Gei trois excellentes aœura furent singulièrement
D'ailleurs Auguste était déjà un peu vieux $ toutefois il ne perdit pas courage. Mlle. Angélique de son côté lui répétait souvent le mot de Saint Franc. >is-Xavier ; " Avec une bonne volonté, il n'est rien dont on ne puisse venir à bout..'»
Mais comment commencer? Le ciel mit sur son chemin un jeune homme nommé Lafaurie, qui demeurait près de l'église Saint-Merry, et qui venait de terminer ses études.
-Il lui donne une grammaire latine, lui dit d'en étudier les premières pages, et de venir le retrouver le lendemain.
Il fut fidèle au rendez-vous ; Lafaurie l'interroge ; son étudiant avait tout lu jusqu'à la syntaxe, et tout retenu, les déclinations, les conjugaisons et même la préface, ce qui fit étrangement rire le maître.
11 le fit passer tout de suite à l'explication des auteurs, et lui mit entre les mains Sulpice- Severe.
Tout allait à merveille ; mais dès la quatrième leçon le maître manqua. 11 était pauvre, et l'on venait de lui offrir une situation brillante en Belgique. Il lui dit de continuer en lui serrant la main et partit.
M. l'abbé Badiche, à qui M. Aubry conta sa nouvelle aventure, lui donna lui-même des leçons malgré ses immenses occupations 1
Quand il était trop obéré d'affaires, il se faisait remplacer par M. l'abbé Magnié, aujourd'hui curé dans les environs de Paris.
L'élève n'avait que la nuit pour étudier, car le jour il travaillait pour gagner sa maigre pitance. Il avait quitté le rude métier de porteur de 'pain, et était entré en qualité de commis, dans un magasin de lingeries en gros, chez une dame Vve. jLoyau, rue du Sentier.
Bientôt une excellente femme, Mademoiselle de Proizy, discernant ce jeune homme plein de talent et d'avenir, offrit de payer sa pension chez
éprouvées à partir de oe jour. Aveo la perte de leur petit feyoir qui les força de céder leur établissement, elles virent arriver les infirmités. L'une mourut après trois ans d'une maladie cruelle. Mlle. Marianne, qui avait une tendanoe à la surdité, devint presque entièrement sourde ; elle est morte il y a quatre ans. ' Mlle. Angélique fut frapf»ée de cécité dans les dernières années dosa vie; elle mourut un an après sa sœur Marianne.
Par un de ces touchants retours que ménage souvent le ciel à la vertu, môme ici-bas, celui-là même au 'elles avaient protégé devint leur providence à la lin de leur vie. Du fond du Canada, M. Aubry leur envoyait chaque année une petite pension de trente-six louis.
Les bienfaits des trois sœurs n'étaient pas tombés sur une terre ingrate.
Le vénérable curé actuel de Saint-Sulpïoe, M. Hamon, payait leur loyer : elles recevaient aussi des secours annuel 8 de l'Impératrice. C'est ainsi qu'elles s'éteignirent douoemeot dans les sentiments de la plus vive piété et aveo la résignation la plus parfaite à la volonté du Seigneur.
1. M. l'abbé Badiehe est actuellement premier vicaire de Saint-Louis en l'Ile, à Paris.
A. E. AUBRY
M. l'abbé Giraud, troisième aumônier de lu Salpêtrière ; il put alors étudier, libre de toute pré ' occupation.
M. l'abbé Giraud, ancien secrétaire du cardinal Fesch, puis "professeur d'hébreu en Lithuanie, était un de ces hommes de la bonne vieille roche qui affectionnait les jeunes gens, surtout les enfante pauvres ayant de la bonne volonté. Il accueillit Aubry avec bonté.
Su fait d'enseignement, il avait à peu près la mêihododeM. l'abbé Latouclie, faisant décou 1er tout de l'hébreu.
Voilà donc notre élève menant de front l'étude de l'hébreu, du grec et du latin. Ils étaient huit A recevoir les leçons du professeur, tous les huit. pauvres et jeunes ; et l'excellent homme leur donnait sa science et la nourriture et le logement pour une rétribution insignifiante. 1
Auguste Aubry resta dix iiiois à ta Salpctrière ; il avait été auparavant quatre ou cinq mois eous la direction de Lafaurie ou de M.
l'abbé Badiche.
A cette époque, il écrivit dansquelle situation il se trouvait a un de ses cousins, M. l'abbé Aubiy, alors premier vicaire de la Trinité de Laval (Mayenne).
Celui-ci ne l'avait vu qu'une seule fois, il y avait onze ou douze ans.
C'était un homme d'une haute intelligence et d'un cœur plus grand encore. 11 avait pendant sept ans professé* la philosophie au collège de Laval, et avait donné sa démission lors tics malheureuses ordonnances du 16 juin, 182M, qui prescrivait aux professeurs de collèges de déclarer par écrit qu'ils n'appartenaient à aucune congrégation religieuse non légalement établie en France.
Leconp était dirigé contre les Jésuites. Charles X, qui était un honnête homme dans la haute acception du mot, avait eu, à l' instigation de Mgr. Feutrier et d'autres, la faiblesse d'opposer sa signature au bas de ces déplorables ordon-
H. l'abbé Aubry n'était pas jésuite, mais î!
avait toujours eu une profonde vénération pour ces Religieux qui de tout temps comme aujourd'hui ont rendu de si êminents services. Il regardait d'ailleurs comme une lâcheté de faire la déclaration prescrite, et il donna sa démission.
Dès lors il se livra tout entier au ministère de la parole et de la direction des âmes. Il avait une activité prodigieuse et un jjè le qui lui permettaient de suffire â tout. D'un caractère ferme et décidé, il était d'une charité inépuisable. 3
theqoe qui Était fort belle, c'est à peine si l'on aurait trouvé choi loi de quoi payer le* frais d'en terre m bu t.
S. M. l'abbé Aubry avait raftuia en lttSf. la otire de Bslot-Julien, cathédrale du iluoi M, de Heroé, nuré de la Triuïié, avant été nomme é vaqua de î< (talée, voune grand-vicaire ; 11 cefuia enooie.
Il reçut donc de son jeune cousin la lettre
dont nous venons de par'er et dans laquelle MM. Giraud et Badiche avaient mis quelque* mots.
La réponse ne se fit pas longtemps attendre.
L'abbé lui proposait de venir le voir à Laval, et prontetlait de *e charger de son éducation. S'il agréait ses propositions, l'argent nécessaire lut serait fourni pour payer la diligence.
Son parti fut bientôt pris ; il avait onze ou douze francs en caisse, de bonne jambes, et n'était guère effrayé des soixante-douze lieues qui séparent Laval de Paris.
Au lieu d'écrire, il tait ses adieux ce jour-là même à ses amis et a ses bienfaiteurs, et le. lendemain de grand matin, il quitte Paris, à pied.
C'était en mai 1833. Le soleil n'avait pas encore l'œil sur l'horizon, lorsqu'il franchit la barrière de Passy. Un and l'accompagna jusqu'à Versailles.
Le soir, à l'entre -chien et loup, il arrive à Rambouillet, passablement fatigué. Il entre dans une petite auberge pour souper et coucher, et demande deux sous de fromage, deux sous de tin et une chopîne de vin- Dans la même salle se trouvaient six soldats s'en allant en congé illimité, carils étaient dans la dernière année de service. Sur la table était uu appétissant morceau de lard frais rôti.
Le soldat français, lion au combat, est dans laie ordinaire d'un sans façon, d'une gaieté et
un entrain proverbial.
On buvait joyeusement, et, à chaque rasade, était uu feu roulant de bons mots et d'éclats 5 rire. Mais voyant la fatigue et la maigre pitance du jeune voyageur, et devinant que le gousset était lé = 'er, ils échangèrent un rapide îoup-d'ceil =
— Camarade, où aile* vous 1
— A Laval.
— Bon I noua ferons route ensemble jusqu'à Chartres.
Jusqu'au M s — C'est dit.
— Puisque n
ioÏ, ajouta l'un d'ei
était attaché à Laval. Il fut mirue nommé ourf de l'élise de li rriuiié, et M. Martin (ia Nord), alors
Loub Philippe puurfjire signer celte nomination, Luraqu'un député iiut lui représenter que ee tarait un vrai tiiumphe |*ur les légittinEatea ; et U ministre lut aieel
* 1» juillet 1850 ; il était
e eael&ioatique de la provins* d
A. B. AUBRY
«t voilà notre ami à leur table avec une bonne assiettée de lard ; car le moyen de refuser une invitation faite de si grand cœur !
Le lendemain, à trois heures du matin, nos joyeux convives étaient sur la route de Chartres, où ils arrivèrent vers quatre heures de l'aprèsmidi, forts contents lui d'eux, eux de lui.
Ils lui avaient raconté les espiègleries, les tours amusants de la vie de caserne ; en échange il leur avait dit les stratagèmes sérieux des grands capitaines, surtout des généraux de la République et de l'Empire ; et, comme les grognards de la boutique du père Loriot, ils passaient du rire aux larmes.
Bien qu'assez bons chrétiens, ils lui dirent carrément qivil ferait mieux d'entrer à l'école militaire qu'au séminaire. Ils lui voyaient déjà le bâton de maréchal de France.
Arriva le moment de la séparation.
On trinqua une dernière fois,* et l'on se serra la main avec effusion.
— Je ne les ai jamais revus, me disait M.
Aubry en me racontant ce trait, mais quel bon souvenir j'ai gardé d'eux !
Le même jour, il continua sa route, avec un seul des six camarades, jusqu'à Courville, par une pluie battante.
Ils avaient fait dix-sept lieues dans leur journée.
Trempés jusqu'aux os, ils allèrent frapper à la Mairie.
Le maire de Courville donna au soldat un billet de logement chez l'un des meilleurs habitants de l'endroit. Aubry y fut reçu avec lui.
Un bon grand feu, une bonne cuisine et de bon vin leur redonnèrent de la force et de la
faieté. L'hôte -était un causeur charmant. On evisa jusqu'à minuit, et «le lendemain il leur fit partager avec lui un excellent déjeuner.
On partit; mais les -fatigues et la pluie de la veille avaient laissé des traces. Leurs pieds étaient enflés et leurs souliers en séchant s'étaient rétrécis. Ils prirent leurs souliers à la main.
Le soldat tourna la chose en plaisanterie :
— Avant d'être maréchal de France, mon ami, il faut gagner ses éperons.
Enfin Auguste arriva à Laval. M. l'abbé Aubry l'accueillit comme un père reçoit son enfant.
Il fut convenu qu'il entrerait au petit séminaire de Précigné, à la prochaine rentrée, au mois d'octobre, et qu'en attendant, il resterait à Laval.
Le cousin avait une belle et grande bibliothèque; Auguste s'y enferma du matin au soir.
A Précigné, il entra en troisième.
Le collège de Précigné est situé sur les confins du Maine et de l'Anjou.
Il avait alors trois cents élèves sous la direction d'un homme de bien, M. l'abbé Belenfant, mort quelques au nées après.
Le préfet des études, M. l'abbé Boutier, aujourd'hui supérieur, prêtre aussi distingué par sa piété que par sa science profonde des hommes et des choses, avait imprimé à l'enseignement une salutaire et forte» direction.
Le personnel des professeurs n'était pas moins remarquable. *
Auguste-Eugène fit ses classes avec éclat. La fièvre du savoir le consumait.
Sorti de Précigné en 1841, il alla faire sa philosophie au séminaire du Mans.
Il se passionna pour la philosophie comme il s'était passionné pour les lettres, et lut, dans l'année, un nombre immense d'auteurs, depuis Platon et Aristote, jusqu'à saint Thomas d'Aquin et De Maistre.
A la fin du cours, il fut désigné avec cinq autres pour soutenir publiquement en latin des thèses de philosophie.
L'année suivante il entra en théologie j ce fut du savant et digne évêque actuel du Mans, Mgr. Fil lion, alors professeur au grand séminaire, qu'il eut le bonheur de recevoir des leçons d' Ecriture-Sainte et d'hébreu.
De l'avis du supérieur, M. l'abbé Chevreau, aujourd'hui chanoine titulaire de la cathédrale, il rentra dans le monde pour étudier davantage sa vocation.
La chaire de rhétorique française était alors vacante au lycée de Vendôme. M. Aubry l'accepta. C'était un cours spécial donné aux jeunes gens qui se destinaient aux écoles polytechniques, de Samt-Cyr et de la marine.
Le lycée de Vendôme était à cette époque une institution libre où nombre des plus»grandes familles de France envoyaient leurs enfants pour les préparer aux carrières de soldat ou de marin. On y étudiait en conséquence force mathématiques et sciences exactes.
Aubry ne voulut pas se laisser vaincre Bur ce point par ses élèves ; il se mit à travailler dix heures par jour aux mathématiques; et la nuit, de dix heures du soir à quatre heures du matin, il lisait la littérature facile du jour.
1. M. Aubry eut pour professeurs en troisième, M. l'abbé Launay, aujourd'hui curé de La Ferté-Bernard, qui inspira à ses élèves un vénérable enthousiasme pour les Saints Pères, et spécialement pour les Pères de l'Eglise grecque, saint Jean-Chrysostâme, saint Basile, saint Grégoire de Nasianze, saint Grégoire de Nysse, etc, ; en seconde, M. l'abbé Heslot, chevalier de la légion d'homeur, maintenant curé d'Andouillé, (Mayenne) ; en rhétorique, M. l'abbé Baissin, aujourd'hui curé de la cathédrale du Mans, et grand-vicaire ; en mathématiques, M. Palicot, actuellement curé de Lassay, (Mayenne)
Le collège de Précigné partage avec ceux de Château g< ntier, de Mayenne et de Sainte-Croix du Mans, l'honueur d'avoir formé presque tout le clergé des diocèse de Laval et du Mans.
11 a f«>urni à l'armée, à la magistrature, an barreau, à la politique des hrmmes distingués; plusieurs évoques notamment Mgr. Grandin, coadjuteur de Mr. Taché, et plusieurs missionnaires aimés du Canada» le Père Royer le Père Urouars, etc. etc.
A. E. AUBRY
C'est ainsi qu'entre les logarithmes et les tropes, il se mit au fait de ce prodigieux amas de prose et de vers qui inondait chaque jour la France.
En fait de repos, il était de Paris d'Alfred de Vigny :
" La nécessité d'un long sommeil est un " paradoxe inventé par les sots qui n'ont rien à " dire et les paresseux qui n'ont rien à faire." Bientôt Pun des deux professeurs de mathématiques étant tombé malade, il fut chargé de la chaire par intérim.
L'intérim dura six mois.
Au bout de deux ans, tourmenté de l'idée d'aller faire son Droit à Paris, il abandonne la chaire de Vendôme.
En arrivant dans la capitale, son premier soin fut de se faire recevoir Bachelier-ès-lettres. 11 commença son Droit, et vécut des économies faites à Vendôme.
Le dernier franc disparu, il se vit de nouveau face à face avec la détresse.
Il donna des leçons de grec et de latin ; mais les élèves étaient presque aussi pauvres que le maître.
La chambre et le blanchissage payés, il lui restait en moyenne trois ou quatre sous par jour pour vivre.
Plus d : une fois il lui arriva de se coucher sans avoir donné à son estomac le moindre prétexte d'indigestion.
Cependant il ne voulait pas se plaindre, son cousin et ses amis Pavaient vu avec peine partir de Vendôme.
Il leur laissa ignorer la gêne profonde où il se trouvait.
Il était d' ailleurs plein d'ardeur et de courage, et travaillait jour et nuit.
Après une année environ de ce régime, la providence vint à son secours. Il entra comme précepteur dans une excellente maison, ohez M. Bil bille-Fayard, rue Saint-Louis au Marais.
Quinze cents francs d'appointements, bonne (table, bon logement, toute facilité pour suivre les i ctyurs à l'école de Droit : c'était un vrai paradis À terrestre.
J Du premier coup d'œil, AL Bilbille comprit ■ par quelle misère son homme avait passé.
E Excellent cœur, il avait lui-même souffert ^Ldans aa jeunesse, mais par son énergie, son acti- ^•vité et sa grande intelligence des affaires, il était
arrivé à quarante-deux ans à uue haute situation
•financière.
Aubry fut choyé comme un enfant, et pour réparer les avaries de son estomac, on le mit au ' on vieux vin de Bordeaux.
Louis Bilbille, son élève, avait environ quinze os. Il avait déjà fait trois ou quatre pensions Paris et avait toujours été le désespoir de ses titres. Le fait est qu'il abominait le grec et le "n, et les braves gens, perclus entre les dac-
tyles et les spondées, avaient décidé gravement qu'il ne ferait jamais rien.
♦M. Aubry* s' aperçut bien rite qu'il arait affaire à une belle et vive intelligence et que le problème à résoudre était tout simplement de l'amener par degrés à prendre Pétude à/cœur.
Au bout de six à huit mois, on ne paraissait pas avoir fait grand progrès. Mais voilà qu'un beau matin notre gaillard se jette au cou du maître et lui déclare qu'il veut reconnaître ses soins, et lui donner autant de satisfaction qu'il lui avait causé de peines.
Il se met à l'étude avec une ardeur incroyable. Moins de deux ans après, il se présentait à la Sorbonne, passait ses examens et recevait le diplôme de Bachelier-è3-Lettres. l
Nous sommes maintenant au 8 février 1S47.
M. Aubry offre sa main à Dlle. Marie-Geneviève- Victoire Le juste, fille de Jean-Marie Lejuste et d'Ursule Forvillo, braves et honnêtes cultivateurs du village de Tartiers, près Soyons.
Admis au barreau de Paris, quelque temps après, il y pratiqua jusqu'au mumeut de son départ pour le Canada.
De fortes études, une parole vive et incisive, la facilité et la promptitude de la réplique, une argumentation nette, serrée, le firent remarquer tout d'abord par d'éminenîs confrères.
Un jour, à la suite d'un éloquent plaidoyer qu'il fit à la Conférence des Avocats, M. Duvergier, aujourd'hui conseiller d'état, alors bâtonnier de l'Ordre, le félicita chaleureusement.
t Sur les entrefaites, éclata la révolution de février.
M. Aubry fut incorporé dans la 12me légion de la garde nationale et nommé lieutenant.
Il prit part en cette qualité à tontes les prises d'armes qui eurent lieu pour refouler le socialisme communiste, aux démonstrations de mars et d'avril, à l'équipée du 15 mai, et surtout à cette terrible bataille de quatre jours (22, 23, 24, 25 Juin) dans laquelle il n'y avait pas moins de 500,000 hommes aux prises.
Il y courut plus d'un danger.
Le poste qu'il commandait, sur le quai de la Tournelle, était composé d'environ quatre-vingts hommes.
Parmi eux il s'en trouvait plusiers qui avaient combattu, les deux premiers jours, dans les rangs de l'insurrection, et qui, écrasés par une épouvantable canonnade de trente-deux heures, s'étaient réfugiés dans diverses postes de la garde nationale.
Ils avaient formé le projet de donner la main aux insurgés de la rive droite et de prendre en queue le bataillon de ligne qui gardait le pont de la Tournelle, pendant que les Jrères et amis attaqueraient de front.
Pour la réussite du projet, il était nécessaire de se débarrasser des officiers fidèles au drapeau.
1. Il eat aujourd'hui propriétaire et directeur d'immenses usines dans l'Anjou.
A. B. AUBRY
a pu
mr.rv devait é:re éjorgé dans la nuit.
par.ïpH nationaux sur lesquels on avi uvoir cunipUT. ayant été ii.itièa au secr
e que cinq mois
Soin- lirulenant ne perdit pan son sang-froid ; il leur commanda la prudence, ec alla s'entendre avec le chef d'un détachement de ligne qui bivouaquait à une centaine de pas du poste.
Ce détachement formait environ cinquante hommes, débris de deux belles compagnie»
presque entièrement exterminées aux barricades.
L'officier promit de donner main-forte au premier signal.
H. Aubry rentra alors à son poste, et fil mettre les fusils an râtelier.
— Citoyens, dit-il d'un ton énergique, je Bais ee qui se passe ici ; je n'ai qu'un mot à dire, et le voici: le premier qui, sans mon ordre, prendra un fusil au râtelier, ou fera quelque démonstration, sera immédiatement passé par les armes.
Personne ne bougea.
Quelques heures après, il avait le bonheur de sauver la vie à un jeune homme de dix-lu qui la veille avait combattu aux barricadt
Notre jeune étourdi était de faction ai:
lorsque deux gardi
Tous deux, atteints à la tête, avaient la f tout ensanglantée, et étaient encore furieux du Combat.
— En voilà un qui fait le bon apôtre, s'écrièrent-ils en le reconnaissant, et qui nous canardait hier I II faut le fusiller !
Le lieutenant fit mine de dire comme eux, el 60un prétexte de le faire passer au conseil de guerre, il le prit par dessous le bras et sortit.
Après être entré un instant dans la boutique d'un marchand de vin pour distraire l'attention de ses hommes, il prit une rue détournée et le conduisit par le pont de la Touruelie jusqu'à son
L'ordre rétabli M. Aubry avait repris les habitudes du barreau, lorsque la chaire de Droit Komaiu de l' Université-Laval de Québec, lui fut offerte par l'entremise de M. l'abbè Hatnel, alors élève de l'école ecclésiastique des Carmes, aujourd'hui professeur à la Faculté des Arts.
Mois le degré de docteur en Droit était exigé.
Il fallut de nouveau se remettre sur les bancs pendant quinze mois.
Après avoir subi les deux examens préalables, il soutint la thèse pour le doctorat avec une distinction qui lui valut des éloges du doyen de la Faculté de Droit.
M. Pellat, considéré en Europe comme le plus savant et le plus judicieux interprète du Droit Romain que la France ait eu depuis Cujas, lui donna en souvenir d'estime et d'admiration un de ses propres ouvrages. C'était le 20 décembre 1856 ; le 22, il quittait la France pour Je Canada.
Sa famille ne devait l'y si
Dans l'intervalle, Madame Aubrr reçut de M Rivolet, secrétaire du conseil de' l'Ordre de avocats à la Cour Impériale, la lettre suivante On ne lira pas sans intérêt cette sorte d'adieu amical.
Paris, 18 Mai 1857.
! Madame,
J'ai l'honneur de vous adresser le certificat de notre confrère Aubry. Je suis heureux d'y avoir mis ma signature et de penser ainsi qu'il conservera dans une pièce officielle un souvenir de moi.
J'ai été bien sensible à la lettre qu'il m'a écrite et j'ai été heureux d'apprendre qu'il se trouvait bien à Québec.
Sa lettre au bâtonnier a été lue au conseil et sera conservée dans nos archives.
Dites lui bien, je vous en prie, que nons tenon* à l'espoir de le revoir un jour parmi nous, et que nous le considérons comme un compatriote n'ayant pas perdu l'esprit de retour. S'il a besoin de quelque service en France, il sait que je suis toujours à sa disposition et que je tient à être un de ses correspondants.
Permettez-moi, madame, de vous souhaiter une bonne traversée et une heureuse arrivée.
Les vœux de tous vos amis, et je vous prie de me croire de ce nombre, vous accompagneront dana votre voyage et dans une résidence qui n'est pu la France sans doute, mais qui est toute pleine de souvenirs français.
J'ai l'honneur d'être votre bien dévoué serviteur,