A MON AMI ALFRED GARNEAU
J'étais bien jeune, lorsque je lus, pour la première fois, les chefs-d'œuvre de Lord Byron dans une traduction française publiée, avec le texte en regard, par le comte de Hautefeuille. Parmi tant de drames saisissants, Le Prisonnier de Chillon fit sur moi une impression que je n'ai jamais, oubliée. Cette élégie patriotique, écrite avec des larmes, avait, à cette époque, un intérêt d'actualité, par le souvenir des luttes que notre pays venait de soutenir pour la conquête de ses libertés.
Dans mon enthousiasme pour le poème de Byron, j'essayai de le traduire en vers; j'ai revu plus tard et entièrement refondu cette traduction v que j'exhume aujourd'hui de la poussière.
Bien souvent, pendant mes rêveries poétiques, j'ai cherché autour de moi un type qui me révélât quelque chose de la grande âme de Bonnivard. Et savez-vous quel est le caractère qui me parut le mieux réaliser cet idéal ? Ce fut la noble figure de votre père.
Martyr, comme Bon ni vard, de l'idée nationale; historien comme lui, et comme lui prisonnier,' mais prisonnier volontaire, il a consumé sa vie dans la solitude et les livres pour arracher à la destruction les lambeaux épars de notre histoire. Il a éprouvé, pour notre avenir national, les angoisses que Bon ni vard, dans sa captivité, ressentait ^>our sa race expirante. Tous deux ont usé leur existence pour une grande cause.
Vous comprenez maintenant pourquoi mon amitié vous dédie cet opuscule, en le déposant sur la tombe de l'illustre historien.