V. Frakçois-Xavieh — marié en 1808 à Ger- I trude Amiot
VI. Fkasçois-Xavier— né le 15 juin 1809; marié le 25 août 1835 à Esthek Bilodeau, native de la Canardière— décédé le3 lévrier,
L'aïeul de M. Garneau était un riche cultivateur de Saint-Augustin : il avait conservé un profond attachement pour la France, et un vif souvenir des gloires et dea malheurs Je la patrie temps de la conquête. " Il se plaisait à onter, dit M. Garneau au commencement de son Voyage en Angleterre et en France, les exploits de ses pères et les épisodes des guerres' de la conquête.
" Mon vieil aïeul, courbé par l'âge, assis sur la galerie de sa longue maison blanche, perchée au sommet de la butte qui domine la vieille église de Saint-Augustin, nous montrait de sa main tremblante le théâtre du combat naval de VAtalante avec plusieurs vaisseaux anglais, combat dont il avait été témoin dans son enfance 1 . Il aimait à raconter comment plusieurs de ses oncles avaient péri dans les luttes héroïques de cette époque, et à nous rappeler le nom des lieux où s'étaient livrés une partie des glorieux combats restés dans ses souvenirs. "
A la mort de ce bon vieillard, son file aîné, Jacques, hérita du bien paternel. Le père de- .
les familles canadiennes depuis la fondation de la colo-
F. X. GARNEAU
M. Garneau, qui s'appelait comme lui François- Xavier, vint s'établir à Québec, où il apprit le métier de sellier. Il épousa, en 1808, Gertrude Amiot dite Villeneuve, de Saint-Augustin, et eut plusieurs enfants, dont l'aîné est celui qui fait l'objet de cette notice. Il naquit, comme l'indique l'arbre généalogique ci-dessus, le 15 juin 1809, et fut baptisé le même jour.
Son père, ne réussissant pas dans son métier, acheta une goélette dans le but de réaliser unespéculation, dont l'issue faillit lui être fatale.
" J'avais à peine quatre ou cinq ans, lorsqu'un jour je vis entrer mon père triste et fatigué d'une excursion commerciale vers le bas du Saint-Laurent, qui n'avait pas été heureuse. Il raconta à ma mère comment il avait failli périr, avec sa goélette, par la faute d'un vieil ivrogne, nommé Lelièvre, qui s'était donné pour pilote." Il paraît que, dès son bas âge, le jeune Garneau fat un enfant étrange. Grave, presque taciturne, on le voyait très-rarement jouer : il était d'une timidité excessive, caractère qu'il conserva jusqu'à la fin de ses jours.
L'enfant ne se plaisait qu'à l'école : dès qu'il sut un peu lire, la lecture fut son seul amusement. Son premier maître fut un bon vieux qu'on appelait le bonhomme Parent, et qui tenait 8a classe à l'entrée de la rue Saint-Réal, (Coteau Sainte-Geneviève.) Cette maison existe encore: c'est la seule, paraît-il, qui ait échappé à la conflagration de 1845. Bien des fois, lorsque M. Garneau descendait avec ses enfants la côte d'Abraham, il leur indiquait du doigt, en souriant, cette modeste maison où il apprit les premiers rudiments de la grammaire.
Un jour, vers l'âge de cinq ou six ans, il s'échappa aux regards maternels, et pénétra, par la porte Saint- Jean, dans la ville où il ne tarda P*8 à s'égarer. Après avoir longtemps erré dans les rues, il arriva tout pleurant à la porte de la Caserne, sur le marché de la Haute-Ville. Des soldats l'accueillirent, essuyèrent ses larmes et le firent manger. Le soir, bien tard, son père, Q&e le cherchait depuis plusieurs heures, le trouva, assis sur les genoux d'un grenadier, Jouant joyeusement du tambour, au grand amusement des bons troupiers.
A l'école, il eut bientôt appris tout ce que savait le bonfiomme Parent, et on l'envoya à une *utre institution moins élémentaire, établie en jUhors de la porte Saint-Louis, rue de l'Artillerie. Cette école, où se pratiquait la méthode de l'enseignement mutuel, avait été fondée et était entretenue par M. Joseph-François Perrault, fcrotonotaire de la Cour du Banc du Roi, — cet homme de bien, cet ami des lettres et des jeunes gens studieux, qui a fait tant de sacrifices pour la cause de l'éducation.
Dès lors, on pouvait soupçonner, dans le jeune élève, la future supériorité de l'historien. En peu de jours, il eut surpassé tous les élèves de sa classe : son vieil ami, M. Louis Fiset, se
rappelle encore l'avoir vu faisant gravement l'office de moniteur général au milieu de ses petits compagnon* d'études.
Vers l'âge de quatotze ans. le jeune Garneau sortit de cette école |>uur entrer au greffe de M» Perrault, où il se lia d'amitié avec un jeune Dufault, cierc au même greffe, et que le bon M. Perrault retirait chez lui. Très-souvent le soir, François-Xavier alfait voir son ami ; et durant la veillée, le digne greffier donnait des leçons de grammaire et de littérature aux deux jeunes clercs. M. Garneau a toujours conservé le plus tendre souvenir de son vieux patron et a toujours eu pour lui la plus sincère reconnaissance : il en parlait souvent à ses enfants avec* de grands éloges, et lorsqu'il publia son Histoire du Canada, il lui présenta le premier exemplaire de cet ouvrage.
Vers l'âge de seize ans, il sortit du greffe, et entra en cléricature chez M. Archibald Campbell, cet autre ami de la jeunesse, et qui a été en particulier, le bienfaiteur de notre peintre canadien, M. Falardeau, chevalier de l'ordre de Saint-Louis de Parme. M. Garneau sut bientôt gagner l'estime et l'affection de son nouveau
Î>atron. M. Campbell lui prêtait des livres, que e jeune clerc lisait avec ardeur, sans négliger l'étude du notariat.
Depuis longtemps il désirait vivement faire des études classiques, et aurait bien voulu entrer au petit séminaire.
Un jour, cédant à ses pressantes sollicitations, sa mère se rendit auprès du supérieur :
. — Prenez mon fils, je vous en prie, lui ditelle. Il est vrai que je suis trop pauvre pour payer les frais de son éducation ; mais mon fils est un jeune homme laborieux. Après ses études faites, il gagnera de l'argent, et il promet de vous payer alors.
Le supérieur eut le regret de ne pouvoir acquiescer à sa demande. M. Garneau fut vivement peiné de cet échec.
A peu de temps de là, Mgr. Signai, alors curé de Québec, le rencontra et lui dit :
— Si tu te sens de la vocation pour l 'état ecclésiastique, je te ferai faire tes études.
— Impossible, répondit le jeune homme avec cette droiture et cette franchise qui caractérisèrent toute sa vie : je ne me sens pas appelé au sacerdoee.
L'extrême rareté des prêtres engageait le clergé d'alors à faire des sacrifices de toutes sortes pour recruter des sujets parmi la jeune génération.
M. Garneau se remit, avec plus d'ardeur que jamais, à l'étude. Il dévorait les livres. Or, à cette époque, les livres français étaient trèsrares, le Canada se trouvant sans relation avec la France. N'ayant pas toujours les moyens d'acheter les ouvrages qu'il lui fallait, il les copiait de sa main : c'est ainsi qu'il transcrivit tout son cours de belles lettres et de rhétorique
F. X. GARNEAU
et Boileau on entier. Outre ces travaux, il s'ap- 1 pliquait à l'étude de l'anglais, du latin et même de l'italien. Il étudia seul les classiques latins, et plus particulièrement, dit-on, Horace, dont il admirait le bon sens et le génie poétique si facile.
Son père demeurait alors dans une maison située au côté nord de la rue, Saint-Jean, non loin de l'église actuelle du faubourg. Les citoyens des environs ont gardé le souvenir des habitudes studieuses du jeune Garneau. Toutes les nuits, disent-ils, on voyait une petite lumière briller à une fenêtre de la mansarde : c'était la lampe de l'étudiant.
Voyages aux Etats-Unis et en Europe*
Depuis ses plus jeunes années, M. Garneau ne rêvait que voyages. Il brûlait surtout de voir l'Europe, cet Orient de l'Américain, comme il l'a dit lui même.
u Je grandissais avec le goût des voyages et de cette incessante mobilité qui forme aujourd'hui le trait caractéristique de l'habitant de l'Amérique du Nord. Si les circonstances ou la fortune ne me permettaient pas encore de parcourir ces lacs, ces fleuves grandioses que nos pères avaient découverts dans le Nouveau- Monde, de visiter cette ancienne France, d'où ils venaient eux-mêmes, je me promettais bien de saisir la première occasion qui s'offrirait pour accomplir au moins une partie de mes vœux, et aller saluer le berceau de mes ancêtres sur les bords de la Seine.
11 Pendant mon cours de droit, une occasion me permit de satisfaire une partie de mes désirs. Je la saisis avec toute l'ardeur d'un jeune homme de dix-neuf ans."
Voici quelle fut cette occasion à laquelle M. Garneau fait ici allusion. C'était au mois d'août 1828. Un Anglais atteint d'une maladie grave entra, un matin, chez M. Campbell, et lui /dit qu'il voulait entreprendre un voyage dans les provinces du Golfe et les* Etats-Unis pour améliorer sa santé, et qu'il désirait emmener avec lui, à titre de compagnon, un jeune homme intelligent, dout il paierait les frais de voyage. M. Campbell, connaissant les goûts de M. Garneau, le recommanda à ce voyageur qui l'accepta pour compagnon.
Ils partirent de Québec sur un brick de commerce nolisé pour Saint-Jean du Nouveau-Brunswick, descendirent le Saint-Laurent, et en passant par le détroit de Canseau, firent le tour de la Nouvelle-Ecosse, " cette ancienne Acadie, dont le berceaufut éprouvé par tant d'orages." De Saint-Jean, ils se rendirent à Portland et à Boston, d'où ils firent le trajet par terre jusqu'à New- York. Après un séjour de quelques semaines dans la capitale commerciale des Etats-
Unis, ils revinrent au Canada par la route d'Albany, Troy et Buffalo. L'activité et les progrès étonnants de la jeune république firent sur notre voyageur une impression qui ne s'effaça jamais, et dont on retrouve des traces dans son Histoire. il Les Etats-Unis," dit-il dans son Voyage, "sont destinés à devenir une Chine occidentale. En 1775, il y avait trois millions d'habitants; cette population a doublé huit foisdepuis (1854). A ce compte il y aura, vers 1925, deux cents millions d'habitants ; mais cet accroissement se ralentira probablement
" Buffalo, incendiée dans la dernière guerre, ne faisait que commencer à sortir de ses cendres. J'avais devant moi les eaux du lac Erié, une de ces mers douces qu'on ne trouve point dans l'ancien inonde. Je me hâtai d'arriver à la chute du Niagara, plus grandiose encore par la masse d'eau qui se jette dans un précipice d'un mille de largeur, que par la profondeur de l'abîme. . . . La longueur du lac Ontario, le plus petit de nos grands lacs, (60 lieues,) fait juger assez des proportions de la nature canadienne. Ces lacs, la chute de Niagara, le Saint-Laurent, son golfe, sont taillés sur le gigantesque, et conviennent parfaitement à la bordure colossale qui les encadre. En effet, d'un côté, au nord, ce sont des forêts mystérieuses, dont les limites sont inconnues; de l'autre, à l'ouest, ce sont encore des forêts qui appartiennent au premier occupant, anglais ou américain ; au sud, c'est une république dont le territoire excède de beaucoup celui de toute l'Europe; à l'est, c'est la mer brumeuse, orageuse, glacée, de Terreneuveetdu Labrador. L'infini semble régner sur nos frontières. "
C'est en faisant ces réflextions sur l'immensité de ces contrées, que notre jeune voyageur descendit le lac Ontario, sur lequel on fait usage du compas pour se diriger, comme sur l'Océan.
Il atteignit enfin Kingston, l'ancien Frontenac des Français, et rentra à Québec, après avoir parcouru une petite portion de cette Nouvelle- France d'autrefois ; " et cependant, dit-il j'avais fait près de sept cents lieues de chemin par terre et par mer. "
" Cette rapide excursion, dans laquelle j'avais traversé des nations à leur berceau, côtoyé des rives encore sauvages, circulé au milieu de forêts à moitié abattues, surtout entre Albany et Buf falo, forêts qui avaient abrité autrefois les barbares indigènes, ces indomptables Iroquois, dont on apercevait encore ça et là quelques fantômes décrépits, me donnait une vaste idée de l'avenir de ce nouvel empire jeté par Champlain sur la voie du temps. "
De retour de cette excursion, M. Garneau reprit son cours de droit, et fut admis à la profession du notariat en 1830.
Depuis quelque temps, il s'était mis à étudier l'histoire du Canada, alors très peu connue.
L'historien anglais Smith faisait encore autorité,
F. X. GARNEAU
et l'on sait jusqu'à quel point il dénature l'histoire. D'après lui, nos pères, dans leurs guerres contre les Anglais, avaient presque toujours été battus; et lorsque, d'aventure, ils avaient gagné la victoire, c'était grâce à la supériorité du nombre. Telle était alors l'intime conviction des Anglais. Pour eux, les Canadiens n'étaient que des vaincus.
M. Garneau avait tous les jours des discussions avec les jeunes clercs anglais du bureau de M. Campbell; parfois ces discussions devenaient très-vives. Ces questions-là avaient le privilège de Hure sortir le futur historien de sa taciturnité. Un jour que les débats avaient été plus violents que d'ordinaire :
—Eh bienl s'écria M. Garneau fortement ému, en se levant de son siège, j'écrirai peut-être un jour l'histoire du Canada ! mais la véridique, la véritable histoire! Vous y verrez comment nos ancêtres sont tombés ! et si une chute pareille
n'est pas plus glorieuse que la victoire! Et
puis, ajouta-t-il, what though the Jield be lost ? AU is not loss. Qu'importe la perte d'un champ de bataille: tout n'est pas perdu ! . . . Celui qui a vaincu par la force, n'a vaincu qu'à moitié
Bon ennemi x
De ce moment, il entretint dans son âme cette résolution, et il ne manqua plus de prendre note de tous les renseignements historiques qui venaient à ses oreilles ou qui tombaient sous ses yeux.
Cependant après avoir parcouru quelques parties de l'Amérique, le désir de voir l'Europe, à laquelle l'Amérique doit tout ce qu'elle est, augmentait chez lui à mesure qu'il voyait la réalisation de ce projet plus probable. Il se roit à faire des épargnes sur le peu d'argent qu'il gagnait chez M. Campbell : et ayant à la longue amassé la somme de quatre-vingts louis, il put enfin mettre à exécution son rêve chéri. Il fit voile de Québec pour Londres le 20 juin
" L'Europe, dit-il au commencement de son Voyage, conservera toujours de grands attraits pour l'homme du Nouveau-Monde. Elle est pour lui ce que l'Orient fut jadis pour ellemême, le berceau du génie et de la civilisation. Attsri le pèlerinage que j'entreprenais au-delà dtt mers avait-il, à mes yeux, quelque chose de Celui qu'on entreprend en Orient, avec cette différence que là on va parcourir des contrées d'où U civilisation s'est retirée pour s'avancer vers l'Occident, et que j'allais visiter, en France et ta Angleterre, cet Orient de l'Américain, des ptys qui sont encore au plus haut point de leur puissance et de leur gloire. Si ces contrées n'ont pas l'attrait mélancolique des ruines de la Grâce et de l'Egypte, elles ont celui qu'offre le spectacle de villes populeuses et magnifiques, au milieu de campagnes couvertes d' abon-
• Yen de lfitton dan* le Paradit Perdu.
dantes moissons. Enfin j'allais voir défiler, sous les bronzes de Hyde Park et de la place Vendôme, les fiers guerriers eux-mêmes dont ces monuments retracent si solennellement 1 ; histoire.
La traversée de l'Océan inspire à notre voyageur de graves pensfes, des rêves poétiques ; il charme Tes heures de loisir en lisant quelques poètes anglais. L'existence insouciante et vagabonde des marins, si bien décrite par Byron, lui fait songer à la vie aventureuse et romanesque des anciens voyageurs canadiens, nos intrépides coureurs de bois. " Quelle source de poésie que les courses et les découvertes de ces braves chasseurs, qui, s' enfonçant dans les solitudes inconnues du Nouveau-Monde, bravaient les tribus barbares qui erraient dans les forêts et les savanes, sur les fleuves et les lacs de ce continent encore sans cités et sans civilisation."
Un autre jour, enveloppé dans son manteau, appuyé sur un des sabords de la poupe, près du timonier, il s'amuse à contempler une tempête, et se laisse aller au ravissement en méditant sur l'intelligence courageuse de l'homme, qui parvient à dompter les farouches éléments.
Enfin après vingt-un jours de traversée, le navire entre dans Ja Manche, où il rencontre Une flotte anglaise en croisière, " les yeux fixés sur cette France révolutionnaire, qui venait encore de jeter un troisième trône aux quatre vents du ciel."
L'impression profonde que produisit sur M.
Garneau la première vue de la terre d'Europe, se retrouve encore dans les lignes émues où il parle de son arrivée.
Pendant son séjour à Londres, il eut occasion d'étudier avec soin le jeu des institutions anglaises j il assista régulièrement aux séances de la chambre des communes. Le temps était propice pour voir fonctionner ce grand corps. On était dans toute la chaleur des discussions sur le bill de réforme.
" J'avais hâte de pénétrer dans cette enceinte et d'assister à ses délibérations. Mon imagination, parcourant le passé, semblait y voir renaître ses grands orateurs et ses grands hommes d'état, les Pitt, les Fox, les Shéridan, et tant d'autres hommes illustres qui feront toujours la gloire de l'Angleterre."
Lorsqu'il assista pour la première fois aux communes, il fut un peu désappointé. Cette grande et longue salle garnie de bancs occupés
Î>ar quatre ou cinq cents membres, couverts de eurs manteaux et de leurs chapeaux, comme s'ils avaient été sur une place publique, fut loin de lui offrir le sepctacle imposant auquel il s'attendait.
Il entendit souvent parler O'Connell, lord John Russell, Stanley, Sir Robert Peel, Shiel, Hume, Roebuck. L'éloquence foudroyante du tribun irlandais l'éb1ouit\ Va» ^\^\w*s\sà^ Ns*
F. X. GARNEAU
regard, la voix, les geste, les idées, tout chez lui dénotait l'homme de génie. Lord John Ruseell lui parut moins favorisé de la nature.
M. D. li. Vi^er, député par la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada près le gouvernement anglais, se trouvait alors à Londres. M. Garneau voulut lui rendre ses hommages et fut reçu avec cette politesse exquise qui distinguait les hommes de l'ancienne société française et qui tend tous les jours à s' effacer de nos mœurs " sous le frottement du républicanisme et de l'anglification." M. Garneau était loin de soupçonner, en quittant M. Viger, qu'il allait bientôt être appelé auprès de lui pour lui servir de secrétaire pendant deux ans.
Cependant notre voyageur "avait hâte de fouler cette vieille terre de France dont il avait tant de fois entendu parler, et dont le souvenir, 6e prolongeant de génération en génération, laisse dans le cœur de tous les Canadiens cet intérêt plein de tristesse qui a quelque chose de l'exil.
Il débarqua à Calais Je 27 juillet et prit en diligence la route de Paris où un spectacle féerique l'attendait. On y fêtait l'anniversaire de la révolution de 1830. Descendu le soir à l'hôtel Voltaire, situé en face du Louvre, il fut témoin des dernières réjouissances qui couronnaient la fête.
"La foule était immense sur les quais des deux côtés de la Seine et dans le jardin des Tuileries. C'était un vaste torrent qui circulait en savourant les délices de son triomphe. Le spectacle que j'avais sous les yeux, avait quelque chose de magique. A mes pieds c'étaient les quais où se pressait cette foule mouvante, et la Seine où se réfléchissaient mille flambeaux;
plusieurs pont jusqu'au Pont-Neuf; à ma gauche le Pont-Royal, le pont et la place de la Concorde, le jardin des Tuileries, les arbres des Champs-Elysées, et dans le lointain l'arc de triomphe de l'Etoile tout rayonnant de lumières! Des lignes enflammées embrasant l'horizon de tous côtés, éclairaient toute cette étendue, et permettaient aux monuments de dessiner leurs grandes masses sur les ombres, tandis qu'à leur pied les rayons tombés des flambeaux, doraient la tête des promeneurs et faisaient étinceler les armes des patrouilles.
" Jamais pareil spectacle n'avait encore frappé mes yeux. Le ciel était enflammé. Des fusées de toutes les formes et de toutes les couleurs s' élevaient de tous les points de Paris. Le feu d'artifice du pont d'Arcole fut vraiment magnifique. On envoya un bouquet tricolore dont la tige embrassait toute la longueur du pont sur lequel on s'était placé, et dont la tête en jaillissant en l'air tomba à droite et à gauche en s' ouvrant en éventail.
" Je passai une partie de la nuit au milieu de ces enchantements. Le lendemain je m'éveillai
comme après un rêve de choses merveilleuses.
En rouvrant les yeux, j'aperçus devant moi la galerie du Louvre, ma chambre étant au second en face de ce palais, et je dus commencer à reconnaître la réalité du spectacle qui avait saisi mon imagination la veille. Je me levai pour aller admirer les jardins et les superbes édifices que j'apercevais de ma fenêtre. "
Après un court séjour à Paris, M. Garneau revint à Londres, comptant toujours retourner à Québec, dans l'automne, mais des complications nouvelles, survenues depuis sou départ, avaient apporté un surcroît d'occupations à M. Viger; et lorsque, le lendemain de son arrivée, M. Garneau alla frapper à son hôtel, l'agent diplomatique du Canada l'accueillit à bras ouverts et le retint auprès de lui en qualité de secrétaire. Sous le voile de timidité et de réserve du jeune homme, M. Yiger avait deviné, du premier coup d'œil, la haute et ferme intelligence, nourrie de patriotisme, qui devait plus tard doter son pays d'un de ses plus beaux titres de gloire.
M. Garneau accueillit l'offre du diplomate canadien comme une bonne fortune, et se hâta d'écrire à son père et à ses amis de' Québec' la cause inattendue qui le retenait en Angleterre.
" Je croyait mon pauvre père encore biea portant daus ce moment, mais une pleurésie x noua l'avait enlevé un mois après mon départ du Canada. Malheureux dans toutes ses entre* prises, il n'avait réussi en rien. Il emporta seulement avec lui dans la tombe la réputation d'un citoyen honnête et religieux, comme l'avaient été ses pères. "
Le secrétariat que M. Garneau. venait d'accepter était loin d'être une sinécure : les deux années qu'il l'occupa furent des années de travail sans relâche, du matin jusqu'au soir. Elles ne furent guère interrompues que par deux courtes visites à Paris et dans ses environs, en compagnie de quelques amis et de M. Viger, qui appréciant de plus en plus les qualités de son jeune secrétaire, lui avait accordé sa franche et cordiale amitié.
A Paris, il fit la connaissance de plusieurs hommes célèbres dans les lettres et dans les sciences. Il avait déjà été admis, pendant son séjour à Londres, dans la société de plusieurs célébrités anglaises et étrangères, entre autres de M. McGregor, auteur du meilleur ouvrage qui eût encore paru sur les colonies anglaises de l'Amérique du Nord, de madame Gore écrivain estimé en Angleterre, et du célèbre Roebuck, que Québec s'honore d'avoir dirigé dans les premiers sentiers de la vie intellectuelle, et dont M. Garneau trace un portrait plein de vérité et d'animation. " fier de voir que cette jeune plante se fût développée au soleil du Canada. "
1. Il est remarquable que ce soit la mémo maladie qui ait emporté le pore et le fil*.
F. X. GARNEAU
ît aussi admis dans les rangs de la Société aire des amis de la Pologne, dont Thomas bel), l'auteur du beau poëine anglais :
ï pleasures of Hope, " était président, et brmaient aussi partie le comte de Camperplusieurs autres membres distingués de la 3re des lords et de celle des communes et urs dames de distinction. Il s'y lia tié avec un savant polonais, le Dr. Schirma, a professeur de philosophie morale à l'unié de Varsovie, et connut une partie des s polonais, réfugiés à Londres après l'insur- •n malheureuse de leur patrie, l'année- prête. Il eut aussi occasion de connaître alors nd poète national de la Pologne, le vieux
Niemcewicz, le prince Czartoriski, le al Pac, ancien officier de Napoléon, ait quelquefois la main à la rédaction de la "Tht Polonia, '' publiée à Londres sous «pices de la Société.
jour dans une réunion de cette Société, il igulièrement frappé du respect qu'impose, irope, la supériorité intellectuelle. Outre lustrations polonaises qu'on vient de nomil y avait là des membres de la chambre rds et de la chambre des communes, des i«s de lettres, " O'Connell est annoncé, u'il fut introduit, tout le monde se leva anément, pour rendre hommage au grand ir, hommage qu'on ne rendit qu'à lui seul, l'avais vu que dans les communes, où je s entendu parler une fois ou deux. Je pus niner à mon aise, n'étant qu'à quelques de lui en face. Il était de grande taille et m proportion. Il avait la figure ronde, le etit et le regard pénétrant. Il portait un bleu boutonné jusqu'au menton, et une tfe noire, dont il roulait les bouts fort courts ent dans ses doigts. Il dut parler. Il se
Le geste, le ton de la voix, le langage innonçait le puissant orateur. Il affectait ononciation irlandaise. Son discours fut ludi. L'occasion n'exigeait pas un grand ►iement d'éloquence ; mais, lorsqu'il parla oalheurs de l'oppression, sa voix prit ce re presque tremblant, ses yeux prirent cette ission de douleur et de vengeance que je plierai jamais.
je prince Czartoriski avait déjà atteint la lantaine en apparence. Il était d'assez i taille, et sa figure, plus longue que large, Dçait l'homme qui a pris son parti sur les 8 de la fortune. Il n'en était pas de même énéral Pac, comte polonais et ancien codans les armées de Napoléon j c'était un ne de taille moyenne, qui portait sur sa ) à la fois la résolution du soldat et la see de l'exilé. Son magnifique palais de :>vie, tous ses biens, qui étaient considés, avaient été confisqués, comme ceux du e Czartoriski et de tous les autres patriotes. Cewicz, génie d'un ordre supérieur, sem-
blait moins abattu que see compatriotes, et en même temps plus avancé qu'eux dans l'intimité de leurs hôtes ; mais cela était dû probablement à sa réputation littéraire. Le prince Czartoriski était l'ami intime du comte Grey."
La vue de ces illustrations littéraires et politiques augmenta en M. Garneau le goût des lettres, et le rendit plus sensible au sort qui menaçait ses compatriotes, frappés par la conquête comme les Polonais qu'il voyait pleurant leur patrie sur une terre étrangère.
Dans une solennité funèbre, célébrée le jour anniversaire de la prise de Varsovie, en l'honneur des braves et infortunés Polonais tombés sous le fer des Russes dans cette fatale journée, M. Garneau fut invité à mêler sa voix aux accents de deuil des exilés, et il lut une pièce de vers qui décèle un beau talent poétique, et qui est surtout remarquable par son énergie. Elle commence ainsi :
'< On nous disait : Son règne recommence, La Liberté partout renverse les tyrans ;
Comme l'éclair, on voit briller sa lance, Qui dans leurs chars poursuit les monaraues errana. Le guerrier de Warsaw sur son coursier fidèle,
Pour ni patrie a ressaisi son dard ; Et déjà le clairon résonne en la tourelle
Où sommeillaient les satrapes du Czar."
Cependant la situation précaire où la mort de M. Garneau, père, avait laissé sa veuve, et la santé de celle-ci toujours chancelante depuis cette douloureuse époque, faisait souvent tourner à son fils des regards d'anxiété vers le* Canada. Sa pauvre mère lui demandait de revenir au printemps, s'il voulait la voir encorevivante. Il résolut donc de se rendre à ses vœux. D'ailleurs la mission diplomatique de M. Viger tirait à sa fin.
Il s'embarqua le 10 mai 1833, par une délicieuse journée du printemps qui semblait lui promettre uue traversée rapide et heureuse.
Mais il n'était en mer que depuis trois ou quatre jours, lorsqu'une tempete furieuse assaillit lenavire et dura presque toute la traversée. Les vents toujours contraires lui firent presque perdre l'espoir de jamais revoir sa chère patrie.
Dans le récit de son voyage écrit vingt ans après, on entrevoit en cet endroit un souvenir d'illusions perdues qui assombrissait son âme.
Au milieu des mélancoliques réilexions qui tombent de sa plume, il laisse glisser un tendrereproche à son pays qui l'a si longtemps oublié.
** L'ennui me prenait au milieu de cette orageuse immobilité. L'image du Canada m'apparaissait comme ces mirages trompeurs qui flattent les regards du voyageur au milieu du désert. Je voyais la fortune, l'avenir, le bonheur au delà des mers, datns cette sauvage contrée où l'espérance avait autrefois conduit mes ancêtres; vain songe que les événements, se sont plu ensuite à démentir en détail."
32 F. X. GARNEAU
Enfin cinquante jour* après son départ de faire copier tous le? documenta qu'ils pourraient
Liverpool, le 30 juin, il mettait pied à terre à désirer concernant leur histoire. Québec, et se jetait dans les bras de .sa mère. 1 Le premier volume de V Histoire du Canada
jjj # parut à Québec en 1845.
L'année précédente, M. Garneau avait obtenu
Divers écrits de M. Qarncau,-Son UiHoire du ] a p ] ace <le gre tfi er ,1g j a c ité de Québec, qu'il a
Canada. occupée pendant vingt an p. Depuis ce jour sa
A son arrivée, M. Garneau essaya d'exercer vie fi ' est écoulée sans aucun incident remar-
sa profession. Il fut un an associé avec M-. quable, entre les paisibles devoirs de sa charge
Besserer alors membre de la Chambre d'Assem- et le8 veillée8 solitaires de ses études historiques, blée. Quelque temps après, il entra comme Peu de temps après l'apparition de son premier
comptable dans une banque j mais il n'y fit que volume d'histoire, M. Garneau fut informé par
passer. Cette riche nature s'accommodait mal le Dr. O'Callaghan, ancien membre de la
de l'aride besogne des chiffres. Il secoua la Chambre des députés du Bas-Canada, et réfugié
poussière du comptoir, et obtint une place de politique à Al bany depuis l'insurrection de 1837,
traducteur à la Chambre d'Assemblée. que l'état de New- York avait obtenu une copie
Dans ses moments de loisir, il continuait de la correspondance officielle des gouverneurs
toujours de se livrer à ses occupations favorites, et des fonctionnaires publics de la Nouvelle-
les études littéraires, chérissant dans le modeste France depuis sa fondation jusqu'au traité de
silence du cabinet cette indépendance de l'es- paix de 1768. M. Garneau se rendit à Albaoy
prit sacrifiée si souvent sur la scène politique. 3 et obtint l'autorisation de compulser ces précieux
fjg fllt VÊTS Cette fir>OOU6 /-.ii'Il «x..1v1?« .1.. 1__ iinnumAnt^ of <1'oii foira f)aa avivaîto 1 .ex T\r
journaux plusieurs pièces
Ce fut vers cette époque qu'il publia dans les documents et d'en faire des extraits. Le Dr.
urnaux plusieurs pièces de poésie fugitive, O'Callaghan, très-versé lui-même dans l'histoire
qui ont été en partie recueillies par M. Huston «le l a colonisation de l'Amérique du Nord, était
dans son Recueil de Littérature Canadienne, à J a veille de publier sa savante Histoire de la
imprimé à Montréal en 18-iS. Nouvelle-Hollande.
Ces poésies respirent, en plusieurs endroits, A l'aide de ces nouvelles recherches, M. les .sentiments qui l'animaient au sujet de la Garneau put faire paraître le second volume de nation dont il devait bientôt entreprendre d'é- sou ouvrage en 134G, et troisième en 1848, crire l'histoire. conduisant l'histoire du Canada jusqu'à Téta- On peut citer parmi les plus remarquables: blisscment du gouvernement constitutionnel en Les Oiseaux Blancs, L'Hiver et Le dernier 171)2. Hwron. Ces t ravaux fiur ] e Canada réveillèrent l'atten-
qui a inspiré ces lignes à M. de Gaspé dans
r, i.* !• i n . , , . ses Anciens Canadiens : " Vous avez été long-
Ce fut d'abord le souvenir de ses relations avec tenips méconnus, mes anciens frères du Canada !
les hommes de lettres de Londres et de Paris qui V ous avez été indignement calomniés ! Honneur,
1 engagea a continuer, avec plus d'ardeur et de cent fois honneur à notre compatriote, M. Gar-
perseverance,! ses recherches sur les annales neaU| qu i a déchiré le voile qui couvrait vos
historiques du Canada. exploits! Honte à nous, qui au lieu de fouiller
m Mais ce ne fut qu en 1840, qu'il commença a les anciennes chroniques si glorieuses pour notre
écrire son Histoire. race> nou8 contentions de baisser la tête sous le
On n avait encore dans le pays, que des repr oche humiliant de peuple conquis qu'on
publications incomplètes sur ce sujet. En quit- nous jetait a la face a tout prop08 , » *
tant le Canada, les Français avaient emporté A * * • x u j %r
avec eux toutes leurs archives, toute leur corres- n A P^t certaines réserves, l'ouvrage de M.
pondance officielle et politique qui resta oubliée £ arneau fut^en accueilli au Canada et en
même en France jusqu'à ces dernières années. f Q ra 2 ce? ^. Nouvelle Berne Encyd^^e à f
Les Etats-Unis sont les premiers qui probable- 1847, publiée à Paris par FirminDidot, impn-
ment en ont rappelé le souvent L'état de meurd K i ^^ de * rance > eû fit ™ ra PP<>rt
New-York et celui de Massachusetts obtinrent îa y° raDle ; .*-.,.
de Louis-Philippe la permission de faire faire Cependant M. Garneau ne. cessait point ses
des recherches dans lefarchives de France et de recherches et les travaux qui étaient devenue
— __ l'objet exclusif de ses études. Une nouvelle
1. Les détails qui précèdent gur les Voyages de M. , „ . . ,. „. . . .. . A
Garneau, ne sont qu'une courte analyse du récit qu'il l \P> e ?J ° n " enx ** to J'mp»*» qu'avait faote
•n a fait lui-même, et qui offre des pages pleines d'in- S* * •?** * d T* 6 ™» 1 ho ? n "" Im , P*™ «™?«!*
♦éréL MM * Papineau et Motid, la lecture de VBùUnr* du
• „ . . . „ .. . Canada, alors qu'une partie de l'ouvrage était enoore
S. Jtépertotre NaUonal. ^ pmse; On voit que, des l'abord, Ui avaient été
F. X. GARNEAU. 33
collection de documents'liistoriques avaient été Histoire de France, Henri Martin, qui fait cette
acquise par le Canada. AI. Garneau prit la réflexion touchante en prenant congé de notre
résolution de publier une seconde édition de son auteur :
ouvrage, revue et corrigée d'après ces nouveaux li Nous ne pouvons quitter sans émotion cette
manuscrits authentiques, et les Chambres lui Histoire du Canada, qui nous est arrivée d'un
votèrent pour cela une allocation libérale, autre hémisphère comme un témoignage vivant
(£250). L'auteur termine son récit à l'acte des sentiments et des traditions conservés parmi
d'union des deux Canadas. (1840). les français du Nouveau-Monde après un siècle
Cette édition qui parut en 1852, fut encore de domination étrangère. Puisse le génie de
mieux aecueillie que la première. La Revue notre race persister parmi nos frères du Canada
des deux Mondes et le Correspondant de dans leurs destinées futures, quels que doivent
Paris lui consacrèrent deux longs articles, l'un être leurs rapports avec là grande fédération
écrit par M. Pavie et l'autre par M. Moreau, anglo-américaine, et conserver une place en
tous deux écrivains distingués. L'ouvrage de Amérique à l'élément français." x
M. Garneau y fut apprécié de manière à faire Une troisième édition de V Histoire de M.
honneur et à l'écrivain et au jeune pays qui Garneau a été publiée en 1859. Un anglais,
pouvait fournir déjà de si iotéressantes annales. M. Bell, en a donné, en 1860, une traduction
La Revue américaine du Dr. Brownson, pu- as^ez médiocre et souvent incorrecte,
bliée à Boston, reçut l'ouvrage avec la même M. Garneau a encore publié, dans le Journal
faveur. de Québec, en 1855, un Voyage en Angleterre
Les historiens français et américains ont ren- et en France, qu'il avait d'abord eu l'intention
du pleine justice à l'exactitude de l'auteur et à de réunir en un volume. Mais il jugea ensuite
la largeur de ses vues, en le citant souvent cette œuvre trop imparfaite pour lui donner
dans leurs récits, tels que MM. Ferland, 1 Ban- cette forme définitive. Les fragments les plus
croft, 3 Parkman, 3 Sargent, 4 O'Calhi^han, c Ka- intéressants en ont été publiés dun.s le Foyer
meau, 6 Dussieux, 7 et surtout, dans sa grande Canadien, dont M. Garneau était un des colla-
bbrateurs.
frappés do ce qui fait le caractère saillant do l'œuvre de
M. Garneau, la hauteur des vues. — ~— "
Montréal, 22 janvier 1845. !• En 1S62, M: Henri Martin adressait à l'auteur de
Cher Monsieur* l'Histoire du Canada uno lettre où l'on trouve quelques
t- ~*..,i.. n ;. ^v„„«;« „«„» /&»..;,.,* ™«;«„ :^ i„ i,/»*- ««... remarques du plus haut intérêt, sur l'influence quo
Je voudrais pouvoir voue écrire moins a la hâte, pour „,. x ... x * .,,,, . .. ' „ . . , ,* ,
i- •» • £.1, »• c -^ j m * j ',- sont appelés a exorcer l clément trancai?, et en général.
tous exprimer combion j'ai été satisfait do Vlntroduc tion . l ' , ,. . x . , ^ y » î? " J
? ... r n- i» î les races latines on Amena uo. £nous sommes heureux
de votre Histoire, que vous avez bien voulu me eommu- , . fc ".*" a ««««««i «• * ««• «>« » «»« ^
«;«.,». v .««, ~«„« «i«„«„ a*. \>~u n -A à „« , «;«f ,i« „«„ de pouvoir citer cette autorité imposante à l'appui des
niquer. Vous vous placez des labord a un point de vue . r .. „ - . . , r .. , rr * .
u2~a „„; nmmA f „„« „^„«^« „M-i5fX «f «« i m ,«*« Q « observations quo nous faisions dans un article récent
élevé, qui promet une ^ande utilité et un immense nllMiymlft S w Canadien, sur Le Mouvement lit-
remarques du plus haut intérêt, sur l'influence quo sont appelés à exorcer l'élé les races latines on Ainérh de pouvoir citer cette aut observations quo nous fai
intérêt ; je suis sûr que l'ouvrago tiendra ce que promet P, • , , *?y tr t/ " n ^.*:««
U~-Ae'i. \r~iix ^«„- i« f~~j m nu n „ Mni ? * s „.;«„* téraire au Canada, et ou nous parlions de la vocation
préface. Voua pour le tond. M. Unauveau. qui vient , , » * » /■ • * j i ~* ~ •«.*
ii»^ u. «n» M «L ;« nJ m »..™. ♦..«..«s.-» «f ,i««* ;i de la race française en Amérique, et delà nécessité
do lire les pages q ue vous m avez transmises, et dont il ,, y. v ,. ,,, w * . ' . , .
.■. .„ .^ *?.,*-}*. «... „«« MA .»; A s rk„xvw*« «« «»* *-\ a d'onpo?er une digue a " l'élément anglo-saxon, dont
avait au reste déjà vu une partie a Québec, en est très- , #1 : r B , ... a ° , .'» fc
satisfait Je verrai l'ami Parent à la première occasion. i'^^T^T 1 ^ mfl , uenc ,! «-normale doivent
Quant à la forme, les chapitres distincts, quo vous an- ôtr ° b , al f nc *°*> de même qu'en Europe, pour le pro-
nonces, faciliteront beaucoup la lecture profitable de " « rès do la civilisation.»
l'ouvrago. Continues, et vous ne pourrer manquer do Monsieur
faire un ouvrage digne du nom canadien, et de passer '
avec lui à la postérité, si vous y comptez J'avais été heureux, il y a quelques années,
A. N. MORIN*. rï° trouver dans votre livre non-seuloment des informations trèj-i m portantes, mais la tradition vivante, le sen-
Montrkal, 26 février 1850. timent toujours présent de cette France d'outre-mer qui
Hoir Cher Monsieur, est toujours restée française do cœur, quoique séparée
J'apprends avec plairir que vous reprenez aveo ardeur de la mère-patrie par les destinées politiques. Jo n'ai
la continuation de votre beau travail sur l'histoire du fait que m'acquitter d'un devoir on rendant justioe à
paya* Couronnez l'œuvre par le même amour de la vos consciencieux travaux. Puissent ces échanges
vérité historique, la même diligence à la chercher, la d'idées et do connaissances entre nos frères du Nouveau-
même indépendance à l'énoncer, et le même talent Monde et nous se multiplier et contribuer à assurer la
d'écrivain : vous aurez rempli une tâche éminemment persistance de l'élément français en Amérique 1 A part
utile au pays, et qui vous fait déjà infiniment d'hon- nos sympathies nationales, à nous autres, il y a un
Aanr grand intérêt do civilisation à ce que l'élément anglais,
L. J. PapineàU. de prépondérant, ne devienne pas unique du pôle nord
jusqu'à l'Isthme, et n'absorbe pas totalement los élé-
1. Court d'Hiitoire du Canada. ments français et hispano-indien. La variété est le