‹ Biographies canadiennes (volume 2)Chapitre 98 sur 196 · V. Maru-Claiu, née en 1802 ;— Paulw», née · texte numérisé non relu

V. Maru-Claiu, née en 1802 ;— Paulw», née

G. B. FARIBAULT

Un incident de sa vie, qui fit sensation à Québec, en offre un curieux exemple.

En 1791, pendant qu'il était au service de la maison McNider et Cie, le prince Edouard, qui plus tard est devenu l'aïeul du prince de Galles actuel, vint à Québec accompagné de son superbe régiment, le 7e fusiliers.

Le jeune Faribault, frappé de l'air martial du Prince et de la tenue militaire de son régiment, se mit à l'ouvrage et en fit une si belle représentation en carton découpé que son œuvre fut l'objet de l'admiration générale.

Le prince Edouard fut si satisfait de cette idée originale, qu'il résolut de récompenser son auteur en lui ofirant une commission dans son régiment; notre canadien refusa respectueusement cette faveur à la prière de ses parents.

Le Prince lui ayant donné la permission de nommer à sa place celui de ses amis qu'il vou-' drait choisir, il présenta un jeune homme qui n'était autre que M. de Salaberry, devenu plus tard Colonel d'armée, Chevalier du Bain, et le héros de Châteauguay.

Très-souvent, pendant sa vieillesse, lorsqu'on lui rappelait cet épisode de son jeune âge, Jean- Baptiste faisait remarquer que son tendre respect seul pour ses parents l'avait empêché d'entrer dans l'armée.

A l'époque de cet incident, il était dans sa vingt-deuxième année. De taille au-dessous de la moyenne, d'un extérieur agréable, il jouissait d'nue constitution saine et d'un tempérament robuste.

Fatigué de la monotonie de sa situation, il sentait, chaque jour, un besoin irrésistible de ■'ouvrir une carrière plus en rapport avec sa nature ardente et intrépide.

11 s'engagea comme agent de la compagnie du Nord-Ouest qui fut transformée plus tard eu Compagnie Américaine.

Joun-Jacob Astor en était alors président.

Au printemps de 1796/ il partit de Montréal pou; le détroit de Mackinaw, en canot, accompagné de treize hommes, neuf pour le rendre à ■i destination , et quatre pour l'aider à faire la tnite.

Ile ee rendirent en quinze jours à la Grande- Bfrière; ce trajet fut alors considéré comme trie-court, à raison de l'état affreux de la route qu'ils eurent à parcourir, obligés souvent de frire de longs portages au milieu de forêts désolées et d'impraticables marais, portant sur leurs épaules leur canot, leur équipage et leurs proviens. ^ #

Après être demeuré quelques jours à Macki-

ttw, il engagea pour guide un Potowatomis, et

i ■> dirigea ver» la résidence du général Harrison,

BYerneur du territoire de l'Indiana, alors fixé

Port Vincent sur le Wabash, afin d'obtenir

V Ite licence que tout sujet anglais était obligé de

••■ •• procurer pour avoir le droit de faire la traite

•tr le territoire dee Etats-Unis.

Il faillit périr pendant ce voyage par la perfidie de son guide qui voulut l'égarer dansées déserts inhabités.

Le gouverneur Harrison l'accueillit avec bienveillance, et l'engagea à demeurer avec lui pendant quatre jours, afin de se rétablir des fatigues qu'il avait endurées. Il, retourna à l'embouchure du Kankukee, où il séjourna le reste de l'année.

Sa seconde étape fut le poste des Moines, où il demeura plusieurs années, faisant un commerce très lucratif avec les Sakis, les Renards, les Iowas, et les Yankons. De là il se dirigea sur le Saint Pierre, où il traita avec d'autres tribus de Sioux, et entreprit de leur enseigner l'agriculture.

Il épousa en cet endroit une Métis, fille de M. Ainse, alors Surintendant des Sauvages. De ce mariage, il eut huit enfants, dont quatre seulement vivent encore, trois fils et une fille, qu'il fit instruire à grands frais, malgré le peu de cas que l'on faisait de l'éducation dans le désert sauvage où il s'était fixé; mais il voyait dans l'avenir le progrès de la civilisation et il voulait l'anticiper.

Après avoir servi comme agent de la Compagnie du Nord-Ouest pendant dix ans, il entreprit un commerce a, son propre compte et réalisa une belle fortune, qu'il perdit pendant la guerre de 1812.

A cette époque, l'Angleterre achetait au prix de l'or tous les traitants anglais qui étaient établis sur les frontières, pour gagner, parce moyen, les tribus sauvages à ses intérêts. M. Faribault ne voulut pas se laisser corrompre, et trahir la cause américaine qu'il avait embrassée.

Un jour que ses affaires l'appelaient à Mackinaw, peu après le siège du fort que les Américains y avaient élevé, il fut fuit prisonnier par les Anglais, comme traître aux intérêts britanniques.

De là, il fut ramené, comme prisonnier de guerre, a la Prairie du Chien, sa résidence, par plusieurs centaines de sauvages accompagnés de troupes régulières qui étaient venues pour s'emparer de ce poste.

A t'approche de l'ennemi, Madame Faribault, ignorant complètement ce qui était advenu à son mari, et ne sachant pas qu'il était lâchement détenu prisonnier si près d'elle, prit la fuite avec toute la population du village, n'emmenant avec elle que ses enfants.

A la reddition du fort, M. Faribault fut mis en liberté, mais il ne lui restait plus de domicile. Pendant l'engagement, les Winabagœs, alors hostiles à la cause américaine, avaient démoli sa maison, tué ses animaux, et lui avaient volé pour la vaTeur de $15,000 de marchandises.

Quelques jours après, il reçut des nouvelles de sa famille qui s'était réfugiée dans une place appelée maintenant Win noua, mot sauvage qui signifie la jftlle ainèe, et qui, par une allusion qu'on ignore, fut ainsi nommée en mémoire de cet événement.

G. B. FARTBAULT.

A plusieurs ropripos, M. Faribault éprouva d'aut'c-t pL-rtes c msidérables.

[I ftiiiiii M.uive ut perdre la vie dans ses voyages mi milieu des Prairies, qu'il sillonna eu tout :*ens, peii>lant de longues années. 11 fut fait prisonnier plusieurs fuis par les Sauvages, fut laissé deux ou trois fois pour mort, couvert de blessures , mais échappa toujours par quelque heureux hasard.

Dans un combat acharné contre les Sioux, un Dacotah lui plongea son couteau dans le dos, un peu au-dessous de l'os de l'épaule, et lui fit une blessure dont il se ressentit toute sa vie.

M. Faribault fut le premier qui cultiva le sol de l'ouest du Mississippi, du côté nord des Moines.

Il y a un demi siècle, il acheta des instruments d'agriculture dans le but d'enseigner la culture aux Peaux Rouges, et réussit parfaitement dans cette entreprise.

Son influence était immense sur les Sauvages qui avaient en lui une confiance entière ; il était universellement connu parmi toutes les tribus indiennes île ce vaste territoire qui s'éten 1 du MissisMppi au Missouri, et de là, vers le nord, jusqu'à la Rivière llouge.

Mission nuire autant que défricheur, il jeta les semences de l'évangile parmi les Blancs aussi bien que parmi les Sauvages.

Quoiqu'il fut plus de quarante ans sur les frontières sans ]>ou voir rencontrer de prêtre catholique, il ne faiblit jamais dans ses croyances religieuses.

Ce ne fut qu'en 1817 qivil put faire bénir %?on mariage et baptiser ses enfants selon les rites de l'Eglise.

Le premier prêtre qu'il vit ensuite fut le Père Salky, envoyé, en 1840, comme missionnaire de Saint-Pierre par l'évêque Loras, de Dubuque.

M. Faribault trouva ce missionnaire mourant au milieu des soldats du fort Snelling, d'une maladie contractée pendant le trajet qu'il avait t'ait dans un canot découvert de Dubuque à cette mission.

Il le fit transporter à sa maison, où il lui donna l'hospitalité pendant quatre ans. Durant cet intervalle, il lui fît bâtir, à ses propres frais, une église convenable, la première qui fut construite au Minnesota.

En 1843, le Père Ravoux arriva de France pour évangéliser les Sioux. Lui aussi reçut l'hospitalité chez M. Faribault jusqu'à ce qu'il eut appris la langue de ces sauvages.

Le brave pionnier évangélisateur passa les dernières années de sa vie chez sa fiUe, mariée au major S. H. Fowler, vétéran de la guerre du Mexique, l'un des plus honorables citoyens de Faribaultville. Alexandre, l'aîné des fils de notre vieux forestier, est le fondateur et le principal propriétaire de cette ville.

M. Faribault mourut en 1860, après avoir Jéjgaé son nom à J'un des comtés du Minnesota.

Qu'on cherche en dehorp de l'histoire chrétienne un plus beau caractère, une carrier?

mieux remplie, une existence plus digne de Dieu et des hommes, plus utile à l'humanité. C'est le vrai type du pionnier canadien dans toute sa mâle beauté, tel qu'il nous apparaît à toutes les époques de notre histoire.

Cependant le poème épique de cette vie, qui n'est lui-même qu'un chant dans cette grande épopée qu'ont écrite en actions, de siècle eu siècle, ses devanciers, — défricheurs, civilisateurs comme lui, — resterait sans écho dans l'avenir, si à leur suite n'apparaissait cette autre type que nous avons signalé, et dont la vie de celui qui fait le sujet de cette biographie offre un bel exemple.

in. |

George-Barlhélemi Faribault est né à Québec le 3 décembre 1789. Comme la plupart dea jeunes gens de son temps, il ne fit pas de cours d'études régulier. Il fréquenta, pendant quelques années, l'école d'un professeur écossais de ; Québec, M. John Fraser, ancien vétéran de l'armée du Général Wolfe. 1

Après avoir suivi les leçons du vieux professeur, M. Faribault compléta ses études par lui-même, à force d'énergie et de persévérance.

11 se livra ensuite à l'étude du droit chef l'Honorable J. A Panet, et fut admis au barreau de Québtc en 1811.

Pendant la guerre de 1812, il servit dans les rangs des milices canadiennes. 2

1. M. John Fraser tenait son école dnns la rue Dwjardins, on arrière du Couvent des Récolle la. Dea fenêtres môme? de cette école, M. Faribault fut témoin, es 1796, do l'incendie du monastère de ces religieux. II se plaisait à raconter toutes les circonstance! de est événement, qui était toujours resté présent à sa mémmn, parce qu'il avait valu un demi jour de congé A toute » classe.

A la bataille des plaines .d'Abraham, oe méat John Fraser, alors soldat dans le régiment des Fruia'iSigklanders, avait fait prisonnier le Dr. Badetat, d*uw manière assez singulière. Au moment de ta déroute» le chirurgien, ocoupé au soin des blessée, s'aperçât qu'il était cerné par l'ennemi. Avisant alors an soldat éee** sais blessé, étendu £, terre, le dos appuvé centre œ clôture, il se constitua son prisonnier, en loi rtmettsat la seule arme qu'il possédât: un pistolet à doable^eoUi Le soldat avait reçu un coup de sabre d'où le saaf i*»ohappait en abondance ; Badelart te mit sur b ••*■* en devoir de le panser.

Les deux ennemis étaient loin de penser, es> m ■•■ ment, que cette rencontre au milieu des boulets et data fumée, était la première poignée de main d'une natii inaltérable, et qu'ils allaient vivre pendant quarante stf porte à porte dans les murs de cette mène ville de Qafl" beo, que leurs deux nations se disputaient aveo tort' d'acharnement.

Le pistolet du Dr; Badelart fût remis par notre vénérable concitoyen, M. James Thompson, entre les natal de la famille Badelart-Panet, au centième aniritvBaini de la bataille d'Abraham.

2. En qualité de lieutenant dans la compagnie léfljfce du 6e bataillon de la milioe incorporée. (Mmrirt «t dits de M. le major LaJUttr.J

G. B. FARIBAULT

Quoiqu'il se soit peu livré à la pratique de sa profession, néanmoins il en avait acquis une connaissance approfondie, amsi que l'attestent plusieurs causes difficiles qui lui ont été référées . comme praticien, par les tribunaux, et qu'il sut démêler avec une rare habileté.

Dès cette époque, il manifesta un goût prononcé

Sour les études archéologiques et historiques, qui evaient remplir une si large part dans son existence.

En 1822, il entra au service de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada, et passa successivement par les grades d'écrivain, de greffier de comité, et de traducteur français. En 1832, il fat promu au poste d'Assistant-Greffier, en remplacement de M. Boutillier.

A l'époquede l'union des deux Canadas (1840), il devint Assistant-Greffier de l'Assemblée Législative, p06te qu'il occupa jusqu'en 1855.

A part les devoirs de sa charge, il consacra, durant cette longue période, une partie considérable de son temps à la formation d'une collection d'ouvrages et do documents importants relatifs à l'Histoire du Canada.

Cette collection s'élevait à plus de 1G00 volumes, lorsqu'il eut la douleur de la voir complètement détruite par l'incendie des édifices du Parlement à Montréal en 184'J.

Sans perdre courage, l'infatigable archéologue se remit de nouveau à l'œuvre, et recommença i une seconde collection.

Ce fut pour compléter ce long travail, que la Chambre d'Assemblée le députa en Europe en

Il partit de Québec le 3 octobre, accompagné de Madame Faribault et de sa fille.

Après un court séjour à New- York, il s'embarqua pour Londres, où il séjourna peu de jours, et arriva à Paris le 10 novembre. Il y trouva un ami dévoué des Canadiens dans la personne de M. de Pui busqué qui lui fut d'un secours immense pour ses recherches. Tous deux s'étaient déjà connus en Canada et s'y étaient liés d'une vive amitié, pendant le séjour que M. de Puibusque y avait fait de 1846 à 1850. Celuici l'aida continuellement de ses conseils, et lui Oftvrït l'entrée des différents ministères.

Tout semblait présager le plus heureux succès, lorsque les événements du 2 décembre vinrent entraver toutes ses démarches. Les réponses aux demandes qu'il avait faites aux divers ministres, furent surtout retardées pendant uu temps considérable.

Mais d'autres circonstances bien autrement douloureuses interrompirent soudainement sa mission en le plongeant dans la plus profonde affliction.

Madame Faribault, dont la santé avait été ébranlée par la frayeur que lui avait causée les graves incidents du Coup d'Etat, tomba dan-

S creusement malade, et fut enlevée à la tendresse d son époux dans le cours du mois de mars 1852.

Anéanti par ce choc funeste, et malade luimême depuis plusieurs semaines, il fut longtemps incapable de reprendre ses occupations.

Un témoignage de sympathie qu'il reçut au milieu de ce deuil, le toucha d'autant plus vivement qu'il se trouvait alors complètement isolé, loin de ses amis, sur une terre étrangère. La famille Faribault du Mans, qu'il n'avait encore jamais vue, qu'il ne connaissait que par correspondances, accourut du fond de sa province à Paris, pour se jeter dans ses bras, et mêler des larmes aux siennes sur cette tombe fraîchement ouverte.

Le gouvernement canadien, instruit de son malheur et de la situation précaire de sa santé, envoya de Londres son agent, M, Wicksteed, pour lui prêter assistance.

Dès que sa santé lui permit de travailler, M. Faribault s'empressa de compléter sa collection d'ouvrages, dont une grande partie était déjà commandée. Partout, dans les différents ministères, et auprès des secrétaires des diverses Académies, il reçut le plus bienveillant accueil.

'• De généreux et magnifiques dons, dignes de " la France, dit-il dans son rapport, me furent *•' faits pour la bibliothèque, quoique plusieurs " de ces ouvrages lui avaient été présentés en *' 18*19. Il m'est impossible en ce moment d'en " développer toutes les richesses et leur impor- " tance, mais la valeur en peut être estimée à 11 plus de £400 sterling."

Dès que sa mission fut terminée, M. Faribault se hâta de reprendre la route du Canada.

14 Mais, hélas ! s' écriait- il en partant, la joie de revoir mon pays ne pouvait adoucir l'amertume de ma douleur. Mon existence était brisée, mon âme déchirée; j'avais perdu la meilleure part de moi-même ; ma pensée ne vivait plus qu'au delà du tombeau. J'étais inconsolable en songeant qu'il me t'aillait laisser, loin de ma patrie, la dépouillé chérie de celle qui, pendant tant d'années, avait partagé avec moi le fardeau de la vie. Sur cette tombe solitaire et inconnue qui s'élevait sous les ombrages du cimetière Montmartre

Nul ne viendrait verser des pleurs."

Seuls, quelques arbustes verts et le gazon soigneusement entretenu par une main étrangère, indiquaient qu'une pensée triste veillait toujours sur ce coin de terre.

Un jour seulement on vit errer dans le cimetière Montmartre deux voyageurs canadiens qui cherchaient cette tombe sans pouvoir la trouver.

u J'ai rempli envers toi et ta mère, écrivait l'un d'eux à une nièce de M. Faribault, la promesse que je vous ai faite d'aller visiter le lieu de la sépulture de Madame faribault. Je fus deux fois avec ta tante visiter le cimetière Montmartre, sans avoir pu trouver le moindre indice non-seulement de la date de son décès, mais même du lieu où elle a été \v\V\wsÂfe„

G. B. FARIBAULT

Enfin je m'y rendis hier avec ta tante, accompagné par la femme de M. Chapelais ; et aprè-* une marche de plus d'un quart d'heure, nous trouvâmes cette tombe que je désirais tant voir. Tout est en parfait bon ordre, le terrain en est petit, mais il est renfermé par une galerie en bois, haute de deux pieds ; la terre parait y être bien entretenue, en sorte qu'il n'y a pas une seule mauvaise herbe» ■

Dan s l'enceinte du terrain se trouve, sur le oorps même, une croix faite en bois, dont je t'emporte quelques boutures ; et aux quatre coins du soi se trouve un beau petit arbre bien vert et à peu près de ma hauteur, dont j'ai ôté deux rameaux, pour toi et sa chère fille Mlle. Faribault Il 7 a une pierre à la tête de la tombe où se trouvent écrits le nom de ta chère tante et le jour de son décès, 17 mars 1852 ; il y a en outre une croix eu pierre bien polie et bien saillante aux yeux des visiteurs ; mais hélas ! on n'y voyait aucun souvenir d'amis ou de parents, aucune couronne d'immortelles placée aux bras de cette croix, tandis que tant d'autres en sont couvertes. J'y déposai mon souvenir ainsi écrit : " Souvenir d'un ami" ; ma femme acheta un joli pot d'héliotrope qu'elle fit placer sur la tombe, d'où nous ne pûmes nous retirer sans verser bien des larmes."

Madame Faribault devait y dormir quatre ans, avant que sa famille pût faire tranporter ses cendres, et les déposer, parmi les siens, sur le sol natal.

L' Assemblée Législative vota à M. Faribault une gratification de £250 en reconnaissance de l'habileté et de l'intelligence qu'il avait déployées dans l'accomplissement de sa mission.

Un de nos poètes canadiens, M. L. J. C. Fiset, rappelait en vers délicats les incidents de ce voyage aussi fertile pour le pays que navrant pour M. Faribault. Ces vers, adressés à sa fille, sont écrits au bas d'un portrait de Jacques Cartier.

Lorsqu'à travers la plaine humide, Cartier, l'intrépide marin, N'ayant que son grand coeur ponr guide, Vers nés bords s'ouvrit un chemin $ Songeait- il, au fond de son âme, Aux faveurs exemptes de blâme Qui se lieraient à ses travaux ; Ou bien, pesait-il seul dans l'ombre L'or et les richesses sans nombre Dont il chargerait ses vaisseaux ?

Oh I non, la gloire plus réelle Enflamme l'esprit du héros :

fils de la France, c'est pour elle Qu'il bravo les vents et les flots; Non, le seul révo de sa vie Se résume en ce mot, pairie !

Qu'il porte içravé dans son cœur.

11 ne veut d'autre récompense Que l'honneur d'illustrer la Franco Par ses hauts faits et sa valeur 1

Ainsi, dans sa modeste sphère»

Pour être utilo à son payp, Depuis longtemps votre vieux père- Consume les jours et les nuits.

De l'oubli sauvant notre histoire, Rassemblant ses tities de gloire Pour en doter nos monuments, L'amour du pays l'encourage A grossir ce noble héritage Qu'il veut léguer à nos enfants !

Fidèle à sa tâche sublime, Nouveau Cartier, bravant la mort, 11 part décoré de l'estime Qui couronne son noble effort.

Ce n'est pas que de nouveaux mondée Découverts au loin sur les ondes, Il veuille sonder les sécréta; Mais il apportera de France, Pour nous tous, les arts, la science.

Pour lui, hélas 1 deuil et regrets.

Grâce aux soins continuels de M. Faribault, la nouvelle bibliothèque du parlement avait atteint le chiffre de 20,000 volumes, lorsque dans la nuit fatale du 1er février 1854, l'incendie du magnifique palais du gouvernement, à Québec, en réduisit encore une partie en cendres. Près de 7000 volumes périrent dans les flammes, parmi lesquels se trouvait un nombre considérable de publications du seizième et du dixseptième siècles, dont plusieurs ne pourront peut-être plus jamais être remplacées.

La douleur que M. Faribault en ressentit, affecta sensiblement sa santé, toujours chancelante depuis la perte cruelle qui avait jeté un voile de tristesse sur son voyage en Europe.

L'année suivante, il offrit sa démission à la Chambre d'Assemblée qui lui alloua, en témoignage des services éminents qu'il avait rendus au pays, une pension de retraite de £400.

Il est étonnant que M. Faribault, avec l'érudition qu'il avait acquise, et surtout la connaissance approfondie qu'il possédait de l'Histoire du Canada, n'ait pas laissé d'autre écrit que son Catalogue raisonné d'ouvrages sur V Histoire de /' Amérique.

Ecrivant avec assez le facilité,* il eût pupren>> dre un rang distingué parmi les historiens du Canada; mais humble et désintéressé autant qu'érudit, il se réservait tout ce qu'il y avait de pénible et d'ingrat dans sa tâche patriotique, et laissait à d'autres la gloire de profiter de ses recherclves, de s'enrichir avec les trésors qu'il avait lentement accumulés. *

Son Catalogue, qu'il publia en 1837, fui regardé à cette époque comme un des ouvrages les plus complets en ce genre ; et aujourd'hui encore, malgré sa date assez ancienne, il est un des guides indispensables de l'historien de l'Amérique.

C'est le témoignage qu'en rendait eu 1846 un juge compétent, M. Adolphe de Pui busqué, antiquaire lui-même.

'* J'ai lu d'un bout à l'autre votre Catalogue raisonné et annoté d'ouvrages sur l'histoire de

G. B. FARIBAULT

F Amérique et particulièrement du Canada. Ce beau travail d'un bibliophile consciencieux m'en a plus appris en quelques pages que certaines histoires en trois ou quatre gros volumes ; et sa place est déjà marquée dans ma bibliothèque a côté de mon ami Ternaux-Compans, le premier bibliographe américain de Paris." 1

Malgré ses infirmités, M. Faribault continua toujours, dans sa retraite, à s'occuper des antiquités canadiennes, à rechercher et à mettre^ en lumière tout ce qui pouvait se rattacher à nos gloires nationales, auxquelles il avait voué une aorte de culte.

Depuis longtemps il nourrissait une touchante

- et patriotique pensée dont la réalisation était un

des rêves de sa vieillesse. Il ne voulut pas

mourir sans couronner par cette noble action ses

longs travaux.

C'était de mettre à exécution le plan du monument funéraire que les troupes françaises avaient résolu d'élever, en 1761, à la mémoire de Montcalm, dans l'église des Ursulines de Québec, à l'endroit même où le héros avait été inhumé dans une fosse creusée par une bombe.

Ce projet présentait plusieurs difficultés; mais M. Faribault voulut les trancher d'un seul coup, en prenant sur lui toutes les responsabilités, comptant sur le patriotisme de ses concitoyens de Québec pour l'aider, quand le monument Aurait été installé. Voici d'abord l'histoire de l'inscription qui devait y être gravée.

Lorsque les braves soldats de Montcalm, débris de sa petite, mais vaillante armée, eurent l'idée de rendre ce dernier hommage d'admiration à leur chef, ils s'adressèrent à l'Académie des inscriptions et belles-lettres qui traduisit Ainsi leurs nobles sentiments :

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