‹ Biographies canadiennes (volume 2)Chapitre 48 sur 196 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Paris— Anne d'Autriche— Nouvelles entraves.

Dès que la petite trouçe fut arrivée à Orléans, le jeune Martin*, qui avait été prévenu d'avance, se rendit à l'hôtel où sa mère était descendue. Simulant d'abord une ignorance complète de son dessein, il parut d'une surprise extrême de la voir dans un tel lieu, et la supplia de lui dire où elle allait.

" — Je vais à Paris, répondit-elle simplement.

" — Mais n'irez-vous pas plus loin, continua le jeune homme.

" — Je me rendrai probablement, repartit-elle, jusqu'en Normandie."

Voyant alors <jue sa mère cherchait à éviter une explication, il tira de son habit, sans autre préambule, la lettre que sa tante lui avait écrite, et qui renfermait la révocation de la pension qu'elle avait créée en sa faveur, en reconnaissance des services de sa mère. La servante de Dieu prit la lettre, la lut attentivement, et levant les yeux au ciel : "Oh ! que le démon, s'écria-t-elle, a d'artifices pour traverser les desseins de Dieu I "

Puis abaissant sur son fils un regard où se peignaient tout à la fois l'exquise tendresse de la mère et l'héroïsme de la sainte : " Mon fils, il y a huit ans que je vous ai quitté pour me donner à Dieu j depuis ce temps, dites-moi, vous a-t-il manque quelque chose ? "

"-—Non, repartit le jeune homme.

" — Eh bien, reprit-elle, le passé doit vous répondre de l'avenir. Quand je vous ai quitté pour l'amour de Celui qui m'en avait donné l'ordre, je vous abandonnai à lui, et je le priai de vous servir de père. Vous voyez qu'il l'a été au-delà même de nos espérances. Il continuera, soyez-en sûr, comme il a commencé. Montrezvous seulement le digne fils du meilleur des pères, gardez ses commandements, ayez en sa providence paternelle une entière confiance, et vous éprouverez qu'il ne manque point à ceux qui le craignent. Je pars, il est vrai, mon fils, pour une mission bien lointaine, je m'en vais au Canada; mais si je vous dis adieu pour une seconde fois, c'est pour obéir à Celui qui me l'ordonne. Quel honneur pour moi d'être choisie pour l'exécution d'un si grand dessein! et quelle joie n'en devez-vous pas ressentir vous-même, si vous m'aimez véritablement!"

Longtemps "elle lui paria, d'une voix solennelle, des graves devoirs de la vie, des trésors cachés de la prière, des jouissances intimes de

eées de la loi qui unissent partout les saints, en quelque lieu que le soulfle «le Dieu les pousse ou les disperse, et lui dit que, chaque jour, elle se rencontrerait avec lui dans le cœur de Dieu

fléchir, il s'éloigna de Paris pour échappera leurs sollicitations.

Cependant la nouvelle dé la présence à Paria de nos héroïnes s'était répandue dans la ville.

à travers la distance des mers. À mesure qu'elle ; Les personnages les plus distingués de la haute élevait ses pensées «le la terre au ciel, le jeune j société, et plusieurs daines de la cour vinrent homme reprenait -on naturel : ses traits abattus leur rendre visite.

se détendaient visiblement, sont front s'illumi- Un matin le carrosse de Madame la Comtesse nait, le sourire renaissait sur ses lèvres; et de Brienne s'arrêta «levant le monastère des lorsqu'elle eut fini de parler, il se jeta à ses . Ursulines; c'était La Comtesse elle-même, accompieds, les yeux baignés de larmes, et lui «le- pagnée de Madame de la Peltrie, qui venait manda sa bénéliotiJn. Il se releva t«jut changé, prendre les deux religieuses pour les conduire à brûla ses papiers, et lit à Dieu, «Unis la sim- , Saint-Germain, où la reine Anne d'Autriche

lit pas longtemps attendre: "t cumme on le lurent l'objet. La reine ne pouvait se lasser verra par îïi >uiu\ ce Mioriliiv î'ut pmir lui la i «l'admirer la générosité avec laquelle Madame source -le grâce -s huiri-saMc- ei !e sceau de soi* j de la Peltrie, dans la fraîcheur de l'âge,à rentrée salut. j d'une carrière pleine «le séduisantes promesses!

Le lendemain, les voya/eu-e- continuèrent leur renonçait à tout, puur aller s'ensevelir dans les

sèrent de leur uil'rir l'hospitalité «lans leur m«> nastère : mais la nécessité de ne pas se séparer, aiin de faciliter \e^ préparatifs «lu voyage, les obligea de refuser cette charitable invitation. Elles préférèrent l'offre généreuse que leur faisait de sa résidence M. de Meules, maître d'hôtel du roi, à cause de sa proximité de la maison professe des Jésuites.

A peine y étaient-elles établies, que M. de Bernières tomba dangereusement malade. Ce contretemps entrava sérieusement les affaires de la mission, dont il était l'âme ; mais il contribua beaucoup à tranquilliser les parents de Madame de la Peltrie qui commençaient à s'inquiéter, et menaçaient de retarder son départ indéfiniment j l'assiduité de celle-ci auprès du malade acheva de dissiper leurs dernier* doutes.

Dès que M. de Bernières fut rétabli, il usa de tant de diligence, qu'avant la fin du mois, le contrat de fondation était passé, et tous les préparatifs du départ terminés.

Depuis le 19 mars, la Mère de l'Incarnation et la Mère de Saint-Joseph habitaient le monastère du faubourg Saint-Jacques. Elles y firent l'acquisition «l'une nouvelle compagne, la Mère de Saint- Jérôme, qui obtint de ses supérieures la permission de se joindre à elles. Il ne restait plus qu'à demander l'agrément de l'archevêque de Paris, qu'on s'était flatté d'obtenir sans peine; il fut en effet accordé à la première demande. Mais dès le lendemain, sans qu'on pût en deviner le motif, l'archevêque fit dire qu'il rétractait son obédience j et malgré toutes les instances qu'on lui fit, il persista dans son refus. Ayant même appris que Madame la

l'expression d'extase habituelle qui resplendissait sur sa mâle physionomie, dans son regard calme et limpide, l'empreinte de recueillement et d'austérité gravée sur tous ses traits. Ponction mystique (le chacune de ses paroles la ravirent d'admiration. Cette courte entrevue lui fit concevoir de notre saînte une estime qni surpassait toutes les louanges que lui en avaient faites les dames de la cour.

Ce sentiment d'admiration se changeait en témoignages d'attendrissement et d'affectueuse compasion, lorsqu'elle jetait les yeux sur sa compagne, dont la tendre jeunesse, et la délicate complexion semblaient s'allier si peu avec tant de courage et de générosité. La reine ne pouvait retenir ses larmes en songeant à toutes les traverses et à tous les dangers auxquels cette frêle existence allait être exposée. Elle voulut savoir jusqu'aux moindres circonstances d'une entre* prise si extraordinaire ; et lorsqu'elle eut appris l'objection qui s'était élevée contre le départ de la Mère de Saint- Jérôme, elle envoya sur le champ un gentilhomme de sa cour à l'archevêque de Paris, pour le prier de sa part d'accorder cette religieuse à Madame de la Peltrie j mais l'archevêque, qui s'était douté de cette nouvelle tentative, s'était dérobé d'avance à toutes les recherches.

Une croix plus amère attendait la Mère de l'Incarnation avant son départ de Paris. Son fils avait mandé au Père de la Haye qu'il désirait entrer dans la Compagnie de Jésus, et l'avait prié de lui servir d'intercesseur auprès du Pènî Provincial. Le Père de la Haye crut qu'il ne pouvait choisir de circonstance plus favorable

TROISIÈME ÉPOQUE

ire cette demande, que la présence de la e l'Incarnation. Il lui communiqua la e son fila, afin de se concerter avec elle arti qu'il y avait à prendre. La vertueuse t au comble de ses vœux, et conclut avec 1 fallait sans tarder faire venir le jeune à Parie. Dès son arrivée, il fut présenté j Dinet Malheureusement celui-ci s'aperil souffrait d'une attaque de surdité, dont es lui donnèrent de sérieuses appréhen- Croyaot en outre, ne découvrir en lui médiocre intelligence, il se trouva dans ible embarras. D'un côté, il craignait d'afcoeur si sensible d'une mère; de l'autre, avait se résoudre à se charger d'un sujet avait privé des aptitudes requises par les e la Compagnie. Afin d'atténuer le coup, il pour prétexte le nombre des novices, it que, si le jeune homme persistait dans 'ir, il pourrait être admis après son cours œophie.

êusement les craintes du Père Provincial êalisèrent point. L'infirmité physique, 'ait cru remarquer, n'eut aucune suite j d'être dépourvu des qualités de l'esprit, homme donna dans la suite des preuves iute intelligence.

les derniers préparatifs du voyage furent s vers le commencement d'avril, et la )lonie canadienne se dirigea sur Dieppe, , à Paris un nombreux cercle d'amis tout d'estime pour leur? vertus, et entièrement 5 à leur œuvre. Le Père Lalemant les t à Rouen, et leur annonça que le vais- Madame de la Peltrie n'attendait plus ■ arrivée pour faire voile.

ère de l'Incarnation et la Mère de Sainturent reçues par les ITrsulines de Dieppe, présence alluma les flammes de la charité que dans le cœur d'une jeune religieuse.

e Céoile de Sainte-Croix sollicita et obtint r de se joindre à elles. Cette précieuse e les dédommagea de la perte qu'elles faite à Paris. Mais à peine la Mère de lation en avait-elle rendu ses actions de i Dieu, qu'elle se vit dans l'obligation de des vœux pour la conservation de celle avait si heureusement amené jusqu'au

pprenant l'élection de la Mère de Saintpour la mission du Canada; toute la de M. et Madame de la Troche, et partinent Févéque de la Rochelle, oncle maie la Mère de Saint-Joseph, accablèrent rente de reproches d'y avoir accordé un «ment si facile. Ils prétendirent que la n'était qu'un repaire de pirates et de filles ivaisevie; et que d'y laisser aller leur ' c'était imprimer à leur famille une lire indélébile.

qu'absurde et ridicule due fat cette accu- M. et Madame de la Troche en furent

tellement effrayés, qu'ils expédièrent en toute hâte après leur fille un homme de confiance, porteur d'une révocation de leur consentement, avec ordre de l'arrêter en quelqu' endroit qu'elle fut, et de la ramener au monastère de Tours.

On peut juger de la douleur et de l'inquiétude de la jeune religieuse à cette navrante nouvelle. Elle ne se laissa cependant pas décourager; et tandis que la Mère de l'Incarnation élevait ses mains pures vers le ciel pour détourner l'orage, elle écrivit à ses parents, afin de les détromper, et de leur faire voir que la colonie française, loin de ressembler à la peinture qu'on leur en avait faite, était, par les mœurs admirables et la piété de ses habitants, la plus parfaite image de la primitive église. Elle puisa dans sa foi une éloquence si merveilleuse et des supplications si ardentes qu'ils se laissèrent enfin désarmer. Seulement afin d'éviter tout reproche de la part de leur famille, ils remirent leur décision finale entre les mains de Dom Raymond de Saint- Bernard. Sa réponse était facile à prévoir; car la connaissance intime qu'il avait de la vocation surnaturelle de la Mère de Saint-Joseph ne lui permettait pas le plus léger doute. Néanmoins, par déférence pour M. et Madame de la Troche, il se transporta à Dieppe, d'où il leur écrivit, après un nouvel examen, de dissiper toutes leurs inquiétudes.

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