du bûcher l'ardente couche Consumer leurs membres sanglants.

POÉSIES

s enfant quand la flottille lontagnais vint m* enlever, ▼errai plus ma famille 5 ère est morte à me pleurer !

d viendra mon dernier voyage, ne meurs au fond du flot, ia tombe^ près du rivage, renverserez mon canot.

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