‹ Biographies canadiennes (volume 2)Chapitre 41 sur 196 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

Madame do la Peltrie à Paria et à Toura.

Nous avons suivi Madame de la Peltrie jusqu'au moment où elle descendit les degrés du château de ses pères ]>our s'élancer à l'exécution de son œuvre de dévouement. Elle partit d'Alençon, accompagnée seulement d'un domestique et d'une suivante. A peine fut-elle arrivée à

j la Peltrie n'eut plus de repos qu'elle ne se fût assurée cette précieuse coopératrice. Elle lui écrivit le jour même de concert avec le Père' Poncet.

La réception de ces deux lettres plongea dans l'étonnement la supérieure des Ûrsuhnes de Tours. Elle qui avait toujours suivi, dans l'âme de la Mère de l'Incarnation, la trace miraculeuse du doigt de Dieu depuis le jour de sa vocation, qui un instant seulement avait pu la méconnaître, ne pouvait revenir de son admiration

Paris que sa iàmille, peu Rassurée pur la réalité | â la vue d'un tel dénouement. Elle vola, en de son mariage et soupçonnant quelque dessein , toute hâte, à la cellule de notre Mère, qu'elle caché, tenta de la l'aire enlever, sous prétexte j trouva agenouillée dans le recueillement de la de dissiper sa fortune. Mais elle prière; et se précipitant à genoux auprès d'elle,

de l'empêcher

en fut avertie secrètement, et se tint sur ses gardes. Son premier soin, en arrivant à Paris, fut de consulter les personnages les plus émi-

elle lui fit,, d'une voix altérée d'émotion, la lecture des deux lettres. " Seigneur, s'écria comme le prophète la servante du Christ au

nents par leur sainteté et leurs lumières, entr'- ; comble de ses vœux, me voilà ; je suis prête; autres le Père de Condren, Général de l'Ora- j envoyez-moi où il vous plaira. " x Et toutes toire : tous la continuèrent dans sa vocation. | deux, dans un saint embrassement, s'épan* Elle eut en outre V inestimable bonheur de rece- ; obèrent en actions de grâces, de louanges et de voir des lèvres de Saiut Vincent de Paul,— de bénédictions envers l'auteur et le consoramacet archange de la charité, la plus pure person- teur de ce grand ouvrage. La Mère de l'Incarniiîcation «le cette vertu qui ait peut-être jamais nation y vit l'accomplissement clair et évident glorifié la -nature humaine depuis les jours du î de la vision qu'elle avait eue à l'origine- de sa Sauveur, l'assurance irréfragable de la coopéra- \ vocation, et elle reconnut daus Madame de la

tion d'en haut.

Elle écrivit donc à M. de Dernières de venir la rejoindre sans délai.

Jusqu'alors, sachant qu'on était, à sa recherche, elle n'avait osé paraître dans les rues de Paris que déguisée en servante, à la suite de sa femme de chambre qu'elle faisait passer pour une dame de condition. Mais après l'arrivée de M. de Dernière?, comme elle ne sortait jamais qu'avec lui, on ne douta plus qu'elle ne lut mariée, et on cessa de l'inquiéter. Ce qui acheva de convaincre sa famille, c'est qu'elle lit transporter tous ses meubles d'Alençon à Paris, comme si elle eût eu l'intention île s'y fixer définitivement.

Cependant M. de Dernières, persuadé que la réussite «le cette entreprise dépendait, en grande partie, de la diligence qu'on y mettrait, se rendit immédiatement, avec Madame de la Peltrie, au noviciat des Jésuites, où se trouvait alors le Père Poncet de la Rivière, qui se disposait à partir pour Québec par fes premiers vaisseaux. Ce missionnaire était le même qui, peu de temps auparavant, avait fait de si pressantes instances auprès de la Mère de l'Incarnation pour l'engager à se consacrer à l'œuvre des missions du Canada.

M. de Dernières lui apprit les desseins de Madame de la Peltrie, et ajouta qu'elle désirait surtout s'éclairer de ses conseils pour le choix des sujets qui devaient composer la nouvelle communauté. Le Père Poncet indiqua, sans hésiter, la Mère de l'Incarnation comme devant en être la pierre fondamentale j il fit en même temps un si magnifique éloge de sa sainteté et de son véritable génie que clés lors Madame de

■ Peltrie la dame mystérieuse qui lui était alors apparue, marchant à ses côtés.

Elle lui répondit par une lettre admirable, qui fait bien voir que les saints, déjà unis par un même amour, se rencontrent dans le cœur de Dieu, et s'embrassent d'une sainte amitié, même avant de se connaître.

Ces événements se passaient au mois de novembre de l'année 1G38. Madame de la Peltrie avait résolu de s'embarquer avec la flotte qui devait faire voile au printemps suivant ; mais pour des raisons secrètes, les membres de la compagnie des Cent- Associés mirent tout en œuvre pour l'engager à différer son départ d'une année, à moins qu'elle ne consentit à partir seule. Ce retard aurait gravement compromis le succès de sou œuvre ; et comme elle persistait toujours dan s son premier dessein, ils convinrent ensemble de s'en rapporter à la décision d'une assemblée qui se tint chez M. Fouquet alors conseiller d'état. Plusieurs amis de Madame de la Peltrie, outre M. de Dernière, vinrent 7 prendre part ; entr'autres le P. Etienne Dinet, Provincial des Jésuites, le P. de la Haye, et le vénérable P. Charles Lalement, l'un des plus anciens missionnaires du Canada. Les députés de la compagnie représentèrent que Madame de la Peltrie avait fait sa demande trop tard, que tous les vaisseaux étaient frétés, et qu'il n'j avait plus de place pour ses compagnes. Madame de la Peltrie répondit que s'il n'y avait que cette difficulté, elle serait bien vite levée ; car elle était prête à fréter un vaisseau â ses

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