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LA M$RE DE L'INCARNATION
par la nature du sol, «lotit les forêts leur offraient un asile inattaquable, î la se glissaient sans être ▼us, aux approches des habitations; là, tapis derrière un arbre, dans uu pli du terrain, ou parmi les jonc* du rivage, ils épiaient tout le jour, avec cette patience caractéristique du sauvage, le passage de quelque blanc. La nuit venue, ils rampaient comme des serpents autour des maisons, cherchaut à surprendre quelques familles éparses et sans défense. Malheur au colon attardé le soir sur la lisière du bois, ou bien côtoyant de trop près dans son canot le rivage du grand fleuve ; une balle inconnue l'atteignait tout-à-coup, et avant que le malheureux blessé eût eu le temps de ee reconnaître, le féroce Iruquois, poussant son terrible cri de guerre, s'élançait dur lui et lui enlevait la chevelure.
Afin de se défendre contre ces nuées d'ennemis, le nouveau gouverneur, M. D'Ailleboust, x avait fait ériger dans les principaux centres d'habitations, des forts environnés d ? une enceinte de palissade, et armés de quelques pièces de canons. Au premier signal d'alarme, les colons se réfugiaient dans ces forts, et se mettaient en état de défense. En outre chaque habitant faisait de sa maison une petite forteresse, où il pouvait tenir tête à un bon nombre d'assaillants. Durant le jour, partout où il allait, au champ, au bois, à la pêche, son fusil ne le quittait jamais ; et à la première alerte, la hache ou le hoyau lui. tombait des mains, et il couchait en joue son ennemi, avec une dextérité admirable.
Mais malgré toute cette vigilance et cette bravoure, chaque semaine était témoin de lamentables accidents. On entendait sans cesse parler de prisonniers attachés au poteau, de têtes scalpées, de membres mutilés, de femmes, d'enfants, torturés, écorchés, brûlés vifs. Le récit de ces malheurs, mêlés à ces horribles raffinements de cruautés, semait répouvante parmi la population en deuil.
Incapable d'atteindre, dans sa retraite impénétrable, un ennemi invisible, qui frappait dans l'ombre et s'évanouissait sans .laisser aucune trace, on se demandait avec désespoir si la colonie, ainsi harcelée de tous côtés, ne serait pas bientôt décimée et submergée dans son sang.
On attendait avec impatience des secours de France qui n'arrivaient point. La situation paraissait si critique, qu'on députa en Europe le P. Jérôme Lalemant, supérieur des missions, accompagné de quelques-uns des principaux habitants du pays, pour aller exposer l'état désespéré des affaires, et implorer de prompts secours.
Cependant au milieu du deuil et de la consternation générale, la Mère de l'Incarnation et quelques autres âmes fortes et magnanimes res-
1. Il avait 8 accédé en 1648 à M. de Montmagny, et fltnblait avoir hérité de toutes ses précieuses qualité*.
taient fermes dans leur confiance en Dieu, et relevaient les esprits abattus.* Dans une lettre adressée à son fils, le 17 septembre 1650, elle trace une peinture fidèle du calme parfait dont elle jouissait.
" Quelque délabrées que soient les affaires, n'ayez«point d'inquiétude à mon égard, je ne dis pas pour le martyre, car votre affection pour moi vous porte à me le désirer; mais j'entends des autres outrages qu'on pourrait appréhender de la part des Iroquois. Je ne vois aucun sujet de craindre, et si je ne suis bien trompée, j'espère que les croix que l'Eglise souffre maintenant, seront son exaltation. Tout ce que j'entends dire ne m'abat p jint le cœur ; et pour vous en donner une preuve, c'est qu'à l'âge que j'ai, j'étudie la langue huronne ; et en toutes sortes d'affaires, nous agissons comme si rien ne devait arriver."
Le P. Lalemant avait été tellement frappé, avant son départ, de cette magnanimité, qu'il y trouvait un nouveau gage d'une protection spéciale de la providence. 4< Le quatrième sujet de consolation que je voyais dans ce pauvre pays dé soie est le courage et la générosité de nos religieuses tant Hospitalières qu'Ursulines ;
c'est une des espérances que j'ai de la conservation du pays, ne pouvant penser que Dieu abandonne des âmes de cette nature, si saintes et si charitables. Il me semble que tous les anges du paradis viendraient plutôt à leur secours, si tant est que les hommes de la terre manquassent de procurer leur conservation en ce nouveau monde." x
La main qui conduisait les événements, et couvrait de son égide l'église du Canada, était d'ailleurs trop visible pour n'être pas entrevue par le3 moins clairvoyants. Chaque jour, elle se manifestait par des merveilles, dont le mystère même révélait son action. Trompant toutes les prévisions humaines, elle mettait à néant toutes les ressources, et lorsque tout paraissait désespéré, elle faisait mouvoir de secrets ressorts, qui opéraient tout à coup la délivrance.
" Dans ce pays, dit encore la Mère de l'Incarnation, et dans l'air de cette nouvelle église, on voit régner un esprit qui ne dit rien qu'obscurité. Tous les événements qui nous arrivent sont des secrets cachés dans la divine providence, laquelle se plaît d'y ayeugler tout le monde, da quelque condition et qualité qu'il soit. J'ai vu et consulté là-dessus plusieurs personnes, qui toutes m'ont dit : Je ne vois goutte en toutes mes affaires, et néanmoins nonobstant mon aveuglement, elles se font sans que je puisse dire comment. Cela s'entend du pays en général et de l'état des familles en particulier. 1 '
Revenant plus tard sur le même sujet, elle ajoute : ,
" Mais la façon avec laquelle Dieu gouverne .
1. Lettre adressée du Havre-de-Grâce au P. Provincial de France.
TR0E3TÈME ÉPOQUE.
Oe pays est toute contraire. Un ne voit goutte,
on marche à tâtons ; et quoiqu'on consulte des personnes très éclairées et d'un très-bon conseil, pour l'ordinaire les choses n'arrivent point comme on les avait prévues et consultées. Cependant ou roule, et lorsqu'on pense être au fond l'un précipice, on ss trouve debout. Lorsqu'on entend dire que quelque malheur est arrivé de la part des Iroquois, chacun s'en veut aller en France ; et au même temps on se marie, on bfttit,]epajB se multiplie, les terres, se défrichent, et tout lé monde pense à s'établir." •
Et comment en effet Dieu aurait-il pu délaisser cette- chère petite Église du Canada, dont les nains pures et suppliantes étaient toujours tendues vers lui ? La ferveur de ses enfanta, déjà si admirable, s'était encore accrue par l'imminence du danger ; la colonie comptait autant de saints que d'habitants. Exposés chaque jour à tomber sous les balles des Iroquois, ils se tenaient sans cesse prêts à mourir en héros, ils s'étaient même engagés publiquement par un Yoau à se confesser ria communier au moins une fois le mois. Aussi pondant que la guerre sévissait au dehors, nu dedans fleurissait une paix inaltérable. L'union, la concorde, cimentées par la piété, liment tous les citoyens.
Chaque habitation avait èiè placée sous la protection d'un saint, ft tous ies juiir*, matin et soir, le chef de la famille entouré de sa femme, de sea enfants et de ses serviteurs agenouillé* au pied de l'image du saint patron, récitait à limite voix la prière,-euivie lie î'eAiiiiseu de eonsoiosiut! et des litanies de la Sain te- Vierge. '*
Si la vie était si pure aux derniers échelons de la société canadienne, on peut juger de sa perfection parmi les chefs qui en étaient les guides et l'exemple. Pendant que le nouveau gouTerneur, M. D'Aillebouat, continuait les prém traditions léguées pur son prédécesseur, es in issi on n aires Jésuites donnaient leur me martyr a l'Eglise, que M. de Maison- , avec une poignée de braves, taisait de . tun-corps un rempart à la colonie, que les Hos | pitiliéres se consumaient auprès du lit des les, les Ursulines recueillaient les débris e tout tremblants de cette jeune gcnéi'iitiun I indienne échappés au massacre des Iroquois, et I lear apprenaient à tourner leurs cœurs vers I Celui qui essuie toutes larmes, et guérit toutes
~ et a cette époque que remonte la touchante ion qui représente la Mère de l'Incarna ' i au pied du vieux frêne, dont les antiques lux ombragent encore aujourd'hui le clui H des Ursulines, 3 et entourée de petites sauva i«»»ei qu'elle catéchise et console. Quelle