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RÊVE D'ENFANT

A peine il m'en souvient, tant j'étais tout petit.

Comme l'oiseau naissant sur le duvet du nid,

Ma tête reposait sur l'oreiller de plume,

Un soir d'automne, à l'heure où se lève la brume.

Ma mère m'embrassait nue dernière fois,

En traçant sur mon front le signe de la croix. .

Le vent faisait branler la tête des vieux ormes,

Et poussait des clameurs dans leurs rameanx énormes.

Par le froid ot la peur mes sens étaient transis.

De mou lit qui touchait au trumeau du châssis,

Je regardais dehors, et je voyais les branches

Agiter leurs grands bras parmi les lueurs blanches.

Mes yeux restaient fixés sur un rameau brisé

Jadis par la tempête, et par l'eau tout usé.

Plus que tous ses voisins, il paraissait se tordre,

Se débattre en colère, et chercher à les mordre.

Soudain, je crus voir qu'il se métamorphosait,

Eu un petit lutin noir qui me menaçait

De ses deux poings. Sur moi, de ses fauves prunelles.

Il lançait, grimaçant, des milliers d'étincelles.

J'avais graude frayeur, et je fermais les yeux;

Mais sitôt je sentais, ainsi qu'une brûlure,

Les griffes de ses doigts passer dans mes cheveux.

Enfin je me blottis dessous ma couverture,

En invoquant Jésus, Marie à demi-voix,

Et faisant sur moi-môme uu grand signe de croix.

Après plus de trente ans, par la même fenêtre,

Aujourd'hui je regarde, et je cherche où peut être

Ce tronçon vermoulu qui causait mon effroi.

Sur la branche grandie, il est là devant moi.

Je ris, en le voyant, de ma peur chimérique.

D'où vient, me dis-je, que ce rêve fantastique,

Pénible cauchemar, me captive, et revêt

Une vague auréole, uu charme qui me plaît.

Ah! c'est qu'il me transporte, à l'iustaut que j'y pense,.

Au paradis terrestre, aux jours de mou enfonce.

Janvier, 1872.

POÉSIES

I/ESFAXT DISPARU. *

LÉGESDE.

On leur dif ait : Enfants, n'allez point sur la frère, Quand le jour baisse ; à l'heure où la marée achète De monter ; quand, ta large, on voit de grandi vaisseaux Mouillés à l'ancre. Ils font tout pleins de matelots Forti comme des géants, qui sont là «or la poupe, Et partout dan* les mâts, grimpés sur les haabans , Qui guettent, sur les bords, les petits imprudent». Et dès qalls les ont tus, il Tiennent en ehaloape Les enlever. Et pais jamais pi as on entend Parler d'eu. On dit que, sur le grand oeéan, Us les mènent bien loin. S'ils pleurent, on les jette A fond de cale, arec an pea de pain et d'eau Pour tonte nourriture. A grands coups de gareette, Liés an mât, on les fouette sur le dos.

Plus d'un meurt sous les coups. Alor*, pour toute tombe, Us ont la mer qui les engloutit dans sa trombe, Un boulet à leurs pieds, qui les entraîne au fond. Les autres, élerés sur le narire, font De petits matelots qui tordent les cordages Noircis et goudronnés. Et battus, ehaque jour, Nuit et jour dans les mâts, du monde font le tour, Et finissent enfin par périr en naufrages.

Des bons aris l'enfant est souvent oublieux.

Le petit Pierre ouïrait la bouche et de grands yeux En écoutant cela du père Aristobule, •

Vieux canadien naïf, peut-être un peu crédule.

Le soir Pierre avait peur. Mais dès le lendemain,

Du fleure qu'il aimait il prenait le chemin,

Se baignait dans ses flots, cueillait les coquillages,

Et les colimaçons tout blancs ou bleus d'azur, /

Ramassait les varechs rerdâtres aux rivages.

La mer était si belle, et l'air salé si pur!

8a mère lui disait : « Prends garde, petit Pierre,

" D'aller, à marée haute, au bord de la rivière. "

" Non, maman, disait-il; je vais sur les coteaux

" Aux fraises, aux bluets ; là-bas ils sont si beaux. "

Un autre jour encore il partit en cachette; Mais il ne revint pas ; et sa mère inquiète Courut vers le coteau, sur les bords de la mer ; De ses cris, de ses pleurs faisait retentir l'air ; Aux rochers, aux forêts demandait petit Pierre. Mais rien ne répondait à sa douleur amère.

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