‹ Biographies d'artistes anversois (volume 2)Chapitre 3 sur 13 · STERF DEX 6 AUGUSTUS ANNO · texte numérisé non relu

STERF DEX 6 AUGUSTUS ANNO

BiDT VOOR DE SIELEN (2).

La plaque de bois qui contenait ce souvenir pieux a disparu, lors de la tourmente révolutionnaire de la fin du siècle dernier, qui visita, pour la dévaster, l'église du

(i) Op. cit., T. II, p. 173.

(2) Sépulture de mademoiselle Marie Snyders, de son vivant Maîtresse de l'infirmerie. Elle mourut âgée de 71 ans, le 6 août 1659. Priez pour l'âme.

Marie Snyders fut enterrée dans la grande nef de l'église du Béguinage. L'inscription de sa pierre sépulcrale est à peu près semblable à la précédente. — Inscriptions funéraires et mouiitnentales de h province d'Anvers, T. V, pp. 426 et 459.

Béguinage. Il serait à désirer que l'inscription fut rétablie.

Vers 1660, François Hillewerve, chanoine du chapitre de la cathédrale d'Anvers, avait acheté de Pierre Meulewels, le jeune, un Sauveur et les dou:^e apôtres, vendus comme des originaux d'Antoine van Dyck. Un procès s'était élevé à cet égard, et le témoignage de Jean Boeckhorst y fut invoqué. L'artiste déclara, le 23 novembre 1660, que les tableaux en question n'étaient pas des originaux d'Antoine van Dyck, mais bien des copies retouchées par le maître, qui avait appliqué beaucoup de retouches à quelques-unes de ces peintures et très peu à d'autres(i).

Boeckhorst habitait, à cette époque, le Hopland, et se dit âgé de 50 ans, tandis qu'il en avait réellement 55.

La réputation de notre maître était grande. Ainsi avant et après la conclusion du marché, l'excellent peintre Jean Brueghel, le jeune, fils de Jean Brueghel, de Velours, conseilla-t-il au chanoine Hillewerve de faire retoucher par Boeckhorst ou Théodore van Tulden, un des plus brillants élèves de Rubens, trois de ses tableaux qui étaient inférieurs aux autres (2).

La dette mortuaire de Jean Boeckhorst figure comme payée dans le compte de la gilde de S' Luc, du 18 septembre 1667 au 18 du même mois de l'année suivante (3). D'après une découverte de feu notre aïeul

(i) Boeckhorst n'admettait donc comme originaux que les tableaux entièrement peints par un maître et non les copies exécutées par ses élèves et auxquelles l'artiste avait porté la dernière main.

(2) L. Galesloot. Un procès pour une vente de tableaux attribués à Antoine van Dyck, Annales de l'Académie d'archéologie de Belgique, 2e série, T. IV, pp. 581 et 600.

(3) Liggeren cités, T. II, p. 581.

par alliance, M. Jean-Baptiste van der Straelen, l'artiste décéda le 21 avril 1668, et habitait encore, à cette époque, le Hopland. Il fut inhumé dans l'église S' Jacques. Cette découverte est d'autant plus importante que l'année 1668 présente une lacune dans les registres d'enterrements de cette paroisse qui sont conservés à l'hôtel de ville d'Anvers.

Boeckhorst mourut célibataire.

La révolution française nous fit perdre plusieurs beaux tableaux de notre maître. Deux ornaient l'église des Carmes déchaussés et représentaient, l'un, la Fuite en Egypte, dans un paysage que Descamps indique comme peint par Pierre de Witte, le jeune. Le second avait pour sujet une ^Apparition du prophète Elie à S^" Thérèse. Un portrait du cardinal infant Ferdinand, conservée à l'hôtel de ville, disparut également à cette époque.

Malgré ces pertes regrettables, la ville d'Anvers possède encore, outre le triptyque de l'église du Béguinage, un certain nombre de compositions de Jean Boeckhorst. Quatre d'entre elles sont exposées publiquement. L'une, après avoir décoré l'autel de la Sainte Croix dans l'église aujourd'hui démoUe des Bogards, orne actuellement celle de S' Augustin, ancienne propriété des religieux ermites établis sous l'invocation de l'illustre évêque d'Hippone. Cette œuvre d'art a pour sujet S^^ Hélène tenant la vraie croix. A l'avant-plan, la sainte debout, la couronne en tête, richement parée et revêtue du manteau impérial, tient l'instrument de notre salut; elle contemple le ciel, dans lequel apparaissent deux anges. Dans la partie inférieure du tableau est représentée, en petites figures, V Invention de la S'-" Croix. La

composition, l'expression, le dessin et le colons de cette peinture sont de toute beauté.

Le second tableau enlevé autrefois à l'abbaye de S' Bernard sur l'Escaut, orne actuellement le musée d'Anvers.

Le Coiironneinent ch la 5"-' Vierge y est figuré de la manière suivante. Au centre, la S"" Vierge est agenouillée sur le croissant de la lune. A gauche. Dieu le Père assis, le sceptre à la main, considère Marie. A droite, le Sauveur debout tient d'une main la couronne, et, dans le bras gauche, sa croix, autour de laquelle voltigent deux anges. Le S^ Esprit plane dans le ciel entre les deux personnes divines. Près de la S"^ Vierge sont représentées quelques têtes d'anges, et, plus bas, un esprit céleste de grandeur naturelle et dix autres, sous la figure d'enfants ailés. Quelques-uns de ceux-ci tiennent les emblèmes suivants de Marie : le miroir de justice, la rose mystique, l'étoile du matin, le lis entre les épines. L'artiste a figuré Dieu le Père moins vieux que d'habitude, et le caractère divin de Dieu le Fils n'est guère prononcé. Par contre, la S"" Vierge est admirable d'expression et de pose, et les anges de toute beauté rappellent ceux d'Antoine van Dyck. Aussi le célèbre peintre Guillaume-Jacques Herrejms, directeur de l'académie d'Anvers, faisait-il avec raison le plus grand cas de ce tableau. 11 est de dimensions considérables et mesure 3 mètres 84 centimètres en hauteur sur 2 mètres 29 centimètres en largeur.

Un autre Couronnement de la S^^ Vierge, peint dans de médiocres proportions, orne le local qui sert de dépôt de chaises à la chapelle de Notre-Dame du refuge, au marché aux Souliers.

Marie y est agenouillée sur un nuage. A côté d'elle

est représenté Dieu le Père, en habits pontificaux, tenant de la gauche le globe terrestre. Il tend de la droite une couronne de laurier au-dessus de la tète de la Mère du Sauveur ; Jésus debout s'apprête avec lui à la déposer sur son front. Le S' Esprit planant dans la partie supérieure du tableau, associe toute la Sainte Trinité à l'honneur rendu à Marie. Trois ravissants petits anges ornent la partie inférieure de la composition : d'autres sont représentés en divers endroits.

Les mains des figures de cette remarquable peinture sont très-bien peintes. Il est à regretter qu'elle se trouve dans un état délabré et dépourvue de cadre.

Un tableau de Jean Boeckhorst représentant la Sainte Trinité orne l'autel de la chapelle de la maison des orphelins (Kucchtjcshuis). A gauche, Dieu le Père assis sur des nuages, abaisse d'un geste de commandement son sceptre vers la terre, dont on aperçoit le globe, et semble prononcer ces paroles, à l'adresse de Dieu le Fils : « Asseyez-vous à ma droite, jusqu'à ce que j'aie ré- » duit vos ennemis à vous servir de marche-pied. » Jésus revêtu en partie d'une draperie rouge, et tenant la croix dans le bras gauche, est assis à la droite de la divine Majesté. Le S' Esprit apparaît au milieu d'une gloire, entre le Père et le Fils. Trois anges des plus gracieux portent le nuage sur lequel ils sont assis.

Le ciel sert de fond à ce tableau, dont la couleur est vigoureuse, et qui se distingue par le mérite de l'expression et du dessin.

La Fondation du chanoine Chrétien Terninck (Terninckschc schoûl) ne possède pas moins de quatre tableaux originaux de Jean Boeckhorst et une copie de Rubens, de sa main ; trois de ces compositions représentent les vertus

théologales. La Foi, dont la tête est entourée d'une auréole, est vêtue de blanc. Sa main droite repose sur un livre : sa main gauche tient la croix qui est plantée sur le globe terrestre, autour duquel s'enlace le serpent dont la gueule est retournée. Une colonne représentant la Force orne cette peinture magistrale qui se détache sur un ciel bleu,

L'Espérance vêtue de vert, est assise sur un fragment de navire, les regards au ciel et les mains jointes, dans l'attitude d'une suppliante. Près du navire se trouve une ancre. Le fond de ce tableau est un ciel bleu aux nuages ensoleillés, couverts de brume. La Charité vêtue d'une robe de couleur rouge et bleuâtre, qui se détache sur un habillement de dessous blanc, est assise devant une muraille, sur un socle. Sa main droite repose sur son genou, la gauche touche un enfant qui se dirige vers elle. A sa gauche se trouve un second enfant qui lève les mains au ciel et se dirige vers elle, portant un cœur enflammé. Un troisième enfant qui regarde malicieusement le spectateur, s'appuie du bras droit sur le socle.

Ces trois tableaux sont des chefs-d'œuvre.

Une quatrième composition ne mérite pas moins cette qualification. Elle a pour sujet la Reine de Saha dans le palais de Saloinon. Cette souveraine est représentée comme une Mauresque, vêtue d'un habit de satin blanc et chaussée de souliers de même couleur, liés avec des nœuds rouges. Elle se dirige avec empressement vers le trône de Salomon. Deux belles jeunes femmes, dont le teint n'a rien de noir, relèvent la queue de sa robe. On remarque à côté d'elles, un Maure habillé tenant un perroquet sur la main droite, et de la gauche, un parasol qu'il élève au-dessus des deux suivantes. Devant lui se

trouve une jeune femme vêtue de vert et qui tient un plat couvert de fleurs. A gauche, un serviteur, le dos et les bras nus, se penche vers un beau vase d'argent. Près de là sont figurées trois personnes de la suite, dont on n'aperçoit guère que la tête. A droite Salomon debout sur son trône, couronné et couvert d'habillements magnifiques, s'incline vers la reine; un page relève son manteau. Deux lions sculptés ornent le trône, à la gauche duquel est rangée la garde du roi et dont les degrés sont couverts de précieux tapis qui se terminent à l'entrée du palais. A l'avant-plan de droite se tient un lévrier. Deux plats et un vase d'or sont étalés près de là. Fond : le ciel et quelques colonnes auxquelles est attachée une draperie rouge qui domine le trône.

La copie peinte par Jean Boeckhorst, d'après Pierre- Paul Rubens, a pour sujet Je Jugement de Salonwii. Le monarque assis sur son trône, dans une attitude de commandement, ordonne à un soldat qui tient par la jambe l'enfant vivant, de le couper en deux parts.

La véritable mère se récrie, tandis que la fiiusse prétend recevoir sa moitié. L'enfont mort gît à l'avant-plan. Quelques courtisans se tiennent à côté du trône. Une vieille femme est figurée près de la mère supposée. La scène se passe dans un bâtiment orné de colonnes.

Cette copie est excellemment exécutée.

Nous nous bornons à cette description des tableaux du maître que possède la ville d'Anvers. Plusieurs autres ornent des églises de Flandre, les galeries du Belvédère (i) et de Lichtenstein à Vienne, ainsi que celle de Sleissheim.

(i) Le Catalogue de M. Albert Krafft (édition de 1853), appelle le maître Rémi Langjan et le fait mourir en 1670^ (p. 66, n" 10).

Les compositions que nous avons passées en revue appartiennent à l'histoire sacrée et à l'allégorie. Boeckhorst, comme nous l'avons dit, peignit aussi l'histoire profane, le portrait, et même les animaux. Nous pouvons ajouter la mythologie.

Diego Duarte d'Anvers possédait à Amsterdam, en 1682, l'effigie d'une femme tenant un miroir : elle était peinte par Pierre-Paul Rubens, mais notre artiste en avait exécuté le corps et la main. Il en avait fait de même à un portrait du bourgmestre Nicolas Rockox, également commencé par Rubens et qui appartenait au même propriétaire. Celui-ci possédait l'épisode de Clélie à cheval, entièrement peint par Jean van Boeckhorst et qui avait coûté 300 florins (r).

Nous voyons mentionnés, entre autres, dans les catalogues de Gérard Hoet, les Sept Péchés capitaux, qui furent vendus 80 florins, à Amsterdam, le 13 mai 17 16, chez Jean van Benningen. Une Vanité, accompagnée de cinq génies nus, adjugée à 20 florins, à la Haye, le 21 juillet 1734, lors de la vente de la collection de Conrad baron Droste. Une Vénus endormie et un satyre : ce tableau fut acquis moyennant 100 florins, à Amsterdam, le 31 octobre 1739 (2).

Une toile représentant trois petits chevaux peints par notre maître fut vendue 10 florins, à Anvers, le 19 août 1749, à la mortuaire d' Anne-Thérèse van Haelen (3).

Les catalogues pubhés par Pierre Terwesten signalent,

(i) Frederik Muller. Cataîogus der schilclerijen van Diego Duarte, te Amsterdam in 1682, met de prijieii van aanhoop en taxatie. Onde Tijd, iSyo, nos 55^ 56, 118.

(2) Op. cit., T. I, p. 202, no 48; p. 423, no 7; p. 611, no 47.

(3) Op. cit., T. II, p. 259, no 53.

entre autres, un portrait de femme, exécuté par Boeckhorst et vendu 22 florins de change, le 19 septembre 1746, à la mortuaire de Gérard Vervoort, à Bruxelles. Un autre portrait, sans désignation de sexe, rapporta 21 florins 6 sous argent courant de Flandre, à la mortuaire de M. Gaspard d'Heyne, seigneur de Leeuwerghem, Elene, etc.^ dont les tableaux furent vendus à Gand, le 26 octobre 1761 (i).

Le peintre Pierre Snyers possédait une esquisse en couleur de Boeckhorst, figurant un paon et une biche. Elle forma le numéro 180 du catalogue de ses tableaux, qui furent vendus à Anvers, le 22 août 1752 et jours suivants.

D'après Jacques van der Sanden, secrétaire de l'ancienne académie d'Anvers, Boeckhorst aurait exécuté des patrons de tapisserie, pour un membre de la fimiille de Wael, de notre ville (2).

Sources : Registres des paroisses d'Anvers. — Archives de la gilde de S' Luc. — Note de M. J.-B. van der Straelen. — Notes de Jacques van der Sanden. — Archives de la ville d'Anvers.

(i) Op. cit., T. III, p. 46, no 56 et p. 244, n" 94. (2) Cette notice est datée du 22 juillet 1875.

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