‹ Biographies canadiennes (volume 2)Chapitre 171 sur 196 · A MA SŒUR · texte numérisé non relu

A MA SŒUR

Quand je te vois, ma sœur, rêveuse à ta fenêt Laissant flotter au gré de la brise du soir Tes blonds cheveux épars sur ton corsage noi Songer à l'avenir, cet étrange peut-être Qui chaque heure du jour se dresse devant to Tantôt plein 'd'allégresse et tantôt plein d'eft Je cherche alors à lire au fond de ta pensée Quelle empreinte l'espoir ou la crainte a làissi

POÉSIES

Setes-tu grande dame, en un salon doré, 1 D'espérance et de fleurs le front toujours paré ; Assise à des banquets au milieu de convives Etincelant de soie et de perles massives ; Ou, joyeuse, entraînée au bras d'un cavalier, Aux épaulettes d'or, aux éperons d'acier, Tournoyant dans le bal, plus belle que la rose Sous les tièdes rayons du printemps fraîche éclose? Puis, lasse, retirée au fond de ton boudoir, Après avoir joui de tes succès du soir, Dormant sur des divans ou de pourpre ou de soie Et n'ouvrant tes rideaux qu'aux rayons de la joie?

Vois-tu briller l'éclat de la fleur d'oranger Que pose sur ton front quelque jeune étranger, Dont la voix sympathique, au fond de ta pensée Fait résonner tout bas le nom de fiancée :

Et marchant aux rayons de la lune de miel, Le cœur tout. palpitant, te conduit à l'autel ?

Jeune épouse plus tard, vois-tu parmi ses langes Sourire à tes baisers le plus joli des anges ? Ou, le ciel t' appelant vers. un destin plus beau, Un jour marcheras-tu sur les pas de l'Agneau ? Foulant aux pieds brocart, diamants et parure, Et livrant aux ciseaux ta blonde chevelure, * Religieuse au cloître ou sœur de charité, Du manteau de l'amour couvrant la pauvreté j Psalmodiant au chœur durant la sainte veille La louange du Dieu qui jour et nuit y veille ?

Seras-tu?... Mais d'où vient cette étrange pâleur, Ces pleurs, et sur ton front cette froide sueur? Vois-tu dans l'avenir quelque spectre effroyable Au geste menaçant, à la voix formidable ?

Plus triste que la mort, serait-ce le Malheur De ses ongles de fer étouffant ton bonheur?

La pâle maladie éteindrait dans les larmes L'éclat de ton regard, ton sourire et tes charmes, Au fond d'un noir réduit, sans chaleur, ni soleil, Sans ami pour pleurer sur ton dernier sommeil !

Oh ! non, ne crains pas que l'heureuse et chaste

[étoile Qui luit sur ton matin vers le soir ne se voile, Et que de ton chemin les arbres et les fleurs Se changent en cyprès qu'arroseront tes pleurs. Interprète du ciel, ma voix va te prédire Ce sort mystérieux que nul ne peut te dire. Tu vois ce crucifix, relique du manoir, Dont tu couvres les pieds de baisers chaque soir, Ces images de saints, et cette humble chapelle D'où monte ta prière à la reine immortelle.

Cette piété tendre est l'oracle divin Où je lis l'avenir que tu cherches en vain.

Dans le siècle ou le cloître, ou chaste et tendre

[mère, Noble ou pauvre, humble ou riche, à tout âge,

[en tous lieux, Tu seras, quelque soit ta future carrière, Heureuse sur la terre, et sainte dans les cieux.

25 février, 1869.

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