‹ Biographies d'artistes anversois (volume 2)Chapitre 2 sur 13 · BOULLOGNE · texte numérisé non relu

BOULLOGNE

L'artiste reçut vers cette époque la visite du comte de Neny, chef et président du conseil privé, qui admira chez lui deux tableaux d'environ cinquante pouces de hauteur sur à peu près quarante de largeur, qu'il venait de terminer pour M. François-Emmanuel van Ertborn, d'Anvers. Il les avait exécutés sur du coutil préparé à cet effet, au lieu de toile, qu'il considérait comme moins solide et plus sujette à se fendre. Antonissen en vint aussi à ne plus peindre sur bois, parce que de son temps, les panneaux se tordaient parfois ou que leurs jointures se décollaient. Ces réflexions du maître ne prouvent pas en faveur des fabricants chez lesquels les peintres de la fin du dix-huitième siècle étaient obligés

de se fournir des objets les plus indispensables à l'exercice de leur art.

L'archiduc Maximilien- Joseph d'Autriche, s'étant rendu, en 1774, dans les Pays-Bas méridionaux, arriva en juillet dans la ville d'Anvers. Il honora de sa visite le 27 de ce mois, les salons de la gilde de S' Luc et de l'académie dans lesquels avaient été exposés des œuvres de Martin-Joseph-Jean Geeraerts, le célèbre peintre de bas-rehefs, de Balthazar Beschey, le vieux, d'André- Corneille Lens, et de Henri de Cort. Antonissen y a\ ait envoyé quelques paysages, étoffés de bétail et de figurines, qui lui valurent des félicitations, dont une annonce d'acquisition eût doublé le prix.

Le maître exécuta en 1779, un tableau qui appartient actuellement à M. Pierre-Corneille Ommeganck d'Anvers, fils du célèbre peintre Balthazar-Paul. Il représente un paysage, à l'avant plan duquel se trouvent trois moutons^ un bouc et un bœuf. On remarque non loin de là un homme en conversation avec une femme assise, qui donne le sein à son enfant. Derrière ce groupe, un monticule sur lequel est bâtie une maisonnette, et, au fond de ce côté un homme vu à mi-corps et en train de gravir cette éminence. A la gauche du tableau, une rivière dans laquelle se mirent une maison et des arbres; dans le lointain, également à gauche, un champ légèrement boisé.

Cette œuvre d'art est exécutée d'une façon très-transparente, le ciel en est peint avec beaucoup de légèreté et le paysage en est très-méritant. Les moutons et le bouc ne manquent pas de valeur artistique, mais sont inférieurs à ceux que produisit Ommeganck. Les proportions du bœuf laissent quelque peu à désirer. Le

groupe des figurines humaines est inférieur aux animaux, surtout la femme assise ; par contre, le petit homme qui gravit le monticule est très-prestement enlevé. Le tableau est signé en toutes lettres et daté de la dite année 1779. Nous souhaitons au Musée d'Anvers, qui ne peut montrer aucune œuvre du maître, d'en posséder quelque Jour une de ce mérite.

Nous avons déjà fait la remarque que la représentation de l'homme est la partie faible du talent d'Antonissen. Il y a cependant des exceptions à cet égard, témoin, entre autres, une étude d'après nature qui nous appartient et qui représente un jeune campagnard debout, la tête coiffée d'un chapeau, chaussé de guêtres et dont le bras droit repose sur un bâton. Ce dessin est adroitement exécuté.

Antonissen visita Paris, où il laissa de ses œuvres ; il en orna aussi les cabinets des amateurs d'Amsterdam, qu'il visita souvent et de diverses villes de Hollande et d'autres pays. Elles représentaient des rochers, des chutes d'eau, des bois et des vallons, pris aux bords de la Meuse et dans d'autres sites de sa patrie.

Le maître a peint quelquefois d'après nature des fleurs et des fruits. Il a gravé aussi avec talent à l'eauforte, entre autres, en 1767, d'après Albert Cuyp, un troupeau de bœufs, paissant au bord d'une rivière, sur laquelle voguent plusieurs embarcations. Il exécuta également à l'eau-forte, la même année, un paysage avec figures, de sa composition. Cette œuvre d'art est signée de son monogramme, datée et numérotée i.

Antonissen se plaignit un jour à Jacques van der Sanden, le secrétaire de l'ancienne Académie, que, dans sa jeunesse, on ne lui avait pas implanté suffisamment les

principes de son art. Il ne suffit pas, faisait-il observer, que les maîtres vous disent : ôtez ceci, ajoutez cela ; ce sont les élérnents qu'il s'agit de bien inculquer aux élèves, et il se félicitait à cette occasion des améliorations qui avaient été introduites à cet égard dans l'enseignement de l'Académie d'Anvers.

Que de peintres pourraient s'appliquer aujourd'hui ces réflexions d'Antonissen, et refaire, comme lui, leur éducation artistique, s'ils en avaient le courage ! Il est vrai qu'actuellement nous voyons manier le pinceau par des gens qui n'ont jamais appris à bien dessiner !

L'artiste décéda peu de temps après la conversation que nous venons de rapporter. Quoique sujet à des attaques de goutte, il n'en continuait pas moins à travailler activement et à mener une vie gaie et sobre, lorsqu'une courte maladie l'enleva le 4 avril 1794 à onze heures du matin. Il fut enterré le dimanche suivant, 6 du même mois, dans l'église des Dominicains. Son inscription sépulcrale y avait été préparée avec celle de sa femme, sur la dalle de la famille du premier mari de celle-ci. Catherine-Joséphine Raeydemaeckers, qui faisait le commerce des soieries, survécut à son mari, ainsi que quelques-unes de ses filles et son fils André-Engelbert- Xavier. Celui-ci, après s'être adonné à l'art paternel, avait fini par exercer le négoce et l'état de fabricant de futaines.

Antonissen eut plusieurs élèves, parmi lesquels nous avons déjà nommé le célèbre Balthazar-Paul Ommeganck, qu'il reçut en 1767-1768. Simon-Alexandre-Clément Denis, artiste assez médiocre, et Jacques-André- Joseph Trachez, fréquentèrent également son atelier, qui avait été ouvert, en 175 9-1 760, à Jean-Baptiste Ceurvorst,

en 1767-1768, à Henri Blomaerts, et en 1772-1773, à Ignace-Joseph van den Berghe ; ce dernier se fit connaître comme graveur. Antonissen forma aussi deux peintresamateurs, dont Tun M. Jean-Baptiste van Lancker d'Anvers, a possédé un superbe cabinet de tableaux qui a été dispersé aux enchères publiques, en 1835. Il renfermait huit peintures de son ancien maître, dont deux étaient des copies, d'après Jean Wynants. M. van Lancker y était aussi représenté par douze de ses oeuvres, qui n'étaient pas sans mérite et parmi lesquelles se trouvaient quatre reproductions de compositions exécutées par des maîtres hollandais. L'autre amateur à qui nous avons fait allusion, était un membre de la noble famille de Man, également né à Anvers et qui, quoique sourd-muet de naissance, passe pour avoir peint avec talent des paysages et des vues de villes.

Nous avons remarqué récemment que des auteurs écrivaient le nom de notre artiste de la façon suivante : Anthonissen. C'est une erreur, toutes les signatures que nous avons relevées portant Antonissen sans /;.

Parmi les sources auxquelles nous avons puisé pour la rédaction de cette biographie, nous devons indiquer, en premier lieu, le manuscrit de Jacques van der Sanden, le secrétaire de l'ancienne académie d'Anvers, intitulé : Oud îvonsttooneel van Antwerpen. Nous y avons trouvé sur Antonissen les renseignements les plus précieux. Nous les avons fondus dans notre travail ; mais lorsque l'auteur, suivant l'avis de quelques enthousiastes de son temps, allait jusqu'à mettre l'artiste en parallèle avec Paul Potter et Jean van der Heyden, nous lui avons abandonné ces exagérations, dont Antonissen pouvait se

passer, à moins qu'on ne prétende qu'il n'y a que la première place qui soit honorable (i).

Sources : Registres des Paroisses d'Anvers. — Archives de la gilde de S* Luc. — Registres de la sodalité des mariés ; Jac. van der Sanden : Otid honsttooneel van Atiiwerpen, msc. — Idem. Gedenkschrift op de reys en het onthael van :y»c Koninklyke Hoogheyd Maximiliaenus-Josephns , Aertshertog van Oostenryk, coadjuteur van het Groot-Meesterschap van het teiitonihs Orden. etc., etc., etc., 68-y^, opuscule imprimé en 1774, à la suite de ses Bloyende konsten etc. — Inscriptions fanerai res et monumentales de la province d'Anvers, Anvers, église de 5' Paul, pp. 82 et 134. — Biographie nationale, vocibus : Anthonissen, Henri-Joseph et Pierre. — J. B. van der Straelen : Jaerhock der vermaerde en kunstryke gilde van Sint Lucas, hinnen de stad Antwerpen. . . . mitsgaders van de Koninklyke Académie eni- Antwerpen. i8s5, PP- 203,233, 234,268, 278, 286.— Ibidem nota I.

(i) Cette notice est datée du 5 octobre 1869.

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Jean BLANCKAERT

(en flamand Hans ou jan BLANCKAERT)

n a vu de tout temps des artistes médiocres produire des élèves qui les surpassèrent infiniment. En a-t-il été ainsi du maître de Balthasar van Cortbemde, dont le musée d'Anvers possède un tableau remarquable, représentant le Bon Samaritain 9 Faut-il supposer d'ailleurs qu'un peintre allié à des familles, dont les chefs se sont acquis un renom durable dans l'histoire de l'art flamand, n'était lui-même qu'une personnalité insignifiante. Le peintre de qui nous voulons entretenir ici le lecteur, est Jean Blanckaert. Nous avons recherché en vain son nom dans les catalogues des musées et des anciennes ventes de tableaux. Mais qui sait si quelque jour une œuvre remarquable signée de sa main et mise au grand jour, ne nous permettra pas de saluer en lui un bon maître tombé, comme d'autres, dans un oubli immérité ?

Quoi qu'il en soit, voici le résultat des recherches que nous avons faites relativement à celui qui enseigna le manîment du pinceau à Balthasar van Cortbemde,

Le père de Jean Blanckaert s'appelait Jean comme lui : il épousa, dans la cathédrale, le 15 octobre 1589, Marguerite de Roore. Le nom de cette famille fut illus-

tré plus tard par Jacques-Ignace de Roore, l'auteur des superbes plafonds qui décorent la salle du conseil communal d'Anvers.

Jean Blanckaert fut le premier ne du mariage de ses

parents : il fut tenu sur les fonds de la cathédrale, le 5

août 1590, par Michel de Roore et GuiUelmine de Smit.

L'acte de baptême nous fait connaître que l'enfant avait

•vu le jour à Gand.

Les Liggeren sont muets relativement à son maître et à la date de son entrée en apprentissage. Nous y lisons par contre qu'il y fut inscrit comme franc-maître peintre, en 1608- 1609 (i). Il avait, à cette époque, de 18 à 19 ans.

Jean Blanckaert épousa, dans l'église de S'^ Walburge, le 24 novembre 16 14, Catherine Christoffels ou Maryn. Ils eurent pour témoins Corneille Mosselmans et Gérard de Roore. Leur mariage paraît avoir été stérile : nous n'avons, en tout cas, découvert aucun enfant qui en fût issu.

Blanckaert et sa femme firent, le 17 janvier 16 15, un testament réciproque, par devant le notaire Henri van Cantelbeck, le jeune. Après les recommendations ordinaires à DieUj à la S'^ Vierge et à tous les Saints, le prémourant d'entre eux y lègue 5 sous à la fabrique de l'évêché, à Notre-Dame. Ils s'instituent l'un l'autre héritier universel, au cas où ils viendraient à décéder sans enfants, avec obligation de remettre aux proches parents du premier défunt la somme de 50 florins, pour tous droits succes-

(i) Les Llc;gerenel autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc, transcrits et annotés par Pu. Rombouts et Théod. Van Lerius, avocat, I, 447.

sifs. S'il existait un ou plusieurs enfants, à la mort de l'un des époux, l'institution universelle n'en devait pas moins être maintenue, mais alors, le survivant était chargé d'entretenir et d'élever convenablement le ou les descendants encore en vie, jusqu'à ce que ceux-ci fussent en état de pourvoir à leur subsistance. Dès que ces enfants auraient embrassé un état ou atteint l'âge de 25 ans, l'époux encore en vie était tenu de leur payer entre eux tous, 150 florins, pour leurs droits héréditaires, paternels ou maternels. Cette somme, jointe à leurs frais d'aHmentation, représentait, d'après la déclaration des testateurs, au-delà de la part légitime des enfants dans la succession du prémourant. Si un de ceux-ci, lors de la dissolution du mariage, venait à décéder, sans avoir embrassé quelque état ou avoir atteint l'âge de 25 ans, celui des testateurs encore en vie serait son héritier. Seulement il était tenu^ dans ce cas, de remettre aux proches parents de cet enfant 50 florins, à partager entre eux tous. Enfin le survivant des époux était nommé tuteur testamentaire des enfants, avec droit de s'en adjoindre un ou plusieurs autres (i).

Le 6 juillet 1623, Jean Blanckaert et sa femme, qui était malade, à cette époque, ajoutèrent un codicille à leur testament. Nous hsons dans cet acte, qui fut reçu par le même notaire, que Catherine Maryn légua à sa mère Jeanne van den Broeck, du consentement et à l'intervention de son mari, toutes ses hardes de toile et de laine, à l'exception de son jupon de lavander ou linge ouvré de Flandres, qu'elle laissait à Dymphne

(i) Protocoles du notaire Henri van Cantelbeck, le jeune, aux archives de la ville d'Anvers.

Adolffs, jeune fille demeurant dans son voisinage, à l'enseigne de la Grande oie. Son meilleur manteau (vlieger), et toutes ses manchettes étaient exceptés aussi de cette disposition et devaient rester la propriété de son mari.

Catherine Maryn avait prêté à sa mère 200 florins : elle les lui légua, outre la moitié de ses épargnes, {spaerpot), qui montaient à la somme de 136 florins. Après le décès de Jean Blanckaert, Jeanne van den Broeck, ou, à son défaut, l'enfant ou les enfants de Jean Maryn, frère de la codicillatrice, devaient toucher une semblable somme de 200 florins, sans que l'artiste fût tenu à quelque caution de ce chef. L'église de S*^ Walburge fut instituée légataire d'une somme de 12 florins, de même que les aumôniers, en faveur des pauvres honteux de la •ville d'Anvers. Après avoir disposé de 50 florins, pour l'exonération de messes pour le repos de son âme, la codicillatrice fit élection de sépulture en l'église des Augustins. Enfin, elle et son mari réduisirent à 12 les 50 florins que le survivant d'entre eux devait remettre aux proches parents du prémourant.

Cet acte fut passé dans la maison des codiclllateurs, située près de l'église S'^ Walburge, en présence d'Adrien Eynhoudts, tonnelier, père du célèbre graveur Rombaut Eynhoudts, et de Michel Heyns, également tonnelier, et tous deux voisins des codicilateurs (i).

Catherine Maryn décéda peu de temps après la passation de cette addition à son testament. Le compte de la gilde de S' Luc, de septembre 1622 à septembre 1623, mentionne en eff"et, le payement de sa dette mortuaire (2).

(i) Protocoles mentionnés ci-dessus.

(2) Liggeren cités, I, 589.

Elle est morte par conséquent dans le temps compris entre le 6 juillet et le i8 septembre 1623.

Jean Blanckaert avait reçu auparavant son premier élève, que le compte de S' Luc nomme Jean van Camfort, mais qui s'appelait plus probablement van Cantfort. Le maître lui ouvrit son atelier au mois d'août 1617 (i).

Il y reçut, en 1 626-1 627, Balthasar van Cortbemde, qui devint un peintre distingué et qui fut admis, en 1631-1632, dans la gilde anversoise de S' Luc, en qualité de fils de maître (2).

Blanckaert reçut encore un apprenti, en 1 626-1 627 : il se nommait Jean van Eyck et fut inscrit comme francmaître, en 1632-1633 (3).

Notre peintre s'était hâté entretemps de convoler en secondes noces. Nous avons vu que sa première femme Catherine Maryn était décédée en 1623, et, au plus tôt le 6 juillet de cette année-là. Il épousa dans la cathédrale, quartier sud, le 25 novembre suivant, Anne Jacops, en présence d'Antoine de Portis et de Gérard de Roore. La jeune épouse était fille du peintre Roland Jacops, qui remplit, en 1 626-1 627, les fonctions de doyen de la gilde anversoise de S' Luc (4), et de Susanne de Vos. Celle-ci devait le jour au célèbre Martin de Vos, le vieux, et à sa femme Jeanne le Boucq. Anne Jacops avait été tenue sur les fonts de la cathédrale^ le 14 novembre 1603, par son aïeul maternel et Anne de Vos, sœur de sa mère. Elle venait d'entrer par conséquent dans sa vingt-quatrième année. Un seul enfant fut le

(i) Liggeren cités, I, S3i-

(2) Ibidem, I, 634, II, 22, 30,

(3) Op. cit. ,1, 635, II, 36, 43.

(4) Liggeren cités, I, 633.

fruit de ce mariage : il fut présenté le 21 mars 1625, à l'église S'^ Walburge, et y reçut au baptême le prénom d'Anne, ayant pour parrain son aïeul maternel Roland Jacobs, et pour marraine, Marguerite de Roore. L'acte donne à son père la qualification de signor. Une pièce authentique du 20 juin 1638 nomme la petite fille Anne- Marie Blanckaert : l'addition de cette seconde patronne lui vient de sa confirmation. Anne Jacops ne vécut guère longtemps en mariage avec Jean Blanckaert. Le compte de la gilde de S' Luc du 17 septembre 1626 à septembre 1627 mentionne, en eff"et, le paiement de sa dette mortuaire (i). Son père, comme nous l'avons vu, était doyen de la corporation à cette époque.

L'acte du 20 juin 1638, dont nous avons parlé cidessus, et qui fait partie des minutes du notaire Henri van Cantelbeck, le jeune, nous apprend que Jean Blanckaert avait été nommé par sa femme Anne Jacops, tuteur en chef testamentaire de leur fille Anne-Marie et que Jean de Roore, facteur des voituriers, avait été choisi par lui comme son co-tuteur. L'un et l'autre donnèrent procuration à Barbe Jacobs, tante maternelle de l'enfant, au sujet du remboursement d'une rente héréditaire de 50 florins et de ses arrérages, remboursable au denier seize et hypothéquée sur des immeubles situés dans la rue Neuve, à Bruxelles (2).

Jean Blanckaert ne tarda pas à se remarier : il épousa, en effet, dans la cathédrale, quartier sud, le 17 octobre 1627, Anne de Wael. Cette nouvelle union ne déplut pas, sans doute, à Roland Jacops, puisque celui-ci con-

(1) Ibiil, I. 639.

(2) Protocoles cités.

sentit à en être témoin : la nouvelle épouse fut assistée de son père Jean de Wael, peintre de renom, dont Antoine van Dyck a exécuté le portrait. Anne de Wael était issue du mariage qu'il avait contracté avec Gertrude de Jode, et avait été tenue sur les fonts de la cathédrale, le 7 juillet 1599, par Servais Wouters et Barbe de Jode. Elle était entrée, par conséquent, dans sa 29^ année.

Anne de Wael donna à son mari six enfants, qui furent tous baptisés dans la cathédrale, quartier sud :

1° Catherine, le 7 septembre 1628; parrain, Jean de Wael, aïeul de la petite , marraine, Catherine de Wael, sœur de sa mère.

2° Susanne, le 20 février 1630; parrain, Georges Vercampt, marraine, Susanne Keurlinckx, qui avait épousé Luc de Wael, marchand de pots, d'après les recherches de M. Alphonse Goovaerts. L'acte nous apprend que les parents de la petite fille habitaient, à cette époque, le rempart du Lombard : leur demeure y était encore établie en 1635.

3° Marie, le 15 novembre 1632; parrain, Guillaume de Decker, marraine, Anne de Scede. Elle devint la femme du célèbre peintre Pierre Boel.

4° Jean, le 5 août 1635. Il ^^^ ^^^^^ P^'^' Luc de Wael, peintre distingué au nom de son frère Corneille, également peintre de réputation, et par Barbe Jacops, sœur de la seconde épouse de Jean Blanckaert.

5° Gertrude, le 14 avril 1638; parrain, Jean de Roore, facteur des voituriers, marraine. Barbe de Wael, tante de l'enfant. Gertrude Blanckaert épousa, à S^ André, le II août 1663, Barthélemi van der Linden, en présence de Barthélemi van der Linden, le vieux, et du célèbre peintre Pierre Boel, beau-frère de la mariée.

6° Jean-Luc, le 19 août 1640; parrain, le signor Luc Lancelots, marraine, Marie de Molepas.

Les Liggereii mentionnent un quatrième et dernier élève de Jean Blanckaert : c'est Jean de Houwer, qui entra dans son atelier en 1632-1633 (i).

Le maître vivait encore en 1643 : c'est ce qui résulte d'un acte du 24 décembre de cette année-là, reçu, à Anvers, par le notaire Jacques le Rousseau. Ce document nous apprend que Blanckaert avait été institué héritier de la moitié des biens d'Elisabeth de Roore, veuve de Georges Verherbruggen et qu'il en avait acquis l'autre moitié de Catherine de Roore, veuve de Ludolphe van Hatten ou plutôt van Hattum (2). L'artiste céda, en sa qualité de propriétaire, diverses créances au notaire Antoine de Costere, qui avait travaillé pour Elisabeth de Roore et ses héritiers (3).

Les dates des décès de Jean Blanckaert et de sa troisième femme nous sont inconnues (4).

Sources : Registres des paroisses d'Anvers. — Archives de la ville — Ph. Rombouts et Théod. vax Lerius. Les Liggercn, etc.

(i) Op. cit., T. II, p. 41.

(2) D'après les inscriptions funéraires de l'abbaye de S' Michel, à Anvers, Ludolphe van Hattum serait décédé le 9 décembre 1646, et sa femme Catherine de Roore, le 1 1 février 1 5 5 3 . Il y a là évidemment une erreur de copie, puisque cette dernière est mentionnée déjà comme veuve, dans l'acte authentique du 24 décembre 1643, que nous avons analysé ci-dessus. Peut-être Ludolphe van Hattum est-il mort en 1636. — Inscriplions citées, p. 121.

(3) Minutes dudit notaire aux archives communales d'Anvers.

(4) Cette notice est datée du 15 décembre 1874.

Antoine BLANCKAERT

(en flamand Antoon BLANCKAERT)

fi^^^^OLir ne rien omettre, nous dirons ici quelques Il WM mots du peintre Antoine Blanckaert. Celui-ci ^aJk^:^ était fils d'Arnould et de Marie Gelsmans ou Stesmans. Il naquit à Anvers et y fut tenu sur les fonts baptismaux de l'église S' Georges, le 11 janvier 1621, par Corneille Schut et Béatrix Arnaut. Comme il existait, à cette époque, plusieurs Corneille Schut, en notre ville, nous ne pouvons dire s'il s'agit ici du célèbre peintre de ce nom.

(Quoiqu'il en soit, Antoine Blanckaert, dont le maître n'est pas indiqué, fut reçu franc-maître de la gilde anversoise de S' Luc, en 1 647-1 648 (i). Il épousa, le 19 juin 1649, dans l'église S' Georges, Béatrix Heyen. Ce mariage eut pour témoins Arnould Blanckaert, père de l'époux, et Michel Janssens. Il en naquit une fille, Anne-Marie, baptisée dans la cathédrale, quartier sud, le 6 août 1650; parrain, Arnould Blanckaert, aïeul de l'enfant, marraine, Anne Schryvers.

Voilà tout ce que nos recherches nous ont appris relativement à Antoine Blanckaert (2).

Sources : Registres des paroisses d'Anvers. — Ph. Rombouts et Théod. van Lerius, Les Liggereii, etc.

(i) Ligoeren cités, II, 185, 192.

(2) Cette notice est datée du 13 décembre 1874.

Jean BOECKHORST

(en flamand Jan BOECKHORST)

e peintre distingué fut appelé Jean le long, ^^^ (Jauge Jaiî), à cause de sa taille élancée. Il a eu

soin de nous apprendre dans un testament, daté du 10 septembre 1639, qu'il naquit en 1605, à Munster, en Westphalie, et que son père Henri Boeckhorst était décédé à l'époque de la passation de l'acte (i). Le nom de sa mère n'est pas mentionné dans ce document. M. J. C. van Put, bourgmestre d'Anvers, a bien voulu demander pour nous, à Munster, en 1869, les baptistaires de l'artiste et de ses frères et sœurs. Malheureusement il lui fut répondu de cette ville, que le registre de baptêmes de 1605 n'y existait dans aucune des paroisses, et il est permis de conclure de la lettre du premier bourgmestre de cette cité, que les années contemporaines y font également défont. Corneille de Bie qui a ajouté, bien à tort, un van au nom du peintre, l'écrit Bockhorst, tandis que celui-ci orthographie invariablement Boeckhorst, dans deux documents authentiques que nous avons sous les yeux.

L'auteur cité nous apprend que les parents de l'artiste étaient des gens aisés (eerlych aide treffelycke oiiâers), ce

(i) L'acte qualifie l'artisted'honorablejeaa Boeckhorst, célibataire, âgé de trente-quatre ans, peintre. Son rédacteur avait commencé à écrire trente-trois, mais il reprit le mot et mit trente-quatre, ce qui rapporte à 1605 la naissance de notre maître.

que le second de nos actes paraît assez bien confirmer. Il ajoute que Jacques Jordaens lui apprit à peindre (i). S'il en était ainsi , ce serait le cas de s'écrier avec Boileau :

Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.

En effet, la manière de Boeckhorst ne rappelle nullement celle de Jordaens, mais elle tient étonnamment de celle d'Antoine van Dyck. Aussi sommes-nous persuadé que Boeckhorst fut un de ses élèves et certes un des plus brillants. Les Liggeren de la gilde anversoise de S' Luc n'en disent rien, mais nous ferons observer qu'aucun des disciples du grand maître n'y figure comme tel ; mais seulement, lorsqu'ils sont admis à la franc-maîtrise. Nous saurons bien quelque jour la cause de ce privilège, qui échut aussi à Rubens. Jordaens ne l'obtint jamais : aussi ses élèves sont-ils inscrits en cette qualité, et parmi eux ne figure pas Jean Boeckhorst.

Corneille de Bie a su très peu de particularités concernant notre artiste, qui fut reçu franc-maître peintre, dans la gilde anversoise de S' Luc, en 163 3- 1634 (2). Il exécuta, avec le plus grand succès, des tableaux d'histoire sacrée et profane, de mythologie, des allégories, et même des représentations d'animaux et excella dans le portrait (3).

Lorsque la ville d'Anvers fut ornée, en 1635, à l'occasion de l'entrée du cardinal infant Ferdinand, avec une

(i) Guldeii cabinet, 254.

(2) Phil. Rombouts et Théod. van Lerius, avocat. Les Liggemi et autres archives historiques de la gilde anversoise de S.iint Luc, T. II, pp. 48 et 56.

(5) De Bie, îoco cit.

magnificence qui n'a jamais été surpassée, Boeckhorst fut appelé à travailler aux décorations. Il fut employé à l'arc de triomphe érigé près de l'église S' Jacques et y collabora avec Jean Borckgrave, peintre de mérite, devenu actuellement inconnu (i). Ils touchèrent ensemble, pour leur rémunération, la somme de 470 florins (2).

Parmi les édifices que la ville d'Anvers montrait autrefois aux étrangers avec une légitime fierté, se trouvait la chapelle de S' Joseph de l'église des chanoinesses régulières de S' Augustin, dites Falcons, et, par corruption. Façons (3). Elle avait été fondée, en 1636, par Louis de Roomer, fils de Louis, veuf, à cette époque, de Cathetherine Haecx, fille de David, décédée le i février 1633, à l'âge de 39 ans. Il y fit transporter les dépouilles mortelles de sa femme et co-fondatrice, et s'y fit enterrer auprès d'elle, après sa mort, arrivée le 28 décembre 1649, lorsqu'il avait atteint sa 59^ année.

Cette chapelle presque entièrement revêtue de marbre fut consacrée le 19 mars 1637, fête de S* Joseph, et fort fréquentée par notre population, qui y éprouva plus d'une fois le pouvoir du père nourricier de notre Sauveur (4).

Deux poètes célèbres de la compagnie de Jésus, les

(i) Apprenti en 1609-1610, franc-maître en 1626-1627, décédé en septembre 1648 : Liggeren cités, T. I, pp. 455, 637 et 455, note i.

(2) P. Géxard. Antxoerpsch Archievenhlaâ, T. VII, pp. 50 et 51.

(3) De Falco de Lampage. Leur couvent fut érigé sur un fonds qui lui avait appartenu. Le titre de ce monastère était le suivant :

Kloosler van Mariendad, in Faîckenborch, c'est-à-dire : Couvent du val de Marie, à Faîckenborch. — Inscriptions funéraires et monumentales de la province d'Anvers, T. IV, pp. 305 et 307.

(4) P. Daniel Papebrochius, S. J. Annales Antvcrpienses, T. IV, p, 362. — J. G. DiERCxsENS, Antverpia Christo nascens et crescens, édit. 1773, T. VII, p. 236.

Pères Guillaume Becanus (van der Beke) et Jacques Wallius (van de Walle) composèrent, à cette occasion, de remarquables pièces de vers latins (i)

Au-dessus de l'entrée de la chapelle se trouvait dans une niche la statue d'albâtre de S' Joseph tenant l'enfant Jésus. L'intérieur était orné de deux autres statues représentant S* Louis, roi, et S" Catherine, patrons du fondateur et de sa femme : elles étaient sculptées en marbre. On y remarquait aussi trois excellentes compositions de Gérard Zegers, représentant la Sainte. FaïuiUc, l'adoration des bergers, et 5"' Joseph, averti, en songe, par l'ange, de fnir en Egypte, et ce qui nous intéresse surtout en ce moment, pas moins de 26 tableaux de toute grandeur, peints par notre Jean Boeckhorst. Une de ces peintures placée à gauche de l'entrée de la chapelle avait pour sujet la Faite en Egypte : la S**^ Vierge y donnait la main à rEnf;mt Jésus, à côté de qui marchait S' Joseph. Des anges les précédaient en répandant des fleurs. Le paysage, peint par Jean Wildens, représentait un site sauvage, où s'élevait un rocher et où croissaient quelques sapins. La toile d'en face rappelait le Repos de la 5*^ Faniille, dans sa faite en Egypte : des anges y cueillaient des fleurs et des fruits qu'ils ofîi'aient à l'Enfant Jésus et à sa Mère et semaient des fleurs sur leurs pas. Le lieu de la scène était un paysage peint également par Jean Wildens. Descamps f-iit l'éloge de ces peintures.

(i^ Papebrochius, îoco. cit. — Sidronii Hosschii e Societate Jesu Elegiarum libri sex. Item Guilielmi Becani ex eâdeni Societate Idyllia et Elegia;. Parisiis, sumptibus fratrum Barbou. M.D.CC.XXIII, p. 261, Jacobi Wallii e Societate Jesu Poematum libri novcm. Même édition, T. II, pp. 174-181.

Les autres tableaux de notre maître représentaient divers saints et des sujets tirés de l'ancien Testament. Les premiers étaient au nombre de seize, douze en buste, et quatre en tête seulement. Les bustes rendaient les saints suivants : i° Augustin; 2° Grégoire-le-Grand ; 3° Marie- Madeleine de Pazzi; celle-ci donnée par Gaspard de Roomer, frère du fondateur et bienfaiteur insigne des Falcons, et 4° Anne, cadeau de Jacqueline de Roomer, chanoinesse régulière de ce couvent (i); 5° l'Ange gardien, dû à la libéralité de Marie de Roomer, également chanoinesse régulière de ce couvent (2); 6° S*^ Cécile. En face de ceux-ci se trouvaient les saints que nous allons énumérer : 7°Ambroise; 8° Jérôme; 9° Christine, don de Christine de Roomer (3) ; 10° Bernard, chanoine régulier et archidiacre, présent d'Anne de Roomer, religieuse de ce couvent (4); 11° Barbe, et 12° Marie l'Égyptienne.

Au-dessous du buste de S' Augustin était peinte la tête de S* Pierre; au-dessous de celui de S' Grégoire-le- Grand, celle de S' Etienne. Vis-à-vis de celles-ci, au bas du buste de S' Ambroise, le chef de S' Paul ; au-dessous du buste de S' Jérôme, la tête de S' Laurent.

Les petits tableaux dont les sujets étaient empruntés à l'ancien Testament, étaient au nombre de 8 et représentaient : 1° 5' Joscpl) averti, en songe, par l'ange, de fuir en Egypte, épisode retracé par Gérard Zegers, dans la même chapelle; 2° le patriarche Joseph, debout près

(i) Elle décéda le 18 juillet 1652.

(2) Morte le 23 septembre 1635, par conséquent avant l'érection de la chapelle.

(3) Elle passa de vie à trépas, le 29 janvier 1653.

(4) Décédée le 10 octobre 1669.

de son pérc Jacob ; 3° k roi E:^écbias cl le prophète haïe en prières : au fond, Vange du Seigneur exterminant l'armée des assyriens ; 4° le roi Josias brisant les idoles. En face des premiers : 5° T)avid embrassant son fils KÂbsalon ; 6° la reine de Saba, en présence de Salomon ; 7° le roi ,Asa détruisant les idoles ; 8'' le roi Josaphat envoyant les prêtres et les lévites dans les villes de Juda pour instruire son peuple dans la loi du Seigneur (i).

Descamps a fait l'éloge de ces petits tableaux, qu'il dit composés, peints et touchés avec tout l'art possible. Cette chapelle, ajoute-il, est certainement un cabinet précieux de peinture (2). Il y a tout lieu de croire que Jean Boeckhorst exécuta, en 1636, les œuvres d'art dont nous venons de parler. Elles avaient orné notre ville pendant 147 ans, lorsque le couvent des Falcons fut supprimé par l'édit de Joseph II, du 17 mars 1783 (3). Ce monarque, qui voulait donner des leçons de piété à l'église catholique, avait jugé que les ordres contemplatifs lui étaient inutiles et trouvé bon de les anéantir dans ses États. Il confisqua leurs biens, au profit de sa Caisse de Religion, et, en prince dégagé de préjugés, sans tenir compte des volontés sacrées de Louis de Roomer et de sa femme, il fit vendre à l'encan les tableaux qui ornaient la chapelle, dans laquelle les fondateurs avaient élu leur sépulture. C'est ainsi que le malheureux souve-

(i) Ltscriptions fuitcraircs et luoiiiiiiientates de la province- d'Anvers, T. IV, pp. 326, 331, 338, 341 et 345.

(2) Voyage pittoresque de la Flandre et du Drahant. — Paris, M D.CC.LXIX, p. 202.

("3) F. -H. Mertens, dans les Inscriptions funéraires et monuinenidlcs citées, T. IV, p. cxviij.

rnin préparait les voies à la révolution dont la maison d'Autriche devait tant souffrir.

Les 26 compositions de Jean Boeckhorst firent partie «d'une collection de tableaux provenant des maisons religieuses supprimées aux Pays-Bas dont la vente se fera (se fit) au couvent des ci-devant Riches Claires (i) à Bruxelles, en argent de change. » Elle devait commencer, d'après le catalogue, le 12 septembre 1785. La Fuite en Egypte et Je Repos de la 5'^ Famille en Egypte, par notre maître et Jean Wildens, furent réunis et adjugés moyennant 225 florins à un certain de Loose (2). Les 12 tableaux représentant des bustes de Saints furent acquis par le peintre André-Bernard de Quertenmont, au prix de 3 i florins (3). Les 4 têtes de Saints, par un certain Gireau, de Bruxelles, à 9 florins 10 sous (4). Enfin les 8 tableaux dont les sujets étaient tirés de l'Ecriture Sainte, par le chanoine le Couvreur, de la Cathédrale d'Ypres, à 25 florins (5). Les 26 peintures avaient produit par conséquent une somme totale de 290 florins et 10 sous de change. Ainsi la révolution, personnifiée par un empereur d'Allemagne, nous dépouillait du précieux cabinet de peinture dont de Roomer avait orné la

Ci) Les ci-devant Riches Claires devaient être suivies bientôt des ci-devant rois. Joscpla II était l'éclaireur de la révolution Irançaise dans ses États.

(2) N"^ 2037 et 2036 du catalogue.

(s) No 2034. Tous les tableaux de cette collection étaient évidemment des biens volés : nous ignorons dans quelle intention ils ont été acquis, mais comme nous voyons figurer parmi les acheteurs un certain nombre d'ecclésiastiques et plusieurs personnes d'une réputation intègre, cela donne matière à réflexion.

chapelle de S' Joseph, aux Falcons (i), et mettant d'un coup en vente l'élite de 7060 œuvres d'art volées aux monastères supprimés, elle dépréciait elle-même le fruit de ses rapines.

Retournons à Jean Boeckhorst. Le testament cité du 10 septembre 1639 nous apprend que l'artiste avait voyagé en Italie, et qu'il en était revenu à Anvers, en 1637. Il se trouvait en notre ville, comme nous l'avons vu, en 1635 et fort probablement l'année suivante. Boeckhorst était entré, par conséquent, dans la maturité de l'âge et était fort bien en état de comparer et de juger, lorsqu'il visita la péninsule italienne, dont le séjour fut si fatal à tant d'autres artistes.

Le même document nous apprend que notre peintre se repentant de n'avoir pas vu Rome, se proposait de se rendre une seconde fois en Italie et de ne pas manquer, cette fois, de visiter la capitale de la chrétienté. D'après ce qu'il avait écrit à sa mère, il comptait se mettre en route le lundi 19 septembre 1639.

En homme prévoyant, Boeckhorst avait fliit son testament, avant de quitter Anvers. Il fut rédigé, comme nous l'avons dit, le 10 septembre 1639, et reçu par le notaire Barthélemi van den Berghe, le vieux. Cette pièce commence par les recommandations ordinaires à la misé-

(i) Une vue de cette chapelle très bien gravée à l'eau-forte par Jacques Neeffs, orne l'opuscule intitulé : De glorieuse gedachtenisse van den H. Joseph.... met den u'onderetimirahûeusen bystandt den welcken hy hethoont in syne CapeUe tôt Oiise Lieve Vrouive Dael, ge-naemt Façons hinnen Anlwerpen. Byeciivergadcrt ende beschreven door N. O.,... — Antwerpen, 1662. On y trouve en outre, une gravure de mérite, exécutée par Gérard Mens, d'après Philippe Fruydcrs, et représentant S' Joseph porté au ciel par un groupe de trois anges et couronné par l'Enfant Jésus.

ricorde de Dieu et aux prières de la très sainte Vierge et Mère de Dieu Marie et de toute la cour céleste. L'artiste déclare ensuite vouloir être enterré en terre bénite, mais ne fait pas élection de sépulture. Il institue comme héritiers de ses biens patrimoniaux mobiliers et immobiliers, ses quatre plus jeunes frères, Jean (Hans), Guillaume, Roger et Herman, et sa sœur Claire, à charge de donner à chacun de ses autres frères et sœurs une rixdale et un florin d'or. Il devait être entendu que si quelqu'un des plus jeunes frères ou Claire Boeckhorst venait à embrasser l'état ecclésiastique ou à entrer en religion, il serait exclu des biens patrimoniaux du testateur et devrait aussi se contenter d'une rixdale et d'un florin d'or. Sa part accroîtrait à ceux de ses frères et à sa sœur qui seraient restés dans le monde. Il résulte de cette partie du testament, que la famille des parents du maître était nombreuse et que plusieurs de leurs enfants s'étaient f:iits ecclésiastiques ou religieux.

Le document se termine par un legs en faveur de Clémence (Mensia) Montoy, jeune fille célibataire, demeurant à Anvers, à laquelle Boeckhorst charge ses héritiers patrimoniaux de payer cent cinquante rixda- 1ers (i).

L'artiste fit le 31 octobre 1654 un second testament, qui fut reçu par le notaire Jean-Baptiste Colyns. Le maître y dispose d'abord des biens patrimoniaux et autres qui lui appartenaient en Westphalie et dans le pays de Clèves. Il les lègue à ses frères et sœurs (2) qui sont

(i) Protocoles du notaire Barthélemi van den Berghe, le vieux, aux archives de la ville d'Anvers, registre de 1639, P- cccxcj.

(2) Sic. Le testateur entend parler ici sans doute de sa sœur Claire.

restés dans le monde ou, par représentation, à leurs enfants ou petits-enfants qui se trouvent dans le même cas, voulant que le partage se fasse à portions égales, par souches, et non par têtes. Il exclue de sa succession tous ceux qui, avant sa mort ou avant la pleine exécution de son testament, viendraient à embrasser quelque état ecclésiastique que ce fût.

L'exécuteur de cette partie de ses dispositions de dernière volonté devait être le plus âgé de ses frères qui seraient restés dans le monde, et qui jouirait du chef de cette administration, d'une portion double.

Boeckhorst possédait à Munster des meubles qui se rapportaient à son art, tels que tableaux, gravures, dessins, Hvres, etc., ce qui prouve que le peintre résidait parfois dans cette ville. Il ordonna que tous ces objets seraient transportés à Anvers et qu'ils y seraient vendus au plus offrant, en même temps que ses tableaux et œuvres d'art qu'il posséderait dans cette dernière ville, et sa garde-robe.

Il ordonna que les deniers qui proviendraient de cette vente, l'argent comptant qu'il délaisserait et celui qui rentrerait, par suite de remboursements d'obligations ou de rentes, seraient placés à Anvers sur bonnes hypothèques. Il voulut que le revenu de ces sommes et de ces obligations et rentes serait touché par les sœurs Clémence (Mensia), Marie et Pétronille Montoia ou Montoy, leur vie durant et tant qu'une d'elle existerait. Nous supposons que ces personnes prenaient soin du ménage de l'artiste.

Après leur mort, la pleine propriété de ces biens reviendrait aux frères et sœurs laïques du testateur et à leurs représentants. Entretemps l'administration de ces

revenus était confiée, en tant que de besoin, à Clémence Montoy, après la mort de laquelle les deux sœurs survivantes pourraient s'accorder à cet égard comme elles l'entendraient.

Boeckhorst légua, en toute propriété, à Clémence Montoy ses meubles et son linge ; à son défaut, cette disposition devait profiter à ses sœurs Marie et Pétronille.

L'artiste nomma exécuteur testamentaire des dispositions qu'il avait prises, quant à ses œuvres d'art, à son argent comptant et à ses rentes, le signor Sébastien Leerse, marchand à Anvers, avec pouvoir de substitution. Il ordonna à ses héritiers de lui obéir ou à son remplaçant, sans la moindre contradiction. Il légua à son exécuteur, en récompense de ses peines, un portrait de femme (ecii vrouwmt rouie) d'Antoine van Dyck, qu'il avait marqué de son cachet comme devant servir à cette disposition (i).

Que Boeckhorst, voulant retenir ses biens dans sa fitmille, ait exclu de sa succession ses frères et sœurs qui avaient embrassé l'état religieux, on le comprend. Mais qu'il ait étendu cette exclusion à ceux de ses frères qui, restés dans le monde, auraient reçu la prêtrise, cela ne se conçoit guère, à moins qu'il n'ait craint qu'après leur mort, une partie de leurs biens passerait à leurs frères et sœurs religieux, et, par suite, aux couvents de ceuxci. Connaissant, du reste, la position de fortune des siens, il a pu juger que ses frères ecclésiastiques pou-

(i) Protocolles du notaire Jean-Baptiste Colyns, aux archives communales d'Anvers, année 1654, p. 372.

valent vivre honorablement, selon leur état, sans avoir besoin de sa succession.

Quoi qu'il en soit, les testaments du maître prouvent clairement comment Descamps était mal informé, lorsqu'il écrivait que Boeckhorst « pendant toute sa vie )) n'avait porté d'autre habit que celui d'abbé (2) ».

Le 6 août 1659 était décédée Marie Snyders, maîtresse de l'infirmerie du Béguinage d'Anvers, et sœur de François Snyders, le célèbre peintre d'animaux, et du graveur de mérite Michel Snyders (3). Elle fut enterrée dans l'église du Béguinage, et son souvenir y fut perpétué par une inscription et un triptyque de notre maître, placés au chœur. Ce triptyque représente la Résurrection, sujet central, Vuiwioiiciaîiou, volet de droite, et Y^sccnsion, volet de gauche. L'ordonnance de ces tableaux est conçue de la manière suivante. Au milieu du principal, le Sauveur tenant la croix et le drapeau du triomphe, s'élance de son tombeau, dont la pierre est retournée. A gauche, trois gardes saisis d'épouvante, dont un s'enfuit. Un chien accourt près de ce groupe. A droite, un quatrième soldat.

A l'Annonciation, l'ange Gabriel, portant une branche de lis, est agenouillé devant la Sainte Vierge, qui se tient également à genoux sur un prie-Dieu. Marie fait entendre cette réponse au messager divin : « Voici la servante du » Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole. » Dans le

(2) La vie des peintres flamands, atteniands et Imllandois. — Paris, M.D.CC.L.IV, T. II, p. 172.

(3) Elle avait été tenue sur les fonts baptismaux de la cathédrale le 16 mars ij88, par Léonard Goossens et Marie van der Vorst. Marie Snyders était fille de Jean et de Marie Ghysbrechts (et non Plaetscn) qui s'étaient mariés à St« Walburge, le 8 janvier 1576.

ciel, le S' Esprit plane sur la mère du Verbe incarné.

Au volet de gauche, le Sauveur, dont on ne voit plus que les jambes et la tunique, monte au ciel. Plus bas sont représentés les deux anges, l'un et l'autre assis sur un nuage. Ils adressent aux apôtres dont les 3'eux sont dirigés en haut, ces paroles : « Hommes de Galilée, pour- » quoi restez-vous regarder le ciel ? Ce Jésus qui vient » d'être enlevé d'au milieu de vous, pour y monter, en » reviendra un jour comme vous l'y avez vu aller. »

Ces tableaux se distinguent par la beauté de la composition et du dessin, l'éclat et la vigueur du coloris. Ce sont de véritables chefs-d'œuvre, que Descamps a jugés, avec raison, être dignes d'Antoine van Dyck (r).

L'inscription suivante se lisait autrefois au-dessous de ce tryptique :

Sépulture van Jffrou Maria Snyders

IN HAREN TYDE MeESTERESSE VAN DE IXFIRMEREY

OUT SYXDE 71 lAREN

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