‹ Biographies canadiennes (volume 2)Chapitre 97 sur 196 · ICI REPOSE · texte numérisé non relu

ICI REPOSE

pour vivre dans la mémoire des deux mondes

Louis -Joseph de Montoalm Gozon

Marquis de Saint-Véran, Baron de Gabriao

Commandeur de l'Ordre

de Saint-Louis

Lieutenant-Général des armées de France

Citoyen et militaire distingué

N'ayant jamais désiré autre chose que

la vraie gloire

Bien doué d'esprit et bien servi par

les lettres ayant gagné tous ses grades.

par des succès constants

Habile dans la science des armes, à profiter

des circonstances et à éviter

les malheurs

S'étant montré grand capitaine en Italie,

en Bohème et en Allemagne

Ayant toujours accompli sa tache de façon

à se montrer digne, d'en accomplir

do plus grandes

Alors qu'ayant affronté mille dangers

Il fut envoyé pour défendre la Province

du Canada A la tête d'une petite troupe il a souvent

repoussé des ennemis nombreux

S'est emparé de leurs forteresses défendues

par des hommes, munies d'un fort

matériel

Endurci au froid, à la faim, aux veilles, patient

dans les travaux, oublieux de lui-même

soigneux de ses soldats

Ennemi redoutable, vainqueur magnanime

Sachant trouver dans sa valeur une compensation

aux coups de la fortune, dans son habileté

et sa promptitude, le supplément

aux moyens faisant défaut

Pendant quatre ans il a retardé par ses

conseils ot sa bravoure la chute

de la colonie

Enfin après avoir déjoué pendant longtemps

les projets d'un capitaine actif

et intrépide,

eommandant d'une armée

nombreuse, aidé d'une flotte chargée

d'ajumuiûtoma ta Vroto& rotai

J. B. IIVERNOIS.

subir un travail de dix-sept heures par jour, fatigue bien au-dessus des forces d'une constitution faible et ruinée par la maladie, jfl était cependant encore loin d'être au bout de ses traverses ; de Panama, il lui fallait franchir l'isthme à pied, sous un ciel en feu, par des montagnes qui touchent aux nues, coupées de torrents, de savanes, de précipices qui semblent infranchissables.

Il se joignit à une troupe de mineurs qui s'en revenaient au Canada. La chaleur était si intense qu'ils furent obligés d'ôter leurs chaussures et de garder le moins de vêtements possible. A la nuit tombante, ils firent halte et campèrent au pied d'une touffe de bananiers, de platanes et de palmiers qui croissaient au fond d'une gorge de montagne, où les mêmes appréhensions qu'il avait déjà éprouvées dans ces parages — le voisinage des bêtes féroces, des reptiles, des alligators, les cris effrayants des singes hurleurs ou carapas qui se répondaient en chœur de tous les points de l'horizon,, et plus encore le danger d'être attequé par les Indiens qui, la semaine précédente, avaient surpris et volé une caravane de mineurs, dont quinze avaient été tués, — l'empêchèrent de clore l'œil une partie de la nuit. Mais enfin accablé de lassitude, il s'endormit d'un sommeil de plomb sur le sol humide et sous une pluie de rosée glaciale et malsaine.

Chaque voyageur devait faire le quart à tour de rôle à chaque heure de la nuit ; mais ses comrjagnons, prenant en pitié sa faiblesse, le laissèrent dormir jusqu'au jour. Cette bienveillance lui fut fatale, car pendant ce sommeil prolongé, le froid humide le saisit et redoubla les douleurs névralgiques dont il avait déjà ressenti les premières atteintes.

Le lendemain, à peine le soleil levant avaitil dissipé les brouillards de la nuit et éclairé de ses rayons vermeils la cime des palmiers et des cocotiers dont les parasols gigantesques s'étendaient au-dessus de leur tête, que nos voyageurs ^étaient sur la route, gravissant les pentes escarpées, arrêtés sans cesse dans leur marche pénible, par les buissons, les cactus, les aloès et les mille plantes rampantes et grimpantes que la nature intertropicale prodigue avec une exubérance dont la végétation de nos forêts primitives ne peut nous donner qu'une idée imparfaite.

Ce fut la journée la. plus pénible du voyage ; car l'atmosphère était devenue une vaste fournaise que les rayons du soleil équatorial tenaient dans une continuelle ébullition.

Malgré les excessives fatigues de la marche, le futur photographe, admirateur passionné des beaux paysages, des sites pittoresques, ne pouvait s'empêcher de s'extasier devant les sublimes prespectives qui s'étendaient à chaque pas devant lui, à perte de vue, à travers les déchirements de la charpente montagneuse.

A côté des pics dépouillés, arides, battus des vents, se déployait toute la magnificence végé-

tale, des mamelons richement boisés, des lées comblées de verdure, à l'extrémité quelles s'ouvraient de larges échappées p l'œil plongeait au loin jusqu'à l'Océan j que, de gracieuses collines, d'immenses ch de gazon chatoyant de lumière, où to yaient des bandes de cigognes, de hérons b et de llaming08 dans l'azur du ciel le plu et le plus éclatant. Ça et là des lacs lim; aux bords tapissés de joncs touffus, o riches graminées au-dessus desquelles bou naient des myriades d'insectes, et ver voltiger et se poser les colibris étinct comme des rubjs et des topazes; — le Ion.

iilets d'eau, des essaims de papillons innoi ble.s, qui formaient comme des nuages m< d'azur, de jxmrpre et d'or. Plus loin dai bavanes, des troupes de caïmans, baillai soleil et montrant leurs longues rangées de et leurs écailles ternes et rugueuses.

Vers trois heures de l'après-midi, ils a rent à Spinner Station, terminus temp du chemin de fer de Panama, alors en truction. Un voyageur, par une complai inespérée, lui prêta la somme de douze pif pour payer son passage dans les chars, h à Aspinwall, écrasé de fatigue, il put à se traîner jusqu'à l'hôtel Franklin, où il s 1 dit dans un coin sur le plancher nu, inca de faire un mouvement, et à demi-mort de france.

Le North Star partait le lendemain New-York : il se présenta à bord et dem au capitaine une place quelconque. Le taine lui répondit qu'il n'y en avait ph libre. Alors, plutôt que de reeter en an il s'offrit de faire l'ouvrage de deux mate il fut accepté.

Ce fut alors une lutte désespérée enti force de sa volonté et sa faible charpente faire face à des occupations incessantes. \ ces du travail fit éclater la terrible maladi nerf qu'il couvait depuis plusieurs mois. 1 il touchait au terme de son long voyag vainquit la douleur, soutenu par l'espéram revoir son pays et sa famille.

A peine était-il débarqué à New- York, prit la route de Québec, où il arriva dans tomne de 1854.

A quoi lui avait servi ce long exil auqï s'était condamné dans une heure de décc gement? Une année de perdue sans ai fruit, une santé délabrée pour le reste d< jours, plusieurs années de vie de moins, el difficultés plus grandes pour gagner sa v celle de sa famille.

Voilà cependant l'histoire d'un grand i bre d'infortunés compatriotes qui, chaque née, abandonnent si imprudemment leur pay vont grossir le flot des Canadiens errants.

Ah 1 si ce nouvel exemple, si ce récit des nuis, des dangers, des misères de l'exil, quen

J. B. LIVBRN0I8.

4fr

avons rapporté en détail, à dessein, pouvait du moins en convaincre quelques-uns de la folie qu'ils commettent en s' expatriant volontairement, pour aller courir après une fortune qui les fuira presque toujours, et qui, si elle leur sourit parfois, ne leur rendra jamais, sur une terre étrangère, la douceur et les charmes du ciel natal, ce premier des biens de la vie, et le regard sympathique de leur concitoyens.

Livernois essaya d'abord plusieurs branches d'industrie, entre autres un commerce de librairie,

?ui ne lui réussit pas. Il put cependant remplir engagement qu'il avait pris via-à-vis de ses ou- Triexs californiens. Ce fut à l'acquittement de cette dette, regardée par lui comme sacrée, qu'il employa les premiers deniers qu'il toucha.

Il se tourna enfin vers la Photographie, dont il avait déjà acquis quelques connaissances.

Cet art si merveilleux venait de faire un pas immense par la découverte de l'impression photographique sur papier.

Il se mit à l'étudier sérieusement, tout en faisant de cette profession un moyen de subsistance. Le peu de ressources dont il pouvait diaposer lui créa des obstacles sans nombre, avant qu'il pût obtenir un succès définitif. Mais enfin après lien des essais, des tâtonnements, des tentatives

■ infructueuses, il parvint à acquérir une habileté

■ remarquable, et à monter un atelier égal sinon . rapérieur à tout ce qui existait £n ce genre au 1 Canada.

t . Cependant, la photographie n'eût été pour lui, r comme pour bien d'autres, qu'un métier, s'ij [ n'avait eu l'intelligence d'en relever la pratique : par des recherches plus désintéressées. Il se mit avec ardeur à la poursuite de tous les tableaux, portraits, vues, gravures, peintures antiaueequi pouvaient offrir quelque intérêt. C'est ainsi qu'il a acquis un mérite réel en popularisant une foule d'objets précieux, ensevelis dans k poussière, exposés à périr, et dont il a assuré ; b conservation.

. Cette belle collection, qu'il eût été naguère im-

possible de se procurer, se trouve maintenant dans les albums de tous les amateurs.

En 1863, il fit un voyage en Europe pour achever de se perfectionner dans son art et se mettre à la hauteur de tous les perfectionnements photographiques, en même temps que pour rétablir sa santé toujours miuée par la maladie. Il visita l'Angleterre et l'Ecosse et séjourna quelque temps à Paris. L'ennui de sa famille lui fit cependant abréger son séjour. Il vint prendre la mer à Live^aool ; mais toujours poursuivi par sa malencontreuse étoile, il faillit périr dans la traversée.

Une tempête furieuse, qui dura deux jours et trois nuits, mit en pièce et emporta toutes les* hautes œuvres du vaisseau. L'eau inondait toutes les cabines ; et les matelots ne fournissant plus aux pompes, le navire menaçait de sombrer.

Il crut, pendant quelque temps, ne plus revoir sa famille ; mais le matin du troisième jour, la tempête se calma j et le reste de la traversée se fil sans accident.

La joie de revoir les siens fnt de courte durée, car sa santé qui s'était beaucoup améliorée pendant le voyage, s'affaiblit avec une rapidité effrayante.

Les médecins lui conseillèrent de se rendre à Florence, dans les Etats-Unis, pour s'y soumettre à un traitement. Il partit, mais au lieu du rétablissement de sa santé, il reçut, de la part des médecins, l'annonce d'une mort prochaine.

Il est revenu mourir dans sa famille, le 11 octobre 1865.

Citoyen honnête et religieux, époux et père chrétien, caractère intègre et affable, son modeste mérite est aussi digne d'éloge que bien d'autres plus retentissants, mais dont la source est souvent moins pure, et le cours moins rempli.

L'oubli complet qui a accompagné sa mort devait être réparé; et cette courte notice, qui offre plus d'une leçon, n'est qu'une œuvre de justice.

Québec, février 1866.

G. B. FARIBAULT

Lorequ'en étudiant l'histoire des premiers

temps du Canada, quelqu'un de ces intrépides] infatigables, qui ont écrit :

res immortels sur les vastet

voyez les avec la seule

grandes choses qu'ils ont accompli ressource de leurs bras; les villes qu'ils oui fondées, et qui s'élèvent aujourd'hui florissantes et pleines d'avenir, à l'endroit même où ils ont donné le premier coup de hache dans la forêt ; les campagnes fertiles, les champs couverts oujourd'hui de gerbes d'or, là où ils ont tracé le premier sillon,— vous levez la tête avec une noble fierté ; car cet homme, ce héros, — lecteur canadien, — c'est votre ancêtre.

Vous admirez son utile et vaillante existence, vous tressaillez au récit de sa vie de dévouement, de ses coups d'éclat; plus d'une fois vous avez arrosé de larmes brûlantes la page qui les retrace. Mais ccl!.!: pass- olle-mêiiie qui les immortalise, cette page d'histoire sans laquelle ils seraient restés ensevelis dans l'obscurité et l'oubli, n'est-elle pas, elle aussi, un champ fertile, ouvert par d'antres défricheurs, non moins infatigables, dans la patrie de l'intelligence? Savez-vous ce qu'elle a coûté de sueurs, de ' vail opiniâtre, de recherches pénibles, ai de porter cette moisson de gloire qui fait votre orgueil ï Avez-vous compté combien de vi " sont usées sur les vieux parchemins, les nuscrits poudreux, d'où elle est sortie radieuse avec la couronne de lauriers qu'elle au front de nos aïeux ?

Notre peuple ne date que d'hier, et déjà il compte toute une génération de ces martjs di la science. Honorons l'héroïque, fondateur 1 défricheur intrépide, les hardis pionniers qui on fait notre patrie si riche et si belle ; c'est un d( voir sacré. Mais n'oublions pas le savant me deste, l'archéologue laborieux, ces travailleur sans trêve, qui nous ont fait connaître leur noble histoire, qui l'ont conservée pour l'avenir. Il sont les fondateurs de la patrie intellectuelle comme les premiers sont les défricheurs de ne forêts.

Car la patrie n'est pas seulement ce sol que nous foulons aux pieds, et ce pan du globe que noue habitons.

Comme chaque individu qui la compose, la nation est formée d'une intelligence et d'un corps ; elle a une patrie dans te monde intellectuel, comme dans le inonde de l'espace. Son

existence n'est pas complète, tant qu'elle n'a pu conquis sa place dans la sphère des intelligence* Honneur donc à ces chercheurs persévérant!

tous ont (rayé la route vers cette seconde patrie !

"ar un glorieux privilège, la famille Faribault,

pie dans ton sein un représentant de chacun

es deux types canadiens, que nous venons

nettre en parallèle : le pionnier de la science

et le pionnier de la forêt, l'homme de pensée et

l'homme d'action, l'archéologue et le fondateur

de villes.

Ce sont ces deux beaux caractères que noitl avons mis en regard dans cette biographie. '

Nous n'avons pas cru devoir séparer de ]i vie de S. Faribault, celle du défricheur dn Minnesota; car ces deux existences se complètent l'une par l'autre. Elles offrent en même temps, par le double aspect et le contraste qu'elles présentent, une étude intéressante du génie tt des aptitudes du peuple canadien.

La famille de M. Faribault est originaire du

ùl'o

eplus

■s .le H

membres qui y occupent une position honorable Dès sa jeunesse, M. Faribault, poussé par nu : sentiment de curiosité bien légitime, avait ei- ■ sayé de renouer des relations avec cette famille ; dont la sienne était séparée depuis un siècle. j Après bien des tentatives infructueuses, il i reçut enfin une lettre pleine de détails charmants sur ses cousins de France, accompagnée ■ d'une aquarelle représentant un groupe de pet- ■ traits.

Le spectacle de cette reconnaissance d'an"

même famille, après un siècle de séparation, oflre quelque chose de si touchant, qu'on ne lit* pas sans intérêt quelques fragments de cette ■ lettre.

Le Mans, ce 23 Septembre 1836.

" Mon cher Parent,

Vos deux lettres du 26 avril et du 2 mai m*

sont parvenues précisément an moment où m*

famille se disposait à souhaiter la bonne léte à i mon épouse ; elles sont arrivées toutes deux i

la fois comme par enchantement, pour rendre

cette fête doublement joyeuse.

Mais j'étais loinde m' attendre à tonte laeur"

prise qui allait me frapper, quand j'allais fW

se développer sous nos yeux arides de nouveau-

G. B. FAEIBAULT.

iés, non-seulement la ville de Québec tout enière *, dont nous avons tous admiré le site grandiose ; mais encore une partie du fleuve Saint-Laurent, dont nous ne pouvions sonder la profondeur immense, mesurer la largeur considérable, vérifier l'épaisseur surprenante de son pont de glace, ni même apprécier la hauteur du mai qu'on venait d'y planter ; tandis que nous avons bien vu le point où est fixée votre habitation, chose précieuse pour nous qui ne savons pas l'anglais et qui pouvons cependant nous transporter chez vous directement, sans demander Je chemin.

Aussi nous avons de suite formé le projet d'aller tous vous voir ; je me trompe, c'est d'aller nous faire voir que je dois dire ; et sans différer, nous partons aujourd'hui, emballés entre deux cartons que vous aurez le soin de séparer avec précaution pour ne pas nous blesser avec le canif dont vous vous servirez à cet effet.

Nous nous persuadons que vous voudrez bien nous recevoir avec bonté. Nous voulons nous établir chez vous. Quoiqu'au nombre de cinq, il nous faudra peu de place, le plus petit réduit suffira.

Arriverons-nous à bon port ? C'est là toute notre inquiétude. Je l'ignore ; mais cependant je l'espère avec l'aide de la providence ; vous seul, mon cher parent, pourrez nous en con- Taincre et j'y compte."

Après les premiers épanchements de joie le couain de France entre dans les détails intimes, et ouvre pour ainsi dire, sa porte toute grande au visiteur d'outre-mer qui est venu, par la pensée, lui tendre la main, et s'asseoir à son foyer

Il lui présente chacun des membres de sa famille. Le portrait qu'il fait, dans une seconde lettre écrite peu de temps après, de leur caractère et de leurs habitudes, est d'une grâce parfaite. Mais ici-bas nulle joie n'est sans mélange ; dans l'intervalle, il avait perdu son épouse.

"Si le 2 février fut pour moi un jour de bontaiy le 14 me fut bien funeste. Car mon cher <tooan, il m'a iàllu ce jour-là faire un grand •acrifice j il a fallu me séparer pour jamais de fclle que j'aimais comme ma vie, de ma pauvre épouse que la mort est venue frapper à l'heure 1 laquelle on s'y attendait le moins.

Elle était fervente catholique, bonne épouse *t tendre mère. Que penser maintenant ? Sinon, <ïu'en nous laissant des pleurs à répandre, elle *t allée jouir du bonheur éternel. V oici le petit quatrain que j'ai composé et fait graver sur sa tombe à la suite de ses noms et qualités ;

Bile sommeille ici sous cette pierre,

Son oœar, hélas 1 pour noiis ne battra plus.

A la douleur opposons la prière ;

Pieux regrets, tous êtes superflus ! .

*K. Faribault avait envoyé aveo sa lettre une vue *<lt6bee.

Pour vous la faire mieux connaître, mon cher parent, je dois ajouter, qu'avec le cœur aimant, généreux et sensible, elle joignait à une très-grande vivacité d'esprit, la plus grande et la plus aimable gaîté ; et que, comme mère de famille, elle était douée des plus excellentes qualités; telle était celle que j'ai perdue.

Pauline est celle de mes ailes qui a le plus de rapport avec elle pour Iqs traits du visage et pour la vivacité ; elle est extrêmement nerveuse, c'est un vif-argent, une rieuse et une farceuse à la journée.

A l'égard de Claire, sans, être ni sombre ni taciturne, elle est beaucoup plus sérieuse que sa sœur; et sans faire comme elle de plaisanterie, elle rit franchement de ses folies. Toutes les deux sont dans la meilleure intelligence ; que veut l'une veut l'autre : elles sont toujours uniformes pour la toilette; elles ont les mêmes goûts, sont fort adroites pour toute espèce d'ouvrages à l'aiguille, et elles font très-bien les fleurs artificielles dont elles parent les autels. Elles n'ont jamais pris de leçon de dessin, mais elles sont musiciennes, et avec de belles voix et chacune une guitare, elles font de charmants duos. Faut-il tout vous dire, mon cher cousin ? Eh bien Claire et Pauline sont pieuses sans être dévotes ; elles ont la direction d'un chœur de cantiques qui se chantent à l'église par des demoiselles dans certaines circonstances. Elles ne connaissent ni bals ni spectacles ; enfin elles n'ont pas voulu se marier, ni l'une ni l'autre, et de leur côté, j'éprouve toute espèce de satisfaction. S'agit-il de la promenade ou de quelqu' autre récréation, on ne nous voit jamais guère les uns saus les autres, nous partageons les mêmes plaisirs.

Quant â la Délie. Françoise, que j'appelais autrefois ma tante Aurore, et que je nommerai maintenant d'après vous La belle Canadienne, avec un tempérament robuste, quoiqu'elle n'ait jamais bu que de l'eau, elle n'est pas aussi enjouée que ses nièces ; elle est, au contraire, assez sérieuse et très-susceptible, n'entendant pas toujours raillerie ; il ne faudrait pas qu'un autre que moi lui dirait que son menton cherche à s' appuyer sur sa poitrine et que son dos, autrefois si droit, commence à s'arrondir et veut regarder par-dessus sa tête, pareequ' elle se lâcherait ; mais elle est sans rancune et ne boude pas long temps; avec tout cela, Mlle. Faribault est une fort bonne personne.

Maintenant, vient mon tour, mais que puis-je dire? rien de bon sans me flatter. Je porte dés le temps du collège, soit à tort ou raison, l'heureuse épithète de Père Faribault, et'toujours et partout, j'ai été signalé comme un Boute-en train. Comment donc concilier ces deux qualifications qui paraissent si opposées ? Je l'ignore ; pensez-en ce que vous voudrez, mon cher cousin, et fiez- vous au simple aspect des physionomies, voir même en peinture. Vous m'avez fait connaître vos goûts^ cher <ttusvx % çfe

52 G- A. FARIBAULT

sont ceux d'un esprit froid et studieux, d'un sa

vant qui dans l'antiquité, trouve le moyen d'intéresser le présent, et la certitude de se rendre utile à la prostérité. Je puis donc aussi vous L'aïeul de M. Faribault était né à Paris, où

parler des miens; mais quelle différence! il il exerçait la profession de notaire. x En 1757,

«ont bien variés, mais ils sont par trop frivoles à la demande du gouvernement français, il vint

pour intéresser et m' acquérir du mérite. au Canada, en qualité do secrétaire de l'armée,

Passionné pour la poésie, et malgré cela mé- a ]orâ sous le commandement et l'administration

toutes les couleurs, composent mes œuvres Voyant que la colonie allait passer sous la

poétiques que je nomme Mes moments perdus, domination britannique, il se retira à Berthier,

Amateur de récréations de pliveique amu- où il vécut de sa profession jusqu'à sa mert arri-

sante et de prestidigitation, à tel point que j'ai vée eri 180L l ) était alors âgé de quatre-vingt-

prié par mes amis et bonnes connaissances de P ere > <] u ' 11 exerça pendant cinquante-cinq ans.

leur donner des soirées, lesquelles n'ont jamais H. mourut en 1828, à l'âge patriarcal de quatre-

lieu ailleurs que dans mon salon. vingt-quatorze ans. Le plus jeune, Jean-Baptiste,

T . . , . est le pere du célèbre fondateur de Fanbaultville,

Je suis aussi amateur des arts mécaniques: i a ■»!•„*«-♦«

, ... , * dans le Minnesota,

la menuiserie, la serrurerie et Je tour ont pour ,. ,,.,*-.,

moi beaucoup d'attraits et m'ont fait passer des n c '? st ce hardl défricher auquel nous avons fait

moments délicieux: maïs maintenant qu'il me allusion au commencement de cette biographie, et

là'. "~* ~ " *"""

restera rien du poêle et d'artiste que l'oubli .... na \ ure > <ï u0 n ? u J l , lvon8 u }% en P™*ence.

T , .,, , . * , Apres avoir fréquente lecole de son village

\ oi a un autre genre de peinture a ajouter - *, à l'âge de dix-sept ans, le jeune JeS-

au petit tableau de famille : ces celle des ca- J Ba ^ Hto s'engagea à Québec, dans une maison

ractereque 1 artiste avait maladroitement ou- de commerce; et y servit pendant cinq ans. H

* )i]ec y fit preuve de talent et d'un génie inventif fort

remarquable.

Mlles. Faribault aînée, Claire et Pauline, en vous priant d'agréer l'assurance de leurs amitiés,

ar-

avw

1 . . i c ^ i • u - , ,,**> 1 Voici, d'après les manuscrits de 31. Faribault, M

vous prient de vouloir bien embrasser pour elles bro g^ogtfue de cette famille et sa filiation ai

:nadame votre épouse et de chenr, en l'embras- celle du Mans, sant plus d'une fois, la bonne petite et sensible I. Bernard Faribault, huissier royal, natif de Mon-

Georgina, qui, dès qu'elle pourra écrire, voudra bïzot, marié on 3mes noces à Madeleine flamon, Veure

bien sans doute entamer avec elles une petite Bourmault,-décédé le 8 mai 1741, AgédeTJaM. „~-™~„« i„„ rtû » F II. Barthblrmi, le premier venu au Canadir-nLarift

correspondance. ^ àDame véronneau.

On éprouve une véritable jouissance à assis- m. Barthelesh, notaire, marié le 5 août 1787 •

d'avoir toujours conservé le même héritage * v \ S?°^\F±*îP^i* ï rOÔ ?. t, mBX î é , ï d'honneur et de traditions. ^ ^^J^Jm^ ^ notaires tes phi .

Sans jamais rien laisser aux ronces du chemin. Famille du Mans :

I. Bernard Faribault (voir ci-dessus) marié • Quel chapitre intéressant d'épisodes, de scèn e s 1ères noces à Barbe Tvon. attendrissantes, d'anecdotes de tout genre, n'y n - i MàMmBà * T !SSi î ï B i» AULT ' nota îî! ^^^Jl aurait.il pas à ajouter à notre histoire intime. ■& « "Jj* « 1781 ' * 88 ■"*-—•* * ****** ces relations se multipliaient entre les familles ° j^^a^ann Dwabdrili^Faribaifi.t, * canadiennes et françaises de môme origine ! Que t8lre( ^^^ Marie-Madeleine Jouin. de liens nouveaux viendraient resserrer les iv. Clair» Fabibault, née en 1769, mariée a Marfanœuds déjà si étroits qui nous rattachent à René Faribault, notaire au Mans, d'une autre famille, l'ancienne mère patrie 1 Ce dernier, mort le 20 juillet 1850, et l'auteur d»

lettres citées plus haut.

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