B. LIVERNOIS
lusieurs personnes ont remarqué avec peine les feuilles publiques n'ont fait presque aue mention du nom de notre artiste-photograjue, M. J. B. Livernois, à l'époque de sa rt. On ne peut nier cependant, qu'outre le rite d'avoir accru, avec des moyens limités, portance de son établissement, il n'ait rendu services réels par son art. La liste considée des monuments historiques, dont il n'exisqtfe de rares copies exposées à se perdre ou ■re détruites, et qu'il a tirée de l'oubli et mise . portée de tout le monde, en est la meilleure ive. Il suffit de nommer la précieuse colion des anciennes vues de Québec, prises es le siège de 1759, et qui olfrent une si in- !8sante physionomie de notre ville à cette que; celle de tous les Evêques du Canada, s compter une foule d'anciens portraits exnement rares, de vieux manuscrits et d'anme9 cartes géographiques d'une valeur inapciable.
je zèle éclairé de notre habile photographe ir la conservation de ces reliques du passé d'autant plus digne d'éloge qu'en y travailt, il n'avait pas en vue la spéculation, mais mour de l'art ; et que non-seulement il s'y i8acrait avec ardeur, mais que plus d'une fois ' fit des sacrifices réels.
En présence d'un mérite aussi incontestable, ftrait injuste, croyons-nous, d'être entièrement Mieux de sa mémoire. D'ailleurs il y a de l'in- 'êt à connaître par suite de quels incidents, de el enchaînement de circonstances et de vicisadee, par quelle puissance d'activité et de toute, un homme d'une faible éducation et 18 fortune, est parvenu, avec sa seule énergie, sréer un des meilleurs et des plus florissants *liers photographiques du Canada, et à acérir des connaissances remarquables dans son •
Tel est le motif qui nous engage aujourd'hui "éparer l'oubli dont il a été l'objet à l'époque 8a mort, et à lui consacrer ces quelques ûes de notice avant que l'anniversaire de •te date soit expiré.
Jules Livernois est né à "Longueil, le 22 oc- >re 1830, d'une famille de cultivateurs aisés fort respectables. Ses parents lui donnèrent e éducation commerciale, et le destinaient à Arasser l'état de cultivateur, comme ses "eej mais le caractère énergique et mobile du tae homme, son esprit vif et pétulant, son 9oiu d'activité et d'entreprise, lui inspiraient dégoût invincible pour ce genre de vie paille et monotone. 11 dit adieu à la maison
paternelle, et descendit à Québec où il s'engagea en qualité de commis dans une maison de commerce.
Dès qu'il y eut fait quelques épargnes, et qu'il se fût initié aux affaires, il songea à s'établir. Il se maria en 1849, et vint se fixer, l'année suivante, à Saint-Zéphirin, près de la Baie du Febvre, où il ouvrit un magasin^ Mais il s'aperçut bientôt qu'il ne ferait que végéter dans cet endroit isolé et sans mouvement, et jeta les* yeux du côté de Richmond, dans les cantons de l'est, vers lequel la construction du chemin de fer du Grand-Tronc dirigeait un courant de population et de commerce considérables. Il y construisit une grande boulangerie et ouvrit un vaste magasin.
Il n'avait alors que vingt ans. Tout alla d'abord à merveille; les affaires augmentaient rapidement, et dans la même année il établit deux autres magasins sur la ligne du chemin de fer. Il put alors satisfaire amplement son besoin d'activité et de travail: ses divers établissements, situés à une grande distance les uns des autres, étaient difficiles à surveiller, et il était jour et nuit sur le chemin, n'épargnant ni veilles ni fatigues, pour faire face à ses nombreuses occupations et mettre à profit toutes les chances de succès. Il avait déjà réalisé de beaux bénéfices, lorsque la disparition des entrepreneurs du chemin de fer et la malhonnêteté • de quelques-uns de ses employés vinrent faire crouler tout à coup ses espérances. Il tomba anéanti, lorsqu'il vit. se dresser devant lui le spectre hideux de la banqueroute. Découragé et voulant cependant à tout prix ne rien faire perdre à ceux qui, confiants dans son honorabilité, lui avaient fait de grandes avances, il prit la résolution de s'expatrier pour aller chercher à 1* étranger les moyens de rétablir son nom au Canada.
Il embrassa ses enfants, e' arracha aux pleurs de sa femme et se dirigea vers New- York où il s'embarqua, le 24 Octobre 1853, sur le steamer Illinois en destination de la Nouvelle- Grenade.
Dans toute autre situation d'esprit, cette longue navigation eût été pour lui une jouissance ; car jusqu'au moment de l'arrivée, un temps su-, perbe favorisa sans cesse la marche du navire. Après avoircotoyé tout le littoral des Etats-Unis, reçu le baptême du tropique en traversent le Golfe mexicain, longé toute la côte de l'Amérique méridionale, et cette terre mystérieuse et inexplorée de la Patagonie, ils doublèrent sans danger le Cap Horn et la Terre de F<w^ ^ ^sx-