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Relations des Jésuites, 1651, page

TROISIÈME ÉPOQUE

Quand le chef eut fini de parler, il se fit quelques instants de silence. La Mère Supérieure, yaincue par son émotion, ne pouvait proférer une parole. Enfiu elle répondit d'une voix entrecoupée de larmes, au milieu de l'attendrissement général, en donnant à ces bons sauvages l'assurance que les Ursulines continueraient d'instruire leuTB enfants, qu'aucun désastre ne les ferait retourner en France, et qu'après avoir consumé leur vie sur cette terre du Canada, déjà arrosée de leur sueurs, un jour lejur os reposeraient tous ensemble.

CHAPITRENEUVIÈME

Reconstruction du Monastère — Mort de la' Mère de Saint- Joseph.

Après trois semaines de séjour à l'Hôtel-Dieu, les ursulines embrassèrent les amies bien-aimées dont l'hospitalité leur avait été si douce, et s'installèrent dans la maison de Madame de la Peltrie pour y reprendre les fonctions de leur institut. Cette maison, divisée en deux chambres, n'avait que trente pieds sur vingt ; cependant il fallait y trouver non seulement l'abri de la communauté, qui s'élevait à treize personnes, mais encore l'espace suffisant pour y réunir le petit troupeau dispersé des néophytes. 1 Elles retombèrent dans les mêmes incommodités qu'elles avaient eu à souffrir pendant leur séjour à la Basse-Ville, et revinrent aussi aux mêmes expédients. Les lits s'étendirent à double rang sur les tablettes ; les mêmes appartements servirent à la fois de chapelle et de cellules, de réfectoire et de classe, de parloir et de cuisine. Là aussi était l'infirmerie ; il -en fallait une, puisqu'il y avait dans cette petite famille une sœur bienaimêe, dont la vie s'éteignait lentement au milieu des privations et des souffrances. 2

Cependant l'on n'était qu'à la fin de janvier, et plusieurs mois devaient s'écouler avant qu'on pût espérer aucun secours de France. Dans cette désolante situation, le courage de nos héroïnes ne faiblit pas ; elles se jetèrent dans les bras de la providence, et la providence ne leur manqua point. Déjà à leur départ de l' Hôtel- Bien, les Augdstines avec une incomparable charité, s'étaient dépouillées même du nécessaire pour les assister. Les Jésuites leur donnèrent jusqu'aux étoffes qu'ils avaient en réserve pour le vêtir. Le Gouverneur et sa femme, Madame D'Aillebourit, les nourrirent presque à leurs dépens. " Enfin, dit la Mère de l'Incarnation, bous avons été l'objet de la commisération et delà charité de tous nos amis. La compassion lUit passée même parmi les pauvres : l'un nous pportait du linge, un autre un vieux manteau, uni-ci une volaille, celui-là des œufs, enfin tous.

L La maison de Madame de la Peltrie fat démolie ■ 1836, et remplacée par un édifice plus spacieux qui Wt aujourd'hui d'externat.

Si Histoire des Ursulines de Québec.

les objets dont ils pouvaient disposer. Parmi tant de témoignages de compassion, nos coeurs étaient dans l'extase de l'attendrissement. Voua connaissez la pauvreté du pays, mais la charitâ y est encore plus grande." Dans cet état de mendicité, ces âmes " remplies de l'esprit de. Jésus-Christ, étaient comblées d'une sainte joie de se voir si pauvres, qu'elles étaient obligées de recevoir l'aumône des pauvres mêmes."

Pour surcroît de malheur, la flotte du printemps n'arriva que très-tard. Elle n'apportait d'ailleurs aux Ursulines que leurs secours ordinaires j car la nouvelle de l'incendie n'était pas encore parvenue en France. Cependant elles ne pouvaient s'attendre à subsister longtemps de la charité publique ; car les ressources du pays étaient encore si faibles que chaque colon recueillait à peine le revenu suffisant pour nourrir sa famille. Cette fois encore elles virent, d'un œil serein, la famine venir à elles, et les enlacer de sa terrible étreinte j mais Celui qui nourrit les oiseaux du ciel, et donne le rayon du soleil et la goutte de pluie au lis des champs, ne les oublia point. Il ouvrit sa main toute puissante, et fit tomber à leurs pieds une manne miraculeuse.

Les Ursulines possédaient aux environs de la ville, une petite métairie, qui n'avait jamais été mise en valeur. x Un vénérable prêtre qu'elles avaient pour chapelain depuis l'année 1648, M. Vignal, a touché de leur détresse, résolut de cultiver cette terre de ses propres mains. Son zèle et sa charité suppléant à ses forces, il se mit à l'œuvre, conduisit lui-même la charrue et ensemença une grande partie de la terre. Dieu bénit tellement son travail qu'il recueillit, à l'automne, la subsistance de la communauté pour une partie de l'année.

Le désastre de l'incendie avait ébranlé la constance d'un grand nombre d'amis des Ursulines, qui croyaient y voir un ordre providentiel leur intimant de retourner en France. Mais la Mère de l'Incarnation demeura inébranlable contre toutes les sollicitations j et comme l'extrême pauvreté des Ursulines ne lui permettait pas de payer un grand nombre d'ouvriers pour la reconstruction du monastère, elle monta ellemême sur les décombres, suivie de ses sœurs, et commença le déblayement. Dès le 19 mai 1651, la première pierre du second monastère fut posée.

Tout le fardeau de cette reconstruction retomba, cette fois encore sur les épaules de notre Mère, qui fut élue, le 12 juin de la même année, supérieure pour la seconde fois.

1. Cette terre était située près des pi aines'd' Abraham* et portait le nom de fief Saint- Joseph.

2. En 1657, M. Vignal s'agrégea à la compagnie de Saint-Snlpice. Il fut massacré par les Iroquois en 1061, pendant qu'il surveillait l'exploitation d'une carrière que le Séminaire de Montréal avait fait currât wsk risle-Vla- Pierre.

LA MÈRE DE L'INCARNATION

Les travaux furent poussés sous sa direction, avec une rapidité si merveilleuse que le 29 mai suivant les Ursulines firent l'inauguration du nouveau monastère. Cette restauration fut uniquement l'œuvre de la providence.

" Vous êtes en peine, écrivait la vénérable mère à son fils, de ce que je vous ai dit qu'il y a du miracle dans notre rétablissement. Il y en a eu en eftet. Nous avions tout perdu, et notre incendie nout? avait dépouillées de toutes choses. Nous avons fait rebâtir notre monastère ; nous nous sommes vêtues et remeublées, et pour cela il nous a fallu faire des dépenses au montant de trente mille livres. L'on nous en a prêté huit mille sur le pays, qui ne valent pas six mille livres de France. De cela il ne nous reste que quatre mille livres à payer ; encore la personne à qui nous les devons, nous donne le fonds après sa. mort, s'en réservant l'usufruit pendant sa vie. Enfin il y a vingt-quatre mille livres de pure providence."

La Mère de l'Incarnation attribuait ce miracle à une protection spéciale de la Sainte-Vierge que, peu de jours avant l'incendie, les Ursulines avaient élue, dans un élan de naïve et touchante piété, Supérieure perpétuelle de leur monastère.

La cérémonie de l'installation, qui eut lieu la veille de la Pentecôte, fut une fête pour la ville entière. Le clergé de la paroisse, suivi d'un grand concours de peuple, se rendit à la maison de Madame de la Peltrie, d'où le Saint-Sacrement fut transporté en procession dans la chapelle du monastère. - Immédiatement après commencèrent les prières des quarante heures qui durèrent jusqu'au mardi de la Pentecôte. Chaque matin, pendant ces trois jours, une procession solennelle se fit, des différentes églises de la ville à la chapelle des Ursulines, au chant des litanies.

L'allégresse aurait été complète si parmi le choeur des Fondatrices on n'eût remarqué une place vide, qui, hélas 1 ne devait plus se remplir.

Sœur Marie de Saint-Joseph, la douce et an-

fêlique amie de la Mère de l'Incarnation avait ni son laborieux pèlerinage, et était allée recevoir, dans un monde meilleur, la récompense de ses travaux. Depuis plus de quatre ans et demi, elle souffrait d'un asthme et d'une pneumonie, accompagnés de crachements de sang, et d'une fièvre continue. Elle gardait néanmoins rarement le lit, observait tous les points de la règle, et psalmodiait au chœur, malgré son oppression et ses douleurs de poitrine. Enfin le 2 février 1652, jour de la Purification de la Sainte- Vierge, lorsque la communauté était encore entassée dans la maison de Madame de la Peltrie, elle s'étendit sur son lit de douleur pour ne s'en plus relever. Sa maladie se compliqua d'une hydropisie qui lui causa d'atroces souffrances. On fut obligé de lui faire de profondes incisions aux jambes, pour arrêter le progrès du mal ; mais les sources de la vie étaient épuisées, la gangrène se mit dans ses plaies, et ajouta de nouvelles

horreurs à ses maux. Tourmentée par une toux qui ne lui laissait point de relâche, dévorée par la fièvre, couverte de cicatrices douloureuses, elle passait les jours et les nuits sans sommeil; ne proférant jamais une plainte, et bénissant la providence de lui avoir donné ce pauvre réduit pour dernier aeile.

" Ah ! que je suis heureuse, disait-elle à sa fidèle amie la Mère de l'Incarnation, que je suis heureuse de mourir en un lieu pauvre, loin des délices et des commodités dont on jouit en France. Ecrivez, je vous prief à mes parents, à mon oncle 1 ; Evoque de la Rochelle, et à nos Mères de Tours, que je suis très-contente de les avoir tous quittés, et de mourir pauvre religieuse de la mission des Ursulines du Canada. "

Dès le 2 février, il avait fallu veiller la chère malade. Cette charge était ordinairement dévolue à la Mère de l'Incarnation, qui lui servait d'infirmière depuis trois ans. " Mais, disait-elle, les nuits se passaient doucement auprès d'elle, " tant sa patience était inaltérable.

C'était un spectacle digne du ciel et des anges que celui dont était témoin, pendant ces nuits de veille silencieuse, l'humble cellule où gisait, sur un misérable grabat, dans un des rayons accolés à la muraille, celle qui avait renoncé à tous les bonheurs de la vie, a sa famille, à sa patrie, à cette France incomparable du dix-septième siècle qui n'a pas d'égale dans l'histoire, en un mot, à tous les prestiges du monde, de la noblesse et de la fortune, pour embrasser la pauvreté de Jésus- Christ, la folie de la croix.

L'appartement n'était éclairé que par la flamme de la vaste cheminée qui seule réchauffait la maison. A la lueur fauve de l'âtre, on apercevait, au chevet du lit, la Mère de l'Incarnation, attentive au moindre signe de sa chère patiente, lui prodiguant tous les soins que peuvent inspirer la tendresse d'une amie et d'une sainte. Dans les intervalles de repos, assise près des chenets, elle charme les longues heures de la nuit par quelque pieuse lecture dans la vie de Sainte Thérèse ; ou, agenouillée sur le plancher nu, elle se livre à une de ces méditations extatiques qui lui étaient habituelles.

Un peu en arrière, dans la pénombre, se dessine la frêle silhouette de Madame de la Peltrie, qui malgré sa fragile santé n'a pas voulu laisser à notre Mère seule le privilège des fatigues et des veilles auprès de leur commune amie. De temps en temps, les deux veilleuses s'approchent sans bruit de la chère agonisante, et debout, immobiles, près de son lit, contemplent en silence ses traits amaigris, ses lèvres desséchées, sa figure enflammée par la fièvre, et écoutent avec anxiété sa respiration oppressée, entrecoupée d' une toux déchirante. Elles ne profèrent aucune parole, mais l'expression de leur figure ne révèle que trop leurs navrantes pensées. On Ht sur chacun de leurs traits cette profonde pitié que les saints déversent avec d'autant-plus d'amour

TROISIÈME ÉPOQUE

snr autrui, qu'ils se la refusent tout entière à eux-mêmes. La jeune malade ne semble pas s'apercevoir de ce qui se passe autour d'elle. Les mains jointes sur la poitrine, elle paraît plongée dans une douce, extase ; ses lèvres murmurent une prière ; t et tandis que ses regards limpides, élevés vers* le ciel, semblent déjà jouir de la vision béatifique, sa physionomie céleste, qu'illumine d'un pale reflet la lueur vacillante de Vâtre, est empreinte d'une douce sérénité, et d'une ravissante expression de bonheur.

Une nuit, à la suite d'un de ces colloques intimes, elle parut un peu agitée, un léger nuage passa sur son front, elle fit signe à la Mère de l'Incarnation de s'approcher, et lui prenant les mains dans les siennes avec une expression d'indicible tendresse. " Pardonnez-moi, nia chère amie, loi dit-elle d'une voix pleine de larmes, oh! pardonnez-moi les chagrins que je vous ai causes pendant les premiers, temps de notre séjour ici. Je ne l'ai fait que par obéissance pour mes supérieurs qui voulaient se servir de moi pour vous éprouver. Vous savez quelle violence j'ai dû me faire pour vous contrister ainsi."

La Mère de l'Incarnation étouffée par son émotion, ne put lui répondre et lui témoigner son admiration et sa reconnaissance, qu'en la pressant contre son cœur, et en posant ses lèvres pur son front brûlant, qu'elle arrosa de ses larmes.

Dès que la nouvelle de l'état désespéré de la Mère de Saint-Joseph se fut répandue, toute la population prit part à l'affliction des Ursulines. Le gouverneur, M. de Lauzon, dont la piété ne le cédait en rien à celle de ses prédécesseurs, se fit recommander à ses prières, et la conjura de se souvenir, lorsqu'elle serait devant Dieu, des grands besoins de la cplonie.

Le Hurons, établis depuis peu à l'île d'Orléane, venaient chaque jour frapper à la porte du cloître, et s'informaient avec un touchant intérêt des progrès de sa maladie : " Tiens, Mère, disaient-ils à la Mère de l'Incarnation en lui présentant quelques pièces de gibier, donne ces oiseaux à Marie la Sainte Fille, afin qu'elle mange et qu'elle vive pour nous instruire encore. '

Mais ni les vœux des bons sauvages, ni les prières des colons, ni les soins, ni les ardentes supplications de la Mère de l'Incarnation et de sa communauté ne devaient être exaucés. A trente-six ans, Sœur Marie était . mûre pour le oîel ; son époux céleste voulait lui épargner le triste hiver de la vie, et la convier, dès le printemps, aux noces éternelles.

Elle expira entre les bras de sa sainte et fidèle amie, le 4 avril 1652, vers huit heures du soir,

Syràa vingt-quatre heures d'une paisible agonie. Ile fut 4ouce envers la mort, comme elle l'avait été envers la vie j déjà son âme était entre les bras des anges, quand on s'aperçut qu'elle avait

cessé de vivre, tant son dernier soupir avait été imperceptible.

L'annonce de sa mort fut un deuil général pour toute la population, française et sauvage. Mais les Hurons surtout pleurèrent, avec d'amers regrets, Marie la Sainte Fille, celle qui avait été si longtemps leur mère spirituelle. Ils lui firent un service solennel, le lendemain de sa mort, dans leur petite chapelle de l'île d'Orléans.

Ses obsèques furent célébrées à Québec avec une pompe qu'on n'avait pas encore vue dans ce pays. La nuit même de sa mort, ses restes précieux furent transportés dans le nouveau monastère qui n'était pas encore habité, afin de les exposer à la vénération publique, et d'y faire ses funérailles. L'oih'ce funèbre fut célébré par le P. Lalemant, son directeur spirituel, en présence de toute la population, française et sauvage, de Québec et des environs, accourue pour rendre hommage à une mémoire si sainte et si chère.

Ses restes mortels furent inhumés dans le jardin du monastère, en attendant l'érection de l' église conventuelle. Ils y reposèrent pendant dix ans ; et plus tard la piété des Ursulines fit élever en cet endroit, consacré par la présence de cette dépouille bénie, la statue de son» saint patron. Jamais les sauvages lie passaient près du monastère, sans jeter un mélancolique regard vers le jardin, et indiquer du doigt à leurs enfants, le petit monticule de gazon, sous lequel dormait, du sommeil des justes, Marie la Sainte Fille, la Mère des pauvres sauvages.

Le Seigneur ne tarda pas à manifester par des prodiges la gloire de celle qui sur la terre n'avait aimé que l'humilité et l'abjection, n'avait vécu que de l'ignominie de la croix. Noua en rapporterons deux des plus remarquables, pour l'édification de nos lecteurs.

Dans le monastères de Tours, vivait une excellente sœur converse, qui avait toujours été l'amie intime de la Mère de Saint-Joseph. Sœur Elizabeth de Sainte-Marthe avait pris un soin tout maternel de la jeune Marie, lorsque celle-ci n'était encore qu'une toute petite enfant au pensionnat. La jeune fille avait été profondément touchée de cette tendre sollicitude, et avait voué une amitié éternelle à Sœur Elizabeth.

Au moment de son départ pour le Canada, elle avait fait avec elle une société de biens spirituels, toutes deux s' engageant à se faire part mutuellement de leurs mérites. Or, à peine eut-elle rendu le dernier soupir qu'elle lui apparut " toute resplendissante de lumières, rayonnante d'une beauté ravissante, et d'une majesté incomparable." " Ma chère Sœur Elisabeth, lui dit-elle en lui faisant signe de la main, préparez-vous au voyage, car il est temps de partir." La sœur se leva aussitôt et quoique ce lût à une heure indue de la nuit, elle se rendit à l'instant chez la Mère Supérieure. " Certainement lui dit-elle, la Mère Saint-Joseph est morte ; elle vient de m'appa-

LA MÈRE DE L'INCARNATION

raitre, de me dire de me préparer à la mort, et que je n'ai que peu de jours à vivre."

Elle retourna ensuite se coucher sans aucune frayeur, et passa le reste de la nuit dans une grande paix. La semaine suivante, elle tomba malade et mourut treize jours seulement après celle dont l'amitié l'avait suivie au-delà de la tombe, et rappelée vers elle pour continuer dans la gloire cette union des cœurs qu'elles aV aient commencée sur la terre.

En 1666, lorsque M. le Marquis de Tracy eut forcé les Iroquois de remettre tous les prisonniers français qu'ils tenaient captife, parmi leur nomv bre se trouva une jeune fille, nommé Anne Baillargeon, 1 qui avait été enlevée dès l'âge de neuf ans. Elle s'était si bien habituée aux mœurs des sauvages, et à la vie errante et libre des forêts, qu'au moment du départ de ses compagnons d'infortune, la jeune captive refusa de les suivre et courut se cacher au fond des bois.

Elle se croyait à l'abri de toutes recherches, lorsque tout à coup une femme, vêtue du costume monastique, lui apparut, et lui commanda, avec une majesté souveraine, de retourner parmi les Français. , Comme l'enfant s'enfuyait effrayée? elle la menaça de châtiments, si elle n'obéissait sans têtard.

A son retour à Québec, M- de Tracy se char-

fea de son éducation et la confia aux Ursulines. •e jour de son entrée, elle aperçut dans la salle de la communauté, le portrait de la Mère de Saint-Joseph : 2 "Ah ! s'écria-t-elle toute hors d'elle-même, c'est elle; c'est celle-là qui m'a parlé j elle porte aussi le même habit !"

Les religieuses, toutes surprises, lui demandèrent l'explication de son étonnement. Elle leur raconta alors la miraculeuse apparition.

" Il ne se put faire, ajoute la Mère de l'Incarnation, que durant sa longue captivité, vivant au milieu des payens, elle ne se livrât à bien des superstitions; elle avait néanmoins conservé une très-grande pureté ; et l'on croit que notre bienheureuse Mère s'était faite son ange gardien pour la conserver dans cette intégrité."

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