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Bàrtoiro dei Ursulinei de Québec

TROISIÈME ÉPOQUE

w lacs ouverts en un jour ; des vallées étaient amblées par d'immenses éboulis. On vit surgir ne île nouvelle des eaux du Saint-Laurent; ûllir des fontaines inconnues ; de profondes rêvasses sillonner la terré et servir de lit à des >rrents impétueux; se creuser de larges craires dont la gueule béante laissait échapper es vapeurs sulfureuses. Le cours de plusieurs mères fut détourné ; quelques-unes obstruées nondèrent leurs rives, et entraînèrent avec elles, usqu'au fleuve, une si grande quantité de sable ►t de limon, que, pendant plusieurs jours, ses »ux demeurèrent toutes jaunes. 1

Durant cette longue période, la population écut dans le tremblement et l'attente contiluelle de l'heure suprême de l'univers. L'ange .u Seigneur ne cessait de promener sa verge de er sur cette contrée, qui semblait frappée d'anahème. *' Lorsque la journée était finie, raconte a Mère de l'Incarnation, on se mettait dans la lisposition d'être englouti durant la nuit ; et le jour venu, on attendait continuellement la mort ; in un mot, tout le monde séchait dans l'attente le quelque malheur universel."

Une seule âme conservait sa parfaite tranquillité au milieu de la désolation générale; ïétait la Mère de l'Incarnation. " Tandis que les uns tremblent, dit son biographe, que les autres pâlissent, et que tous sont dans une consternation aussi accablante que celle qui surprendra le monde à la fin des siècles, elle seule demeure ferme et assurée ; avec uu abandon et une présence d'esprit capables de donner de l'admiration aux anges mêmes, elle s'offre à Dieu pour être seule la victime de tout le pays, et pour expier par sa mort, les crimes qui avaient irrité la justice de Dieu. 2

Enfin le ciel se laissa désarmer; avec le calme de la vertu dans les cœurs, reparurent les jours sereins. La nation régénérée par la pénitence, sortit de ce bain salutaire, toute ruisselante des eaux de la grâce, et prête à s'asseoir aubatiquet d'une vie nouvelle, comme jadis, *u jour de la primitive église, ces vierges, 'nouvellement converties à la foi, qui remontaient Ja degrés des fontaines sacrées, toutes resplendieeantes de la robe d'innocence, et allaient Prendre place parmi les convives du saint lieu. De ce jour en effet date une ère de bénédiction * de prospérité iuouïe jusqu'alors. La colonie *jfnt de traverser l'âge critique de l'enfance; •De quitte ses langes, et entre en pleine adoles- ^ce. Les temps héroïques sont finis, et le le de l' histoire commence.

compagnie des. Cent-Associés, dont l'im-

'"ance et l'incurie avait paralysé si longtemps

reloppement de la colonisation, est suppri-

î et le Canada rentre dans le domaine royal.

roua ces détails sont tirés des lettres de la Mère ncarnation, et des Relations des Jésuites.

Doux Claude Martin.

Québec est honoré du nom de ville. Le marquis de Tracy est nommé vice-roi de la Nouvelle- France, et met pied à terre le 30 juin 1665, suivi bientôt d'une armée de 14 à 1500 hommes, de ce magnifique régiment de Carignan, dont tant de familles canadiennes s'honorent de tirer leur origine. 1 L'orgueil des Iroquois est humilié; l'armée pénètre jusqu'au cœur de leur pays, réduit en cendres leurs villages, et les amène à des conditions de paix, qui donnent la tranquillité au Canada pendant près de vingt ans.

Cependant M. de Tracy avait amené avec lui un homme qui valait mieux encore pour la colonie que cette armée et tous les secours matériels: c'était l'intendant Talon. Si Cartier fut le découvreur, Champlain le fondateur du Canada, on peut dire que Talon en fut le créateur. 2 Formé a l'école du grand Colbert, doué comme lui d'une vaste intelligence, et d'une activité infatigable, il présida à l'orgauisation civile, politique et même militaire du pays. Sous son habile administration, la colonie prit un tel essor, qu'en moins de trois ans, la population s'accrut de plus du double ; et les années qui suivirent, ne firent qu'accélérer cet élan de prospérité.

L'organisation religieuse avait précédé de quelques années l'organisation civile. François de Montmorency-Laval, connu sous le nom d'abbé de Montigny, avait été nommé évêque de Pétrée, et vicaire apostolique de la Nouvelle- France en 1658. .Mais ce ne fut qu'en Tannée 1670, que Québec fut érigé en évêché, et que

1. Le régiment do Carignan, commandé par le colonel de Salières, formait l'élite de l'arméo française j il s'était couvert do gloire à la bataille de Saint-Gothard, gagnée en Hongrie (1664) contre une armée de quatre-vingt mille Turcs. Ses charges brillantes avaient décidé de la victoire. Les vainqueurs liront ce jour-là un massacre épouvantable; plus do dix mille hommes des troupes du Grand Visir furent précipités et noyés dans une rivière. Le comte de Coligny, général de l'armée française, a peint d'un seul trait l'horreur de cotte scène : '• C'était un cimetière flottant. " " La bataille de Saint- Gothard, dit l'auteur de "l'Histoire de Louvois, " (M. Camille Roussel) est une de ces grandes actions militaires dont les conséquences politiques et -morales effacent le résultat matériel. Elle fut le salut de l'Allemagne et l'honneur de la France."

La plupart des militaires, qui occupaient quelque grade dans le régiment de Carignan, appartenaient à la noblesse de France. On ne peut aujourd'hui jeter Iob yeux sans émotion sur la liste des noms si connus et si aimés de ces braves soldats, dont la nombreuse postérité peuple maintenant les deux rives du Saint-Laurent, et dont le sang ooule dans les veines de presque toutes les branohes de la grande famille canadienne. Que d'autres noms bien connus rappellent ceux des De Contre-cœur, De Varennes, De Verc hères, De Saint-Ours, alliés aux familles De Beaujeu, De Gaspé, De Léry, De la Gorgenclière, Taschereau, Duchesnay, De Lotbinière, «Sec, &c, les noms des De Lanaudière, Baby, qui tous deux servaient dans la compagnie commandée par M. do Saint- Ours; enfin les noms des De la Durantaie, De Beau mont, Berthier, et tant d'autres dont nous pourrions indiquer la filiation avec une foule de familles canadiennes.

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