LES AUTRES ARTISTES DU NOM DE
VAN DER LAMEN.
utre Jacques et Christophe-Jacques van der jJI Lamen, nous trouvons encore mentionnés dans
les Liggeren de la gilde de S* Luc, à Anvers, Gaspard et Barthélemi van der Lamen. Ils furent peintres l'un et l'autre. Le premier est inscrit comme élève de Nicolas Geerts, en 1607- 1608 : il obtint la franc-maitrise en 1615-1616 (i). Nos recherches dans les registres des paroisses d'Anvers ne nous ont fait découvrir aucune particularité relative à sa naissance. Nous savons seulement qu'il épousa à S' Georges, le 20 décembre 1624, Elisabeth Rombouts. Ce mariage fut contracté avec dispense des bans et du temps clos, en présence d'Abraham Goyvaerts, très bon peintre paysagiste, reçu en qualité de fils de maître dans notre corporation de S* Luc, en 1 607-1 608 (2), et de Josse de Backer. Nous ignorons l'époque de la mort de Gaspard van der Lamen et ne savons s'il fut ou non artiste de mérite. Nous n'avons trouvé aucun enfant issu de son mariage. Qi-iant à Barthélemi van der Lamen, les renseignements qui le concernent sont encore plus rares. Il est
(i) Phil. Rombouts et Théod. van Lerius, avocat. Les Li^rrereu et autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc, T. ], pp. 445, S14, 521 et 523.
(2) Op. cil., T. I, p. 442.
cité dans les Liggeren, en 1632-1633, comme élève de van der Lanen, peintre, sans autre désignation (i). Les registres n'orthographiant pas toujours les noms propres d'une manière très exacte, on pourrait se demander si le maître de Barthélemi ne se nommait pas par hasard Gaspard, ou bien Christophe-Jacques van der Lamen ? Mais à quoi bon ? Barthélemi sur lequel les registres de nos anciennes paroisses ne nous ont rien appris, n'a que cette seule mention dans les livres d'inscriptions de S' Luc.
Il nous reste à citer, pour ne rien omettre, qu'en 1649, le peintre David van der Laenen fut poursuivi pour avoir infligé des blessures (2). Cet artiste qui n'appartenait pas probablement à la famille des van der Lamen, ne figure pas dans les Ligs^eren. Ce n'est malheureusement pas la seule omission qu'on y remarque. Nous n'avons vu son nom nulle part ailleurs (3).
Sources : Registres des paroisses d'Anvers. — Archives de la ville d'Anvers. — Ph. Rombouts et Th. van Lerius. Les Liggeren et antres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc,
(1) Op. cit., T. II, pp. 37, 41.
(2) Bulletin des archives d'envers, publié par ordre de Padminisfralioi! loinniunale, par P. Génard, archiviste, T. II, p. 6),
Cj) Cette notice est datée du 23 février 1877.
Antoine VAN LEEST (i545?-i586?).
■ orsque M. Philippe Rombouts et l'auteur de cette biographie eurent commencé la publication
ides Liggeren et des autres archives historiques de la gilde anversoise de S' Luc, un critique leur fit observer qu'ils auraient pu se dispenser « de couvrir ces pages de tant de noms parfaitement inconnus, d Nous avons répondu, à cet égard, en avouant sans difficulté, que dans le nombre considérable de noms que contiennent les registres de la corporation, il s'en rencontre beaucoup d'artistes inconnus actuellement et d'autres qui ne jouiront vraisemblablement jamais d'aucune célébrité. « Mais, avons-nous ajouté, nous ne pouvions perdre de vue que plus d'un maître distingué dont le nom était tombé en oubli a été, depuis quelques années, grâce à la découverte d'œuvres de mérite de sa main, placé dans une éclatante lumière. Plusieurs de ces hommes appartiennent à notre immortelle gilde anversoise et nous sommes parfaitement convaincus que l'étude approfondie de notre histoire artistique aura pour résultat que plus d'un de leurs confrères pourra prétendre un jour à une légitime renommée. Aucun de nous deux, du reste, n'aurait osé prendre sur lui d'indiquer les maîtres ou les apprentis qui auraient pu être omis sans inconvénient. Et pourtant l'un de nous s'est
occupé, depuis plus de trente ans, de recherches et d'annotations relatives à nos anciens artistes et à leurs œuvres. Nous n'aurions pas même voulu passer sous silence les noms des imprimeurs d'estampes, des marchands de tableaux, etc., des fabricants de coffrets et de custodes, des vitriers, etc , car ces derniers ne sont pas toujours distingués des peintres-verriers, et les premiers avaient d'étroits rapports avec nos artistes proprement dits (i). ^
Parmi les maîtres ensevelis dans l'oubli se trouvait le graveur sur bois dont le nom figure en tête de cette biographie. Nous le lûmes pour la première fois dans le catalogue de gravures de livres et de dessins, de maîtres anversois, ouverte à Anvers, dans la Cité, en 1867 (2). Aucun auteur, que nous sachions, n'en a fait mention.
Quoi qu'il en soit, le catalogue cité le dit né à Anvers, en 1545, date plausible, mais dont nous ignorons le fondement (3). Nous disons que cette date est plausible : en effet, les Liggercn ou registres d'inscriptions de notre gilde de S' Luc nous apprennent qu'Antoine van Leest y fut reçu, en 1558-1559, comme apprenti de Bernard van den Putte, graveur de figures Çfiguersnyder) (4). L'élève était âgé par conséquent de 13 à 14
(i) Phil. Rombouts et Th. van Lerius, avocat. Les Liggercn et autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc, T. I, pp. xj, xij.
(2) Anvers, imprimerie J.-P. van Dieren, 1867, p. 121.
(3) Op. cit., p. 117, note 2, p. 121.
(4) Phil. Rombouts et Théod. van Lerius, avocat. Les Li^geren et autres archives historiques de la solide anversoise de Saint Luc, T. I, p. 211. — Une gravure sur bois de Bernard van den Putte, représentant une vue d'Anvers et des amusements sur l'Escaut pris de glace, en 1564, figurait à l'exposition de 1867. Catalogue cité, p. 117, no 52.
ans, à cette époque, et c'était ordinairement vers ce période de leur vie que nos anciens artistes commençaient à s'initier à leur carrière future.
Les Lignerai ne nous indiquent pas en quelle année van Lecst fut admis à la franc-maîtrise. Cette réception eut lieu, en tout cas, antérieurement à 1567-1568, puisque notre graveur ouvrit, à cette date, son atelier à un apprenti dont le registre ne mentionne pas le nom (i). Faisons observer ici, en passant, que les années 1562- 1563, 1563-1564, 1565-1566 et 1566-1567 figurent en blanc au registre des inscriptions. On peut se ranger par conséquent à l'opinion de l'auteur du Catalogue cité de 1867, qui indique la date de 1566 (1567) comme celle de l'admission de van Leest à la francmaitrise. L'artiste avait 21 à 22 ans à cette époque.
Il reçut, en 1 569-1 570, un deuxième apprenti que les Liggcren désignent simplement sous la dénomination de Pierre, le fils du fripier. Son inscription nous apprend que van Leest n'exerçait pas seulement la profession de graveur sur bois, mais aussi celle d'imprimeur de planches taillées en cette matière (2).
Charles van Erpekom, son troisième et dernier élève, fut reçu dans son atelier en 1571-1572 (3). Les Liggeren ne renseignent pas l'admission de cet apprenti à la maîtrise.
Antoine van Leest avait épousé antérieurement à 1571, une certaine Marie^ dont les registres de mariages de nos anciennes paroisses n'ont pu nous apprendre le nom patronymique. Elle donna à notre artiste quatre
(i) Liggeren cités, T. I, p. 234.
(2) Liggeren cités, T. I, p, 239.
(3) Op. cit., T. I, p. 245.
enfants, qui furent tenus tous sur les fonts de la cathédrale : 1° Claire, le 25 mai 1571, par le célèbre typographe Christophe Plantin et Marie de Fally. La présence de Plantin à cette cérémonie s'explique par ce fait qu'Antoine van Leest grava pour les imprimeurs et qu'il fut aussi employé par le parrain de sa fille Claire. 2° Pauline, le 16 juin 1572, par l'imprimeur Guillaume Silvius (i), dont nous verrons plus loin les relations avec van Leest, et par Pauline Adriani ou Adriaenssens. 3° Anne, le i août 1578, par Artus ou Arnould van Fede et Marie van den Broeck. 4° Antoine, le 12 octobre 1579, par Nicolas van den Broeck et Marie van Meghem.
Les registres de baptêmes de la cathédrale mentionnent au 3 janvier 1578, celui d'Anne van Leest, fille de Jacques et d'une certaine Anne, dont ils ne font pas connaître le nom patronymique. Ce Jacques van Leest fut admis dans notre gilde de S' Luc, en 15 79- 15 80, comme franc-maître libraire. Nous ignorons s'il était parent d'Antoine. D'après le registre cité, il n'avait pu payer en une fois son droit d'inscription (2).
Voici les planches d'Antoine van Leest, dont nous avons connaissance; toutes ont été gravées sur bois : M, Edouard ter Bruggen en exposa une, en 1867. Elle représente le Sauveur crucifié entouré de la S'' Vierge et de S' Jean ; au bas de la croix est figurée S'^ Marie- Madeleine. Cette gravure exécutée d'après une composition de Pierre Brueghel, le vieux, est signée : P. B. —
(i) Guillaume Silvius fut reçu iranc-maître de notre gilde de S' Luc, en 1361-1562 ; Christophe Plantin l'avait été en 1550-1351. — Liggeren cités, T. I, pp. 224 et 170.
(2) Liggeren cités, T. I, p. 269.
A. V. (i). Nous verrons plus loin la singulière interprétation qu'ont reçue ces deux monogrammes.
Nous avons sous les yeux deux planches de notre maître, découpées d'un livre liturgique. L'une d'elles représente David pénitent agenouillé, les regards tourné,, vers le ciel, dans lequel lui apparaît un ange : cet esprit céleste tient de la main droite une épée et une verge, sur la gauche repose une tète de mort. Près du prophète royal dont l'expression et l'attitude attestent un repentir profond, gisent à terre sa harpe, son turban ceint de la couronne et son sceptre. La scène se passe en plein air. David est figuré à quelque distance de son palais, derrière lequel s'étendent d'autres bâtiments, bornés au loin par des montagnes. Le centre du fond est occupé par un temple; plus près du spectateur jaillit une fontaine. Quelques figurines étoffent cette partie de la composition qui est signée des monogrammes P. B. et A. VL.
La gravure est d'une grnnde netteté. Les expressions des personnages sont bien rendues, de même que leurs attitudes, et l'exécution des fabriques et du ciel relève la valeur de l'ensemble.
La deuxième planche enlevée au même livre, offre une nouvelle preuve de la collaboration d'Antoine van Leest et de Pierre Brueghel, le vieux. Elle a pour sujet LAssomption de la S"^ Vierge. Quatre anges entourant Marie et voltigeant autour d'elle, l'accompagnent aux cieux. Deux autres tenant une couronne précèdent le groupe : derrière eux descend l'armée céleste à la rencontre de sa reine. Une gloire sert de fond au groupe
(i) Calalogiie cite, p. 121, 11° 119.
principal ; un paysage entrecoupé d'eau et de montagnes occupe la partie inférieure de la composition qui est ainsi signé : A. VL. — P. B, Cette petiteestampe est pleine de mouvement et fait honneur aux deux maîtres. Nous avons vu ci-dessus que Guillaume Silvius fut le parrain d'un des enfants d'Antoine van Leest. C'est aussi pour cet imprimeur que notre artiste exécuta le principal ouvrage que nous connaissions de lui. Nous voulons parler des planches dont il orna la traduction flamande des ISL^tvigations, périgrinations et voyages faits en Turquie de Nicolas de Nicolay. Cet auteur était, d'après le titre de son ouvrage, Dauphinois, seigneur d'Arfeville et géographe ordinaire du roi de France. De Feller rapporte dans son 'Dictionnaire historique, que le travail de Nicolay fut publié en 1567, in-folio, à Lyon, chez Rouille, avec des figures gravées en cuivre sur ses propres dessins, comme il le dit lui-même dans sa Préflice. Le biographe ajoute que Guillaume Silvius les fit reproduire en bois, réduites en petit, dans les éditions française et italienne qu'il donna de cet ouvrage, à Anvers, en 1577, in-4" (r).
Il y a erreur dans ce passage. D'abord outre le texte français original qu'il réimprima, Silvius en a fait paraître une traduction flamande, outre l'italienne^ que cite de Feller. Enfin l'une et l'autre virent le jour, non en 1577, mais l'année précédente, en même temps que l'œuvre primitive. La dédicace de la version en notre langue nationale, présentée par l'imprimeur à Jacques Herwe, négociant, est datée, en effet, du 29 octobre 1576, et le titre de l'une et de l'autre reproduit cette
(i) Op. cit., voce Nicolai (Nicolas de).
dernière année (i). Voici celui de l'édition flamande, dont nous possédons un exemplaire : T)e Schi[rvaert ende Reysen gcdaeii int Landt van Turckyen, deur N. de Nicoîay Dolphinois, heere van Arfeville, ende ordinaris landt-beschrijver des Conincks van Vranchrijch : Inhoudende veJe en diversche notable dingen dewelcke den Auteur aJdaer gesien heeft en diligentelijck gheobserveert . Ailes gedeelt in vier Boecken. — Met eenentsestich figuren naer dleven ghedaen soo wel van Mans ah van Vrouzven, nade diversiteyt vande Natien, hen dragen, habijten, ivetten, religie ende manière van leven, soo wel in tijden van peys als van oirloghe. Met vêle notable historien inonsen tijden meest al gheschiedt. Pins bas la marque de Silvius avec la devise : Scrulainiiii {2) et le millésime M.D.LXXVI. Plus bas encore : T' Antwerpen, by Willem Silvius y drucker der Con. Maiesteyt.
Ce volume renferme par conséquent les navigations et les voyages faits en Turquie par Nicolas de Nicolay, dont nous avons décliné ci-dessus les qualités. Il contient en quatre livres, le récit des choses notables que l'auteur y a vues et observées diligemment. Le livre est orné de soixante-une planches, tant d'hommes que de femmes, exécutées d'après nature, selon la diversité des nations, leur port, leurs habillements, leur culte et leur façon de vivre, aussi bien en temps de paix que de guerre. Il est enrichi de plusieurs histoires notables arrivées la plupart à cette époque, et fut, comme nous l'avons dit, publié
(i) Voici le titre abrégé de l'édition italienne: Le Navigationi et viaggi netla Turchia, di 'i^icolo de 'X^icolai, con sessania figure al
naturale si d'huoniini corne di donne In Anversa, G. Silvio, 1^76,
tn-4°, figures sur bois. — Catatogue de la bibliothèque de M. Const. Tierre Serrure, II* partie, p. 206, n° 3335-
(2) Examinez.
à Anvers, par Guillaume Silvius, imprimeur du roi d'Espagne. La partie supérieure de la planche du titre représente un repas de Turcs ; à droite est assis un cuisinier de cette nation, à gauche, une Macédonienne. On remarque plus bas, à droite : i° un aga ou capitaine général des janissaires ; 2° un janissaire en tenue de combat; 3° un esclave Maure en train d'indiquer un objet qu'on n'aperçoit pas. .\ gauche, au-dessous du repas : 1° une femme turque de haut parage, en grand costume ; 2° une femme de Caramanie ; 3° une dame turque voilée. La partie inférieure du titre représente la mer, sur laquelle voguent une barque et deux galères : un dauphin prend ses ébats entre elles. Cette planche a été gravée d'après un dessin de Pierre Brueghel, le vieux, par notre Antoine van Leest. Elle est marquée aux deux angles du repas turc des initiales P. B. du premier de ces deux maîtres. Le graveur a apposé son monogramme A. VL. au bas de l'individu qui indique un objet qu'on n'aperçoit pas.
Un propriétaire précédent de notre édition iiamande de Nicolas de Nicolay, dont l'écriture dénote une main hollandaise de la fin du XVIIP siècle, avait trouvé une toute autre explication de ces signes. Nous n'en parlerions pas ici, si cette personne n'avait eu des imitateurs. D'après elle, le dessinateur de la planche du titre serait Pierre van den Borcht ; le graveur, Assuérus van Londerseel. Chrétien Kramm a répété ces assertions dans l'article qu'il a consacré à Assuérus et à Jean van Londerseel, et confirmé, de cette façon, les dires de Jean Immerzeel junior, dans les quelques lignes où cet auteur mentionne le premier de ces artistes.
Il suffira de peu de mots pour réfuter ces allégations.
Qu'on ne perde pas de vue que les traductions flamande et italienne de l'ouvrage de Nicolas de Nicolay parurent en 1576. Or, le graveur Assuérus van Londerseel, fils de Jean et d'Anne (i), naquit à Anvers et y fut baptisé dans la cathédrale, le 30 mars 1572 : il ne saurait donc avoir exécuté à quatre ans la planche dont nous parlons.
Quant à Pierre van der Borcht, il est inutile de rechercher s'il a jamais réduit sa signature aux seules lettres P et B ; il suffit de comparer ses productions avec les gravures exécutées d'après Pierre Brueghel, le vieux, pour acquérir la certitude qu'il est resté étranger aux dessins des estampes de la traduction flamande de de Nicola}' et que celles-ci sont bien l'œuvre du maitre que nous avons indiqué. (2)
Les figures suivantes d'Antoine van Leest commençant à la page 20, sont exécutées sur un fond en majeure partie blanc et placées au milieu d'encadrements gravés sur bois avec goût. Elles se distinguent jxir l'expression des physionomies^ l'heureux jet des draperies, la vérité et la variété des poses : toutes sont rcpré-
(i) L'acte n'indique pab le nom patronymique de la mère: celle-ci est appelée Gertrude dans le baptistaire de Susanne van Londerseel du 20 septembre 1570. Si un troisième acte inscrit à S' Georges, le 2) janvier 1578, et dans lequel le père est indiqué sous le nom de van Lonseel, se rapporte à un enfant de Jean van Londerseel, il faudrait en conclure que la femme de celui-ci s'appelait positivement Gertrude. L'enfant baptisé à cette dernière époque reçut le nom de Jean.
(2) Les registres des comptes tenus par Plantin et conservés au Musée Plantin-Moretus ont prouvé, depuis que cette notice a été écrite, que l'artiste qui signait P. 15. est bien réellement Pierre van der Borcht. (Xolc Je M. ^[ax Rooscs.)
sentées dans un léger fond de paysage. La manière pleine d'effet dont elles sont traitées accuse chez van Leest une grande habileté et une sûreté de main remarquable. La plupart de ces gravures sont signées de son monogramme connu, quelques-unes n'ont aucune indication, enfin d'autres portent les initiales de ses nom et prénom écrites d'une autre façon. Ceci se voit aux pages 8i, 112, 209, 249, qu'il a marquées d'un simple A, 113 et 157. Au reste, toutes les estampes du livre que nous analysons ne sont pas l'œuvre de notre maître, mais il est évident qu'elles ont été exécutées sous sa direction par des artistes qui étaient dignes de lui être associés. Nous regrettons d'autant plus de ne pouvoir expliquer les signatures C. i. des pages 36, 189, 207, 242, 250, 253, 270, (le C à l'envers), 281, 289, (les n°' 290, 313, 323, 324 et 325 sont l'œuvre du même graveur), G des pages 109, 134, 163, C des pages 160, 215, 268, 271, 282, 283, C. E. des pages 171, 172, 173 (marquée erronément 153) et 179. Le dernier monogramme pourrait être celui de Charles van Erpekom, élève d'Antoine van Leest, mais il n'y a aucune certitude h cet égard. Aussi n'en parlons-nous que pour prouver qu'il n'a pas échappé à notre attention.
Le nombre de planches exécutées par les artistes dont nous venons de signaler les monogrammes, est de 26. Puisque la traduction flamande de Nicolay en renferme un total de éi, il en résulte que 35 sont dues à van Leest. Toutes ont été gravées d'après des dessins de Pierre Brueghel, le vieux, qui s'entendait à autre chose encore qu'à bien représenter des paysans.
D'après le Catalogue cité de Texposition de 1867,
Antoine van Leest serait mort à Anvers, en 1592 (i). Ne pouvant ni confirmer ni infirmer l'exactitude de cette date, nous nous bornerons à constater que le maître figure encore dans le compte de la gilde de S' Luc du 26 septembre 1585 au 30 septembre 1586, comme a3'ant payé, à cette époque, la rétribution annuelle de $ sous (2).
Son nom est absent de l'état général de la gildc inséré dans le compte de 1 588-1589 (3) (4).
Sources : Archives de la corporation de S^ Luc. -^ Registres des paroisses d'Anvers. — Catalogue d'une exposition de gravures, de livres et de dessins de maîtres anversois ouverte à Anvers dans la Cite en i86y. — Ph. Rombouts et Th. van Lerius. Les Liggeren et autres historiques de la gilde anversoise de Saint Luc.
(i) Pages 121 et 117^ note 2.
(2) Liggeren cités, T. I, pp. 300 et 306.
(3) Op. cit., T. I, pp. 335 et suivantes.
(4) Cette notice est datée du 17 septembre 1874,
fstî i^/i îé/i f^A îé/i ?st/î t!^A îvtî f#/4 f^A i^A ïst/î i^/i i^A îéi f^/it^AjÈ?' «jjS* «4^ «^ *v^ •^ «^ «^ «^ •^ *^ "^ "^ •■v^ '^ *^ "^ '^ "^
SiDRACH WILLEMSENS (1626-1,.. ?).
e graveur distingué est un enfant d'Anvers. Son f^ prénom est, comme on sait, celui d'un des
trois enfants jetés dans la fournaise ardente, par ordre de Nabuchodonosor, mais qui en sortirent sains et saufs. Trois Willemsens, y compris notre artiste, le portèrent'au XVP et au XVIP siècle. D'abord Sidrach Willemsens, qui épousa dans la cathédrale, le 9 juillet 1597, S'^'''^ Jansscns, ensuite Sidrach Willemsens, fils de Corneille et d'Anne Goossens, baptisé à S' Jacques, le 19 mars 1593, et enfin notre graveur. Tous ces Willemsens étaient-ils parents ? C'est ce que nous ignorons. Quoi qu'il en soit, le Sidrach dont nous nous occupons, fils de Jacques Willemsens et de Catherine van Landruwcel, fut baptisé dans la cathédrale d'Anvers, quartier sud, le 6 septembre 1626. Il fut tenu sur les fonts par Abraham van Merlen, graveur de mérite, et par Anne van Heusden. Ses parents mirent encore au monde les trois enfants suivants^ dont les baptistaires de la cathédrale, quartier sud, font mention, aux ■ dates indiquées ci-après: 2" Jacques, le 18 mars 1629 ; parrain, Gilles Begode, marraine Catherine Dacms. 3" Catherine, le 6 février 631 ; parrain, Michel
Janssens, marraine, Anne Goedevrient. 4° Pierre, le 24 mars 1633 ; parrain, Pierre van Hove, marraine, Marguerite de Beudel.
Jacques Willemsens et Catherine van Landruweel demeuraient dans la rue Reynders, à l'enseigne de la Fontaine, lors de la naissance de ces deux derniers enfants et peut-être antérieurement.
Nous n'avons découvert que peu de particularités relatives à Sidrach Willemsens. Il devint apprenti-graveur chez van Merlcn, en 1640-1641, c'est-à-dire, à l'âge de 14 ou 15 ans. Le prénom de son maître a été omis dans le compte de la gilde anversoise de S' Luc, c'est pourquoi M. Philippe Rombouts et moi avons écrit entre parenthèse, Abraham ou Théodore van Merlen (i). L'acte de baptême de Sidrach étant inconnu à l'auteur de la présente biographie, lors de la publication de la partie des archives de S' Luc dont nous venons de parler, la lacune en question ne pouvait être comblée autrement. Mais depuis la découverte du baptistaire de notre graveur, nous croyons ne pas nous tromper en considérant comme son maître, Abraham van Merlen, son parrain.
Sidrach Willemsens fut reçu franc-maître, en 165 i- 1652(2); il avait 25 ou 26 ans, à cette époque. Comme il n'est pas probable qu'il aura fréquenté l'atelier de van Merlen, pendant 11 à 12 ans, on doit croire qu'il voyagea à l'étranger, avant de prendre son dernier grade dans la gilde de S' Luc.
(i) Phil. Rombouts et Théod. van Lerius, avocat. Les Liggeren et autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc, T. II, pp. 120 et 123.
(2) Liggeren cités, T. II, pp. 223 et 232.
Nous ne connaissons qu'une œuvre de Sidrach, mais elle lui fait le plus grand honneur. C'est une Tentation de S^ Antoine, d'après David Teniers, le jeune. Elle est représentée de la manière suivante : Le bienheureux anachorète, vu aux trois quarts, était en oraison, son livre de prières repose ouvert sur une tête de mort, placée au pied d'un crucifix qu'entoure une gloire. Une auréole brille au-dessus de la tête du saint, dont l'enfer a résolu de troubler la pieuse occupation. Aussi lui a-t-il expédié toute une troupe de ses esprits malfaisants. Ils sont annoncés par une chauve-souris monstrueuse qui fait retentir de ses cris stridents la grotte où s'est retiré Antoine. Le chef de la bande, travesti en paysan flamand de l'époque de Teniers, pose ses griffes sur les épaules du saint, qui, les mains jointes, se retourne quelque peu et ne paraît pas eftVayé du tout de cette visite. Le campagnard coiffé d'un bonnet auquel est attaché sa pipe, a la face pourvue d'un nez formidable. 11 paraît s'être chargé de turlupiner le solitaire et semble fort satisfait des railleries ineptes qu'il lui débite. Ses compagnons le secondent à leur manière, en associant leur vacarme à celui de la chauve-souris. Le premier, espèce de monstre marin, saisit un des pans du manteau du saint et ouvre, en se retournant, une gueule terrible dans laquelle il voudrait bien engloutir Antoine. Cela ne se pouvant, il s'en sert du moins pour faire du bruit à tête fendre. Le second, amphibie, partie oiseau, partie poisson, porte les cheveux plats et le bonnet du paysan flamand du XVIP siècle ; il paraît s'imaginer que son regard menaçant et les mouvements de ses nageoires vont en imposer au saint. Après lui s'avance une espèce de chien de mer qui étale ses crocs et dévore
des yeux à distance l'anachorète. Il est suivi d'une grenouille fantastique et d'un autre monstre qui singe un oiseau de proie.
A en juger d'après la gravure, la composition de David Teniers, le jeune, que nous venons de décrire, doit compter parmi les meilleures productions de ce grand maître. La figure du saint ornée d'une longue chevelure et d'une barbe bien fournie, est superbe d'expression, et ses mains sont magistralement dessinées. Son vêtement se compose d'une tunique, d'un manteau drapé avec beaucoup d'art et d'un camail sur lequel est inscrite la lettre tau. C'est sur cette figure bien éclairée que se détache le groupe des démons, que nous croyons avoir décrit assez amplement et qui est du plus bel effet de clair-obscur.
La planche est signée : T). Teniers inu. — S. Willemsens, je. Lorsqu'elle devint la propriété d'Abraham Teniers, frère de David, le jeune, peintre et imprimeur en taille douce, celui-ci y ajouta ou fit ajouter, en d'autres caractères, les mots : Abraham Teniers excudit. De façon que les premières épreuves sont celles qui furent publiées antérieurement à cette adresse. Chrétien Kramm en a vu une semblable.
Il est certain que Sidrach Willemsens qui interpréta si magistralement dans cette estampe, le faire de David Teniers, le jeune, n'aura pas exécuté que cette seule gravure et que celle-ci n'aura pas été son coup d'essai. Et pourtant aucune autre œuvre de sa main ne nous est connue.
Nous avons fait en vain des recherches pour découvrir si notre artiste s'est marié et s'il eut des enfants.
La date de son décès nous est inconnue, (i).
Sources : Registres des paroisses d'Anvers. — Archives de la gilde de Saint Luc. — Chr. Kramm. De levens en wcrken en^. — Ph. RoMBOUTS et Th. van Lerius. Les Li^^eren et autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Ltic.
(i) Cette notice est datée du 21 juillet 1874.