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Belleforeet. L'épouse de M. Guyard était de tout p

PREMIÈRE ÉPOQUE

digne de la haute piété de son éponx; aussi l'ordre le plus harmonieux régnait-il dans l' inférieur de cette famille, où l'on respirait une atmosphère tout imprégnée des douces éniana- •tions de la vertu.

La bénédiction du ciel ne tarda pas à se .répandre sur eux; et le 18 octobre 1599, Dieu leur donna une enfant qu'il destinait à devenir l'objet de ses prédilections, la merveille de la grâce et l'étonnement de son siècle. Elle fut présentée au baptême, dès le lendemain de sa naissance, à l'église de Saint-Saturnin de Tours; et reçut le nom de Marie, u comme un heureux présage, dit un historien, de la tendre dévotion qu'elle devait avoir toute sa vie envers la Sainte- Vierge, et des faveurs extraordinaires que cette divine Mère devait lui accorder. '*

Les regards de la jeune enfant, en s* ouvrant pour la première ibis à la lumière, turent témoins des exemples les plus édifiants, et des mœurs les plus pores; les premiers mots qui frappèrent 800 oreille furent ceux de Jésus et Marie : il.-* furent aussi les premiers qu'elle essaya de ; bégayer, lorsque sa langue commença à se délier. ■ Avec le lait, sa mère lui rit sucer la sève de ] toutes les vertus. Et à mesure que son intelli- i gence s'ouvrait à la raison et que ses facultés ; commençaient à s'épanouir, cette pieuse mère ' les tournait vers Dieu, et implantait dans sa | jeune âme ces précieux germes d'une éducation chrétienne qui produisent toujours d'heureux fruits. Remontez, en effet, au berceau de toute vie noble et sainte, et vous trouverez infailliblement une mère chrétienne veillant au réveil de l'intelligence et de l'âme, pour déployer aussitôt leurs ailes, et diriger leur essor vers Dieu. Grande et austère leçon pour toutes les mères, qui doivent y voir la sublimité de leur * devoir, et l'immortelle magnificence de leur vocation. "Je bénis Dieu, dit elle-même la Mère de l'Incarnation, des grâces qu'il lui a plu de me Aire en ce point, d'autant que c'est une grande disposition pour la vertu, et pour être vraiment disposé à la vocation d'une haute piété, que de tomber en des mains qui fassent prendre un bon pu dès les plus tendres années. "

Le 8eigneur, qui prédestinait cette jeune fille A devenir un vase d'élection dont les riches trésors devaient se répandre sur l'Ancien et le .Nouveau Monde, voulut la prévenir, dès son «ntance, de faveurs privilégiées, et l'atttirer à lui par ces attraits extraordinaires de la grâce qu'il ne communique qu'à ceux qu'il veut faire eervir à ses grands desseins. Voici comment elle raconte elle-même, avec une candeur et une simplicité angéliquee, une vision, qu'elle eut, lorsqu'elle était encore tout enfant, et qu'elle a -toujours regardée comme le principe de sa vocation à la vie mystique.

■"Je n'avais qu'environ sept ans, dit-elle, lorsqu'une nuit, pendant mon sommeil, il me sembla que j'étais dans la cour d'une école champêtre*

où, avec une de mes compagnes, je faisais quelque action innocente : ayant levé les yeux vers le ciel, je le vis ouvert, et Notre-Seigneur Jésus- Christ, en forme humaine, qui en sortait, et qui par l'air s'en venait droit à moi : le voyant, je m'écriai à ma compagne : Ah ! voilà Notre- Seigneur, c'est à moi qu'il vient .... Cette suradorable Majesté s' approchant de moi, mon cœur se sentit tout embrasé de son amour, et je commençai à étendre les bras pour l'embrasser.

Alors ce plus beau des enfants des hommes, avec un vi.-»age plein d'une douceur et d'un attrait indicibles, m'enbrassa, et, me baisant amoureusement, me dit: Voulez-vous être à moi ? Je lui répondis : oui ; et ayant eu mou consentement, nous le vîmes remonter au ciel. "

L'effet de cette première visite du céleste époux fut de dégager le cœur de la jeune vierge de toute affection pour les amusements si naturels à son âge, et de lui imprimer une vive inclination pour la vertu, en même temps que l'esprit de retraite et de prière. Ce premier rayon de l'éternelle lumière s'était réfléchi avec tout son éclat dans cette âme, dont aucun souille terrestre n'avait terni le miroir limpide et sans tache.

Décile à l'esprit intérieur, elle taisait ses délices de se retirer dans les lieux solitaires, et dans les églises les plus recueillies pour vaquer à la prière et à l'oraison, quoiqu'elle n'eut eucore aucune idée de la vie intérieure. " Le divin Sauveur, en remontant doucement au ciel à sa vue, avait emporté avec lui son cœur et son esprit, en sorte que l'un et l'autre s'y élevaient continuellement ; et ce divin baiser remplit son âme d'une telle dévotion qu'elle ne cessa plus de courir après lui à l'odeur de ses parfums. " Durant ses longues visites au pied des saints autels, elle regardait prier les personnes pieuses, et voyant leur posture humble et leur maintien respectueux, elle se prenait à penser que Dieu devait certainement les exaucer. Alors elle/ s'appliquait à les imiter, et passait ainsi de longues heures agenouillée modestement, tenant ses petites mains enfantines élevées vers le ciel, et absorbée dans une sorte d'extase. Elle traitait ainsi avec Dieu de ses besoins spirituels avec une naïve simplicité, certaine d'obtenir tout ce qu'elle demanderait avec humilité. Un charme invisible et secret, dont elle ignorait la cause, lui faisait désirer ardemment et savourer avec ivresse ces communications avec Dieu.

Tout son être était tellement épris des choses du ciel, que, même pendant ses petites récréations, elle se plaisait à. imiter les actions de piété et de dévotion. Elle se mettait à genoux, se prosternait, joignait les mains, élevait les yeux au ciel, se frappait la poitrine, en un mot, faisait, par amusement, ce qu'elle voyait faire à l'église, ou faisait elle-même' dans ses prières.

Ces- pieux amusements, que les parents regardent souvent, dans les enfants ordinaires, opmfpe des signée de vocation 4 la vie ecclésiastique, #u.

LA MÈRE DB L'INCARNATION

religieuse, lui causèrent plus tard de cuisants remords, et lui furent un grand sujet de larmes pendant de longues années. Quoiqu'elle n'eût en pela aucune intention qui ne tût louable, elle

tique de toutes les vertus. " Comme une abeille qui ramasse la rosée des plus belles fleure, afin d'en faire son miel, elle pratiquait avec nue merveilleuse fidélité tout le bien qu'elle voyait

s'en faisait cependant d'amers reproches, les faire ; elle se portait à cela non seulement sans regardant comme des défauts qui élevaient dans peine, mais encore avec le plaisir qui accompagne son âme de légers nuages et interceptaient F éclat pour l'ordinaire la vertu consommée." L'Esprît-

dee rayons célestes dont F Esprit-Saint voulait l'inonder.

Cette flamme divine du pur amour, qui embrasait déjà le cœur de la jeune Marie, ne tarda pas à s'épancher au dehors en œuvres de charité et de bienfaisance envers le prochain, et surtout envers les membres soutirants de Jésus-Christ. Elle était émue de compassion chaque fois qu'elle voyait un pauvre ou un infirme. Elle trouvait un charme indicible à les assister, à les vêtir et même à les servir dans leurs besoins. Elle était heureuse de se trouver au milieu d'eux, de rester en leur compagnie pour leur donner des paroles de consolation, et faire briller un rayon de lumière dans la nuit de leur misère, une étincelle de chaleur sur leurs membres endoloris. Elle aimait à s r asseoir à table avec eux, et ne trouvait aucune répugnance à se nourrir de leurs restes. Elle était contristéc lorsqu'elle se trouvait dans l'impossibilité de les assister, et elle se serait dépouillée avec bonheur pour les couvrir. Son extrême charité lui fit quelquefois commettre des excès qu'elle avoue elle-même avec naïveté ; mais son intention était toujours pure; et d'ailleurs Dieu lui révéla plus tard qu'elle agissait en cela selon son inspiration.

Un jour qu'elle allait porter l'aumône à quelques pauvres, elle passa par hasard près d ? une voiture que l'on était occupé à charger. Les travailleurs qui ne la voyaient pas, ayant relevé ■ tout à coup la voiture, la manche de sa robe s'accrocha au timon; elle fut enlevée en l'air, et retomba avec violence sur lu pavé. Les voitu- . riers la crurent morte, et coururent vers elle tout épouvantés ; mais elle n'avait reçu aucun mal. Dieu lui fit connaître alors intérieurement quelle devait son salut à sa charité pour les pauvres.

Elle quitta bientôt tout les livres profanes ou purement récréatifs, pour s'adonner à la lecture des ouvrages de piété ; et elle cherchait à s'éloigner, aussitôt que la charité le lui permettait, de la conversation des personnes de son âge, pour se retirer dans la solitude, et se livrer, dans ses lectures pieuses, à la recherche du bien invisible ▼ers lequel elle se sentait attirée invinciblement sans pouvoir le comprendre. Tous ceux qui la connaissaient étaient étonnés et édifiés de voir tant de sagesse et de vertu dans un âge si tendre. Elle-même ne se rendait pas compte des divines opérations de Jésus-Christ dans son âme; elle se contentait d'écouter la voix intérieure qui •'élevait du fond de son être et que lui raurmu-

tat toutes les créatures, de suivre l'attrait de

Kttot qui l'entraînait vers l'oraison et la pra-

Saint, qui n'avait pas permis qu'elle eût d'autre directeur que lui-même, l'éleva ainsi à une éminente sainteté, dont les premiers fruits furent une innocence et une pureté d'ange, une patience à toute épreuve, et une humilité que l'éclat des plus insignes faveurs ne put jamais ébranler un instant.

Ce tut à cette époque, c'est-à-dire vers l'âge de quatorze ou quinze ans, qu'elle se sentit entraînée par une inclination irrésistible vers la vie religieuse. Elle se rendait souvent en visite de piété à l'abbaye de Beaumont, dont Madame Anne de Babou de la Bourdaisière, proche parente de sa mère, était abbesse. Ce monastère, dont les religieuses suivaient la règle de Saint Benoit, était le seul qui fût connu dans la ville de Tours; car les Carmélites ne faisaient alors que de commencer à y former un établissement.

En contemplant ces pieuses vierges dont la vie pure et toute spirituelle s'écoulait sous le regard de Dieu, dans le silence et la prière, son imagination s'enflammait, et elle se serait crue en paradis s'il lui eût été donné de se mêler pour toujours au chœur de ces anges consacrés au Seigneur. Elle s'en ouvrit à sa mère qui lui en témoigna beaucoup de joie, et lui dit que la •supérieure, madame de Beaumont, étant sa parente, ■ serait certainement fort heureuse de l'admettre au nombre des religieuses de son monastère; mais elle ajouta qu'elle était bien jeune encore, et que c r était une affaire importante qui demandait du temps et de la réflexion.

Il est certain que si à cette époque la jeune Marie avait eu un directeur, elle eût embrassé dès lors la vie du cloître; mais la direction spirituelle lui était absolument inconnue, et elle ne s'imaginait nullement qu'elle dût s'ouvrir à personne, même à son confesseur, des affaires de sa conscience qui ne regardaient pas la confession. Comme elle était fort craintive, elle n'osa pas insister davantage. Sa mère, d'un autre côté voyant qu'elle ne faisait plus d'allusion à ce sujet, crut, comme il était naturel de le supposer, qu'elle avait oublié son premier dessein; et comme l'enfant était.d'ailleurs d'une humeur enjouée et d'un caractère fort gai, il n'est pas surprenant que sa mère ait pu croire que son inclination pour le cloître n'avait été qu'une ferveur passagère.

Cette conduite était du reste conforme aux vues de la divine Providence qui voulait faire passer sa servante par tous les états, afin qu'elle pût devenir en tout un véritable modèle de Ja femme forte de l'Evangile. " Il m'est évident,

PREMIÈRE ÉPOQUE

écrivait-elle de la Nouvelle-France à son fils,

Cela bonté de Dieu ne me voulait pas à Beaumt, ni pour lors en quelque religion que ce fflt, eu égard à tout ce qui m'est arrivé depuis dans le cours du temps par la disposition de sa divine Providence sur moi j vous en seriez étonné, mon très-cher fils, si vous en saviez les particularités. Vous le saurez dans l' éternité. 1

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