QUIRIN BOEL, LE VIEUX
(en flamand Corijn ou Quirijn BOEL, de oude) (1589-1633) (i).
^orsque le célèbre Alexandre Farnèse, duc de Parme, eut entrepris, au mois de juillet 1584, les .premiers travaux du siège d'Anvers, plusieurs habitants de cette ville s'empressèrent de la quitter et de chercher un refuge ailleurs. C'est ce qui résulte d'une ordonnance du magistrat, en date du 17 juillet de cette année-là.
Une proclamation du 29 décembre suivant mentionne parmi les personnes qui avaient pris ce parti, Qiiirin Boel, que la Providence destinait à être la souche d'une famille d'artistes célèbres. Après avoir été rappelé en vain dans nos murs, à deux reprises différentes sous la menace de pénalités très-sévères, il était encore absent à la date du 28 janvier 1585, époque d'une troisième
(i) Voici le sommaire de nos notices sur la famille d'artistes Boel :
Qidrin 'Boel, le vieux, (1589-1633). — Jean 'Boel, (1592-1640). —
Ouirin Boel, le jeune, (1620-166.?). — Pierre Boel, (1622-1674). —
Jean-lSaptiste 'Boel, (i6^o}-i6S8-i68<)). —'Balthasar-Lnc Boel, (165 1-
Nous rectifions, dans ces biographies, plusieurs erreurs graves que nous avons commises, dans le Catalogue du musée d'envers, édition de 1857, '-'^ "-^'^iis le Supplème)il à cet ouvrage, publié en 1863.
proclamation (i). Il ne retourna probablement à Anvers qu'après la reddition de cette ville, qui eut lieu au mois d'août suivant. C'est vers ce temps-là qu'il épousa Marie Pelgrom , issue d'une très honorable famille anversoise. Elle lui donna six enfants, qui furent tous baptisés dans notre cathédrale :
1° Catherine, le i8 janvier 1587 ; elle eut pour parrain Henri Pelgrom, qui figure, en 1577, ^^^ ^^ tableau du corps distingué des aumôniers de notre ville (2), pour marraine, Marguerite Petitpas.
2° Q.uirin, le 17 avril 1589 ; parrain, Jean Speeckaert, marraine, Catherine Pelgrom. Il pratiqua avec succès la gravure au burin. Quoique son père portât le même prénom, nous avons appelé notre artiste Quirin Boel, le vieux, pour le distinguer de son neveu Quirin, le jeune, qui fut un graveur au burin et à l'eau-forte de beaucoup de mérite.
3° Henri, le 30 juillet 1590, tenu par François Pelgrom et Catherine Segers. D'après un acte reçu le 3 novembre 1623, par les échevins d'Anvers Alexandre van der Goes et Henri de Clerck, il se trouvait, en 1622, à Coïmbre, en Portugal, et son père était décédé, lors de la passation des lettres scabinales (3).
4° Jean, le 5 juillet 1592; parrain Jacques Vervloet,
(i) P. GÈr<iARD. Aulwerpsch ArchievenbJad,T.'.lV,^p. 158, 202-204.
(2) Dry-honderd-vyftig jaerig jubilé der heriigte instelUnge van den dienst der agtbaereHeeren ^elmoessenieyen der slad ^nliverpen, gevierd den vyfden van Winter-niaend mdcccviii, bl. 58.
Henri Pelgrom mourut le 19 août 1587 et fut enterré dans réglise des Récollets. — Inscriptions funéraires et monumentales de la province d'iAnvers. ^Anvers, T. VI, p. 197.
(3) Protocoles scabinaux d'Anvers, sub Kimpe, 1623, p. 315.
marraine Claire Pelgrom, représentée par Christine Pelgrom. Il fut un graveur de mérite.
5° Basilie, le 6 décembre 1594,
et 6° Adrienne, le 12 décembre 1596. Nous croyons inutile d'indiquer leurs répondants de baptême, parmi lesquels on compte deux Pelgrom.
Nous connaissons maintenant les parents, les frères et les sœurs du graveur Quirin Boel, le vieux. Il se fiança, le 27 décembre 16 16, avec Elisabeth de Cuyper, qu'il épousa, le 15 janvier suivant, dans l'église de S^^ Walburge, à Anvers, en présence de Quirin Boel, son père, et de Jean de Cuyper. L'artiste habitait à cette époque la paroisse de Notre-Dame.
Il eut d'Elisabeth de Cuyper quatre enfants, qui furent tous baptisés dans la cathédrale, quartier nord. 1° Marie, le 10 octobre 1617 ; parrain, Jean de Cuyper, marraine, Marie Pelgrom, femme ou veuve de Quirin Boel, aïeule de l'enfant; 2° Elisabeth, le 7 novembre 1619. Elle fit profession au Béguinage d'Anvers, en 1637, et mourut le 13 novembre 1670 (i). 3° Jean, le 16 mai 1622, et 4° un second Jean, le 15 novembre 1623. Nous avons cru inutile d'indiquer les parrains et les marraines de ces enfants ; ils appartiennent en majorité aux familles Pelgrom et de Cuyper.
Quirin Boel, le vieux, n'est inscrit dans les registres de la gilde de S* Luc d'Anvers, ni en qualité d'apprenti, ni en celle de franc-maître. Michel Bryan qui, à la suite de Huber et Rost(2), a changé à tort le prénom de notre
(i) Inscriptions funéraires et moninncntales de la province d'^Anvcrs. t^'invcrs, T. V, pp. 441 61486.
(2) M. Huber et C.-C.-H. Rost. Manuel des curieux et des amateurs (Je l'art, Zurich, 1801, T. V, p. 244.
graveur, comme nous le verrons à l'instant, le croyait, comme les auteurs cités, élève des Sadeler, opinion qui a été depuis généralement admise^ sans examen.
M. Jean-Théodore-Joseph Linnig, artiste-peintre et graveur, à Anvers, excellent connaisseur d'estampes, a comparé avec nous les œuvres de notre Boel avec celles d'Adrien CoUaert, et de cette comparaison est née pour nous deux la certitude que celui-ci fut le maître de notre Quirin.
Bryan a donné à notre Boel, et d'après Huber et Rost, le prénom de Corneille, parce qu'une planche représentant le Jugement dernier, serait signée : Cornélius Boel fecit. Nous ignorons si l'auteur anglais a vu l'œuvre dont il parle. Mais si son assertion est fondée, nous n'hésitons pas à dire qu'elle est le résultat d'une erreur commise par le graveur des lettres de l'estampe en question. En eifet, toutes les autres productions de notre maître sont invariablement marquées C. Boel. Nous savons que cette lettre est la première du prénom Corijn, (en français duirin,) aussi bien que de Cornelis, (en français Corneille). Mais de Bie, le plus ancien auteur qui ait parlé, à notre connaissance, de notre Boel, le désigne comme Q. Boel, à la page 42 de son Gulden cabinet van de edel vry schilderconst . Or, ce O est bien l'initiale du prénom Quiriju, qui répond à Corijn, et il s'agit bien, à l'endroit cité, de l'artiste qui a gravé d'après Otho VcXnius,, et qui est celui dont nous nous occupons (i).
(i) MiCHAEL Bryan. <A blo^rapbical and crilical dictionary of painters and engravers. London, 1816, T. I, p. 142. Dans l'article consacré à notre Boel, il n'a fait guère que copier Huber et Rost.
(i) Elle figure dans l'ouvrage cité, immédiatement avant la première planche.
Nous ajouterons que nous avons recherché dans les anciens registres des baptêmes et des mariages des paroisses d'Anvers, tous les Boel qui s'y trouvent mentionnés, et que nous n'y avons pas découvert un seul Corneille, dans tout le cours du XVP siècle. Il est certain néanmoins qu'il a existé, à cette époque, un Corneille Boel, et que celui-ci a eu môme des relations avec Otho Vasnius. En effet, les Amorvm cmblemata, pubUés à Anvers, en 1608, par ce maître, renferment une pièce de vers flamands, qui lui est adressée et qui porte la signature Corndis Boel (i). Elle est imprimée immédiatement après la série des poésies latines qui furent offertes, à cette occasion, à Otho Va^nius, par Hugo Grotius, Daniel Heinsius, Max. Vrientius et Phil. Rubenius, ou Rubens, le frère du grand Pierre-Paul. Sauf le dernier, tous ces auteurs étaient étrangers à notre ville. En était-il de même de ce Corneille Boel ? C'est ce que n'ont pu nous apprendre nos recherches.
Qiioi qu'il en soit, nous retournons à notre Qiùrin Boel. Il débuta dans la carrière artistique par un coup de maître. Otho Vœnius lui avait confié, en effet, la gravure des emblèmes que, dans sa jeunesse, il avait composés sur l'amour (i). Cet ouvrage parut à Anvers, en 1608, sous le titre : Aiiwrvm emhlcinata, figvris amis incisa stvdio Othonis VanI Batavo-Lvgdvnensis . — Antvcrpice, venalia apvd Avctorcin . Pnntaut apvd Hiôronymvm Vcrdvsseu. M.DC.IIX. L'approbation du savant Laurent Beyerlinck, licencié en théologie, chanoine de la cathé-
(i) Cette dernière particularité résulte de la dédicace de Vasnius à Guillaume de Bavière ou van Beycren (Bavarus) seigneur de Holinchoven, chevalier. Elle ficrure en tête des tAiiiorvin onhlcuiaUi.
drale d'Anvers et censeur des livres, est datée du 3 des calendes de décembre 1607, date qui correspond au 29 novembre. Il y est fait mention des planches sur cuivre qui ornent le volume. Celles-ci sont au nombre de 125, y compris la gravure intitulée : Trob qvanta poîentia regni est Venvs aJina tvi, qui se trouve en foce du petit poème flamand et français, intitulé : Cupido tôt de leugbt, Cupidon à la hunesse. Huber et Rost, parlant, en général, des œuvres de Q.uirin Boel, le vieux, disent qu'elles ne sont pas dénuées de mérite. Nous préférons à cet éloge assez maigre, l'appréciation de Bryan. Cet auteur loue la transparence et l'élégance de la manière du maître et lui reconnaît un mérite considérable. En effet, les estampes des Aiiiorviii einhJeuiata, que nous avons sous les yeux, et dont celle de la page i est signée C.Boelfecit {i), sont pleines de vie et de mouvement, et exécutées d'une pointe légère et spirituelle. Et nous n'avons pas de moindres éloges à donner aux autres productions de l'artiste qu'il nous a été permis d'examiner.
Quirin Boel avait 19 ans, à l'époque où son début fut mis au jour; il en avait 18 seulement, lorsqu'il grava les planches, la plupart de forme ovale, des ,Amorvin emblemata, ainsi que le prouve l'approbation de cet ouvrage. Il fut donc un artiste précoce,
(i) Feu M. P. Visschcrs, curé de St André, à Anvers, dit qu'elle est signée Corneille 'Boel, et ajoute en note des détails relatifs à la prétendue réception de celui-ci en qualité d'apprenti et de francmaître de la gilde anversoise de S* Luc. Mais ces assertions insérées à la page 33 de son ouvrage intitulé : lets over Jacoh Jonghelitick.... Octavio van Veen.... en de gebroeders Collyns de 'Mole, door T. V/sschers, priester, sont entièrement erronées.
phénomène assez peu rare dans notre ancienne école (i).
L'ouvrage dont nous venons de parler est appelé par Huber et Rost, les Fables d'Oito Venins, et serait écrit, d'après ces auteurs, en vers latins, anglais et italiens. La vérité est qu'il est rédigé tantôt en vers tantôt en prose latins, et que les autres poésies le sont en flamand et en français.
Feu M. Visschers a écrit (2) que notre Boel et Gisbert van Veen, frère d'Otho Va^nius, ont enrichi de 103 gravures à l'eau-forte, une édition des emblèmes d'Horace, qui aurait paru à Anvers^ chez Jérôme Verdussen. Nous avons sous les yeux ce livre qui porte le titre suivant : Q. Horati Flacci einhhmata. Imaginibiis, in as incisis, nolisq. illiistrata, studio OtJjonis VanI 'Baiavo Lugdunensis. — Aniverpia, ex officina Hieronyini Verdussen, ^uctoris ccre &; cura. M.DC.VIL Quirin Boel, le vieux, qui n'a jamais, que nous sachions, gravé à l'eau-forte, resta, aussi bien que Gisbert van Veen, étranger à cet ouvrage, dont il parut une deuxième édition à Anvers, en 16 12, chez Philippe Lisaert (3). Les planches nonsignées sont l'œuvre du célèbre Corneille Galle, le vieux. Elles sont, du reste, au nombre de 103, non compris le portrait en médaillon d'Horace, qui orne le titre et qui fut gravé par le même maître.
(i) Les Aiiiorvin ciiiblcDiata furent imprimés en un volume in-40 oblong, cliez Henri Swingen, franc-maître de la gilde de S^ Luc, à Anvers, eni587-i588.— PH. Rombouts et Th. Van Lerius, avocat : Les Lîggercn et aiilres archives historiques de la gilde aiiversoise de 5' Luc, T. I, p. 320.
(2) Op. cit., p. 36.
(3) Elle fut imprimée par David Mertcns, franc-maître de notre gilde de S' Luc, en 1608-1609. Liggeren cités, T. I, p. 447.
M. Visschers attribue encore à Quirin Boel, le vieux, et à Gisbert van Veen, les planches à l'eau-forte, dont ils auraient enrichi un autre ouvrage d'Otho Va^nius, intitulé : Condnsmics thcologicce et physicce de priniariis Fidei capilibiis, clique iiipriiuis de Tradestinatione. L'auteur cite ce volume, d'après Foppens, qui mentionne simplement qu'il fut publié à Leiden, à l'insu de Va^nius. Foppens n'indique pas, du reste, en quelle année eut lieu cette indiscrétion et ne dit mot des gravures dont le livre serait orné. Il est plus que probable que M. Visschers a commis ici une nouvelle erreur (i).
En 1610 parut à Anvers une Vie de S^ Thomas d'Aquin, composée par Otho Vœnius et comprenant, outre le titre, une suite de trente planches. Ce titre gravé par Corneille Galle, le vieux^ représente la Contemplation, l'Oraison, l'Etude et deux anges tenant^ d'une main, une couronne, et de l'autre, un cartouche contenant l'inscription suivante : Vita T). Tboiiue ,Jlqviua!is Otboiiis VanI ingénia et manu delineata. et plus bas : Antverpice sumptihus Othonis Vccnl. M.DC.X. Ce volume in-4° renferme treize planches dues au burin de duirin Boel, le vieux.
1° Le portrait du S^ Tljoiuas d'Aquiii, (n° i de la suite) ;
2° Un anachorète prédisant a la mère du saint quelle mettra au monde un enfant mâle, qui sera l'illustration de sa famille et portera l'habit de 5' TDominique, (n° 2 de la suite). L'auteur de cette notice possède deux exemplaires originaux de cette gravure et, en outre, une copie, portant le n° I et signée Thomas de Leu excudit.
Cette reproduction, quoique très inférieure à l'œuvre
(i) Op. cit., p. 36. — F. Foppens, Tiihtiotheca "Bctgica, p. 936.
— Sodé QLlirin Boel, le vieux, n'est pas cependant sans mérite. J'en ignore l'auteur ; Thomas de Leu qui l'imprima, était un graveur, établi en France, mais né dans nos provinces, comme le prouve M. A. Jal, (i) contrairement aux assertions d'autres auteurs, qui le font venir au jour à Paris.
)° Le petit Thomas d'Aqiiin s'ejforçant de retenir la salutation angélique écrite sur une feuille de papier^ que sa nourrice veut lui enlever (n° 4 de la suite).
4° 5' Thomas, déjà revêtu, de l'habit de S^ Dominique, est, sur sa demande, envoyé à %pme, par ses supérieurs, pour échapper aux poursuites de sa mère, qui voudrait le faire rentrer dans le monde et le recherche en vain à Naples avec sa famille (n° 6 de la suite).
5° 6"' Thomas fait prisonnier par ses frères, à l'instigation de leur mère (n° 7 de la suite).
G° Le saint conduit dans un château appartenant à sa famille, après avoir résisté aux instances de sa mère, triomphe de celles de ses sœurs, dont l'ahié'i annonce l'intention d'entrer dans un nwnastère (n° 8 de la suite).
7" Les frères de 5' Thomas, irrités de cette résolution de leur sœur, maltraitent le bienheureux et lacèrent ses habits religieux (n° 9 de la suite).
8° Le saint enfermé par ses frères dans la tour du château de Rocca Sicca (n° 10 de la suite).
<)° Le saint tenté par une courtisane, excitée par ses
(i) 'Dictionnaire critique de hioqrapJ}ie et d'histoire, Paris, 1867, p. 785. — Thomas de Leu, ou mieux de Leeu est probablement originaire d'Anvers; en effet, Thomas de Leeu fut inscrit en 1574- 1575, dans nos Liggereii, comme élève du graveur Jean Ditmaer. Il travaillait déjà en 1579, J'i^près M. Jal. Liggcreii dïés, T.l, p. 257.
frères, s'arme d'un tison ardent et chasse la malheureuse de sa chanére (pP ir de la suite).
10° Deux anges revêtant S' Thomas de la ceinture de chasteté (11° 12 de la suite).
11° 5"' Thomas quittant %pcca Sicca, dans un panier, que ses sœurs font descendre d'une fenêtre (n° 13 de la suite) .
12° Le saint et S' T^onaventure chassés ignominieusement des écoles de Taris, à l'occasion des démêlés qui divisaient les docteurs séculiers et réguliers de V université (\\° 16 de la suite).
13° 5' Thomas élevé de terre, en prières devant le crucifix, entend ces paroles de la part du Sauveur : « Fous avez^ bien écrit de moi, Thomas; quelle récompense demande:(-vous ? » A quoi le saint répond: « Nulle autre que vous, Seigneur » fr) (11° 17 de la suite).
Dans cette série de treize planches très-lumineusement exécutées, Qinrin Boel^ le vieux, a rendu avec beaucoup d'art les superbes dessins d'Otho Va;nius, qui se distinguent par la beauté des expressions et des attitudes, ainsi que par le grand goût des draperies. Notre graveur avait atteint l'âge de 21 ans, lors de leur publication.
D'après Huber et Rost et Bryan, Quirin Boel, le vieux, se trouvait en Angleterre, en 161 1. Il y exécuta une belle planche, grand in-folio, qu'il signa : C. T^oel
(i) Les autres gravures de ce recueil ont été exécutées par Corneille Galle, le vieux, Egbcrt van Pauderen et Guillaume Swancnburg. Celles de ce dernier artiste sont les moins remarquables. .
Notons ici qu'Egbcrt van Panderen fut reçu franc-maître de la gildc anversoise de S' Luc en i6o6-i6o-j. Liggercn cités, T. I, p. 434.
}ecit in RichmonI 1611. C'est un frontispice orné de figures et d'autres décorations, pour la bible anglaise publiée à cette époque-là par ordre du roi de la Grande- Bretagne.
Le burin de notre graveur a reproduit les traits de quelques personnages anglais, tels qu'Anne de Danemark, femme de Jacques I, Henri-Frédéric, prince de Galles, Elisabeth, fille du roi et femme de Frédéric, vicomte de Simmerin. Qiiirin Boel, le vieux, a exécuté aussi, d'après Otho Vc-enius, les portraits de l'évêque d'Anvers Jean Miroius et du célèbre Juste Lipse (i). Nous avons vu un exemplaire de cette dernière effigie. Le savant est représenté à mi-corps et tête nue. Sa belle figure barbue se détache heureusement sur sa fraise à tuyaux. Il est drapé dans une toge garnie de fourrure. Cette excellente planche porte les inscriptions suivantes :
Jvstvs Lipsivs natvs est Iscano in mvnicipio. IIL milhari â Bruxellà, CO.DXLVIL XVIII kal. Nov. Obijt Lovanij CID.IOCVI. x kal. Aprilis.
Magnus in cxiguâ sic Lipsius ille tabcUâ
Pingitur ; ingeniuni scripta laborque docent. De probitas candorquc viri virtusq. relinquunt
Ambiguum, an fuerit doctior, an melior, O te felicem tali certamine ! pugnant
Doctrina integritas : num prior illa vel lia^c ? Juste pari voto dirimit sententia litem
Haec prodest alijs, profuit illa tibi (2).
J. BOCHIUS.
Pinxit et incidi curavit Otho Va^nius. — C. Boel.
(i) Ch. le Blanc. Manuel de l'amateur d'estampes, T. I, pp. 402 et 403.
(2) L'auteur de cette ingénieuse pièce de vers est Jean Bochius ou Boghe, secrétaire de la ville d'Anvers.
Quirin Bod, le vieux, grava aussi, d'après Otho Vienius et à sa demande, le portrait à mi-corps de Pierre Damant, évêque de Gand. Le prélat est représenté la tête découverte, assis dans un fauteuil, et revêtu du rochet et du camail, insignes de sa dignité. C'est une œuvre pleine de vie et de vérité. On y lit ces mots à droite de l'évêque dans la partie supérieure de la planche :
Petrvs Damaxtivs
Epvs Gandexsis
L'élégante pièce de vers qui suit et qui est due au secrétaire de la ville de Gand, Max. \Tientius (de Vrient) se lit au-dessous de l'effigie :
Qualis ab illustri lux pura adamante refulgct ;
Et tremulam vitrei prouocat amnis aquani ; Talis honos frontis, talis décor aureus orls,
Lenis et augustâ cum grauitate lepor, Indolis ingenijque tui tria Petre Damanti
Sidéra, Apellœâ splendida ab arte nitent. Tantuni lingua deest, quam si quoque Vœnius addat,
Dukius humana spirct in aure nihil.
Plus bas :
Pinxit et incid. curauit Otho Vxnius. — G. Boel, incid. — Max. Vrientius.
Cette planche est restée inconnue à le Blanc.
Bryan et J. Immcrzeel junior mentionnent comme l'œuvre la plus considérable de notre Boel, une suite de huit planches^ non compris le titre, qui représentent les gestes de l'empereur Charles-Quint et les batailles livrées entre ce monarque et le roi de France François L Ces estampes ont été exécutées d'après Antoine Tempesta,
et l'auteur hollandais cité nous apprend que Guillaume de Gheyn, le jeune, en a gravé une partie. Charles le Blanc faisant l'énumération de celles qui ont notre Boel pour auteur, n'en signale que trois (i).
Nous croyons que si Bryan et Immerzeel avaient connu les Amorvm einhkmata et la Vita D. Thonhe Aqvi- 7tatis, dont nous avons parlé ci-dessus, ils se seraient gardés de l'exagération que nous venons de signaler.
Le Blanc mentionne des productions de notre Boel, exécutées d'après Corneille Ketel, Pierre Isacx et Pierre Feddes, de Harhngen. D'après lui, l'œuvre de notre graveur se composerait de 27 pièces seulement : mais il ne compte que pour une, ce qu'il appelle les Fables d'Otto Vccnius, pubhées à Anvers, en 1608. Or, nous avons vu que ces Fahlss ne sont autres que les Amorvm ciiibJcmata, et que ceux-ci comprennent 125 estampes. Ajoutons-en par conséquent 124 à l'œuvre de notre Boel, et concluons que celle-ci se compose certainement de 152 pièces, y compris le portrait de l'évêque de Gand Pierre Damant, que l'auteur français n'a pas connu. Il nous reste peu de choses à dire, pour terminer cette biographie, Quirin Boel, le vieux, faisait partie en 16 19, du vieux serment de l'arbalète, en quahté de vry lucpelaer, c'est-à-dire, comme dispensé de certains offices pubHcs. D'après une patente en date du 18 octobre 1759, délivrée à Charles-Emmanucl-Joseph délia Faille, par le jeune serment de l'arc, document que nous avons sous les yeux, cette dispense comprenait les offices de marguillier, quartenier, décanat des métiers, comparution à la joyeuse entrée des souverains, marches, fourrages et
(i) Op. cit., T. I, p. 402.
autres services urbains. Quoique cet acte soit daté du XVnP siècle et émane d'une autre gildc que celle dont Boel faisait partie, il est probable que les exemptions en question subsistaient déjà en 1619, et étaient les mêmes pour tous les serments.
Qinrin Boel, le vieux, figure encore au nombre des membres de la vieille arbalète, en 1620 et en 1621 (i). Il mourut à Bruxelles, antérieurement au 17 septembre 1633. C'est ce qui résulte d'une attestation délivrée à cette date, devant le magistrat d'Anvers, à la requête d'Elisabeth de Cuyper, veuve de l'artiste, par le graveur Jean Boel, son frère, et Gaspard Smits, marchand de soieries. Les comparants déclarent, dans ce document, que Quirin était décédé depuis peu de temps (onlancx) à Bruxelles, qu'il était né bourgeois d'Anvers et qu'ils n'avaient jamais su ou appris qu'il eût renoncé à cette qualité, etc. (2).
Le maître est décédé par conséquent dans sa 45'' année. Sa veuve se fit inscrire le 17 février 1634 comme foraine {buitenpoorteressé), dans les registres de la bourgeoisie de notre ville (3).
Ci) Registres de la garde bourgeoise [borgerlycke wachtc), aux archives de la ville d'Anvers.
(2) Protocoles scabinaux, 1633, vol. II, fol. 334. Nous devons la communication de cet acteàM. F.-Jos. van den Branden, sous-archiviste de la ville d'Anvers.
(3^ Cette notice est datée du 2 juin 1874.
Jean BOEL
(en flamand Jax BOEL)
\(^i^^ean Boel, fils de Quirin et de Marie Pelfrrom, [^naquit a Anvers et y fut baptisé dans l'église 1^ cathédrale, le 5 juillet 1592, ainsi que nous Eavons dit dans la biographie de son frère, le graveur Qiiirin Boel, le vieux. Nous y avons fait connaître son parrain et sa marraine. Les Liggercn de la gilde anversoise de S' Luc n'indiquent pas sa réception en qualité d'élève, mais ils nous apprennent qu'il fut inscrit comme francmaître graveur, en i6io-i6ir, sous le décanat de Théodore Galle, qui pourrait bien lui avoir enseigné son art (i). Nous verrons plus loin que Jean Boel exerça aussi la profession de marchand de tableaux et gravures.
Il épousa, le 10 mars 16 19, dans la cathédrale, quartier sud, Anne van der Straten. Ce mariage fut célébré
(i) Ph. Rombouts et Théod. Van Lerius, avocat. Les Li^gcren et autres archives historiques de la gilde anversoise de S^ Luc, T. I, pp. 460 et 472.
du consentement du doyen du chapitre et avec dispense de tous les bans, en présence de Quirin Boel, père de Jean, et de François van der Willigen. Neuf enfants, tous tenus sur les fonts de la cathédrale, quartier sud, en furent les fruits. i° Quirin, le 25 janvier 1620, par Quirin Boel, aïeul de l'enfant, et Elisabeth van der Straten, Nous consacrerons une notice spéciale à ce fils de Jean Boel, qui se distingua dans la gravure. 2° Anne, le 26 février 1621; parrain, Pierre Luis, marraine, Lucrèce van der Straten. 3° Pierre, le 22 octobre 1622; parrain, Quirin Boel, son oncle, très bon graveur, marraine, Catherine de Heuvel, dont la famille était alhée aux Pelgrom, et par conséquent aux Boel. Notre Pierre s'acquit un nom considérable dans la peinture et la gravure à l'eau-forte. Nous donnerons plus loin sa biographie. 3° Jean, le 11 janvier 1624; parrain, le célèbre graveur Théodore Galle, marraine, Basilie Pelgrom, épouse en secondes noces de Juste Canis, qui figure en 1613, sur le tableau des aumôniers d'Anvers. Nous avons la preuve authentique que ce Jean Boel décéda antérieurement au 19 mars 1640, ainsi que sa sœur Anne, dont nous avons parlé déjà et une deuxième Anne, qui va suivre. 5° Anne, le 7 décembre 1624; parrain, Vincent van der Straten, marraine, Esther Pelgrom, femme de Pierre de Heuvel. 6° Michel, le 13 mars 1626 ; parrain, Martin Daelmans , mari de Susanne Pelgrom, marraine, Christine tKint. 7° Hélène, le 18 février 1627; parrain, Christophe Gaillet, marraine Hélène Pelgrom. Michel et Hélène Boel moururent avant le 10 mars 1640. 8° Claire, le 14 mars 1628; parrain, Jean Galle, bon graveur, imprimeur en tailledouce et marchand d'estampes, marraine Claire van der
Goes. 9° Basilie, le 21 août 1629; parrain Henri 't Kint, marraine Basilie Pelgrom, femme de Juste Canis. Basilie Boel épousa, à S' Jacques, le 12 août 1657, Barthélemi Wuyts. Son mariage eut pour témoins Jean-Baptiste Batkin, trésorier de la ville d'Anvers^ et François van Hildernissen. Ceux qui connaissent nos anciennes familles anversoises jugeront sans doute comme nous, que les Boel et les van der Straten étaient bien apparentés. Jean Boel fut un graveur de mérite. Il ouvrit, en 1621- 1622, son atelier à un apprenti dont les comptes de la confrérie de S' Luc ne renseignent que le prénom Jean.
11 reçut, en 1625-1626, un deuxième élève nommé Josse de Mol (i).
Notre maître s'était fait admettre dans la chambre de rhétorique de la Giroflée, (Violiere), dont il paya régulièrement la contribution annuelle assez élevée de 6 florins, depuis 1621-1622, jusqu'en 1630-163 i. Il donna sa démission en 1631-1632 et paya de ce chef la somme de
12 florins. L'artiste assista aussi au banquet annuel de la corporation de S' Luc, à partir de 1621-1622 jusqu'en 1 628-1 629, ce qui lui coûtait une dépense de 4 florins. Il refusa de l'acquitter en 1629- 1630, la peste qui l'avait attaqué l'ayant empêché de prendre place parmi ses confrères. Il vint l'occuper en 1630-163 1, la dernière fois, par suite de la démission qu'il fit parvenir, l'année suivante, à la Giroflée (2).
Anne van der Straten, sa femme, était décédée entre-
(i^ LiggeiL'u cités, T. I, pp. 575 et 623.
(2) Liggeren cités, T. I, pp. 378, 582, 590, 391, 601, 602, 613, 614, 627, 629, 640, 642, 6)4, 6)5, 670 et 671 T. II, pp. 12, 13, 21, ibid. et 34.
temps. Le compte de la gilde de S' Luc du i8 septembre 1629 au 18 du même mois de l'année 1630 mentionne, en effet, une recette de 3 florins 4 sous, montant de sa dette mortuaire (i). Son trépas fut probablement la suite de son accouchement de sa fille Basilie, née au mois d'août 1629. Jean Boel quitta ce monde au mois de mars 1640, dans sa demeure, au Rempart des tailleurs de pierres {SUenhouwcrsvcste), à Anvers.
C'est ce qui résulte de l'inventaire de sa succession, dont nous devons la communication à M. Pierre Génard, archiviste de notre ville. Ce document reçu par le notaire Henri van Cantelbeck, ne mentionne pas le jour de la mort de notre graveur. Il fut rédigé le 19 mars 1640 et constate l'existence de quatre enfants survivants : QjLiirin, âgé de 20 ans révolus, Pierre, de 16 ans révolus, Claire, de 12 et BasiHe, de 11. L'cîge de Quirin et de ses deux sœurs est indiqué assez exactement. Mais Pierre ayant été baptisé le 22 octobre 1622, avait évidemment plus de 16 ans révolus, à la date du 19 mars 1640.
L'inventaire fut dressé à la requête de Gérard-Thomas Corbet, époux d'Elisabeth van der Straten (2), qui s'}qualifie de bel-oncle maternel- des mineurs (der weesen behout tnoederlyck 00m). Il y est énoncé, sous protestation, que cet acte n'est pas rédigé pour lui-même, mais uniquement au profit des personnes qu'on trouvera avoir droit aux objets décrits. Il y est dit aussi que la maison du défunt était louée, et que les meubles auraient dû en être enlevés, depuis la mi-mars. Le document cité
(i) Op. cit., T. II, p. 10.
(2) Inscriptions funéraires d mon umet! taies de la proz'ince d'Anvers, Anvers, T. V, p. 180.
donne simplement à Jean Bocl hi qualification de marchand de tableaux.
L'inventaire n'en signale, du reste, que trois ; les gravures y sont en plus grand nombre, mais désignées seulement par leurs sujets, sauf quelques pièces d'après Adrien Brauwer et un des Teniers, qu'on ne fait pas, au surplus, connaître de plus près.
Nous pouvons conclure de ce document, que l'habitation de Boel était des plus modestes. Il se borne, en effet, à y mentionner une grande et une petite cuisine, une chambre à la rue, une deuxième chambre et un grenier. La grande cuisine renfermait un bois de fit avec ses accessoires qui pourrait bien avoir été à l'usage de notre maître. L'habitation était garnie, du reste, de meubles en petit nombre, mais de matières sohdes. Nous y remarquons une presse à imprimer, ce qui permet de supposer que Jean Boel s'en est servi pour l'édition de ses estampes et peut-être de celles d'autrui.
QjLioi qu'il en soit, nous ne remarquons dans l'inventaire aucunes provisions de bouche, soit solides, soit liquides. L'impression générale qui nous est restée, tant de l'intitulé de ce document, que de l'acte lui-môme, c'est que Jean Boel est décédé dans un état de fortune peu foit pour exciter l'envie.
Il nous paraît aussi que les meubles auxquels ses enfimts pouvaient prétendre droit avaient été retirés de la mortuaire ou mis à part.
Charles le Blanc mentionne trois œuvres de notre graveur au burin : i° l'arbre de la vie et de la règle des Frères Mineurs (arhor vihe et regvLe Fratrvm Minorviii] ; 2° le portrait du Père Henri Sednlius, dëfiiiiteiw de tout
l'ordre séraphique, mort à Anvers le 26 février 1621 ; 3" celui de S^ Thomas d'Aquin (i).
A rexposition ouverte en 1867, au local de la Cité, à Anvers, figurait, au n° 424, une quatrième production de notre maître; elle représente Godefroid de Bouillon (2).
Cette œuvre de mérite est signée : loan. Boel fecit et excudit (3).
(i) Charles le Blanc. Manuel de Tamakur d'estampes. Paris 1854, T. I, 405.
(2) Catalogue de gravures, livres et dessins, par des uiaîli-es
auversûis des ijc^ j(5e^ j^e et iS^siècles. Anvers, icSôy, p. 141.
(3) Cette notice est datée dn 8 jnin 1874.
rA^ r^ c^ r^* *^ *^ *>&^ «"^ '^îr* *^ '^ÎT» «^ '^ '^^ «^îr» *>Jr» '>îf' '^^
QuiRiN BOEL, le jeune
(en flamand Quirijn ou Corijn BOEL, de jonge)
<^^^^ et excellent graveur au burin et à l'cau-forte f^ p'-^^ était fils de Jean Boel, graveur de mérite, et (g^^^ d'Anne van der Straten. Il naquit à Anvers et y fut tenu sur les fonts de la cathédrale, quartier sud, le 25 janvier 1620, par son aïeul Quirin Boel et Elisabeth van der Straten . Son nom ne figure pas aux archives de la gilde anversoise de S' Luc, et son maître est resté inconnu jusqu'ici. De certaines analogies de style nous font croire qu'il fut redevable de son éducation artistique à son oncle Ojairin Boel, le vieux. Celui-ci étant décédé antérieurement au 17 février 1634, notre jeune graveur a pu apprendre de son père Jean ce qui lui manquait encore pour se perfectionner dans sa profession. Qinrin Boel, le second, alla s'établir à Bruxelles et n'y fut pas inscrit dans le métier des peintres. Les graveurs étaient, en eff"et, dispensés de cette formalité, dans la capitale des Pays-Bas catholiques, ainsi que cela résulte d'une lettre du magistrat de Bruxelles , en date du 27 septembre 1771(1).
(i) L. Galesloot. Docunicnls relatifs à la foriiialion et à la piiUication de l'ordonnance de Marie-Thérèse du 20 mars-i^ novembre ly/S- Annales de l'Académie d'archéologie de Belgique , 2^ série, T. III, p. 487.
Oiurin Boel, le jeune, se maria, d'après les recherches de notre ami Alexandre Pinchart, qui n'a pu découvrir du reste la date ni l'endroit de la collation du sacrement. Il résulte des découvertes de ce savant, que le prénom de la femme de notre artiste était iMarie. Quant à son nom de famille, il est écrit de trois manières différentes : van Stamvoort, van Stamphort et van Stamfliert. Il est probable qu'elle s'appelait en réalité van Stamvoort. Quoi qu'il en soit, elle donna trois enfants à son mari : 1° Jeanne-Marie, tenue le 26 novembre 1656, sur les fonts baptismaux de l'église S''^ Gudule, à Bruxelles, par David Teniers, le jeune, peintre de la chambre de son Altesse Sérénissime don Juan d'Autriche, et Jeanne Serraets. 2° Barbe, baptisée le 25 janvier 1659, dans la même église; parrain, noble homme Paul van Croonendael, seigneur de Vlieringhe, marraine, Marie Sammels. 3° Pierre, baptisé le 23 juin 1661, dans l'église de Notre-Dame du Finistère, à Bruxelles; parrain, le célèbre peintre de batailles Pierre Snayers, marraine, Philippine-Claire la Grouche (i).
C'est à ces faits que se borne tout ce que nous avons pu apprendre de la vie de Quirin Boel, le jeune. Nous allons à cette heure passer ses productions en revue. Notre intention primitive était de n'en toucher que quelques mots et de renvoyer ensuite le lecteur au Manuel de V amateur d'estampes, de Charles le Blanc. Mais ayant remarqué diverses inexactitudes dans la table dressée par cet auteur, nous la reproduisons, en la rectifiant.
M. le Blanc cite d'abord deux centaures enlevant
^i) Communique par M. Alexandre Pinchart,
chacun une femme; ils sont accompagnés de trois Amours. D'après P. P. Rubens. Larg. 450 millim. Haut. 280. Cet iconographe détaille ensuite les planches que Quirin Boel, le second, grava pour le Théâtre des peintvres, de David Teniers, le jeune. La part de Boel dans cet ouvrage étant assez considérable, et ce recueil se rencontrant très-rarement, nous en dirons ici quelques mots. La première édition de ce volume fut pubHée simultanément à Anvers et à Bruxelles. C'est du moins ce que nous déduisons de ces mots : A Bruxelles avx dc'spjiis de Vavtheur (David Teniers, le jeune), anno M.DC. LX. avec privilège du Roy. Elle se vendait à Anvers, chez Abraham Teniers, frère de David, et chez l'imprimeur Henri Aertssens. Le titre et l'introduction parurent en flamand (r), en français, en espagnol et en latin. Le titre français est conçu de la façon suivante : Le théâtre des peintvres de David Teniers, natif d'Anvers, peintre, et ayde de chambre des Serenissinies Princes Leopolde Gvil. fJlrchidvc, & Don Jean d'Avst riche : auquel sont représente'^ les desseins tracés de sa main, & gravés en cvivre par ses soins, svr les Originaux Italiens, qve le Ser."''' Archidvc a assemblé en son cabinet de la cavr de Brvs selles, Dédie avdit Prince Ser.'^^ Leopolde Gvil. ^Ar-
(1) Le voici : Scljitth'r-tJiooueet van David Te)iiers, glieboorUgb van Antwerpen, schitder ende camcr-diender des Doorl^^^ Princen Lcopot. Gidl. ^4rts-Herto§h en Don Jan Oostenr. in 't welck vertoont luorden italiaenscJje principale schilderijcn, die l}y met sijne Ijandt gheteekent ende in 't coper doen snijden tieeft uyt de Schilder-canier van den Doorluchlicl)sten ArtslKrtogl] in 't Hoff van Brnssel. Opgedraeghen aen den Door/st'^n Pnnce Leopotdvs Gvil. ,Arts-Hertogh. Tôt Brnssel tôt costen van den auctenr, anno M.DC. LX- Met priuitegie van den Koninck. — Men vintse te coope t' Antwerpen hy HendricJ; Aertssens, boeclulrucicer in de Cammerstraet.
cbidvc, &c. — o4 Bruxelles aux âespens de Vavthevr, anno M.DC. LX. avec privilège dv Roi. — A Anvers, on les vend che^ Henry Aertssens, iinprinievr. Chacun des quatre titres de cet in-folio est orné d'une planche de Conrard Waumans, représentant deux petits génies ailés qui, debout, soutiennent les armoiries de l'archiduc Léopold- Guillaume. Cette gravure a été très bien exécutée, d'après un dessin de David Teniers, le jeune.
A la suite de chaque titre se trouve une table des peintres flamands, hollandais, allemands et italiens, dont l'archiduc possédait des œuvres dans sa galerie conservée à Vienne, à cette époque. Les productions de maîtres italiens cités dans cette liste ne figurent pas dans le travail dont nous nous occupons.
Vient ensuite un titre supérieurement gravé par Jean Troyen, d'après un superbe tableau de David Teniers, le jeune. La partie centrale représente le portrait en buste de Léopold-Guillaume, posé sur un piédestal, et encadré de branches de palmier et d'oranger, reliées par une banderole sous laquelle se lit la devise : Fortiter, suaviter. Le bâton de commandement du prince, son épée, les attributs de la peinture, des tulipes et d'autres fleurs y sont entrelacées. A la gauche de l'archiduc est figurée debout Pallas vêtue à la romaine, la tête coiffée d'un casque et tenant de la main gauche une lance et un bouclier orné de la tête de Méduse. Elle montre de la droite à un génie ailé qui tient un portrait de femme de Jacques Palma, le vieux, un autre génie ailé qui emporte, en volant, un deuxième tableau. Il s'en va le fixer dans un des espaces vides du portique qui forme le fond de la composition et qui est surmonté de cinq bustes sculptés et orné plus bas de peintures. Un troi-
sième de ces génies, représenté à gauche et la tète couronnée de laurier, comme les deux premiers, tient une composition du Giorgione ayant pour sujet un homme armé d'un poignard portant la main sur un second dont le chef est orné de pampre (i). L'avantplan est occupé par un tiroir, renfermant des médailles, divers livres, dont un à dessins ; un autre de musique, un étui et deux burins. L'inscription suivante se lit audessous du portrait de l'archiduc :
Sereniss. Principi
Leopoldo Gviliel:
Archiduci Austr. etc.
Dno suo clément":
Hoc AMPHITHEATRVM PiCTVRARVM
ex sua; Serenit : archetypis
delineatum sua manu
dedicauit:
A°. M.DC.LVm.
David Teniers suas Ser : Pictor domest:
Plus bas se trouvent ces vers :
Palladis ingenium est Leopoldo fortitcr lUe ci Suauiter hinc armis, artibus inde vacat.
Arma aliàs : nunc artifices circum ordine formas Ponite; et hîec Illi nempe corona placct.
Arte alij vultus, médius non pingitur vUâ ; Obsequio tantum seruiit ista manus.
(i) Les gravures des tableaux de Palma ot du Giorgione font partie du Thi'Lilrc des Peintures.
Une tablette gravée au-dessous de cette planche et ornée à droite et à gauche d'un ciseau, contient les lignes suivantes :
Men vint dccs prlnt-boecken te coop t'Antwerpen by Abraham
Tcniers.
Ou trouve a vendre en Anvers ces livres de taille douce, chez
Abraham Teniers.
Hi libri sunt vénales Antverpise, in œdibus Abrahami Teniers.
Aquellos libros se haillan a vender en Amberes en casa di Abraliam
Teniers.
Nous tirons ces détails de notre exemplaire de la première édition du Théâtre des Peinfires de David Teniers, Celle-ci se compose de deux cent trente-une (23 1) planches, y compris les doubles, le titre que nous venons de décrire, et la vue d'une partie de la galerie de l'archiduc, à Vienne. On y a joint un portrait de David Teniers, le jeune, gravé d'après Pierre Thys, le vieux, par Luc Vorsterman, le second, et imprimé par Abraham Teniers; nous l'avons omis dans le dénombrement. L'exemplaire dont nous parlons est revêtu d'une reliure de l'époque de sa publication : les armoiries de Léopold-Guillaume occupent le milieu des parties antérieure et postérieure de cette enveloppe : il est donc plus que probable que l'archiduc aura fait cadeau de notre volume à quelque personnage. Le livre porte, du reste, la signature suivante, d'une ancienne écriture : Ottho 1. B. à Schwerin (Ottho liber Baro à Scluvcrin). Il a été par conséquent la propriété d'Othon, libre baron de Schwerin. Ce qui est plus important, c'est qu'il est resté au grand complet.
Nous n'avons jamais manié d'exemplaire de la seconde édition de ce recueil, qui parut en 1684. Elle se
vendait à Anvers, chez Jacques Peeters, au Marché aux Souhers, à l'enseigne du Monl des Agneaux Les planches y sont numérotées. Nous avons sous les yeux le titre qui porte le n° i et V Ensevelissement du Sauveur^ d'après Lorenzo Lotto, tableau qui est conservé actuellement au musée du Belvédère à Vienne. Cette planche, sur laquelle se lit le n° 244, ne fait pas partie de l'édition de i6éo. Elle est bien conservée, mais le titre, quoiqu'encore présentable, a beaucoup perdu de son velouté. La troisième édition publiée sans date, par Henri et Corneille Verdussen, à Anvers, fliit partie de la bibUothèque communale de cette ville. Elle comprend 246 planches numérotées, y compris le titre et le portrait de David Teniers, le jeune, dont nous avons parlé ci-dessus. Les estampes de cet exemplaire, fatiguées par suite de trois tirages successifs et retravaillées par des mains inhabiles, sont sorties toutes noires de l'impression. C'est d'après elle que nous avons été obligés de juger l'ouvrage lorsque nous travaillions à la biographie de David Teniers, le jeune, insérée dans l'édition de 1857, du Calalogiic du musée d'Anvers. Aussi ce que nous en avons dit est déplorable. Qu'on en juge : « Teniers qui reproduisait avec un talent remarquable les oeuvres de ses prédécesseurs, s'exerça à copier la collection des tableaux italiens de son protecteur (i). Elle comprenait au-delà de deux cents sujets que l'artiste fit graver sur cuivre et publia à Bruxelles, en 1660. Le
(i) Pour être complètement exact, nous aurions dû dire que Teniers pastichait avec un talent remarquable ses prédécesseurs et même ses contemporains. Il aurait fallu écrire en deuxième lieu qu'il avait dessiné de sa main les peintures italiennes dont il s'agit.
livre qui les renferme se vendait à Anvers, chez Henri Aertssens, typographe de mérite, et chez le peintre Abraham Teniers, frère de David, le jeune. Ce volume est loin d'être à la hauteur des belles publications d'estampes de cette époque, telles que Vlntroïtus Ferdinandi, V Hymencvus pûcifcr, etc., et si les toiles y sont exactement rendues (i), il atteste chez plusieurs célèbres maîtres d'Italie une décadence profonde dans la représentation des sujets religieux (2) ».
Cette dernière observation est fondée. Quant à la valeur des gravures, nous disons, actuellement que nous en avons de superbes épreuves sous les yeux, que le livre qui les contient mérite d'occuper une place distinguée parmi nos belles pubHcations d'estampes du XVIP siècle.
Nous tenons à faire observer ici, en passant, que la date de 1658, indiquée par certains auteurs, comme celle de la première édition du Thcaire des Peintvres est erronée. Cette méprise provient sans doute de ce que la dédicace de Teniers à l'archiduc est datée de cette année-U''.
Nous allons énumérer à cette heure les planches que Qiiirin Boel, le jeune, exécuta pour ce magnifique recueil, dont l'auteur, comme nous l'avons vu, était lié d'amitié avec lui.
2° Jésiis-Chrisl, accompagne de S^ Pierre et de 5' André, appelle à r apostolat les JJ/s de Zéhédée, Jacques- Je Majeur et Jean. D'après le tableau de Marco Basaiti, conserve
(i) Nous ignorons d'où nous est venu ce doute. (2) Op. cit., p. 323.
actuellement au musée du Belvédère à Vienne (i).
3° L'Enlèvement de Ganyniède. D'après Michel-Ange Buonarotti, ou une copie de ce maître, selon le Catalogue du musée du Belvédère, à Vienne, dont le tableau fitit partie en ce moment.
Cette gravure n'est pas comprise dans la première édition du Théâtre des peiiitvres. Elle est insérée dans la troisième, mais elle y a perdu toute fraîcheur,
4° U)ie magicienne invoquant V amour ; près d'elle un hoinnie armé plongé dans le sommeil. D'après le Corrège.
5° Un homme cuirassé et a mu' d'un poignard, en menace une femme de distinction, assise nue dans un paysage. D'après le Giorgione.
6° ,yldam et Eve, qui l'engage à goûter le fruit défeiulu. D'après Antonio Paduanino.
7° L'Enlèvement d'Europe. D'après le Titien.
8° L',yldoration des bergers. D'après le même.
9° 5' Jean-T3aptiste. D'après Paul Véronèse.
10° L'Enlèvenu'iit de Dcjanire, par le centaure Nessus, à qui Hercule s'apprête à lancer une flèche. D'après la composition de Paul Véronèse, conservée actuellement au musée du Belvédère, à Vienne.
11° Le Départ d'^Adonis pour la chasse : Venus s'efforce d'3 le retenir. D'après Andréa Schiavone, selon le Théâtre des peintvres. Un connaisseur anglais, ancien propriétaire
(i) Albert Krafi-t. Catatoi^uc de ta oateric de tahtcaiix Imper taie et Royale au Belvédère, à Vienne. Vienne, 1853, P- 24, n» 64. — Pour épargner les citations au lecteur, nous le prévenons une fois pour toutes, que les indications relatives à cette galerie qui vont suivre, sont tirées de l'ouvrao-e de M. Krafft.
lOI
de notre exemplaire (i) a écrit ces mots au crayon au bas de la planche : « Copied from one of Titian. » Il était d'avis par conséquent que le tableau en question était une copie peinte d'après le Titien. Cela ne saurait se déterminer en étudiant la gravure; il est certain toutefois qu'en comparant celle-ci avec les autres planches d'après le Titien que renferme le volume, on ne peut nier que le Départ d'Adonis n'appartienne à la même école.
12° L'Adoration des bergers. D'après le tableau d^Andrea Schiavone, qui fait partie de la galerie du Belvédère, à Vienne.
13-16'' Qiiatre sujets de l'histoire de Curiiis Dent at us et de Scipion l'Africain. D'après Andréa Schiavone. Un de ces tableaux représentant Curius Dentatus qui refuse les présents des Samnites, est conservé au Belvédère, à Vienne.
17° Un berger se reposant près de son troupeau, tandis que son aide lave un mouton. D'après Giacomo Bassano.
18° Le bon Samaritain. D'après la composition du même maître, au Belvédère, à Vienne.
19° La construction d'un édifice. D'après le môme peintre.
20° Le Tortenient de la Croix : Véronique vient d'essuyer la face sacrée du Sauveur. D'après Giovanni Cariani.
21° S^ férônie. D'après Giacomo Palma^ le vieux.
22° La Résurrection de La:{are. D'après le même.
(i) Une petite estampe moderne collée à rintcrieur de notre recueil, représente des armoiries, au bas desquelles se lit le nom de l'ancien propriétaire : John Adair Hawkins.
23" Le Bail! de Diane. D'après le même.
24" S^ Jcrôniô. D'après la composition de Dosso Dossi, conservée au Belvédère, à Vienne.
25° Trois aveugles accompagnés d'un petit garçon. Application de la parabole èvaugcliqiie : lorsqu'un aveugle en conduit en autre, ils tomberont tous deux dans la même fosse. D'après Dominique Feti.
26° Le vieux Tobie en train d'ensevelir un mort. D'après le môme.
27° Deux hommes en considérant un troisième étendu mort à l'entrée d'un bâtiment. D'après le même.
28° Persée condmttant le monstre et Andromède enchaînée sur un rocher. D'après le même.
29° Le triomphe de Galathée : dans le fond, Polyphéme. D'après le tableau du même maître, au Belvédère, à Vienne.
30° 5"-' Marguerite d',Jlntioche tenant à ses pieds Satan vaincu et lié d'un ruban, lève les yeux au ciel, d'où un rayon de lumière tombe sur elle. D'après la composition dudit maître, au même musée.
Toutes ces productions de duirin Boel, le jeune, exécutées en partie au burin, en partie à l'eau-forte, font honneur à cet artiste distingué. On peut citer, parmi les principales, les gravures d'après le Corrège et le Giorgione, celles d'après le Bassan, Cariani, le vieux Palma, Dosso Dossi et Dominique Feti.
Le Blanc signale quatre portraits exécutés par notre Boel:
31° Celui de Guillaume ab Angelis (van Engelen), docteur et professeur en théologie, présenté au Pape pour l'évèché de Rurcmonde, par l'archiduc Léopold-
lO:
Guillaume ; il mourut à Louvain, le 5 février 1649 (i).
32° Celui de Charles II, roi d'Angleterre, d'après Gonzales Coques.
33° Celui de H. T^rady, professeur de droit à Lotivain, daté de 1662, selon le Blanc.
34^ Celui de Libert Fromomlns [Froidiiioiit), docteur en théologie et professeur royal d'Écriture Sainte à l'université de Louvain, où il mourut le 27 octobre 1653. Ce malheureux savant publia avec Henri Calenus, archidiacre de Malines, le fameux ,^//«-//i//;/m- de l'évèque d'Ypres, Corneille Jansenius (2). La planche encore assez bien conservée de son portrait plein de vie orne le tome II de la Bibliotbeca 'Belgiea de Foppens. Q.uirin Boel, le jeune, la dédia en ces termes à l'archevêque de Malines Jacques Boonen :
« 111'"° et Rev'^^° Dno D. lacobo Boonen, Archie- » piscopo Mechl. Belgar. Primati Regia; Cathol. Ma'' » a Consiliis Statvs &c. Hanc effigiem Ex. D. (3) Li- » berti Fromondi rarissimà virtute et doctrinâ gioriosam, » immortalitatem dudum ante mortem meriti, nec mi- » nus in vità ab eodem culti, quàm eiusdem Cultoris, » D. C. Q.. Q.uirinus Boel Antuerp. Sculptor. A. » 1654. »
Sauf quelques exceptions, la plupart des gravures de Quirin Boel, le jeune, que nous venons de passer en revue, représentent des sujets sacrés, historiques et mythologiques. Il exécuta aussi des planches de scènes familières. Voici l'énumération de celles que signale le Blanc dont nous annotons parfois le travail :
(i) J. 1". Foppens. Bibliotheca Hclgica, T. I, pp. 389, 390.
(2) Id. ibicL, T. II, pp. 819-827.
(3) Exiiiiii Dj)iiini , titre des docteurs en théologie.
3 5" La file du vil l âge. D'après David Tenicrs, sans doute le jeune. Premier état, avant l'adresse de François van den Wyngaerde.
36° Le Berger et la Bergère. D'après Pierre-Paul Rubens, selon la supposition de le Blanc.
37° Les joueurs de boule. D'après David Teniers (le jeune ?).
38° Le joueur de flûte. D'après David Teniers, (le jeune ?). Signé : î). Teniers in. et excud. cum privilegio.
39° Le fumeur , en hauteur. D'après David Teniers, (le jeune ?). Haut, 200 millimètres. Larg, 155. Signé : David Teniers in. et excud. cum privilegio. Sauf une légère différence de hauteur,, il s'agit ici indubitablement d'une planche représentant un homme qui tient de la main droite un verre remph aux trois quarts, et, de la gauche, un pot à bierre en étain. Derrière lui se trouve un fumeur. Signé comme ci-dessus, et, en outre, Coryn Boel f. Cette estampe au burin et à l'èau-forte, est exécutée avec beaucoup d'esprit, d'après un tableau de David Teniers, le jeune, qui appartient actuellement à M. Hyacinthe Camberlyn, de Bruxelles.
40° Le fumeur, en largeur. D'après David Teniers, le jeune. Larg. 242 millimètres. Haut. 190. Signé : D. Teniers in. et excud. cum privilegio. — Coryn Boel fe. Composition de sept figures, pleine d'eff"et.
41° Le médecin aux urines. D'après le tableau de David Teniers, le jeune, qui orne le musée de Bruxelles. In-folio en largeur : pièce rare.
42° Le joueur de violon, composition de sept figures, d'après David Teniers, le jeune. In-folio, en largeur. Signé : D. Teniers i. et excud. cum privilegio. — Coryn 'Boel f. Il existe une méchante copie de cette spirituelle
planche ; on l'attribue, nous croyons avec fondement, à Philippe Spru}^. On n'y lit que ces mots : D. Teniers inv.
43° Une mendiante assise.
44° La pesciised'or. D'après David Teniers, (le jeune?). Haut. 144 millimètres^ larg. 135. Signé : D. Teniers in. et excud. (ciini ?) privilégia.
45° Le concert de chats. D'après D. Teniers, le jeune. Larg. 310 millimètres, haut 235. Signé : D. Teniers in. et excud. cwn privilégia. — Coryn TSael f.
46° La boutique du barbier. D'après le même. Pour l'intelligence de la planche, on doit se rappeler qu'au XVII^ siècle, les chirurgiens étaient tenus de se faire recevoir dans le métier des barbiers. Teniers qui excellait dans la peinture des singes, les a représentés ici en chirurgiens et en barbiers. Larg. 313 millimètres, haut. 244. Signé :T). Teniers in. et excud. cuni privilégia. — Coryn Boel f. Cette estampe pleine d'esprit et de gaieté forme le pendant de la précédente, qui ne lui cède pas en mérites.
47°-) 2°. Les singes. D'après David Teniers, le jeune. Larg. 140 millimètres, haut. 108, suite de 6 pièces, i^"" état : avant l'adresse de François vanden Wyngaerde sur la première planche. Compositions pleines de malice et de joyeuseté.
53° Un vieux paysan tenant une cruche. D'après David Teniers, le jeune. Signé : D. Teniers in. et excud. cuni privilégia. — Coryn Boel f {sic^. Cette petite planche très-bien rendue et inconnue à le Blanc, fait partie de la collection de M. Edouard Terbruggen, à Anvers.
54° Marche de trois satyres et de trais enfants, accompagnés d'autres satyres et de chèvres. Cette eau-forte égale-
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ment inconnue à le Blanc, figurait au cabinet de Pierre Wouters, chanoine de la collégiale de S' Gommaire, à Lierre (i).
Oiiirin Boel, le jeune, fut, avec le Français Jacques- Philippe le Bas, un des meilleurs interprètes de David Teniers, le second.
La date inscrite au portrait du professeur Brady prouve que notre graveur vivait encore en 1662. Les recherches que M. Alexandre Pinchart a bien voulu faire pour nous cà Bruxelles, ne lui ont pas du reste fourni la preuve que notre artiste serait mort dans cette ville, en 1668, ainsi qu'on l'a écrit (i).
(1) Voyez le Ciihilogiic de celle eolleclioii, par N.-J. t'Sas, Brux., 1797, p. 4), no 489.
(i) Cette notice est datée du 10 juillet 1874.
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Pierre BOEL
(en flamand Peeter BOEL)
ierre Boel^, fils de Jean, graveur de mérite, et ^^ d'Anne van der Straten, naquit à Anvers et y fut tenu sur les fonts de la cathédrale^ quartier sud, le 22 octobre 1622^ par son oncle, l'excellent graveur QjLiirin Boel, le vieux, et Catherine de Heuvel.
Son père Jean avait été, comme nous l'avons vu dans sa biographie, inscrit au Liggcrc, en i6io-r6ii, en qualité de franc-maître graveur. Sauf de rares exceptions, les fils de maîtres ne figurent pas comme apprentis dans ce registre. Aussi y chercherait-on vainement le nom de l'élève Pierre Boel. Il y a plus : il n'y figure pas même comme fils de maître, ou plutôt, ainsi que nous le démontrerons plus loin, il y est porté sous un autre prénom que le sien.
Pierre Boel fut un peintre des plus distingués et un graveur à l'eau- forte du plus rare mérite. Corneille de Bie, le plus ancien auteur qui le mentionne à notre connaissance, n'indique pas le nom de son maître. Pélibien dit que ce fut « Sneydre dont il avoit épousé la veuve (i). » L'auteur entend parler sans aucun doute
(i) Entretiens sur les vies et sur les ouvrages des plus excellens peintres anciens et modernes. Trévoux, MDCCXXV. T. IV, p. 426.
du célèbre François Snyders, dont la femme Marguerite de Vos, sœur des excellents peintres Corneille et Paul, mourut le 2 septembre 1647. Son mari décéda le 19 août 1657, sans avoir convolé en secondes noces (i).
Au reste, ce n'est pas à Snyders que Pierre Boel fut redevable de son éducation artistique. Après avoir bien étudié sa manière et celle de Jean Fyt, nous avons acquis la conviction que celui-ci fut son maître. Cette conviction, nous l'avons vu partager par d'excellents connaisseurs, première preuve de son fondement. Une seconde résulte de ce fait, que très-souvent les tableaux de notre maître sont attribués à Jean Fyt.
Nous avons dit ci-dessus que Pierre Boel fut inscrit dans le Liggere, comme fils de maître, sous un autre prénom que le sien. C'est ce que nous nous proposons de démontrer. Jean Boel, père de Pierre, a été, comme nous l'avons dit, inscrit dans la gilde de S' Luc, en i6io-i6ri, à l'âge de 18 à 19 ans, en qualité de francmaître.
Le premier Boel qui se présente après lui, dans le registre des inscriptions, comme fils de maître, est Jean Boel, peintre, reçu en 1650-165 1 (2).
Or, nous avons vu, dans la vie du graveur Jean Boel, que si celui-ci eut réellement un fils du nom de Jean, cet enfant était mort antérieurement au 19 mars 1640. Oinrin, un autre de ses fils, s'étant appliqué à la gravure, il est évident que l'inscription de 1650-165 1 ne
(i) Inscriptions fuiicraires et monumentales de la province d'Anvers. Anvers. T. VI, p. 208.
(2) Ph. Rombouts et Th. Van Lerius. Les Liggeren et autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc. T. II, pp. 215 et
peut s'appliquer qu'à Pierre, qui fut réellement peintre.
C'est vers cette époque, que cet artiste épousa Marie Blanckaert. Elle était fille du peintre Jean, (le maître de Balthasar van Cortbemde,) et d'Anne de Wael, qui devait le jour à Jean de Wael, autre peintre, dont Antoine van Dyck a gravé le portrait à l'eau-forte, et à Gertrude de Jode. Jean Blanckaert avait épousé Anne de Wael, en troisièmes noces, et leur fille Marie avait été tenue, le 15 novembre 1632, sur les fonts baptismaux de la cathédrale, quartier sud, par Guillaume de Decker et Anne de Scede.
Nous croyons que son mariage fut célébré au commencement de 1650, alors que la jeune personne n'avait pas accompli sa dix-huitième année. Nous croyons aussi que Jean-Baptiste Boel, l'aîné de ses enfants^ naquit également en 1650. Nous avons, du reste, recherché vainement l'acte de mariage de Pierre Boel et de Marie Blanckaert, dans les tables des anciens registres paroissiaux d'Anvers. Nous n'y avons pas trouvé non plus l'indication du baptistaire de leur fils Jean-Baptiste. Il est donc probable que ce mariage et la naissance de cet enfant auront eu lieu ailleurs qu'en notre ville. Au surplus, il n'y a pas de doute quant à la filiation de Jean- Baptiste Boel. C'est ce que nous comptons démontrer dans la biographie de ce peintre distingué. En ce qui regarde sa quafité d'enfant aîné, celle-ci nous paraît résulter de ce fait, qu'il fut reçu dans la gilde de S' Luc, en 1674-1675, comme fils de maître, et qu'il se maria, en 1675, tandis que son frère, qui va suivre, ne fut admis qu'en 1676-1677, et ne se maria qu'en 1683.
Balthasar-Luc Boel, le deuxième entant de Pierre et
IIO
de Marie Blanckaert (i), naquit à Anvers et y fut tenu sur les fonts de la cathédrale, quartier sud, le 22 décembre 165 1, par Jean-Baptiste de Wael, sans doute le graveur distingué, au nom du célèbre peintre Luc de Wael, grand-oncle du baptisé et par Susanne Blanckaert, sœur de la mère de l'enfant. Balthasar-Luc Boel est nommé simplement Luc dans son acte de baptême ; son acte de mariage lui donne les prénoms de Balthasar-Luc, qu'on lit aussi dans quelques baptistaires de ses enfants, tandis que d'autres le désignent comme Balthasar, sans addition. Le Liggcre de S' Luc nomme ce peintre et fils de maître, Balthasar-Luc Boel.
Le troisième enfant de Pierre Boel, Anne-Basilie, fut baptisé à S' André, le 12 mai 1653. ^^ ^^t pour parrain Pierre de Heuvel, mari d'Esther Pelgrom, parente de notre maître, et pour marraine, Basilie Canis, que nous avons lieu de supposer cousine germaine de Pierre Boel.
Nous connaissons à cette heure la famille de ce peintre.
Nous allons en conséquence poursuivre la narration de sa vie d'artiste. Corneille de Bie nous apprend, à la page 364 de son Guldeii cabinet van de edel vry schilderconst, qu'il passa plusieurs années à Rome et dans les villes environnantes, à peindre des animaux, des fleurs et des fruits. Ce séjour est antérieur, sans le moindre doute, au mariage de Pierre Boel, que nous avons cru pouvoir, sans témérité, fixer à l'année 1650.
Les archives de la gilde anversoise de S' Luc mentionnent trois élèves de notre artiste : 1° Louis Geeraerts
(i) Ihideui.
en 1652-1653, ; 2° David de Coninck en 1659-1660; et 3'' Pierre Schoof, la même année (i).
Un seul de ces apprentis est inscrit comme francmaître : c'est le célèbre David de Coninck, admis en 1663-1664 (2) et qu'on croyait à tort avoir été élève de Jean Fyt (3). On a dit aussi qu'il était né à Anvers et décédé à Rome, en 1687. Ces deux assertions sont fausses. Nous avons, en effet, recherché vainement son acte de baptême dans les anciens registres de nos paroisses, où nous n'avons pas fait non plus la moindre découverte concernant un mariage ou des enfants du maître. Celui-ci vivait encore en 1699, puisqu'il se fit recevoir cette année-là, à Bruxelles, en qualité de reconnu. Il est désigné très-clairement dans une lettre du magistrat de Bruxelles, adressée le 27 septembre 1771, au Conseil souverain de Brabant, comme un peintre d'animaux, de renom (4),
(i) Liggeren cités, T. II, pp. 241, 305 et 506.
(2) Liggeren cités, T. II, p. 346.
(3) Ceci est une preuve de plus de l'affinité qui existait entre la manière de peindre de Pierre Boel et de Jean Fyt, affinité que nous avons signalée à la p. 108 et qui n'a pas empêché notre Boel d'être un peintre très-original.
(4) Les reconnus étaient des artistes peintres qui arrivés à Bruxelles, d'autres villes, s'étaient fixés dans la capitale du Brabant et ne s'y étaient pas fait recevoir francs-maîtres. Ils payaient, lors de leur inscription, un droit fixe de 62 florins 4 sous, argent courant de Brabant, sans être astreints à aucunes redevances annuelles envers le métier des peintres. Adrien-François Boudewyns, de Bruxelles, qui avait travaillé plusieurs années en France, fut admis comme reconnu à Bruxelles, en 1694 et inscrit depuis en qualité de franc-maître. — L. Galesloot. Docuinejits relatifs à la formation et à la ptthlication de l'ordonnance de Marie-Thérèse, du 20 mars, ij novembre lyjj. Annales de l'Académie d'archéologie de Belgique, 2<^ série. T. III, p. 475 476 et 480.
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Retournons à Pierre Boel. Sa femme Marie Blanckaert décéda entre le i8 septembre 1658 et le 1 8 du même mois de l'année 1659, date du paiement de sa dette mortuaire à la gilde de S' Luc (i).
Le maître se trouvait à Anvers, en 1663, puisqu'il fut témoin dans l'église de S' André, le 1 1 août de cette année-là, du mariage de sa belle-sœur Gertrude Blanckaert avec Barthélemi van der Linden. C'est probablement vers cette époque qu'il alla s'établir à Paris, où il fut attaché à la manufacture royale de tapisseries des Gobelins (2). Il obtint aussi dans cette ville le titre de peintre ordinaire du roi Louis XIV (3). Notre maître y fut parrain, le 26 décembre 1671, de Gérard- Jean-Baptiste Scotin, qu'il tint sur les fonts de l'église S^ Hippolyte, avec Catherine Huseweel, femme du célèbre peintre Adam-François van der Meulen, natif de Bruxelles. Cet enfont était fils du graveur Gérard Scotin et de Geneviève Bailleul. Gérard devait le jour au sculpteur Pierre Scautincx, qui trouva bon de franciser son nom (4).
(i) Liggeren cités, T. II, p. 298.
(2) A.-L. Lacordaire. Notice historique sur les manufactures iuipêriales de tapisseries des Gohelius et de tapis de la Savonnerie, Paris,
1855, pp. 60 et 63.
(3) A. Jal. "Dictionnaire critique de biographie cl d'histoire, Paris, 1867, p. 234, U"^ colonne.
(4) Pierre Scautincx figure en 163 3-1634, dans le compte de la corporation anversoise de S» Luc, comme élève d'Ambroise Gast. Liggeren cités, T. II, p. 53. Le nom y est écrit Schoutens. — Les détails dans lesquels nous venons d'entrer sont empruntés à Jal, op. cit., pp. un et II 12, et à H. Herluison, ^ctes d' état-civil d'artistes français.... extraits des registres de l'hotel-de-vilh de Taris, détruits dans l'incendie du 24 nnii iSji, Paris et Orléans. 1873, T. II, p. 259, ligne 4.
Abraham Genoels, le jeune, ayant été chargé, vers 1 673-1 674, de faire exécuter les tapisseries d'un appartement pour le comte de Monterey, gouverneur général des Pays-Bas catholiques, il s'associa plusieurs artistes, pour aller plus vite en besogne. Pierre Boel fut chargé, en cette circonstance, de peindre les oiseaux des patrons ; les autres animaux furent confiés à Nicaise Bernaerts, d'Anvers, franc-maître de notre gilde de S' Luc, les fleurs à Baptiste Monnoyer, de Lille, etc. (i). Comme ces peintres habitaient Paris, à cette époque, aussi bien que Pierre Boel, il n'y a pas à douter que les patrons y furent exécutés.
Erasme Oiiellin peignit le portrait de notre maître. Il fut gravé avec beaucoup de talent par Conrard Lauwcrs, et Corneille de Bie en orna son Giilâen Cabinet. L'artiste y est représenté dans un fond de paysage, la main droite posée sur la tète d'un lévrier. Les longs cheveux du maître lui descendent sur les épaules, une moustache peu fournie embellit sa figure rêveuse et pleine de bienveillance. Il est vêtu d'un pourpoint sur lequel s'étale
(i) Nicaise Bernaerts (eu flamand, Nicasius Bernaerts,) et non Nicasius Bernard, ainsi que plusieurs l'écrivent erronnément, fut reçu en 163 3-1634, dans la corporation anversoise de S' Luc, comme apprenti de François Snyders ; il y fut admis à la franc-maîtrise en 16)^16^4. Liggeren cités, T. II, pp. 50 et 248.
Jean Baptiste Monnoyer était venu au monde avant que Lille nous fut enlevée par la France, ainsi que le fait observer M. Jal, op cit., p. 880, f- colonne.
Arnould Houbraken, qui tenait d'Abraham Genoels lui-même les détails relatifs à ces tapisseries, écrit Monoié, au lieu de Monnoyer. Nous n'avons pu deviner les noms véritables des peintres Furni et Boité, dont il parle à cette occasion. TDe groote schouburgh der 'hLederlantsche konstschiUcrs en schilderessen, 's Gravenhage, 1753, T. III, p. 100.
un collet garni de belles dentelles. Son manteau attaché au-dessus de l'épaule gauche, est ramené autour de sa taille.
Pierre Boel peignit, avec beaucoup de vérité et de succès, les animaux de toute espèce, les fleurs,, les fruits et les objets inanimés, tels que les vases d'or, d'argent et de porcelaine (i). Il travailla avec l'auteur de son effigie Érasme Oiiellin, comme le prouve de Bie, à propos de deux tableaux qui ornaient la maison de campagne de son Mécène, Antoine van Leyen(2).
Notre maître fut, comme nous l'avons dit, un eraveur à l'eau-forte du plus rare mérite. Jean Fyt lui enseigna aussi cette partie de son art, ainsi que les connaisseurs peuvent s'en convaincre par la comparaison des œuvres de nos deux artistes. Comme Pierre Boel a bien profité des leçons de son professeur ! Quel feu, quelle vigueur, par exemple, dans cette Chasse au sanglier, que nous avons sous les yeux ! Toute une meute est acharnée à la poursuite de l'animal sauva^^e qui a déjà fait mordre la poussière à trois de ses agresseurs. N'importe : ses ennemis l'attaquent de front, à droite, à gauche et par derrière. Un d'eux s'efforce même de sauter sur le dos de son adversaire, qui s'apprête à lui faire payer cher sa témérité. Toutefois, harcelé de toutes parts, le sanglier sera bien réduit à mourir; mais que de chiens seront encore auparavant étendus sur le sol !
Cette gravure magistrale à l'eau-forte ne le cède en rien à tout ce que les plus célèbres artistes ont produit
(i) C. DE Bie, op. cit., p. 362-364.
(2) Id., ibid., p. 198.
de plus beau en ce genre. Elle est mentionnée avec les autres planches de Pierre Boel, dans le V\Canuel de Vamateitr d'cstûDipes, de Charles le Blanc (i).
Wenceslas Hollar et Luc Vorsterman (le vieux ?) ont gravé d'après notre peintre. Le premier « un lièvre mort, pendu par la patte, avec un lévrier, et quantité d'oiseaux tués. » Cette pièce rare porte l'inscription suivante : Teefer Boel pinx. W. Hollar fcc. 1649. Le second « deux belles feuilles de chasses par des chiens de grande taille, savoir : la chasse du sangher, et la chasse du lion, pièce marquée : Pelnis Boel inv : Lucas Vorsterman fec. (2). »
Dans l'importante collection de gravures et de dessins de Pierre Wouters, chanoine de l'église collégiale de S' Gommaire, à Lierre, trésorier et bibliothécaire de Sa Majesté Apostolique, etc., figuraient six études d'animaux tant morts que vivants, exécutées par François Snyders, Jean Fyt et Pierre Boel (3).
La collection de dessins du musée du Louvre, à Paris, en possède 213 de notre artiste (4). L'auteur de cette biographie est propriétaire d'une petite toile du maître : elle représente différents animaux dans un parc ; à droite , vers le centre de ce tableau , est figuré un étang orné d'un dauphin de bronze, dont la
(i) Paris, 1854, T. I, p. 404.
(2) Michel Huber et "J.-G. Stimmel. — Catalogne raisonné du cabinet d'estampes de feu Monsieur Winchhr, banquier et membre du sénat, à Leipiig. École des Tays-Bas, Leipzig, 1805, p. 108.
(3) Voyez le Catalogue rédige par N.-J.-A. t'Sas, négociant. Bruxelles, 1797, p. 297, n° 1459.
(4) Frédéric Reiset. Notice des dessins..... du musée impérial du Louvre, Paris, 1866, p. Ixxxi,
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bouche laisse échapper de l'eau dans le bassin. Quatre canards y nagent dans diverses attitudes. Deux lapins bruns au repos, mais les oreilles aux aguets, se sont établis au bord de Tétang : un pigeon vient de s'abattre près d'eux, pour tenir compagnie à un autre de ces volatiles. Au milieu de la composition et la dominant de toute sa hauteur, se dresse un paon qui étale en marchant sa superbe queue.
Un coq d'Inde, assis près de là et servant de repoussoir, paraît plongé dans de profondes méditations. La scène se passe après le coucher du soleil, ce qui a permis à Boel de fiiire mieux ressortir le riche plumage et la belle robe de ses animaux. Ceux-ci sont dessinés et posés excellemment et peints de main de maître. Le fond, borné par des montagnes, le ciel et le paysage s'harmonisent de la manière la plus heureuse avec la partie antérieure de la toile oui est signée du monogramme du maître P. B.
Le musée d'Anvers possède de notre artiste une Nature morte, qui a fait partie de la collection de M. Désiré van den Schrieck, de Louvain, où elle porta le nom de Jean Fyt. En voici la description. A l'entrée d'un parc sont étalées plusieurs pièces de gibier, parmi lesquelles on remarque un lièvre attaché à la branche brisée d'un arbre, entouré de ronces et de broussailles. Deux perdrix sont suspendues au-dessus de l'animal, dont la tête repose à terre. Des pipeaux gisent à gauche sur le sol, auprès de quelques cailles, d'un cornet à poudre et d'autres attirails de chasse. Vers la droite on aperçoit une bécassine, et derrière un bloc, la tête d'un chien de chasse.
Cette toile n'est pas exposée au moment où nous
écrivons. D'après nos souvenirs, clic n'est pas sans mérite^ mais inférieure toutefois à celle que nous possédons.
Au musée de Gand se trouve du gibier mort, de Pierre Boel. M. A. -P. Sunaert décrit ainsi ce tableau dans le catalogue de cette collection : « Dans un paysage avec des arbres à gauche, dont on voit seulement les troncs, est pendu, à l'un de ces derniers, un lièvre mort. A côté de lui est couché un héron. Ensuite on remarque, éparpillés à terre, des perdrix, des bécasses, un canard et de la petite volaille. A gauche, il 3' a une élévation de terrain et le lointain offre un site sauvage, terminé par des montagnes » (i).
Un tableau de notre maître, conservé dans la pinacothèque de Munich, représente deux chiens de chasse, qui gardent un sanglier, un cygne, un daim et autre gibier mort (2).
La riche galerie de Sleissheim ne montre pas moins de quatre compositions de Pierre Boel : 1° des fruits, du gibier îiiort, de la volaille, etc. ; 2° d:s oiseaux morts et vivants ; 3° tuie. feinnii et un garçon dans une chambre à provisions, pourvue de crabes, poissons de mer, etc.; 4° tine jeune fille dans une chambre à provisions richement garnie de poissons de nier, etc. (3). Il est probable que les figures humaines de ces deux derniers tableaux sont l'œuvre d'un autre artiste.
(i) Op. cit., p. 42.
(2) Calatogiie des tabteaiix de tu pin.icotth'qiie royale à D\Cnuicli, Munich, 1860, p. 77, 11° 327.
(3) Katatog der Kgl . Geniàlde-Gaterie in Sleisslx-ini, Mùnchcn, 1870, p. 49, nos 524 et 525 ; p. 54, no 673 ; p. 57, n" 754.
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Le musée de Madrid possède de notre maître un Paysage avec des animaux : un cygne, un lièvre et une oie morts sont attachés à la branche d'un arbre. Trois chiens gardent ce gibier (i).
Un tableau de Pierre Boel, peint à Paris, et représentant des oiseaux, d'autres animaux et des fruits, ornait, en 1682, la collection de Diego Duarte. Cet amateur, qui appartenait à une famille portugaise établie à Anvers, habitait Amsterdam à cette époque. Cette peinture était estimée 52 florins (2).
Les catalogues de tableaux, publiés au siècle dernier par Gérard Hoet, en signalent plusieurs exécutés par un Boel, dont ils nous taisent le prénom.
Nous sommes de cette façon dans l'impossibilité de déterminer si ce sont des œuvres de Pierre ou de ses fils Jean-Baptiste et Balthasar-Luc. La première peinture qui se présente est une Vieille feiiwie qui file, vendue 3 florins, à Amsterdam, en 1707 ; cette toile faisait partie de la collection de Pétronille de la Court, et était fort probablement étrangère au peintre dont nous écrivons la vie (3).
Les autres tableaux de Boel mentionnés par Hoct, sont les suivants : Un lièvre mort et des oiseaux, vendu 76 florins; Une chasse au sanglier, adjugée à 61 florins, et un Vanitas orné d'instruments de musique et de ma-
(i) Don Pedro de Madrazo. Catalogo de los ctiadros de! rcal viuseo depinlitra y escidtiira de S. M., Madrid, 1858, p. 363, n° iSiS-
(2) Fred. Muller. De onde Tijd, 1870, p. 402, n° 154.
(3) Catalopiis of naaiulyst vaii schilderyen, met der~elve7- pry:^en, :(edert een lavgen reehs van jaren :^oo in Hotlaud als op andere plaatïcn in het openhaar verkogt. 's Gravenhage, MDCCLII, dccl I, bl. iio, 11° 117.
thématiques, d'armes et de fleurs, à ii florins 8 sous, lors de la dispersion de la collection de Jacques de Wit, d'Anvers, en 1741. Il s'y trouvait aussi une composition de Gcnzales Coques, représentant un Cabinet de tableaux, orné de figures de la main de ce maître. Les petites toiles dont se composait ce cabinet, étaient l'œuvre de diff"érents artistes : on y voyait, entre autres. Une chasse au sanglier, de Pierre-Jacq. Boel (i). De Wit possédait, en outre, de Boel, un second Vanitas, où l'on remarquait un globe terrestre, des armes, des fleurs et des instruments de musique, et une peinture ayant pour sujet des fresaies, des rats d'Inde, des chauvessouris et d'autres animaux. Le premier de ces tableaux fut vendu 12, le second 20 florins 5 sous.
Un paysage capital orné de chats-tigres et d'oiseaux, exécuté par Boel, faisait partie de la collection du peintre anversois Jacques de Roore, vendue à La Haye, en 1747. Il y fut adjugé au prix de 15 florins (2).
Pierre Tervv^esten signale , dans ses catalogues les tableaux suivants de Pierre Boel : 1° des animaux peints d'après nature, dans un paysage, et vendu 50 florins, à Bruxelles, en 1758, à la mortuaire de M. Martin Robyns; 2° du gibier mort, vendu 27 florins à Anvers, en 1762, à la mortuaire de la douairière de Proli; 3° du gibier, vendu 26 florins, à Anvers, en 1762; des oiseaux et d'autres animaux, dans un paysage, vendu 44 florins, dans la même ville, en 1768 (3). Nous tenons à faire
(1) Cette œuvre d'art orne actuellement le musée de La Haye.
(2) G. HoET, op. cit., T. II, pp. 32, 34, 55, 4), 47 et 214.
(^) PiETER Terwestex. Ciitalogus of mmmlyst van schilderyen met derielver prysen sedert den 22 Aiignstl 1752 tôt den 21 November 1768, :^oo in Holland ah 'Braband en andere plaatien in het openbaar verkogt. — 's GravenJjage, 1770; pp. 193, 277, 280 et 661.
observer ici que le 3° était indique sans le prénom du maître dans le catalogue.
Le catalogue du cabinet de M. Pierre-André-Joseph Knyff", chanoine noble gradué de la cathédrale d'Anvers, signale en ces termes deuxtoiles de Pierre Boel : « n° 147, Ce tableau offre, sur le premier plan, du gibier mort, un cerf, un sanglier, un renard, un canard et un cygne dont une aile est attachée à la branche d'un arbre. L'on y voit aussi une gibecière; à droite, deux lévriers. Le fond est un beau paysage et un ciel très-clair. Ce tableau est du meilleur laire de ce maître et ne le cède en rien aux ouvrages de Jean Fyt. Haut. 73 pouces, larg. 100 1/2. — 507. Un tapis, des instruments, un grand plat ciselé, un globe, deux écuelles de porcelaine; tous ces objets inanimés sont placés sur une table, et très-naturellement rendus. Haut 48 3/4 pouces, large 64 1/2. » — Lors de la vente de cette collection, en 1785, le premier de ces tableaux fut acquis par M. Nicolas-François Beeckmans, au prix de 70 florins de change; le second, par le sieur Steber, moyennant 10 florins 15 sous (i).
On doit ne pas perdre de vue, en lisant ces différents prix, que les œuvres d'art se vendaient à bon compte au siècle dernier et que l'argent avait une plus grande valeur qu'actuellement.
Pierre Boel mourut aux GobeHns, à Paris, le 3 septembre 1674, avant midi, dans la 52'' année de son âge. Il tut enterré, le lendemain, dans l'église de S' Hippolyte, en présence de ses amis, le célèbre peintre de batailles, Adam-François van der Meulen et Jean Mosin (2). Le
(i) Catalogue cité, pp. 40 et 172.
(2) A. Jal, op. cit., p. 234, ic colonne.
nom véritable de ce dernier est Mosyn (i). Il était, d'après Kramm, fils du graveur distingué Michel Mosyn et de Madeleine Veron, sa femme.
C'est ce qui résulte de l'acte de baptême de Michel Mosyn, frère de Jean, que celui-ci tint le 2 juin 1671, avec sa sœur Geneviève, sur les fonts de l'église S' Benoît à Paris. Le petit Michel était né le 28 avril de cette année-là, et le parrain signa du nom de Jean Mosin le baptistaire de l'enfont ; le père était absent, à l'époque où fut conféré à son fils le premier des saints sacrements (2).
Disons, pour terminer, qu'il est regrettable qu'un artiste de la valeur de Pierre Boel soit décédé avant d'avoir accompli sa 52"^ année.
Quoique décédé à l'étranger, la dette mortuaire de ce maître, se montant à 33 florins 4 sous, n'en fut pas moins payée à la gilde anversoise de S' Luc. C'est ce qui résulte de son compte du 18 septembre 1673 au 18 du même mois de l'année 1674 (3). Mais au lieu d'écrire Pierre Boel, le rédacteur renouvela l'ancienne erreur et mit Jean (4).
(i) Christiaan Kramm. De levevs en iverken der HoUandsche en Vlaamsche kunstschilders, beeîdhouwers, graveurs en boiiiurneesters. — Amsterdam, 1860, T. IV, p. 1169.
(2) Herluison. Jcles d'ètat-civil d'artistes français, peintres, graveurs, architectes, etc. Extraits des registres de l'hôtel de ville de Pans, détruits dans l'incendie du 24 mai iSyi, par H. Herluison. Paris et Orléans, 1873, T. II, p. 375.
(^) Liggeren, T. II, p. 436.
(4) Cette notice est datée du 21 juin 1874.
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Jean-Baptiste BOEL
(en flamand Jan-Baptist BOEL)
gje peintre de talent Jean-Baptiste Boel était fils ^du célèbre Pierre et de Marie Blanckaert. Nous L^u^ avons dit dans la biographie de son père, que celui-ci s'est marié, d'après notre manière de voir, au commencement de 1650. Nous avons ajouté que nous croyions devoir fixer, à cette même année, la naissance de Jean-Baptiste, considéré par nous comme l'aîné de ses enfants. Enfin nous avons fait observer que nous n'avons pu découvrir ni son baptistaire, ni l'acte de mariage de ses parents, et nous avons conclu de cette absence de baptistaire à Anvers que Jean-Baptiste Boel est né ailleurs qu'en notre ville. Nous allons nous efforcer maintenant à démontrer que notre artiste est issu bien positivement du mariage de Pierre Boel et de Marie Blanckaert, et qu'il en fut le premier fruit. La preuve de la première de ces assertions ressortira sufiîsamment des noms du témoin de son mariage et de quelques-unes des personnes qui ont tenu ses enfants sur les fonts de baptême ; la seconde de la date de son admission dans la gilde anversoise de S^ Luc, en qualité de fils de maître, date antérieure à celle de la réception de son frère Balthasar-Luc, né en 1657.
Nous commencerons par ce dernier point. Jean-Baptiste Boel fut inscrit dans notre gilde comme fils de maître, dans l'intervalle du i8 septembre 1674 au 18 septembre 1675; Balthasar-Luc n'y fut reçu que du 18 septembre 1676 au 18 septembre 1677 (i).
Nous ne doutons pas que le premier ait eu son père pour maître, et il est probable qu'il en fut de même du second. Il est hors de doute que l'un et l'autre auront accompagné leur père à Paris.
Nous arrivons maintenant au premier point. Jean- Baptiste Boel épousa, dans la cathédrale, quartier nord, le 4 mai 1675, Marie-Catherine Immenraet. Elle était fille de l'excellent peintre-paysagiste Philippe-Augustin Immenraet (2) et de Catherine de Hille et avait été tenue sur les fonts de Notre-Dame, quartier nord, le 11 avril 1657. Le père servit de témoin à cette jeune fille de dix-huit ans Celui de Boel fut Barthélémy van dcr Linden, le jeune. Celui-ci avait été nommé notaire à Anvers, en 1663 (3) et avait épousé à S' André, le 11 août de cette année-là, Gertrude Blanckaert, fille du peintre Jean et d'Anne de Wael. Elle était par conséquent la sœur de Marie de Wael, femme de Pierre Boel^ qui avait été témoin de son mariage. Barthélémy van der Linden, son
(i) Théodore Van Lerius et Phil. Rombouts. Les Liggcrcn cl antres archives historiques de la gilde anversoise de saint Luc, T. II, pp. 432, 443, 450 et 454.
(2) Le nom de cette famille d'artistes est changé en Immelraat, dans h Théâtre des peiii tires de David Teuiers, le jeune; plus tard on s'est mis à écrire Emelraet et Hcmclraet.
(3) Frédéric Verachter. Liveiilai/c des minutes des anciens notaires de la ville d'Anvers, à la suite du Riippoi t sur l\uhnii:islralion cl la situation des affaires de la ville d' Anvers, présenté le 2 octobre 1S48, p. 243.
mari, était donc l'oncle par alliance de Jean-Baptiste Bocl.
Celui-ci eut six enfants de Marie-Catherine Immenraet.
1° Jean-Philippe, baptisé dans la cathédrale, quartier nord, le 6 juillet 1676. Parrain, Philippe-Augustin Immenraet, aïeul de l'enHuit, marraine, Susanne Blanckacrt, au nom de Catherine de Wael. Susanne Blanckaert était la sœur de Marie, et, par conséquent, la grand' tante du petit Jean-Philippe Boel. Catherine de Wael était parente de Marie Blanckaert, par la mère de celle-ci, Anne de Wael, femme en troisièmes noces de Jean Blanckaert.
2° Marie-Catherine, tenue sur les fonts de la cathédrale, quartier sud, le 22 octobre 1677, par Barthélémy \an der Linden, que nous avons appris à connaître, et Catherine de Hille, grand'mère de l'entant
3° Pierre, tenu sur les mêmes fonts, le 4 juillet 1680, par Pierre Spierinckx, paysagiste de talent, franc-maître de notre gilde anversoise de S' Luc, en 163 5-1656 (i) et Susanne Blanckaert, grand'tante du petit Pierre.
4° Gertrude-Antoinette, baptisée dans le même quartier de la cathédrale, le 25 juillet 1682. Parrain Antoine van Leyen, échevin d'Anvers, marraine, Gertrude Blanckaert, sœur de Marie, femme de Pierre Boel, et, par conséquent, grand'tante de l'enfant. Nous avons vu que Gertrude Blanckaert était la fenmie du notaire Barthélémy van der Linden.
(i) Campo Weyerman n'ayant pas su le prénom de Spierinckx, l'a indiqué par l'inconnue N. Ceux qui l'ont suivi ignorant la justification de cette lettre, l'ont considérée comme l'initiale de Nicolas, et ont nommé notre maître Nicolas Spierinckx.
Quant à Antoine van Leyen, il fut le Mécène de Corneille de Bie, lors de la publication de son célèbre Gtilden Cabinet, qui est orné du portrait de van Leyen, gravé en 1661, par Richard Collin, d'après un tableau d'Erasme Quellin. Notre magistrat, comme nous l'avons vu dans la biographie de Pierre Boel, possédait des tableaux de ce maître. Il remplit les fonctions d'échevin de notre ville de 1667 à 1673, en 1680, 1682 et
5° MicheHne, baptisée à Notre-Dame sud, le 12 juillet 1684. Parrain, Michel Moens, marraine, Marie-Catherine de Hille, parente de la grand'mère de l'enf-Uit.
6° Jean-Baptiste, tenu sur les fonts de S' Jacques, le 26 juillet 1686, par Jean Willemssens et Anne-Claire Smits.
Il est constaté, à cette heure, que le témoin du mariage de Jean-Baptiste Boel était le beau-frère de son père. Qu'il fut parrain de son deuxième enfant, qu'une des belles-sœurs de Pierre Boel, Susanne Blanckaert, tint sur les fonts le premicr-né de notre artiste, au nom d'une parente de la mère de celui-ci. Qu'elle fut la marraine de son fils Pierre, et que sa sœur Gertrude Blanckaert le fut de Gertrude-Antoinette Boel, fille de Jean-Baptiste. Nous croyons donc pouvoir conclure que la filiation de ce dernier est nettement établie.
Nous ajouterons qu'après l'inscription du graveur Jean Boel, père du peintre et graveur Pierre, le premier Boel, reçu en qualité de fils de maître dans la gilde anversoise de S* Luc, est ce même Pierre, erronément porté au registre en 1650-165 i, au nom de son frère Jean, décédé bien antérieurement à cette époque. Notre Jean-Baptiste est le second fils de maître issu de cette famille.
Le lecteur sera sans doute d'avis que notre démonstration est complète.
Selon M. Jean-Baptiste van der Straelen (i), Jean- Baptiste Boel se serait fait recevoir en 1674, dans la chambre de rhétorique du Rameau d'Olivier (Olijftak) unie, à cette époque, à celle de la Giroflée {yiolieré). D'après l'auteur cité, cette admission aurait eu lieu sous le décanat du célèbre peintre Charles-Emmanuel Biset : mais comme celui-ci fut doyen en 1675-1676 (2), c'est à cette dernière époque que la réception de notre Boel devrait être reculée.
Il donna sa démission en 1 679-1 680. Cette décision entraînait le paiement de la dette mortuaire du maître. Il préféra de solder celle-ci plutôt en nature qu'en argent. Voici ce que nous lisons à cet égard dans le compte du Rameau d'Olivier {Olijflali) de 1 679-1 680 : « Jean-Baptiste Boel s'est retiré à condition de peindre pour la chambre un tableau de la même hauteur que les autres toiles de ce local. Il sera tenu de payer l'intérêt d'un capital de 150 florins, aussi longtemps que son œuvre ne sera pas délivrée à la chambre, et dès qu'elle l'aura été, on fera juger si elle est digne d'y être admise. »
La peinture dont il s'agit, après avoir figuré avec honneur au salon de la gilde de S' Luc, fait actuellement partie du musée d'Anvers. Elle représente la Vanité des choses de ce monde.
Nous aurions bien désiré de pouvoir donner une
(i) Gcschiedenis der Aniivcrpsche Rederykkamers, Violiere, p. 87.
(2) En 1674- 167 5, le doyen de la gilde était Martin Verhulst, imprimeur-libraire. Voyez Liggeren cités, T. II, pp. 436, 440, 444 et 446.
description un peu détaillée de ce tableau, mais il est en ce moment couvert de crasse et placé à une hauteur telle que le regard n'y peut atteindre suffisamment. Nous devons donc bien nous contenter d'emprunter les lignes suivantes qui figurèrent primitivement dans l'édition du Catalogue du musée d'Anvers, par M. Jean-Alfred de Laet : « Un cygne mort, posé dans un plat de vermeil, et un paon, occupent le milieu de cette composition, qui est très-riche d'accessoires, figurant des fleurs, des objets d'antiquité, des attributs d'arts et de sciences, etc. Grandeur naturelle (i). »
Cette toile est l'unique œuvre connue de Jean Boel : mais elle donne une preuve des plus avantageuses de son talent. Tous les objets y sont peints de main de maitre et il serait extrêmement regrettable que cette belle composition dût être quelque jour la victime de mauvaises restaurations.
Le compte de la gilde de S^ Luc du iS septembre 1686 au 18 du même mois 1687 mentionne une recette de 3 florins 4 sous, du chef du paiement de la dette mortuaire de la femme de Jean-Baptiste Boel (2). Marie- Catherine Liimenraet, qui venait d'entrer dans sa 31""^ année, décéda en efî'et, en septembre 1687 et fut inhumée le 16 de ce mois, dans l'abbaye de St-Michel, aux termes de son testament. C'est ce que nous apprend un registre d'enterrements de la cathédrale, qui ajoute que les époux Boel habitaient à cette époque la rue
(i) Cette description a été reproduite dans le Catalogue de 1857, à la suite de notre biographie, en grande partie fautive, de Jean- Baptiste Boel. O/'. cit., p. 360, no 411.
(i) Liogeren cités, T. II, p. 520.
Sale, (de Vuilnisstrate), dont le nom a été changé depuis en rue Otho Vœnius, en mémoire de l'illustre peintre qui y demeura (r).
Jean-Baptiste Boel mourut entre le i8 septembre 1688 et le 18 du même mois 1689. C'est à cette date^ en effet, que fut payée à la gilde de S' Luc sa dette mortuaire de 3 florins 4 sous (2). L'artiste n'était âgé que de 38 à 39 ans.
Il est évident que notre maître a exécuté d'autres œuvres que celle qui orne le musée d'Anvers. Mais où se trouvent-elles ? C'est ce que certains marchands de tableaux pourraient peut-être nous dire (3).
(i) Augustin Thys. Historique des rues et places publiques de la ville d'Anvers. Anvers, 1873, pp. 338 et 339.
(2) Liggeren cités, T. II, p. 536.
(3) Cette notice est datée du 14 juillet 1874.
Balthasar-Luc BOEL
(en flamand Balthazar-Lucas BOEL)
c^yi^^^ e peintre était fils du célèbre Pierre Boel et de ' ,' Marie Blanckaert. Il vit le jour à Anvers et y
'é^^f^ fut tenu sur les fonts de la cathédrale, quartier sud, le 22 décembre 165 1, par Jean-Baptiste de Wael, sans doute le graveur distingué, au nom du célèbre peintre Luc de Wael, grand-oncle du baptisé, et par Susanne Blanckaert, sœur de la mère de l'enfant. Ainsi que nous l'avons fait observer dans la vie de Pierre Boel, Balthasar-Luc est nommé simplement Luc dans son baptistaire (i) ; son acte de mariage lui donne ses deux prénoms dans l'ordre que nous avons suivi ci-dessus. On les lit de la même manière dans les actes de baptême de quelques-uns de ses enfmts, tandis que d'autres le désignent simplement comme Balthasar. Le Liggcre de la gilde de S' Luc d'Anvers nomme notre artiste Balthasar-Luc Boel; le compte de i6j6-i6jj, Balthasar seulement.
Notre artiste suivit, sans nul doute, son père à Paris : il est probable aussi qu'il apprit de lui la peinture, duoiqu'il en soit, Balthasar-Luc Boel entra, en 1676-
(1) Voyez pp. iio et 123.
i677) t^^ns la gilde anversoise de S' Luc comme peintre et fils de maître (i). Cette réception à l'âge de 25 à 26 ans doit faire supposer que Boel est resté longtemps à l'étranger.
Balthasar-Luc Boel épousa dans la cathédrale, quartier nord, le 25 février 1683, Marie-Anne Janssens, dont les prénoms sont écrits parfois dans d'autres actes Anne- Marie. La bénédiction nuptiale leur fut donnée par le pléban Rombout Backx,- en présence de Jean-Baptiste Sarton et de François Croock, et avec dispense de deux bans.
Quatre enfants furent les fruits de ce mariage. 1° Marie-Barthélemie, tenue sur les fonts de l'église S' Jacques, le 20 mai 1684, par le notaire Barthélemi van der Linden, licencié ès-droits et grand-oncle de l'enfmt, et par Susanne Blanckaert, sa grand'tante.
2° Jean-Pierre, baptisé dans la même église, le 10 août 1685 ; parrain, l'excellent peintre Jean-Baptiste Boel, oncle de l'enfant, marraine, Gertrude Blanckaert, femme de Barthélémy van der Linden et grand' tante du petit Jean-Pierre.
Les deux suivants furent baptisés à S^ Georges :
3° Anne-Marie, le 6 décembre 1688 ; parrain, Pierre Spierinckx, paysagiste de mérite, marraine, Gertrude Blanckaert, nommée ci-dessus.
4° Anne-Marcelle, le 9 janvier 1693 j p^irrain, Marcel Librechts, marraine, Susanne-Marie Blanckaert, grand' tante de l'enfant.
Ce Marcel Librechts est probablement le même que le compagnon de voyage à Rome d'Abraham Genoels,
(1) Lig^eren cités, T. II, pp. 440 et 454.
le jeune, et de plusieurs autres de nos artistes, en 1674. Il était natif d'Anvers et peintre. Entré dans la bande artistique à Rome, il y avait reçu le surnom de Perroquet (i).
Balthasar-Luc Boel décéda entre le 18 septembre 1702 et le 18 du même mois 1703. C'est à cette époque que sa dette mortuaire est mentionnée dans le registre de comptes de S' Luc, où la somme due est restée en blanc. Les prénoms du maître l'y sont restés également, mais heureusement il n'y a pas de doute quant à la personne du peintre que le rédacteur du compte a entendu désigner.
Le paiement de la dette mortuaire de la veuve de Balthasar-Luc Boel est renseigné dans le compte du 18 septembre 1724 au 18 du môme mois 1725, de la gilde anversoise de S' Luc,
Nous ne connaissons aucune œuvre de ce Boel. Aussi nous serait-il impossible de dire s'il fut, ou non, un peintre de talent. Ses relations artistiques nous portent toutefois à croire l'affirmative (2).
Sources ; Registres des paroisses d'Anvers. — Archives de la gilde de S"^ Luc. — Notes de M. J.-B. Van der Straelen. — Archives de la ville d'Anvers. — Inscriptions funéraires et monumentales de la province d'Anvers.
(i) Arnold Houbrakem. De groote schoiihiirgh der Nederlantsche konstschilders en scbilderessen, s' Gravenhage, 1753. Tome III, pp. 100, ICI et 102.
(2) Cette notice est datée du 15 juillet 1874.
GONZALYE COCX dit GONZALO ou GONZALES COCQUES
(en flamand Gonzaal COCX ou COCQUES) (1614-1684).
^^^ous avons publié, en 1863, la biographie de ce I maître cminent dans le Supplément au Catalogue du musée d'Anvers. Ayant complété nos recherches depuis cette époque, nous en présentons actuellement le résultat au public.
Le premier acte que nous ayons trouvé relativement aux parents de l'artiste, porte la date du 15 septembre 1598. C'est le baptistaire de Marie, fille naturelle de Pierre Willemsen Cock et d'Anne Beys, alias Jacops. Elle fut tenue sur les fonts de l'église S* Jacques, à Anvers, par Corneille Pietersen et Marie de Weese. La manière d'écrire le nom du père trahit une origine étrangère à notre ville, hollandaise peut-être, mais non inconnue en tout cas, à d'autres parties de notre pays. Pierre Willemsen Cock se traduit en français par Pierre fils de Guillaume Cock, mot qui signifie lui-même cuisinier. Quant à la mère, l'addition ajoutée à son nom ne nous semble avoir d'autre signification sinon qu'elle était fille de Jacques : aussi nous ne l'avons rencontrée qu'une seule fois.
Pierre Willemsen Cock et Anne Beys réparèrent le
scandale qu'ils avaient donné par leurs relations illicites. Ils se marièrent, au plus tard, en 1608, ailleurs qu'à Anvers, où nous n'avons pas trouvé l'acte de célébration. Si la petite Marie était encore en vie à cette époque, ce que nous ignorons, elle était devenue légitime de plein droit, par suite du mariage de ses parents.
Ceux-ci eurent encore trois autres enfants, qui furent inscrits dans les registres de baptêmes de la cathédrale d'Anvers, comme issus d'une union légitime : i" Henri, le 24 février 1609, il eut pour parrain Henri Roi, maréchal d'Abscoude, capitaine et lieutenant-amiral des navires de guerre de l'Escaut (i). L'acte n'indique pas de marraine. Nous n'avons pas trouvé de mention ultérieure de cet enfant.
2° Gaspard, le 11 juin 1612 ; parrain, Gaspard van Steenwinckel, bateher (2), marraine, Marguerite Huybrechts. Il n'attendit pas longtemps pour se marier. En effet, à peine âgé de 20 ans, il épousa, à St-Jacques, le 6 juillet 1632, Pétronille Symons, en présence de Marc de Wit et de Gilles de Huyter. Sa femme lui donna trois enfants : les deux premiers furent tenus sur les fonts baptismaux de S' Jacques, le troisième, sur ceux de S^ Georges. 1° Jacques, le 3 décembre i633,parrain Josse van de Velde, au nom
(i) Henri Roi avait épousé Émerentienne van den Driessche, alias van Valckenborch. — Inscriptions fimcraires et monumentales de la province d'Anvers, T, I, p. 326. Il appartenait à la noblesse et est honoré du prédicat de jocncheer, dans l'acte de baptême de Gabriel van Bueren, fils de Jacques et d'Elisabeth SteydHn, qu'il tint sur les fonts de la cathédrale, le 27 janvier 1609. L'acte le qualifie de lieutenant-amiral de Leurs Altesses (Albert et Isabelle).
(2) Inscriptions citées, T. I, p. 344.
de Jacques de Man et Marie Wirix. 2° Anne, le 24 janvier 1635, par Grégoire Mertens et Anne Corthaven. 3° Pierre, le 29 novembre 1642, par son célèbre oncle, Gonzalve Cocx et Anne van Bueren. Gaspard Cocx épousa en secondes noces à S' Georges, le 3 septembre 1647, Marguerite van Erp, avec dispense de tous les bans, et en présence de Daniel van Maldergem (i) et d'Henri Brixius, tous deux prêtres. Après cette date, nous perdons notre Gaspard de vue.
Dans les actes que nous venons de citer, son nom est écrit Cox, de Cock^ Willemsen Cockx en enfin Coquez. Nous avons choisi Cocx et Coques pour son illustre frère, qui va suivre et qui signait, du reste, de cette dernière façon.
3° Gonzales, le 8 décembre 1614; parrain, maître Henri van Bruesegem, marraine, Ide Jacops, vraisemblablement une sœur de la mère de l'artiste.
Lorsqu'en 1863, nous publiâmes cette date, pour la première fois, nous fîmes connaître que le nom du maître nous paraissait écrit Consala, dans le registre de baptêmes commencé le 29 juin 1606 et terminé le 25 février 161 5. Nous exposâmes les motifs qui nous portaient à regarder ce registre comme une copie et émîmes l'avis que l'acte de baptême découvert par nous concernait bien réellement notre peintre, puisqu'on n'en
(i) Daniel van Maldergem remplit, pendant plusieurs années, les fonctions de clerc de la paroisse S' Jacques. Il paraît n'avoir pas été indifférent à la gloire que projetait sur notre ville l'immortelle école du XVII2 siècle, car dans ses registres d'enterrements, actuellement conservés à l'hôtel de ville, il a soin d'indiquer la qualité des artistes, dont il annotait les inhumations, ce qui n'était guères pratiqué ailleurs.
trouvait aucun autre ni en 1618, date de la naissance inscrite au-dessous de son portrait, ni en quelque autre année que ce soit. Nous avions dit aussi que le registre de baptêmes commencé le 30 mars 1592 et terminé le 25 juin 1606, registre qui est évidemment presque en entier de la même main que celui dont nous venons de parler, est également une copie, exécutée, du reste, vers cette époque.
Ceci posé, nous devons avouer que nous avons mal lu la lettre finale du prénom du maître et que le registre porte Consalo, au lieu de Consala. C'est ce qui nous a été prouvé à toute évidence par deux actes baptistaires, écrits de la même main que celui de Gonzales, et portés dans les deux registres que nous venons de mentionner.
Le premier de ces actes tft daté du 24 octobre 1605 et se rapporte à Susanne, fille de Pierre Kaymoix et de Susanne Ysebout. Elle eut pour parrain Consalo- Alonso de Civila, pour marriane Elisabeth de Latre. Far iuite de la mauvaise formation des O, ce document peut se lire de la manière suivante : (Enfant :) Susanna. (Parents :) Peeter Kaymoix, Susanna Ysebout. (Parrain et marraine :) Consala Alonso de Civila, Elisabeta de Latre. » On ne pourra certes prétendre que le premier prénom du parrain ne doive être lu Consalo.
Le second acte dont nous parlons porte la date du 12 décembre 16 12 et concerne Gaspard, fils de Camillo Roberti et de Sara van den Wouwere. Il se présente de cette façon : (Enfant :) Jaspar. (Parents :) Camilla Roberti, Sara van de Wouwere. » Il est évident que le prénom du père doit être lu Camillo, et que c'est bien ainsi que le copiste a entendu écrire.
Nous concluons de ces comparaisons que le baptistaire du 8 décembre 1614 concerne sans le moindre doute Gonzales Coques, et que son prénom y doit être lu Consalo.
L'artiste commença son apprentissage dans l'intervalle qui s'écoula du 17 septembre 1626 au mois de septembre 1627, et fut admis dans l'atelier de Pierre Brueghel(i). Le compte de la gilde de S* Luc ne désigne pas autrement son maître, mais nous croyons qu'il s'agit ici de Pierre Brueghel, le troisième, fils de Pierre, le jeune, et d'Elisabeth Goddelet de Liège. Notre opinion se fonde sur ce fait que Pierre Brueghel III était un très-bon peintre de portraits, genre dans lequel a excellé Gonzales, tandis que Pierre Brueghel, le jeune, mettait plus volontiers son application à représenter des scènes plaisantes ou des diableries (2). D'ailleurs l'âge avancé atteint par ce dernier maître en 1 626-1 627, ne devait guère le porter à enseigner encore à cette époque, et vient aussi, ce nous semble, corroborer notre manière de voir. Nous tenons, du reste, à faire observer que nous devons aux notes de Jacques van der Sanden, le secrétaire de l'ancienne Académie d'Anvers, ce que nous avons dit du grand talent de Pierre Brueghel El, en matière de portraits.
D'après l'inscription placée au-dessous du portrait de Gonzales, publié, pour la première fois par Jean Meyssens, en 1649 (3), notre artiste eut un second maître,
(i) Phil. Rombouts et Théod. Van Lerius, avocat. Les Liggeren et autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc. T. I, p. 635.
(2) Pierre Brueghel III peignait aussi des scènes familières et des paysages ornés de figurines.
(3) Dans l'ouvrage fort rare intitulé • Ima^ci de divers homma
David Ryckaert, le vieux, ou plutôt le deuxième de ce nom, qui devint plus tard son beau-père. Les archives de S' Luc sont muettes relativement à ce changement d'atelier, comme c'est assez leur habitude, en pareil cas. Au reste, nous croyons le fait vrai. Nous ferons observer toutefois que le séjour de Gonzales chez Pierre Brueghel III a dû avoir sur son talent une influence des plus heureuses, et dont il importe de tenir compte à son premier maître.
Son second précepteur était un peintre fort distingué d'intérieurs, comme nous en avons la preuve sous les yeux. Corneille de Bie le mentionne, en outre, comme ayant représenté avec talent les montagnes et les torrents (i).
Gonzales entré à apprentissage à l'âge d'environ 12 à 13 ans, fut reçu maître en 16 40-1 641, sous le décanat de Jean Cossiers. Le registre le nomme Gonzales Cocx, peintre, et mentionne qu'il ne s'est pas fait mscrire dans l'association de secours mutuels (busse) de la gilde. L'assertion contraire se lit toutefois dans le compte du 18 septembre 1640 au 18 septembre 1 641, où le nom de l'artiste est écrit Gonsalo Kocks (2).
Coques avait atteint, à cette époque, l'âge de 26 à 27 ans environ. Cette réception tardive nous porte à croire que Gonzales avait voyagé dans l'intervalle qui
d'esprit sublime, qui par leur art et science devront vivre éternellement et desquels la louange et renommée faict cstoniierle monde ; à Anvers, mis en lumière par Jean Meyssens, peintre et vejideur de l'art, au Cammerstraet, l 'an MDCXLIX. Corneille de Bie reproduisit cette image dans son Gulden Cabinet van de edel vry schilderconst. (i) Op. cit., p. 100.
2 Op. cit.. pp. Il) et 121.
s'écoula entre son apprentissage et son admission à la maîtrise.
Nous parlerons des succès de l'artiste, après avoir rapporté les particularités qui concernent son premier mariage. Le dernier maître de Coques, David Ryckaert II, était décédé en 1642 (i), laissant, entre autres, de sa femme Catherine de Merre, qu'il avait épousée dans la cathédrale, le 19 juillet 1608, une fille nommée Catherine, comme sa mère, et baptisée à S* Georges, le 12 mai 16 10.
Elle plut à notre maître, quoique plus âgée que lui, mais leurs premières relations ne furent pas de celles qu'avoue la morale. Aussi l'artiste se présenta-t-il à S' Jacques, le 1 1 août 1643, pour contracter mariage avec elle, en réparation d'honneur. Les témoins indiqués par le registre, qui écrit déjà le nom de Gonzales à l'espagnole (Coquez), sont Pierre Morrens et François Morrens ; il y a eu dispense complète de bans. L'absence de David Ryckaert III, frère de la mariée, nous est expUquée fort naturellement dans un autre registre de ladite église. Il nous apprend que les cérémonies du baptême furent suppléées, le 5 janvier 1644, à Catherine Gonzala (ou Gonzaline), fille de Gonzales Coques et de Catherine Ryckaert, qui avait été ondoyée le 8 juin 1643. La preuve des relations ilhcites de l'artiste résulte de la comparaison de cette dernière date avec celle du mariage, et l'on comprend dès lors que David Ryckaert III s'abstint d'y servir de témoin à sa sœur. Le scandale était trop récent. Du reste, la famille pardonna et
(i) Il fut enterré, à S' Jacques, le 3 octobre de cette année-là. ■eren cités, T. I, p. 445, note i, T. II, p. 141.
le j janvier 1644, David Ryckaert III fut parrain de sa nièce, qui eut pour marraine Louise Bertels. Il est certain que Coques sera redevenu alors l'ami de David le troisième, qui était son aîné, puisqu'il avait été baptisé à S' Jacques, le 2 décembre 16 12.
Quant à la femme de Gonzales, la différence d'âge entre elle et son mari était encore plus considérable. En effet, tandis que l'artiste n'avait pas encore accompli sa vingt-neuvième année, au moment où la bénédiction nuptiale lui fut donnée, Catherine Ryckaert venait d'entrer dans sa trente-quatrième.
Nous avons diverses preuves des bonnes relations qui s'étaient rétablies en 1644, entre Gonzales et sa femme, d'une part, et David Ryckaert III, de l'autre, Jacqueline Palmans, que ce dernier maître avait épousée en 1647, y prit part. Ainsi Coques, représenté par Jean-Paul- François Dorco, tint le 15 février 1649, sur les fonts baptismaux de la cathédrale (quartier sud), David Ryckaert, le premier né de David III et de Jacqueline Palmans (i). De son côté, Catherine Ryckaert fut marraine, à S^ Georges, le 24 avril 1657, de leur fils François.
Nous venons de voir David Ryckaert III rempHr les fonctions de parrain de l'aînée des enfants de Gonzales Coques et de Catherine Ryckaert. Ceux-ci eurent une seconde fille, qui fut tenue sur les fonts baptismaux de S' Georges, le 23 mai 1649, par Jean Hessels et
(I) Cet enfant devint peintre. La galerie royale de Dresde possède de lui un tableau représentant des objets inanimés, signé et daté de 1699. JuLius HùBNER. Fer:(eichniss der KônigUclun GemâMe-Gallerle z^ Dresden. Dresden, 1872, p. 227, no 1018.
Jacqueline Palmans, femme de David Ryckaert III, d'après laquelle elle fut aussi nommée Jacqueline. Elle était probablement décédée lorsque Gonzales acquit en 1674, un lieu de. sépulture pour lui et les siens, car elle ne figure pas dans l'inscription sépulcrale de la famille (i).
Nos recherches ne nou? ont pas fait découvrir d'autres enfants du maître.
D'après l'inscription citée, Catherine-Gonzaline Coques, qui fut marraine, à S' Jacques^ le 7 mars 1664, de Gonzales-François Casteels, fils de Paul et de Catherine Piracini, aurait épousé un certain monsieur Lonegrave. Mais lorsque la pierre sépulcrale a été transcrite, elle était usée en plusieurs endroits, et le nom du mari de la fille aînée de l'artiste a été mal lu. C'est ce que prouve le contrat de mariage reçu à Anvers, le 26 août 1666, par le notaire André-François van der Donck, contrat que nous avons sous les yeux. Ce document nous apprend que ce jour-là comparurent devant ledit notaire, « le seigneur Jacques Grave (2), escu3'er, seigneur de Launay, futur espoux, de l'une part, et damoiselle Catharine-Gonzaline de Coques (3), future espouse, assistée avecq Signor Gonsalo Coques et damoiselle Catharine Ryckaert, leur (lisez ses) père et mère, de l'autre part. Lesquels ont dit et déclaré comme ainsy soit, que lesdicts comparants entre eulx ont concipié et contracté ung futur mariage, lequel, en cas qu'il aye
(i) Inscriptions funéraires et monumentales de la province d'Anvers, T. II, p. 464.
(2) Ce nom se lit sur la copie de la pierre sépulcrale, mais précédé de la syllabe Lo, qui n'a pas le sens commun.
(3) Sic.
son effect, avecq le consentement de notre mère la Saincte Eglise, sera aux conditions et devises suivantes ». D'après ces conventions, chacun des futurs époux apportait en dot tous ses biens meubles et immeubles, présents et futurs, spécifiés, mais « desquels lesdicts contractants se tiennent réciproquement pour contents, » Les conquêtes « que Dieu donnera durant ledict mariage » devaient appartenir pour une moitié au survivant des époux et pour l'autre, aux héritiers du premier décédant.
Si le « Seigneur futur espoux » venait à décéder le premier, il laissait à sa future « pour une douaire ou dot, la somme de deux mille cincq cent livres tournoys ou monnoy(e) de France, par an, à prendre sur ses biens, et spéciallement sur ses terres de chasteau scituées en Bretagne, en la paroisse de Bonnemain ».
Le notaire avait écrit quelques lignes pour déterminer ce que « le Seigneur futur espoux » aurait touché annuellement, en cas de prédécès de Cathcrine-Gonzaline Coques, mais arrivé au moment de déterminer la somme, ce commencement de stipulation fut bilié et le renvoi suivant écrit en marge : « trois reaies bien bourrées et estaintes. Signé : De Gravé. — A : Fran: van der Donck nots ».
A la dissolution du mariage, tous les biens quelconques apportés par l'un ou l'autre des époux, ainsi que ceux qui leur seraient échus par succession ou donation, devaient retourner à la famille d'où ils provenaient, et, en cas d'aliénation, leur juste valeur. Seulement le survivant avait droit à conserver « ses vestiments, habillements, bagues et joyaux et tout ce que appartient à leur corps ».
Ces conditions devaient être accomplies, même en cas d'existence d'enfants, au moment où la mort aurait brisé le mariage. L'acte se termine ainsi : « Faict et passé en Anvers, en présence dudict père et mère de ladicte damoiselle future espouse, et Signer Waltère Bosschaert, marchant de ceste ville, comme tesmoings. — (Signé) De Gravé. — G. Coques. — Gonzalo Coques. — Catarina Ryckaerts (i). — Wouter Bosschaerts. — A : Fran: van der Donck, nots (2) ».
Catherine-Gonzaline Coques, qui signa, de ce dernier prénom seulement, le contrat que nous venons d'analyser, était entrée dans sa 24^ année, à cette époque. Nous ne connaissons pas l'âge de Jacques de Gravé. Leur mariage fut célébré peu après, le 26 août 1666, mais nous n'avons pu en découvrir l'acte. Il donna naissance à un jSls, dont nous n'avons pas rencontré le baptistaire à Anvers, et qui mourut en 1670. Sa mère, à qui il coûta peut-être la vie, était décédée le 1 1 octobre 1667 (3).
Nous revenons à Gonzales Coques. La publication de son portrait, faite par Jean Meyssens, en 1649^ prouve que notre peintre était déjà célèbre avant cette époque. L'inscription nous apprend que le roi d'Angleterre, Charles I, avait voulu posséder de ses tableaux, que l'électeur de Brandebourg Frédéric-Guillaume y trouvait infiniment de plaisir, et que le prince d'Orange (Frédéric-Henri, beau-frère de l'électeur) en faisait grand cas. Ceci est confirmé par deux extraits des livres d'or-
(i) Sic.
(2) Protocoles du notaire André-François van der Donck, le vieux, aux archives communales d'Anvers, registre de 1666, p. 177.
(3) Inscription citée.
donnance de ce prince, publiés, en 1860, dans la Kumtb'onyh, par M. C. Vosmaer, et réédités, en 1864, par Chr. Kramm (i). Ils contiennent ce qui suit : « Son Altesse ordonne de payer à Gonzalo Coques, peintre à Anvers, la somme de 450 florins, pour les portraits par lui faits et livrés, tant de la princesse d'Orange (Amélie de SolmsJ, que de la princesse royale. La Haye, 27 mai 1646. — Item, à Gonsalo Coques, peintre à Anvers, pour la facture et livraison de dix tableaux sur toile, montés sur châssis, destinés à être placés dans le nouveau salon du Nederhof, à l'est d'Honsrolredyk, de telle grandeur, histoires et ordonnances qu'ils lui ont été indiqués ; chacun à 200 florins carolus, et par conséquent 2000 florins, 28 juillet 1648. 3) Les portraits dont nous venons de parler charmèrent tellement le prince d'Orange, qu'il fit cadeau à l'artiste d'une double chaîne d'or, à ce que rapporta Corneille de Bie (2).
L'inscription de l'efFigie de Coques se termine ainsi : (( Ses ordonnances sont excellentes, et ses pourtraicts en petit, admirables. » De Bie nous fait connaître, en outre, que nos gouverneurs-généraux, l'archiduc Léopold- Guillaume (3) et don Juan d'Autriche, aimaient beaucoup les productions de Gonzales.
Jacques van Eycke, échevin et aumônier d'Anvers, voulut aussi, dit de Bie, que tous les siens fussent peints
(i) De levetis en werken der HoUandsche eu Vlaavische kunstschilders, beeldhouwers, grveurs en houwmeesters. Aatthangsel, bl. 36.
(2) Op. cit., p. 318.
(3) Gouzalesde Kock figure, en effet, dans la liste des maîtres dont l'archiduc Léopold-Guillaume possédait des oeuvres. Cette liste se trouve à la suite de la préface du Theatrum pictortim, publié, en 1660, par David Teniers, le jeune.
de la main de notre artiste. L'auteur cité mentionne aussi M. Bax, à Bruxelles^ qui possédait beaucoup de productions du maître, et, dans le nombre, des tableaux représentant des conversations, autrement dites des réunions de familles ou de personnes liées par l'amitié. De Bie ne désigne pas de plus près l'amateur que nous venons de nommer, et c'est grand dommage. Les inscriptions tumulaires de notre ancienne catliédrale nous apprennent, en eftet, que la pierre sépulcrale de Nicolas Bacx, négociant et capitaine de la garde bourgeoise de cette ville (i), décédé le 12 juin 1653, et de sa femme Anne van den Casteele, morte le 4 juin 1622, couvrait aussi le corps de la veuve de M" Jean Cocx, et celui de la seconde femme de Gonzales. Cette veuve se nommait Anne Bacx, comme Tainée des enfimts de Nicolas et d'Anne van den Casteele. Mais comme celle-ci avait été baptisée à Notre-Dame, le 2 août 1598, et que le mariage de Jean Cocx, dont le nom patronymique rappelle celui de Coques, ne fut célébré dans la cathédrale, quartier sud, que le 7 juin 1645, il n'est guère probable qu'il s'agit ici de l'Anne dont nous venons de parler et qui allait atteindre, à cette époque, l'âge de 47 ans. Celle-ci avait, du reste, une parente de même prénom, qui était fille de Gilles Bacx, et avait été tenue le 13 décembre 1620, sur les tonts baptismaux de la catlié-
(i) Ce fut lui qui vendit, le 11 octobre 1639, ^'-' i^élèbre peintre Jacques Jordaens, la maison de la rue Haute, nommée ile Halle van Turnhoul (la Halle de Turnhout), où celui-ci s'établit. — Victor VAN Grimbergen, Histoiische hvensheschryving van T. T. Riihcns, (naer bel fransch van Michel), aanleekeningen, M. ^12. — Augustin Thys, Historique des rues et des places publiques de la ville d'Anvers, 1873, p. 456.
drale (quartier sud), par le sculpteur Fursy Cardon et Anne van den Casteele, femme de Nicolas Bacx. Nous croyons pouvoir avancer sans témérité, que c'est elle qui se maria en 1645, et dont la pierre sépulcrale citée ci-dessus rapporte le décès au 8 février 1672. Il est d'ailleurs, pour ainsi dire, certain que Jean Cocx, son mari, n'est pas étranger à la famille de notre artiste ; toutefois nous ne savons rien de positif à cet égard. Outre ses père et mère, nous ne connaissons avec certitude que trois parents de Gonzales, sa sœur Marie et ses frères Henri et Gaspard, dont nous avolis parlé cidessus.
Nous tenons à mentionner, avant de reprendre le récit des travaux artistiques de Gonzales, que Nicolas Bacx fut, le 7 juin 1605, un des témoins du mariage du sculpteur Fursy Cardon et de Jeanne Bacx, célébré dans la cathédrale.
L'autre témoin était le célèbre statuaire Jean Colyns de Noie.
Cette Jeanne Bacx tint le 27 mai 1622, sur les fonts baptismaux de la cathédrale (quartier sud), avec notre illustre concitoyen Gaspard Gevarts, Catherine Bacx, le douzième enfant de Nicolas et d'Anne van den Casteele, Èiai'iés près de vingt-cinq ans, à cette époque. La mère mourut malheureusement des suites de ses couches.
Nous ajouterons que Nicolas Bacx était aussi en relations d'amitié avec le paysagiste distingué Tobie Verhaecht ou van Haecht, puisque ce peintre servit le 29 septembre 1602, de parrain à sa fille Françoise. Il est fort probable, et c'est notre conclusion, que le «M. Bax de Bruxelles », pour lequel a peint Gonzales, n'était pas étranger à la famille dont nous venons de parler.
Corneille de Bie nous apprend que notre maître avait peint sur cuivre les portraits réunis de Jacques le Merchier, négociant anversois, de sa femme et de ses enflints ; l'artiste y avait ajouté sa propre effigie, vue de profil, et paraissait, assis à table, s'entretenir avec le chef de la famille. Cette composition était regardée comme une des meilleures de Gonzales, qui indiquait lui-même, comme une de ses productions capitales, la f:miille Nassoingni, de Bruxelles, représentée en un seul tableau.
Le maître fut appelé, le 29 octobre 1660, à donner son avis sur treize tableaux représentant le Sauveur et les apôtres, que Pierre Meulewels avait vendus à François Hillewerve, chanoine de la cathédrale d'Anvers, pour des peintures originales d'Antoine van Dyck. Coques, après les avoir examinés, fut d'avis que c'étaient des copies retouchées par le grand artiste et nullement des originaux (i).
Gonzales peignit, en 1661, le portrait de l'illustre statuaire et architecte malinois Luc Fayd'herbe, âgé de 44 ans, à cette époque. Cette superbe effigie fut gravée par le célèbre Pierre de Jode, le jeune, et Corneille de Bie en orna son Gidden Cabinet {2).
Il résulte d'une pièce de vers, dédiée à Coques par Guillaume Ogier et insérée à la suite de ses comédies intitulées de seven Hooft-sonden, (les sept péchés capitaux)^ que notre maître avait représenté les mêmes sujets. La
(i) L. Galesloot. Un procès pour une vente de tableaux attribués à Antoine van- Dyck. .Annales de l'Académie d'archéologie de Belgique, 22 série, p. 605.
(2) Ad. Vanderpoel. Notice sur la vie et les ouvrages de Lucas Fayd'herbe. Maliiies, 1854, p. 12. Corn, de Bie, op. cit., p. 500.
dédicace de cette pièce est intéressante. Elle est adressée au (( célèbre maître Gonzales Coques, excellent peintre de cette époque, pour les rois, les princes et les illustres potentats, deux fois doyen des chambres de réthorique le Rameau d'Olivier (Olijftalc), et la Giroflée (Fioliere), qu'on nomme la gilde de S' Luc^ à Anvers (i)». Cette dernière mention prouve que les vers datent au moins de l'année 1680-1681, pendant laquelle, comme nous le verrons, Coques fut, pour la deuxième fois, doven de la corporation.
Nous devons ajouter à la mention de ces œuvres, que notre maitre se trouvait, en 1671, au service de don Jean-Dominique de Zuniga et de Fonseca, comte de Monterey et de Fuentes, gouverneur-général des Pays-Bas espagnols. Cela résulte d'une délibération de la chambre de S' Luc, en date du i| septembre de cette année-là et dans laquelle il est fait mention du remplacement du doyen Gonzales Coques, par le doven Pierre van Halcn, en qualité d'ancien (pudcn)iaii) de la corporation, et ce pour le motif indiqué ci-dessus.
Coques peignit le portrait de Monterey. Cette effigie, de forme ovale, fut gravée avec talent par Martin Bouché et imprimée par le graveur Gaspard Huybrechts ou Huberti, qui la dédia au comte (2).
On sait que les portraits exécutés par Coques l'étaient généralement en de médiocres dimensions ; mais l'artiste sut y mettre une telle perfection, qu'on les a comparés avec raison à ceux d'Antoine van D3'ck,
(i) T)c scvi-n Hooft-sûiukn, spcdsgheivys , vermahelyck ende kerscwin voor-gcstclt, door G. Ogier, van Antwerpen. Antwerpcn, 1715, p. 341.
{2) Cette gravure fait partie de la collection de feu notre beaupère, M. Pierre-Théod. Moons-van der Straelen.
qu'il s'était proposé pour modèle. Aussi l'appelle-t-on en France, van Dyck en petit.
Gonzales peignit, en outre, des sujets familiers, comme les Teniers et les Ryckaert, et des conversations, comme Christophe-Jacques van der Lamen. Mais c'était très-souvent pour lui un moyen de faire poser les personnes qu'il voulait représenter. On a pu s'en convaincre à l'exposition ouverte, en 1873, '^ Bruxelles, au profit de la Société néerlandaise de bienfaisance, où figuraient hs cinq Sens, peints par notre maître, et appartenant à feu M. le vicomte Bernard du Bus de Ghjsignies (i). C'étaient autant de portraits, et le dernier représentant la Vue, était celui de l'excellent peintre et graveur à l'eau-forte, Robert van den Hoecke. Reproduit par le burin de Corneille van Caukercken, il a été inséré dans le Gidden Cabinet de Corneille de Bie (2). Nous en avons un second exemple à Anvers, chez la famille Trachez , dans une série de cinq tableaux, représentant les mêmes sujets.
Gonzales, tenant une fleur à la main, y figure VOdorat. Le maître a exécuté aussi parfois des sujets religieux, tels que le tableau du Cljrist cbe:^ Marthe et Marie, qui de la collection Lormier a passé dans celle du duc d'Aremberg, à Bruxelles (3). Qj-ioique Gonzales ait peint de longues années, ses tableaux ne se ren-
(i) Exposition de tableaux et dessins d'anciens maîtres. Deuxième édition, nos 517 à 321.
(2) Op. cit., p. 341. — A ladite exposition de Bruxelles figurait aussi le portrait de Corneille de Bie, peint par Gonzales et appartenant alors à M. B. Suermondt, N» 22, du catalogue cité.
(3) W. BuRGER : Galerie d'Arenhrg, à Bruxelles, pp. 92 et suiv. 162 et 163.
contrent que rarement. Ceci s'explique par le respect que les descendants des personnes dont il a peint les portraits ont gardé, en général, pour la mémoire de leurs ancêtres, dont ils tiennent à conserver les images. C'est ce qui explique la rareté peut-être plus grande encore, des excellentes effigies peintes par notre concitoyen François Denys.
Gonzales Coques se fit recevoir en 1643 -1644, époque du deuxième décanat du libraire Guillaume Lesteens, dans la chambre de rhétorique de la Giroflée, {VioUere). Il paya le droit d'entrée de t8 florins, et, en 1 644-1645, la somme de 8 florins, pour sa cotisation annuelle (i). Son nom n'est plus mentionné depuis lors parmi ceux des amateurs de cette association. Mais lorsque celle-ci se fut réunie en 1661-1662, sous le décanat du célèbre peintre Pierre Thys, le vieux, à la chambre de rhétorique du Rameau d'Olivier {Oîijftak), Gonzales y fut admis comme amateur, en 1662-1663, sous le décanat du graveur Gaspard Huybrechts (2). C'est alors que commença le long procès auquel donna lieu la prétention du jeune serment de l'arbalète, qui voulait astreindre à ses gardes et autres services militaires, le peintre Jean Geulincx, reçu franc-maître de S' Luc en 1657-165 8, et membre-amateur de VOlijftak, en 1662 (3). Ce procès durait, en 1665, depuis trois ans, lorsque Coques fut appelé, pour la première fois.
(i) Lig^ercn cités, T. II, pp. 150 et 161.
(2) J.-B, VAN DER Straelen. Gcschiedenis der Ankverpschc Rederykkamers, p. 82. L'auteur se trompe, en assignant l'année 1661 comme celle du décanat de Gaspard Huybrechts.
(5) Liggeren cités, T. II, p. 286. J.-B. van der Straelen, op. cit., p. 82.
à remplir les fonctions de doyen de la gilde de S* Luc, à laquelle était unie l'Académie des beaux-arts, érigée en 1663. (i) Coques s'acquitta de cette charge, du 18 septembre 1665 au 18 du même mois 1666. Une transaction, en date des 3 et 4 août 1650 (2), termina définitivement ces longs débats, et notre maître fut revêtu itérativement cette année-là de la charge de doyen, qu'il remplit du 18 septembre 1650 au 18 septembre de l'année suivante.
Gonzales avait mis le plus grand zèle à défendre les privilèges de la chambre de rhétorique du Rameau d'Olivier, contre lesquels tous les serments d'Anvers avaient fini par faire cause commune avec la jeune gilde de l'arbalète. La confrérie de S' Luc, qui était intimement unie au Rameau d'Olivier, voulut récompenser Coques de ses services. En conséquence, il fut résolu, à l'unanimité, le 11 octobre 1680, dans la réunion plénière de la chambre de la gilde, que notre peintre recevrait un honoraire de [550 florins, qui serait payé aussitôt que possible, après déduction de ce qu'il Rivait touché depuis la remise de son compte. La délibération est motivée sur l'exécution de peintures faites par Gonzales pour la confrérie, sur la poursuite des aff"aires du Rameau d'Olivier, sur les services que le doyen Coques avait rendus à la chambre et les prétentions qu'il avait à sa charge, et enfin sur le travail qu'il avait déjà fait de sa propre main, à certaine composition représentant un cabinet de tableaux, destinée au procureur Jean van Bavegom,
(i) Le maître y enseigna. — F.-Jos. vax den Branden. Ceschiedenis der Acadetnie van Antwerpen, p. 26.
(2) J. B. VAN DER StRAELEN, Op. cit., p. 92.
composition qu'il devait achever. L'homme de loi que nous venons de nommer, avait servi la confrérie de S' Luc, lors du procès qui venait de finir, et il avait droit, du chef de devoirs extraordinaires, à une somme d'argent assez considérable. Il proposa aux anciens doyens Gonzales Coques et Ambroise*'Brueghel, fils de Jean Brueghel, de velours (i), un moyen d'acquitter la dette de la corporation, autrement qu'en écus sonnants. Le projet communiqué par van Bavegom prouve que ce procureur au Conseil souverain de Brabant était amateur de peinture. Coques et Brueghel l'exposèrent à la chambre de S' Luc. Celle-ci y ayant donné son assentiment, il fut décidé qu'on exécuterait pour van Bavegom une composition représentant un cabinet de tableaux (constcamere). Gonzales devait peindre les figures dont elle serait étoffée; l'architecture et les tableaux dont nous venons de parler devaient être confiés à plusieurs artistes. Il résulte d'une lettre adressée de Bruxelles par van Bavegom, le 10 octobre 1674, aux doyens de S* Luc, qu'à cette date, l'architecture de l'œuvre qui était destinée au procureur avait été peinte (2) et qu'il n'y restait plus à ajouter que quelques tableaux, dont plusieurs maîtres s'étaient chargés. Van Bavegom faisait observer que le
(i) Ambroise Brueghel avait été doyen en 1654-1655 : le décanat de Coques de 1665-1666 lui valait le titre d'ancien doyen (mondekcn) .
(2) Elle avait été terminée par Jacques-Ferdinand Saey, à qui ce travail valut sa réception gratuite à la franc-maîtrise, en 1 680-1 681. Liggeien cités, T. II, p. 484. — Jacques-Ferdinand Saey était un peintre d'architecture de mérite, élève de Guillaume van Ehrenberg en 1672-1675 — Op. cit., T. II, p. 423. II est probable que van Bavegom aura été mal informé, en 1674, au sujet de l'état d'avancement de son tableau.
travail était entrepris déjà depuis quelques années, sans être terminé, et que beaucoup de temps se passerait encore, avant qu'il en fût ainsi, parce que les artistes qui étaient en retard devaient peindre tour à tour leur œuvre destinée au cabinet. Il proposa en conséquence, sauf l'avis contraire des doyens, que les maîtres qui ne s'étaient pas encore acquittés de leur tâche, lui peindraient, chacun en particulier, un petit tableau. Après avoir manifesté le désir que cette affaire se terminât, van Bavegom émit l'espoir qu'on ne l'obligerait pas, contre sa constante habitude, de recourir à la justice, pour en obtenir la rémunération de ses devoirs extraordinaires.
Le nouveau mode d'achèvement, proposé par van Bavegom, ne pouvait plaire ni à la chambre de S^ Luc, ni aux artistes en retard ; aussi ne fut-il pas adopté, La menace adoucie qui terminait la lettre du procureur, n'eut pas l'effet qu'il s'en était promis. Van Bavegom revint donc à la charge, et dans une missive datée du II mars 1675, il se fonda sur le peu d'avancement du travail de son cabinet de tableaux, pour exiger le paiement en écus d'une somme de 200 patacons, soit plus de iioo francs en monnaie de notre temps, sans tenir compte de la plus grande valeur de l'argent à cette époque. Noire procureur finit par fixer aux doyens un délai de quinze jours, pour apprendre au moins s'ils étaient d'intention de lui donner satisfaction à l'amiable, comment et à quelle époque ; sinon, il se verrait forcé de les faire visiter par des huissiers.
La suite de la correspondance de van Bavegom^ conservée aux archives de l'Académie royale d'Anvers, prouve que la patience de cet homme de loi fut mise encore longtemps à l'épreuve, non-seulement quant à l'exécu-
tion finale du tableau promis, mais aussi relativement aux paiements que nécessita l'instance en révision entamée en 1678 par les serments d'Anvers, à l'encontre de la sentence prononcée à leur charge par le Conseil souverain de Brabant, le 2 juin de l'année précédente. Dans une lettre du i septembre 1679, adressée à l'ancien doyen de S' Luc, le graveur Gaspard Huybrechts ou Huberti^ van Bavegom lui rappelle son cabinet de tableaux, et dans une missive du 23 mars 1680, à l'excellent peintre Pierre van Halen, également ancien doyen, notre procureur le prie, à son tour, de recommander son cabinet à Gonzales. Le 7 août suivant, après avoir demandé à Gaspard Huybrechts la remise d'une somme de 150 florins, il ajoute que son dernier compte doit être majoré de 50 à 60 florins, et qu'il hquidera avec la corporation de S' Luc, aussitôt que son cabinet de tableaux sera achevé. Van Bavegom, peu satisfait de ces retards continuels, apprend que sa composition se trouve encore chez le peintre de marines Henri van Minderhout, tandis qu'on lui avait promis d'expédier l'œuvre si longtemps attendue, quatre mois après un séjour qu'il avait fait à Anvers au mois d'août 1680. Perdant patience, il adresse le 20 mars 1681, à Huybrechts, une lettre de plaintes,, qui se termine par une nouvelle menace de recourir aux voies de droit, ce qu'il ne ferait toutefois qu'à contre-cœur, à l'égard de personnes amies. Le 12 avril suivant, van Bavegom exprime son étonnement au sujet de ce qu'on lui a mandé par rapport à son tableau, mais promet de prendre patience. Le 3 i décembre de la même année, il fait observer à Huybrechts, que le temps fixé pour l'achèvement de son cabinet est plus de quatre fois écoulé. Il
demande donc de savoir si l'œuvre est terminée^ ou du moins jusqu'à quel point elle est arrivée- et à quelle époque elle lui sera livrée. La menace ordinaire du recours aux moyens judiciaires termine la missive. Cette menace est renouvelée le 27 janvier 1682 par van Bavegom, qui exprime l'opinion que la gilde n'a pas l'intention de lui donner satisfaction, et que, s'il reste inactif, il ne verra jamais son tableau achevé. Enfin, dans une lettre du 3 août 1682, adressée à Gonzales Coques, van Bavegom lui fait savoir que des amis qui avaient vu le cabinet de tableaux, lui avaient rapporté qu'il était terminé. Il demande donc d'être informé pour quel motif la composition ne lui est pas expédiée. Nous ignorons quelle réponse fut faite au procureur; mais l'année 1682 et une grande partie de 1683 se passèrent, sans que la gilde acquittât sa promesse. Van Bavegom dut par conséquent réaliser sa menace tant de fois renouvelée.
Les doyens de S' Luc furent assignés à comparaître le 30 octobre 1683, devant le marquis de Herzelles, commissaire du Conseil souverain de Brabant, à l'effet d'y entendre proposer des moyens d'accommodement à l'égard du cabinet de tableaux et des prétentions du procureur van Bavegom. La gilde s'étant fait représenter par les anciens doyens Gaspard Huybrechts et le relieur Ignace van Caukercken, il fut convenu qu'elle paierait au procureur la somme de 50 patacons, en extinction de ce dont elle lui restait redevable. Le cabinet de tableaux, orné d'un cadre doré qui fit honneur à la confrérie, devait en outre être expédié à van Bavegom. Un compte de frais d'envoi de cette composition et d'un voyage à Bruxelles, ne permet pas de douter que Gonzales ne se soit rendu dans cette ville, pour y assister
à la remise de cette œuvre à laquelle il avait pris une grande part.
Feu W. Bûrger fait mention dans son ouvrage intitulé : Musées de la Hollande (T. I, pp. 300 et 301), d'un cabinet de tableaux, étoffé de figures peintes par Gonzales ; les toiles dont il est orné ont été exécutées par divers maîtres. Cette œuvre d'art se trouve au musée de la Haye. Nous avons entendu agiter autour de nous la question, si cette composition n'est pas celle qui fut la propriété de van Bavegom, et même incliner fortement pour Taffirmative. Nous ne saurions toutefois partager cette opinion. En effet, M. Victor de Stuers rapporte dans sa Notice historique et descriptive des tableaux et des sculptures exposées dans le musée royal de la Haye^ que ce tableau peint en (ou vers) 1671, a été acquis, à Anvers, en 1741, pour le prince d'Orange, à la vente de la collection de Jacomo ou Jacques de Wit, au prix de 300 florins (i). A la vérité, il n'est pas impossible que la composition destinée à van Bavegom ait été commencée en 1671, ou vers cette époque, puisque dans sa lettre du 10 octobre 1674, ce procureur f.iit observer que ce travail était alors entrepris depuis quelques années. Mais M. J.-B. van der Straelen nous apprend dans son Jaerhoek der vennacrde en kunstryke gilde van Sint Lucas, bimun de stad Antiuerpen (2), que le tableau de M. van Bavegom existait encore, il y a environ soixante ans, à Bruxelles, chez M. le conseiller fiscal
(i) Op. cit., pp. 208 et 251. Nous dirons ici, en passant, que M. de Stuers nous a fait plus d'un emprunt dans sa Notice, sans nous citer une seule fois. Nous comptons qu'il réparera cet oubli, dans une seconde édition,
(2) P. 141, note I.
G. Cuylcn. Et ces soixante ans doivent être comptés au plus tôt de 1804, époque à laquelle l'ouvrage s'arrête, quant à l'histoire de l'Académie d'Anvers, qui fait suite aux annales de la gilde de S' Luc. Encore supposonsnous gratuitement que les 389 pages de M. van der Straelen ont été écrites cette année-là. Eh bien ! dans ce cas même, nous trouverons que, vers 1744, la toile de van Bavegom était conservée chez M. Cuylen et celle de Jacques de Wit était, depuis 1741, la propriété du prince d'Orange. Il est fort probable, du reste, faisionsnous observer, en 1863, dans le SiippJémciil an Catalogue du musée d'Anvers (i), que Gonzales aura bien exécuté encore quelque cabinet de tableaux, en compagnie d'autres artistes, avant que l'envie d'en posséder un semblable vînt à van Bavegom.
Et, en effet, l'exposition ouverte à Bruxelles, en 1873, par la Société néerlandaise de bienfaisance, en renfermait un appartenant à M™^ la comtesse Amédée de Beauffort, née comtesse de Roose de Baisy. Il représentait, d'après le Catalogue, le président du conseil privé, Pierre Roose, dans sa galerie de tableaux; ceuxci représentent, dans de minuscules proportions, les œuvres de différents maîtres flamands contemporains de Gonzales qui les ont signés de leurs noms. Coques a peint le portrait du président; l'architecture est l'œuvre de Guillaume van Ehrenberg (2).
(2) Catalogne cité, 2<^ édition, p. 48, 11° 259.
D'après la description, la galerie de tableaux du chef-président Pierre Roose occupait une salle de l'hôtel qui est actuellement la résidence royale à Anvers. Mais c'est une erreur. En effet, cet hôtel n'est entré qu'en 1777 en possession de la famille Roose, par l'acqui-
Nous allons raconter maintenant les derniers faits qui concernent la biographie de Coques. Le 14 août 1642, il tint sur les fonts baptismaux de la cathédrale, quartier sud, Gonzalès van Heylen, fils de Jacques, enlumineur, et d'Esther van Cam (i).
Catherine Ryckaert, la femme de notre maître, mourut le 2 juillet 1674 : elle était entrée dans sa soixantecinquième année. D'après la chronique de l'église de S* Georges^ Coques y acquit des marguilliers, en 1674 même, un Heu de sépulture pour lui et sa femme; il était situé dans la chapelle de Notre-Dame (2).
Gonzalès privé désormais de tous les siens, résolut de convoler à de nouvelles noces. Son mariage avec Catherine Rysheuvels fut célébré dans la cathédrale,
sition qu'en fit, à cette époque, Pierre-Jean-Alexandre-Joseph comte Roose de Baisy. Nous avons fait connaître dans le Catalogue du musée d'tAnvers, d'après le Oud Konst-tooneel van lAtUwerpen, de Jacques van der Sanden, secrétaire de l'ancienne académie de notre ville, que cette belle habitation avait été construite par Jean-Pierre van Baurscheit, le jeune f'édition de 1857, P- 49 1)- ^- Augustin Thys nous apprend, dans son Historique des rues et des places publiques de la ville d',Anvers. (Anvers, 1873, p. 330), que cet hôtel fut bâti vers 1745, par l'opulent Jean-Alexandre van Susteren, seigneur de 's Gravenwezel. Nous lisons dans le registre mortuaire des Grands-Carmes, déposé à l'état civil d'Anvers, qu'on enterra dans leur église, le 19 novembre 1746, le corps d'Adrien de Jonghe qui avait fait une chute mortelle, en tombant de la nouvelle bâtisse. Il fut inhumé dans le tombeau creusé pour les soldats français, au jardin du cloître. (Voir aussi Thys, op. cit., 331.)
(i) Gonzalès van Heilen. Il fut reçu franc-maître imprimeur (en taille douce?) en 1661-1662. Liggeren cités. T. II, p. 324 et 333.
(2) Sa fille Catherine-Gonzaline et le fils de ceUe-ci y furent enterrés, d'après l'inscription citée. — Croiiycke ofte heginsel ende voortgaiick van de parochiale kercice van 5' Joris, hitinen tÂntîcerpeu. Inscrip-
(quartier nord), le 21 mars 1675. Il eut pour témoins le célèbre peintre Pierre Thys, le vieux, et Jean-Pierre van der Haven. Coques était entré, à cette époque, dans sa soixante-unième année. Il vécut un peu plus de neuf ans avec sa seconde femme, dont il n'eut pas d'enfants.
Gonzales fut témoin dans la cathédrale, (quartier nord), le i août 1682, du mariage de son neveu Michel-Gilles Ryckaert et d'Elisabeth Ceulemans. L'artiste décéda le 18 avril 1684 et fut enseveli à S' Georges, auprès des siens (i). Catherine Rysheuvels, qui ne lui survécut que jusqu'au 25 novembre de cette même année, futj comme nous l'avons dit, enterrée dans la cathédrale, sous la pierre tumulaire de Nicolas Bacx et d'Anne van den Casteele (2).
Nous mentionnerons pour terminer cette biographie, que les archives de la confrérie de S' Luc, signalent en 1 643-1 644, l'inscription de Corneille van den Bosch, et en 1665-1666, celle de Léonard-François Verdussen, comme élèves de Gonzales Coques (3).
Nous ajouterons que le portrait du maître, dont nous avons parlé déjà, a été gravé d'après un tableau de sa main, par Paul du Pont ou Pontius. Il a été publié, une première fois, en 1649, par Jean Meyssens, qui l'im-
iiûiis funéraires cl nioniiinciilalcs de la province d'A)ivcrs,T. II, pp. cix et 464.
(i^ L'enterrement de Coques eut lieu le so\r ("jnliing). La fabrique de la cathédrale toucha de ce chef 16 florins 6 sous. — Liggeren cités, T. I, p. 635, note.
(2) Elle fut inhumée également le soir : le droit perçu par la cathédrale fut de II florins 18 sous. — Op cit. ibid. — Inscriptions citées, p. 321.
(3) Liggeren cités, T. II, pp. 154 et 363.
prima, et une seconde, en 1662, par Corneille de Bie. C'est un bel homme à l'air pensif, qui regarde le spectateur : de légères moustaches ombragent sa lèvre supérieure, tandis qu'une impérale à peine accusée, se détache sur l'inférieure. Sa chevelure longue et abondante descend sur ses épaules. Il est vêtu de noir, à l'exception de son col, de sa chemise ornée de dentelles et de ses manches. Sa main droite tient une chaîne d'or, cachée en partie par le manteau, qui couvre sa gauche.
Nous citerons ici quelques œuvres du maître. Le musée d'Anvers possède, grâce à la munificence de M""^ la douairière van den Hecke Bout de Rasmon, un superbe portrait de dame, peint sur cuivre par Gonzales, et mesurant 22 centimètres de largeur sur 17 de hauteur. Le modèle âgé d'une trentaine d'années, a l'air fort distingué : il est représenté à mi-corps. Son bras gauche repose sur le piédestal d'une colonne : elle tient une montre de la main droite. Son vêtement se compose d'une robe de satin noir moiré, ornée de riches dentelles et coupée à la Sévigné. L'abondante chevelure blonde de la dame étincelle de diamants et de perles fines. Elle porte un collier et des bracelets de perles blanches. Une croix de diamants, une pendeloque et d'autres bijoux sont agrafés à sa ceinture de dentelles. Le fond grisâtre du tableau est relevé par une draperie rouge, qui cache en partie la vue d'un jardin.
Notre beau-frère M. Louis Beeckmans possède trois chefs-d'œuvre de notre maître. Le premier représente Phihppe van Parys, chevalier, et sa femme Claire-Jeanne Rubens, fille de Pierre-Paul et d'Hélène Fourment (i),
(i) Cette fille de l'illustre Pierre-Paul et d'Hélène Fourment lut
accompagnés de leurs enfants, près de leur château seigneurial de Merxem et Dambrugge. A l'avant-plan Philippe van Parys, ceint de son épée et tenant sa canne^ donne la main à sa compagne, qui tient son éventail, et près de laquelle se voit un petit chien. Non loin de là, une de leurs filles avec un jeune enfant, ayant à la main un chardonneret sur une potence. A quelque distance des époux, un de leurs fils, le fusil sur l'épaule et la carnassière au côté. Auprès de lui un de ses frères montant un beau cheval blanc pommelé, pourvu de fontes de pistolets : deux petits chiens s'arrêtent en sautillant dans son voisinage. A droite, un troisième et très-jeune fils accompagné d'un chasseur, a peine à retenir un superbe lévrier, qui brûle de battre la campagne et qui est accompagné d'un second. Derrière le groupe principal, un cocher monté sur un carosse attelé de deux chevaux. A droite, le chcâteau de Merxem et Dambrugge et ses jardins. A l'entrée d'une ferme qui le précède, quelques figurines. A l'avant-plan, un beau chêne et d'autres arbres d'une magnifique venue. A l'arrière-plan en droite, la ville d'Anvers où l'on distingue les tours de S"^ Walburge, de la cathédrale, de S* Jacques, etc. A gauche, l'église de S* Barthélémy, à Merxem. La composition se détache sur un ciel splendide d'un ton chaud. Les personnages superbement vêtus et les animaux sont dessinés et peints de main de maître. Le paysage qui ne leur cède en rien, est l'œuvre de Gaspard de Witte(i). Le lointain est admirable,
tenue le i8 janvier 1602, sur les fonts de l'église S' Jacques à Anvers, par Jean Brant, secrétaire de cette ville et beau-père du maître, et par Claire Fourment.
(i) Sa dette mortuaire fut payée à la gilde de S* Luc entre le 18 septembre 1680 et le 18 du même mois 1681. — Liggcren cités, t. II, p. 484. Le tableau est donc antérieur à cette date.
cette toile qui mesure i mètre 78 centimètres de hauteur sur 2 mètres 8 centimètres de largeur, a été peinte vraisemblablement vers 1680. Nous croyons que tous les enfants de Philippe van Parys et de Claire-Jeanne Rubens y sont représentés. Mais comme ils en eurent sept, et que le tableau n'en renferme que cinq, deux d'entre eux doivent être décédés en bas âge ou dans leur adolescence. Feu M. Frédéric Verachter n'en mentionne qu'un seul, dans sa Généalogie, de Pierre-Paul Ruhcns et de sa famille, Philippe-Constantin-Joseph van Parys (i). Nous allons donc indiquer ici tous les fils et filles issus du mariage de Philippe van Parys et de Claire-Jeanne Rubens, 1° Jacques-Ignace^ tenu sur les fonts de S' Jacques (2) le 25 mars 1656, par son aïeul Jacques van Parys, chevalier, président de la chambre des comptes de Sa Majesté en Brabant, et par Hélène Fourment, veuve de Pierre-Paul Rubens et femme de Jean-Baptiste de Broechoven, seigneur de Bergeyck. 2° Jean-Baptiste, le 7 janvier 1658, par le prédit Jean-Baptiste de Broechoven et Anne van Parys. 3° Susanne-Françoise, le 10 janvier 1659, par son oncle François Rubens, docteur ès-droits, et Susanne van Parys. Le père de l'enfant était, à cette époque, receveur général des États de Brabant dans le quartier d'Anvers. 4° Isabelle-Philippine, le 31 mars 1660, par PhiHppe Rubens, le jeune, secrétaire de la ville d'Anvers, et par Elisabeth Fourment, veuve de Nicolas Piqueri. L'une de ces demoiselles figure dans le tableau; mais laquelle? 5° François-Xavier, le 21 décembre 1662, par son oncle
(i; Op. cit., p. 25.
(2) Ses frères et sœurs furent tous baptisés dans la même église.
— Ié2 —
François Rubens, cchcvin de cette ville et Catherine van Parys, qui se lit représenter par Susanne van Par^-s. 6° Philippe-Constantin-Joseph, baptisé le 12 octobre 1665 ; les cérémonies lui furent suppléées le 25 du même mois. Il fut tenu par François de Wolfl', prêtre et chanoine de S' Jacques, représentant Corneille van Breughel, conseiller de Gueldre, et par Constance Helman, dame de Rameyen et douairière de Nicolas Rubens, fils de Pierre-Paul et d'Isabelle Brant (i). 7° Jean-François-Marie, le 10 septembre 1671, par Jean- Baptiste de Broechoven de Bergeyck, chevalier et conseiller au conseil suprême des finances du roi, et par Marie-Isabelle Mertens. C'est le charmant petit garçon qui est représenté dans le tableau, près du chasseur (2).
Les deux autres compositions de Gonzales, appartenant à M. Louis Beeckmans, sont peintes sur cuivre et représentent des portraits de membres de la famille de Grysperre. Ce sont deux pendants mesurant 46 centimètres en hauteur sur 34 en largeur.
A Pavant-plan de l'un, un gentilhomme tient, de la main droite, un lièvre mort, et un brin d'estoc qui repose sur son épaule. Il arrête de la gauche un superbe lévrier, attaché à une corde ; un second non moins beau et un autre chien de chasse sont figurés près de là. Le personnage est coifiie d'un chapeau à plumes et porte des moustaches et de longs cheveux. Sa chemise blanche et son col de même couleur se détachent sur une veste jaunâtre à crevés. Il est vêtu d'un haut-de-
(i) Vhrachter, op. cit., p. 14.
(2) Nous devons la majeure partie de ce fragment de généalogie à feu M. Henri le Grelle.
chausse et de bas gris. Une carnassière et un couteau de cliasse pendent à son côté. Derrière lui, un vieux gentiliiomme tient un magnifique cheval blanc. Il a aussi les cheveux longs et la figure ornée de moustaches. Sa tête est coiffée d'un chapeau noir. Son habillement se compose d'un col blanc, d'un habit et d'un petit manteau bruns. On distingue à droite un paysage animé de diverses figurines. Le ciel est couvert, à l'avant-plan ; plus clair, au fond du tableau. Le clocher d'une église de village apparaît dans le lointain.
Ce retour de la chasse est admirable de dessin et de peinture.
A l'avant-plan du second tableau, se présente une jeune dame velue d'une robe rouge de dessous surmontée d'une robe de satin blanc, qu'elle retient de la main droite : un éventail repose dans sa gauche. Elle est coiffée d'un chapeau noir, orné d'une plume rouge et de plumes blanches. Des perles étincellent à son col et à ses bras, comme à ceux de ses compagnes que nous décrirons tantôt. Près d'elle, sautille un petit chien. Derrière la jeune femme est peinte une enfant vêtue de bleu, tenant un fruit d'une main et un petit éventail de l'autre.
A quelque distance, un gentilhomme, portant moustaches et de longs cheveux crépus. Son chef est surmonté d'un chapeau noir, et ses vêtements, de même couleur, ne sont relevés que par son long rabot de dentelle blanche et sa chemise de même couleur qu'on aperçoit à travers ses manches à crevés. Il donne la main à une jeune personne, dont la droite tient une fleur. Sa toilette se compose d'une jupe et d'une robe de satin violet. A droite s'élève un arbre qui sert de repoussoir : à gauche dans le lointain, un château baigné par l'eau, et un
magnifique paysage. La perspective est bornée de ce côté par la tour d'une église. Ces figures ne le cèdent en rien à celles de l'autre tableau.
L'auteur de cette biographie possède un petit ovale, peint sur cuivre par Gonzales et représentant le portrait d'une dame. Elle paraît âgée de 30 ans environ. Une partie de sa chevelure brune est ornée d'un peigne à perles blanches. Deux pendeloques de même matière sont attachées à ses oreilles. Elle porte un collier de perles fines. Le costume de la dame se compose d'une chemise ornée de dentelles, dont la partie supérieure se détache sur une robe bleue que relève un voile noir, et qui est retenue en guise de boutons par une grosse perle et un double rang de perles blanches. C'est une personne de l'aspect le plus gracieux et dont la bouche sourit très-agréablement. Ce portrait peint avec une transparence merveilleuse se détache sur un fond noirâtre. Il mesure en hauteur un peu plus de 8 centimètres et un peu plus de 6 en largeur.
Le catalogue des tableaux de Diego Duarte, d'Anvers, rédigé à Amsterdam, en 1682, mentionne une œuvre très-intéressante, peinte par Gonzales, en compagnie de Jean Brueghel, le jeune, fils de Jean Brueghel, de Velours. Elle est décrite ainsi : « Un panneau d'une pièce, composé très-curieusement de festons, de fleurs, de fruits, d'oiseaux et d'insectes, d'un grand travail avec un beau lointain et 14 figures de Gonzales, (représentant l'image de Marie, des anges et autres figures), peintes par lui depuis plus de 30 ans, le tout trèscurieux, coûte 1200 florins (i). »
(i) Fred. Muller. Catalogus der schilderijen van Diego T)uarte, te
Ainsi ce tableau a été exécuté antérieurement à 1652: le catalogue en attribue les festons à Jean Brueghel, de Velours, mais c'est une erreur évidente, puisque ce maître est décédé en 1625.
Nous faisons suivre ici les tableaux de Coques, mentionnés dans les catalogues de Gérard Hoet et de Pierre Terwesten, avec les prix d'adjudication : «Vente du comte de Fraula, Bruxelles, 21 juillet 1738, n" 267, un petit portrait d'homme, aussi beau que de van Dyck, par Consale, haut 10 pouces, large 7 1/2 pouces, 7 florins 10 sous de change (i) ; n° 345, une famille très-bien peinte sur cuivre, par Consale, dans la manière de van Dyck, haut i pied 10 pouces, large 2 pieds 5 pouces, 175 florins de change (2). Vente de Gérard Vervoort, à Bruxelles, 10 septembre 1746, n° 17, un tableau de cabinet représentant une famille, avec cinq figures, par Gonzalo Coques, haut 2 pieds i pouce, large 3 pieds 8 pouces, 105 florins de change (3). Vente du peintre Pierre Snyers, Anvers, 22 août 1752, n° 11, une trèsbelle pièce représentant une Faiiiille à la chasse, par Gonzalo Coques, haute 4 pieds 10 pouces, large 7 pieds 8 pouces, 157 florins; n° 12, une %çiinion de famille, du même, 50 florins de change (4) ; n° 13, un petit portrait de femme, enfermé dans un étui d'écaillé, (orné d'or, dit
Amsterdam, in 1682, met de prij^en van aankoop en taxatle. De Onde Tijd, 1870, p. 399, no 73. Nous avons traduit aussi littéralement que possible.
(i) Hoet, op. cit., T. I, pp. 541-542.
(2) Id., ibid., T. I, p. 548.
(3) Terwesten, op. cit., p. 43.
(4) Le catalogue original de la vente Pierre Snyers, que nous avons sous les yeux, s'énonce ainsi au sujet de ce tableau: p. 16, n° 165. Une pièce de famille, au ^oiit de Consael.
le catalogue original, p. i6, n° 149), par Gonzalo Coques, 25 florins de change (i). Vente du peintre, plus tard amateur, Pierre-Jean Snyers, Anvers, 23 mai 1758, n° 130, un portrait d'homme, en pied, par Gonzalo, haut 16 1/2, large 11 1/2 pouces, 20 florins 10 sous de change (2). Vente Gaspard d'Heyne, seigneur de Leeuwerghem, Elene, etc., Gand, 26 octobre 1761, n° 41, un beau tableau, représentant Tobie et l'ange Raphaël, par Gonzalo Coques, haut 2 pieds 3 pouces^ large 2 pieds 7 pouces, 64 florins argent courant de Flandre (3). Vente de l'agent Guillaume Lormier, la Haye, 4 juillet 1763, n° 26, le Sauveur, ^arie et Marthe, avec beaucoup d'accessoires, par le Brueghel de Velours (4) et Gonsale Coques : panneau, large 2 pieds 4 1/2 pouces, haut i pied 8 3/4 pouces, 260 florins. Cette composition fait partie actuellement du cabinet du duc d'Aremberg. Même vente, n° 64, un cabinet de tableaux, avec dix figures et grand nombre d'accessoires, par Gonsalo Coques et Pierre Neeffs (le vieux ?), toile, large 3 pieds 10 3/4 pouces, long 2 pieds, 8 1/2 pouces, 212 florins (5). A^ente de tableaux à Bruxelles, le 23 juillet 1767 , n° 48 , un beau tableau , représentant Un cavalier accompagné d'une dame à cheval et d'un page à pied, dans un riant paysage, par Gonzalo Coques, sur
Ci) Peeter Terwesten, op. cit., pp. 61-62.
(2) Id., ihid., p. 208.
(3) Id., ihid., p. 241.
(4) Id., ihid., p. 315.
Si l'indication est exacte, il faut lire Jean Brueghel, le jeune, fils de Jean Brueghel de Velours. Ce dernier artiste est mort en 1625, alors que Gonzales avait accompli à peine sa dixième année.
{')) Terwestex, op. cit., p. 317.
toile, haut i pied 9 pouces, large i pied 4 pouces, 162 florins de change; n° 49, deux petits portraits d'homme et de femme, sur panneau, haut 5, large 4 pouces^ 22 florins (r). Vente de l'ancien professeur d'anatomie Thomas Schwencke et d'autres amateurs, la Haye, 6 octobre 1767, n° 23, une jeune fille avec une vieille femme et des accessoires, étant une allégorie, très-bien et très-finement peinte par Gonzale ; haut 22 1/4, large 28 pouces, 30 florins 10 sous (2). Vente à Anvers, le 23 août 1768, n° 6, une excellente pièce représentant un seigneur espagnol et une dame, tous deux à cheval, et accompagnés d'un nègre, dans un très-beau paysage, par Gonsalo Coques, sur cuivre, haut 17, large 15 pouces, 250 florins» (3).
Les ventes mentionnées par Pierre Terwesten s'arrêtent à Tannée 1768. En 1770, on mit aux enchères à Amsterdam, le cabinet de tableaux de François-Ignace de Dufresne, en son vivant directeur du cabinet de l'empereur Charles VII, etc.
Il s'y trouvait une œuvre de Gonzales, que le catalogue décrit ainsi : « N° 209. Un Christ en croix, peint sur toile, haut de 41, large de 29 pouces. On voit au pied de la croix, Marie-Madeleine et derrière elle, sur les nuées, deux petits anges, tournant, d'un air attendri, leurs yeux vers la croix. Tableau d'un très-beau dessin et où les passions sont très-bien exprimées, terminé et bien peint. » Il fut adjugé au prix de 200 florins, à un certain monsieur Melvil.
Le catalogue des tableaux de M. Pierre-André-Joseph
(i) Id., ibicL, p. 624.
(2) Id., ibid., p. 64/.
(3) Id., ibid., p. 665.
Knyfî, chanoine noble gmdué de la cathédrale d'Anvers, mentionne cinq petits portraits peints par Gonzales, les uns sur bois et sur cuivre, l'autre sur argent. Ils furent vendus en notre ville, au mois de juillet 1785, avec la collection dont ils faisaient partie et rapportèrent ensemble la somme de 46 florins 15 sous de change. Un grand nombre des peintures de ce cabinet renommé furent adjugées à des prix dérisoires.
Citons actuellement quelques tableaux de Gonzales, présentés en vente dans des temps plus récents. La célèbre collection du professeur van Rotterdam, vendue en 1835, en renfermait un que le catalogue décrit en ces termes : «N° 140. Portrait d'un jeune seigneur richement costumé. Dans le fond un paysage. Joli petit tableau, d'une touche vigoureuse, d'un bon coloris et d'une exécution soignée. Hauteur 42 centimètres, largeur 3 1 centimètres. — Cuivre. » Il fut adjugé, au prix de 55 francs, à M. (Etienne?) le Roy, de Bruxelles.
La collection de M. Stevens, vendue à Anvers, au mois d'août 1837, comprenait deux tableaux de Gonzales. L'un, portant le n° 34, représentait un beau paysage, dans lequel on remarquait un page très-élégamment vêtu, qui conduisait une dame par la main. Plusieurs chiens les précédaient, et dans l'éloignement, se tenaient des palefreniers auxquels on faisait signe d'arrêter les chevaux. On remarquait dans cette belle composition la finesse et la facilité de pinceau de ce maître; le catalogue y signalait un cheval blanc d'une rare beauté. Cette toile, qui mesurait i mètre 15 centimètres de hauteur sur i mètre 54 centimètres de largeur, fut adjugée à 520 francs. Le second, haut de 32 centimètres et large de 42, était peint en miniature sur parchemin,
et d'un fini admirable. Il avait pour sujet une dame en costume noir, près d'elle se tenait une gouvernante : deux jolies petites filles, guidées par leur firère, portaient des cadeaux à leur mère. Le fond était tapissé de verdure. Cette petite composition valut 100 fi-ancs.
La galerie de S. M. Guillaume II, roi des Pays-Bas, vendue à la Haye, au mois d'août 1850, renfermait deux tableaux de notre maître. Le premier, qui porte dans le catalogue le n° 80, est mentionné comme suit par M. C.-J. Nieuwenhuys, dans sa description de cette collection : « Le repos champêtre. Bois; hauteur 42 '/» pouces. Largeur 63 '/s- Dans une campagne couverte d'arbres et ornée de rosiers, se trouve une superbe fontaine sur un piédestal ; elle a la forme d'une coupe élevée et est surmontée d'une statue représentant Neptune, qui conduit trois chevaux marins. Près de cette fontaine, sont assis un cavalier et sa dame, entourés de leur famille. Ils semblent, par l'expression de satisfaction qui anime leurs traits, jouir du repos champêtre et du bonheur de se voir environnés de leurs enfants. Une jeune demoiselle vêtue de satin blanc^ est debout près de la mère ; elle tient un éventail et un chapeau de paille d'Italie entouré de plumes. Près du cavalier est un charmant petit garçon qui tient un chien, tandis que son frère, plus âgé que lui, porte un lièvre suspendu à une fourche, et s'avance avec sa sœur qui tient une corbeille de fruits. Un paon, plusieurs chiens de différentes espèces, et des accessoires de chasse ajoutent à la richesse de ce beau tableau, dont le paysage est ménagé avec art pour faire ressortir avantageusement les personnages. Ceux-ci sont peints euxmêmes avec un talent digne des beaux ouvrages de van Dyck, que Gonzales avait pris pour modèle. Sa manière
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se rapproche tellement de celle de ce peintre, qu'elle lui a mérité le surnom de petit van Dyck (i). Ce tableau qui peut être regardé comme le chef-d'œuvre de Gonzales, a été gravé par Moite, dans la galerie de le Brun, t. I", p. 36. On le trouve aussi dans l'œuvre de la collection de Lucien Bonaparte, gravé au trait par Leonetti, sous le titre de Reposa campestre (2). »
Ce tableau fut acquis au prix de 7,200 florins, par M. Etienne le Roy, de Bruxelles. Il reparut au mois d'avril 1857, à la vente Patureau, à Paris, et y fut adjugé à lord Hertford, moyennant 45,000 francs. M. Kramm rapporte que ce seigneur en avait fait offrir 4000 florins seulement, sept ans plus tôt (3). Au reste, il n'y a aucune conclusion à tirer de ce fait, sinon que le richissime lord Hertford a voulu se passer la fantaisie de payer très-cher un chef-d'œuvre de Gonzales.
Une seconde composition peinte sur cuivre d'après C.-J. Nieuwenhuys, — sur toile, d'après le catalogue, qui se trompe, — représentait laPronienade à cheval. L'auteur cité la mentionne comme ayant en hauteur 16 pouces, et 14 en largeur. Il la décrit ainsi : « Gonzales Coques a peint dans ce paysage, qui est vu au soleil couchant, le portrait d'un cavalier monté sur un cheval blanc qui se cabre. La dame qui l'accompagne monte un cheval brun ; elle est vêtue d'une robe d'une étoffe jaune, et coiffée d'un chapeau garni de plumes. Elle tient de la main gauche un éventail ; un nègre debout devant elle
Ci) Coques est néanmoins tellement original, qu'aucun connaisseur ne confondra ses œuvres avec celles de van Dyck.
{2) Description de la galerie de tableaux de S. M. le Roi des Pays-Bas. MDCCCXLIII, p. 155.
(3) Op. cit., T. I, pp. 263 et 264.
porte ses regards vers un joli chien épagneul qui aboie contre le cheval blanc. En 1817, Sa Majesté feu la reine des Pays-Bas fit cadeau de ce tableau à Son Altesse Royale le prince d'Orange, à l'occasion du jour anniversaire de sa naissance (i) ».
Cette peinture est celle que mentionne Pierre Terwesten, comme vendue à Anvers, le 23 août 1768, moyennant 250 florins (2). Elle fut adjugée, en 1850, à M. Nieuwenhuys, de Londres, (l'auteur, croyons-nous, de la Description citée,) moyennant 800 florins.
Un troisième tableau de Gonzales faisait partie de la galerie de Guillaume IL II fut compris dans la seconde vente de cette collection, tenue au mois de septembre 185 1 et fut classé assez maladroitement dans l'école hollandaise (3). M. Nieuwenhuys en parle dans les termes suivants : « N" 73. Tableau de famille. Bois; hauteur 14 1/2 pouces, largeur 18 (37 et 45 centimèt.). — Ce tableau représente vraisemblablement la famille d'un médecin. Assis près de sa femme, le docteur lui tâte le pouls, et en suit les pulsations sur une montre qu'il tient à la main, — La dame toutefois, ne paraît pas fort indisposée, puisque un valet, placé derrière une chaise, lui ofli'e un verre de vin. — A droite, près d'une table, couverte d'un tapis rouge, sur laquelle se trouve un plat d'argent, est debout un jeune cavalier donnant la main à une dame, qui tient près d'elle sa petite fille et se retourne en souriant. — A gauche, sur
(i) Description citée, p. 157.
(2) Op. cit., p. 665. Terwcsten donne les mesures suivantes : hau teur, 17, largeur 15 pouces.
(3) Catalogue de la vente, p. 20, n" 67.
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le devant du tableau, est un vase en cuivre, et dans ce vase, une bouteille carrée remplie de liqueur. — Ce groupe de six figures est réuni sous un vestibule d'où l'on découvre la campagne. La plupart des personnages sont vêtus de noir, selon la mode du temps (i). »
Nous ne connaissons ni l'adjudicataire, ni le prix de vente de ce tableau.
Plusieurs musées de l'Europe possèdent des œuvres de Gonzales. Outre ceux d'Anvers et de la Haye, dont nous avons parlé déjà, nous citerons ceux de Dresde, de Cassel (2), de Sleissheim et de Nantes, auxquels on peut ajouter la collection du palais Hampton Court.
On a peu gravé d'après Coques. Outre les planches citées de Paul Pontius, Corneille van Caukercken, Martin Bouché, Moitte et Leonetti, nous avons trouvé dans le Catalogue Winckler, la mention d'un portrait de Baudouin van Eck, seigneur de Roosendael, amateur de tableaux, gravé en 1657, d'après Gonzales, par Paul du Pont ou Pontius. Il était représenté à mi-corps, la gauche appuyée sur son épée (3).
Un graveur moderne de beaucoup de mérite, M. Guillaume Unger (W. Unger), a reproduit à l'eau-forte un des tableaux de Coques, conservé au musée de Cassel. Il représente un appartement, dont les murs sont
(i) Description citée, p. 158.
(2) L'auteur du catalogue de la galerie de Cassel a pris Gonzales pour un nom patronymique et a gratifié le maître du prénom de Barthélémy, de façon que Gonzales Coques est devenu Barthélémy Gonzales. Voyez ; Ver-^cichniss der Casseler Bihler-Gallerie. — Cassel, sans date, p. 49.
(3) Michel Huber et J.-G. Stimmel. Catalogue raisonné du cabinet d'estampes de feu M. Winckler, banquier et membre du sénat, à Leipzig. Leipzig, 1805, T. III, p. 6)6, r\° 3503.
ornés de tapisseries, surmontées de peintures ayant pour sujet des paysages. La partie supérieure des fenêtres y donne seule accès au jour, de façon qu'il y règne une lumière très-douce. A droite, le maître du logis vêtu de noir, est assis devant une table couverte d'un tapis et sur laquelle se trouvent une statuette, une sphère, un sablier et plusieurs livres, dont il est en train d'en feuilleter un. Sa femme habillée également de noir avec une robe de dessous de couleur rouge, se tient debout devant son clavecin ouvert et orné d'un paysage mythologique. Deux chaises de cuir sont placées de ce côté : sur le coussin de l'une d'elles, repose, en grognant, un petit chien blanc. Une porte ouverte donne accès à une autre salle.
Le graveur a rendu avec beaucoup de talent l'effet de cette remarquable composition (i).
Sources : Registres des paroisses d'Anvers. — Archives de la ville d'Anvers. — Archives de la gilde de St. Luc. — Ph. Rombouts et Th. van Lerius. Les Ljggeren, etc.
(i) Cette notice est datée du 25 mai 1875.
^^^^^^^^^^^^^''^^^w^^sîl^ww'*^*^^
La Famille d'artistes de BAELLIEUR Louis DE BAELLIEUR, le vieux (15. . ?-i66o).
^f^c nom de cette famille a été orthographié de "*) diverses manières, même par ceux qui le por- Itaicnt. Il existait à Anvers, au moins dès la fin du XVP siècle, et fut celui de plusieurs peintres distingués et d'artistes qui appliquèrent leurs talents à la verrerie.
La gilde de S' Luc apprit à le connaître, lorsqu'elle admit, en 16 23-1 624, Louis de Baellieur, en qualité de franc-maître. Son fils Corneille y avait été inscrit comme élève, dès 1617-1618 (i).
Louis de Baellieur est quafifié de marchand, dans le compte de la corporation, commencé au mois de septembre 1623 et terminé en septembre 1624. Les marchands d'objets d'art étant seuls tenus d'entrer dans la gilde, on pourrait conclure de ce fait que notre Louis exerçait cette profession. Cela est probable, mais ce n'était pas la seule dont il s'occupât. Il résulte, en eff"et, de son testament du 2 septembre 1654, qu'il donna,
(i) Phil. Rombouts et Théodore Van Lerius, avocat. Les Liggeren et autres archives historiques de la gilde aiivcrsoise de Saint Luc, T. II, pp. 598 et 542.
par forme de préciput à son fils nommé Louis, comme lui, son atelier, avec tous les matériaux qui s'y trouvaient. Ce Louis figurant dans la gilde tantôt comme peintre et travaillant le verre « schilder, ende weerchende in 't gelas, » tantôt comme verrier (gcJiicsblaescr) (i), il s'en suit que notre vieux Louis se trouvait à la tète d'une verrerie dont il débitait les produits.
Les peintres sur verre, véritables artistes, étaient obligés de se faire admettre dans la confrérie de S*' Luc : le même droit pesait sur les vitriers, quoique ce ne fussent que de simples ouvriers. La branche des de Baellieur, dont nous nous occupons, n'exécutait pas des vitraux et ne garnissait pas de verres les châssis des fenêtres Mais quelques-uns de ses membres produisirent, dans cette matière fragile, ces coupes, ces verres à vin de toutes grandeurs et ces vases, toujours si recherchés et exécutés avec une si rare élégance (2).
Il est donc juste de consacrer une biographie spéciale à chacun des artistes en tous genres, qu'a produit la famille de Baellieur.
Louis, le vieux, est né dans la seconde moitié du XVL siècle, mais nous ne savons en quelle année, ni en quel endroit. Il épousa Anne van der Brugghen, nous ignorons à quelle date et en quel lieu. Six enfants au moins naquirent de ce mariage ; cinq d'entre eux furent tenus sur les fonts baptismaux de la cathédrale. 1° Corneille, le 5 février 1607, par Jean de Proest et
(i) Liqgcren cités, T. II, pp. 155, 162, 341.
(2) Outre le vieux Louis de Baellieur, dont nous venons d'établir la profession, les Liggercn ne nous font connaître que deux artistes en verre, ses fils Louis et Abraham.
Cornélie Stockx. Il fut un peintre distingué ; sa biographie nous occupera plus loin. 2° Catherine, le 29 décembre 1609, par Corneille Verhoeven, receveur (rentmeester) de la ville, représentant le Signor Pierre Fabri, et Anne van der Bruggen, sans doute une parente de la mère de l'enfant. Catherine mourut le 18 novembre 1678 et fut ensevelie dans l'église de l'abbaye de S' Michel, (i). 3° Louis, le 17 décembre 16 12, par Érasme Rubens, fils de Josse, et Anne Goossens. Nous en reparlerons. 4° Jean, baptisé dans la cathédrale, quartier sud, le 10 avril 16 16. Parrain : Jean Trésoriers, marraine, Marie Govaerts. 5° Anne, tenue sur les fonts du même quartier de la cathédrale le 14 septembre 16 19, par Jacques van Bochout et Marie Martinus. Elle décéda le 27 février 1679 et fut inhumée à S' Michel (2). 6° Abraham, dont nous n'avons pas trouvé le baptistaire. Il figure le dernier sur la pierre sépulcrale de sa famille qui existait autrefois dans ladite église. Et comme l'inscription relate les enfants de Louis de Baellieur et d'Anne van der Bruggen, d'après leur âge nous pouvons en conclure qu'Abraham fut leur cadet. Cet artiste, dont nous raconterons la vie, naquit vraisemblablement entre les années 1620 et
Une liste du personnel du jeune serment de l'arbalète mentionne, en 1620, parmi ses membres Louis Bailleul. C'est notre Louis de Baellieur, le vieux, qui remplissait auprès de ce corps l'emploi de porte-drapeau
(i) Inscriptions ftinèr aires et monumentales de la pmnnce d'Anvers, T. IV. p. 70.
(2) Op. cit T. IV, p. 70.
{aJfere~). L'artiste faisait encore partie de ce serment en 1625 (i).
Il se fit recevoir dans la sodalité des mariés dirigée par les Jésuites d'Anvers, et fut élu le 10 août 1648 consulteur de cette association pieuse. De Baellieur avait contribué, en 1642, au paiement du nouvel autel de ses confrères par un don de 6 florins (2) ,
Lorsqu'en 1 644-1 645, Corneille de Baellieur, fils de notre Louis, remplit les fonctions de doyen de la gilde de S' Luc, il y reçut comme francs-maîtres ses deux frères Louis et Abraham, et son père lui paya, vivant, sa dette mortuaire de 3 florins 8 sous (3).
Le notaire Barthélémy van den Berghe, le vieux, se présenta, le 2 septembre 1654, dans la maison de Louis de Baellieur, le vieux, et de sa femme, située dans la rue du Cimetière de Notre-Dame, pour y recevoir leur testament réciproque. L'artiste était en bonne santé, mais Anne van der Bruggen était malade et alitée. Leurs dispositions de dernière volonté débutent par les recommandations d'usage, parmi lesquelles nous distinguons une élection de sépulture dans l'église de l'abbaye de S^ Michel. Le prémourant des époux fait à la fabrique de la cathédrale un legs d'un florin. Si la testatrice vient à décéder la première, elle lègue^ par préciput^ à ses filles Catherine et Anne de Baellieur^ tous ses habillements de soie^ de toile et de laine et tous les joyaux et bijoux ayant servi à sa toilette. Melchior Hoyon,
(i) Registres des serments et de la garde bourgeoise aux archives communales d'Anvers.
(2) Registre de la sodalité des mariés.
(3y) Liggeren cités, T. II, pp. 154, 155, 162 et 165.
cousin du testateur, reçoit un de ses habits et un manteau, à délivrer par les enfants du disposant. Semblable legs est fait à Jean-Baptiste Hippolyto, célibataire, qui s'était rendu d'Italie à Anvers, avec le fils du testateur. Ce fils n'est pas nommé, mais nous croyons qu'il s'agit ici de Louis de Baellieur, le jeune, qui ne reçut la francmaîtrise de S' Luc qu'à l'âge de 32 à 33 ans. Une habituée de la maison, âgée de près de 80 ans, désignée sous le sobriquet de la petite tante Jeanne Qanneken moeyhri) et très-bien connue des enfants des époux de Baellieur, devait continuer à recevoir de ceux-ci, sa vie durant, ce qu'elle avait touché hebdomadairement de leurs parents. Un legs spécial d'un lit et d'un traversin est fait par préciput et hors part à Catherine et Anne de Baellieur, après le décès du dernier des testateurs. Ceux-ci disposent qu'après le décès de chacun d'eux, cinquante messes seront dites pour le repos de son âme. Ils prennent ensuite des mesures pour assurer, au partage qui suivra leur décès, une parfaite égalité entre ceux de leurs enfants qui n'ont pas été dotés ou n'ont pas embrassé quelque état approuvé et ceux qui n'ont rien reçu de la maison paternelle. En récompense des bons services et de l'assistance que leur fils Louis de Baellieur leur a rendus et leur rendait encore, ses parents lui laissent par préciput, après leur décès, l'atelier de son père, avec tous ses matériaux servant au travail. Le survivant des testateurs est institué légataire universel de tous leurs biens restants, qui seront partagés par tête, après son décès, par tous leurs enfants. Les testateurs recommandent que cette opération se fasse en parfaite amitié. En cas de prédécès d'un ou de plusieurs de leurs fils ou filles, ses enfants le représenteront par souches.
dans la succession de leur aïeul ou aïeule. Le survivant des époux est dispensé de faire état ou inventaire. En cas de convoi, le survivant perd, par le fait de son nouveau mariage, tous les droits que lui confère le testament, qui, à son égard, sera réputé non écrit, mais qui sortira ses effets à l'égard des enfants. Ce document porte, entre autres, les signatures : Louis de Ballcur, Anna van der Bruggen. Le nom de l'artiste est écrit dans le corps de l'acte, tantôt de Baellieur, tantôt de Baillieur.
Anne van der Bruggen mourut la première, après la passation de ce testament. Elle décéda le 20 novembre 1659 ; son mari trépassé le 7 août 1660, vint la rejoindre dans l'église de l'abbaye de S* Michel. L'inscription de leur pierre sépulcrale y était conçue en ces termes :
Hier leet begraven (i)
den eersamen lowies DE Baillieur sterf den
7 AuGusTus A° 1660
EXDE de EERBARE AnNA
VAN DER Bruggen sterf
DEN 20 NOVEMB A° 1659 ENDE CaTHARINA DE
(i) Voici la traduction de cette épitaphe, qui se lit à la page 70 du tome IV des Inscriptions funéraires et monumentahs de la province d'Anvers :
Ici est enterré l'honorable Louis de Baillieur, mort le 7 août 1660, et l'honorable Anne van der Bruggen, décédée le 20 novembre 1639, et Catherine de Baillieur, leur fille, morte le 18 novembre 1678, et Louis de Baillieur, leur fils, décédé le 2 février 1665, et Anne de Baillieur, leur fille, morte le 27 février 1679, et Abraham de Baillieur, leur fils, mort le —
Priez pour leurs âmes.
Baillieur haerlieden dochter sterf den
l8 NOVEMBER A° 1678
ende ludovicus de
Baillieur haerlieden
SONE STERF DEN 2 Feb.
EN Anna de Baillieur
haerlieden dochter
STERF DE 27 FeBRUARIUS 1679
ENDE Abraham de
Baillieur haerlieden
sone sterf de....
BiDT VOOR DE SIELEN (l) (i) Cette notice est datée du 11 septembre 1875.
Corneille DE BAELLIEUR, le vieux, (1607-1671).
j^fp ous avons vu que ce peintre, fils de Louis de i'I^^ISBaellieur et d'Anne van der Bru2;2:en, fut tenu ^^âp^©à Anvers, le 5 février 1607, sur les fonts baptismaux de la cathédrale, par Jean de Proost et Cornélie Sterckx. Il eut pour maître Antoine Lisaert, qui lui ouvrit son "atelier dans l'espace de temps compris entre le mois de septembre 16 17 et le mois de septembre 1618. Le jeune Corneille avait, à cette époque, 10 à 11 ans accomplis. Il fut admis à la franc-maîtrise de S' Luc, comme fils de maître, en 1625-1626, c'est-à-dire à l'âge de 18 à 19 ans (i).
L'artiste fut reçu en juillet 1629, membre de la sodalité des célibataires, dirigée par les Jésuites d'Anvers, et élu, au mois de septembre 163 1, consulteur de cette association pieuse (2).
Corneille de Baellieur épousa, le 9 août 1633, ^'^^^^ l'église S' Jacques, Madeleine Matthyssens. Ce mariage eut pour témoins Louis de Baellieur, père de notre peintre, et François van Ginderdeuren. Il en naquit un seul enfant, Elisabeth, qui fut tenue sur les fonts de
(i) Ligqeren cités, T. I, pp. 542 et 62-^.
(2) Registre de ladite sodalité, à la bibliothèque communale d'Anvers.
ladite église, le i6 juillet 1634, par son aïeul Louis de Baellieur et Elisabeth Verulier. Elle coûta sans doute la vie à sa mère, qui mourut, en effet, le 23 juillet suivant, et fut inhumée à S' Jacques (i).
Notre artiste se remaria. Un registre de mariages de ladite église, relate au mois d'octobre 1636, trois proclamations des bans de Corneille de Baellieur et de Marie de Wael, cette dernière habitant la paroisse de la cathédrale. Elle était fille de Corneille et de Barbe Wouters et avait été tenue sur les fonts de Notre-Dame le 22 mars 1609, par Philippe Gridolfi et Cornélie Wouters, tante de Tenfant. La 2;énéalo£rie de la fimiille de Wael, dressée par M. Alphonse Goovaerts et rédigée d'après d'anciens documents, qualifie de peintre ce Corneille de Wael, qui n'est pas l'artiste célèbre de ce nom. Celui-ci était fils de Jean et de Gertrude de Jode.
Le mariage de Corneille de Baellieur et de Marie de Wael fut célébré dans la cathédrale, quartier sud, le 8 novembre 1636, en présence des pères des deux époux, qui y assistèrent comme témoins. Cinq enfants qui furent tous tenus dans la cathédrale, quartier nord, leur durent le jour. 1° Marie, le 9 août 1637, par Louis de Baellieur, le vieux, son aïeul, et par Barbe Wouters^ sa grand' mère ; 2° Louis, le 9 septembre 1638, par Louis de Baellieur, probablement son oncle, et Catherine de Wael, sa tante; 3° Susanne-Maric, le 28 juin 1640, par Jacques Roi, apothicaire, son oncle par alliance, et Susanne de Wael; 4° Corneille, le 24 janvier 1642, par Corneille de Wael, son oncle, marchand d'objets d'art, reçu franc-maître de la gilde anversoise de S' Luc, en
(i) Inscriptions citées, T. II, p. 256.
1630-163 1 (i), et par Jeanne de Wael, tante de l'enfant. Nous traiterons spécialement de ce Corneille de Baellieur le jeune ; 5° Jeanne, le 20 juin 1643, par le célèbre peintre, Victor Wolfvoet, le jeune, élève de Pierre- Paul Rubens, à qui la franc-maitrise de S' Luc fut conférée sous le décanat du père de sa filleule (2), et par Jeanne de Bruyn. Corneille de Baellieur, le vieux, se fit recevoir probablement après son premier mariage^ dans la sodalité des mariés. Il en fut élu plusieurs fois consultent, notamment les 20 mai 1640, 30 mai 1647, 6 mai 1655, le 27 avril 1659, en mai 1662, le 21 mai 1668, le 12 mai 1669 et le 26 mai 1670. Il passa assistant du préfet le 7 mai 1671, c'est-à-dire peu de temps avant son décès.
La sodalité des mariés avait chargé Servais Cardon de lui sculpter un autel de marbre et de pierre de touche. Ce travail achevé au mois d'août 1642, fut payé 2700 florins à l'artiste. Cette somme fut couverte, au moins en partie, par les dons des membres de l'association. Corneille de Baellieur y contribua pour six florins (3).
Cet artiste remplit les fonctions de doyen de la gilde de S' Luc, du 18 septembre 1644 au 18 du môme mois 1645. Il y reçut, en qualité de fils de maître, ses frères Abraham et Louis de Baellieur (4). Il ouvrit, en 1652- 1653, son atelier à un apprenti peintre que les archives de la corporation nomment tantôt Josse, tantôt Juste
(i) Li^^erm cités, T. II, pp. 14 et 18.
(2) Ihid., T. II, pp. 157 et 162.
(3) Registre de la sodalité des mariés.
(4) Liggeren cités, T. II, pp. 154, 155, i)9 et 162.
Garnier(i) et qui ne paraît avoir jamais acquis la francmaîtrise. Ce Garnier était probablement un parent de Marie Garnier ou Granier, la femme d'Abraham de Baellieur, le vieux, frère de Corneille.
Celui-ci se rendit à cheval à Gand, le i mai 1655, pour y aller rendre visite à CornéHe Wouters, tante de sa femme. Il la trouva mourante et fit, après son décès, inventorier ses efi"ets par le procureur Schillewaert. Il porta de ce chef en compte à ses cohéritiers, à la demande de qui il avait fait ce voyage, la somme de 16 florins 12 sous, y compris ses frais de route et de location du cheval.
Nous voyons dans un acte notarié du 10 janvier 1657, que Corneille de Baellieur était, à cette époque, tuteur légal des enfants de feu Corneille de Wael, frère de sa femme et marchand d'objets d'art. Son cotuteur s'appelait Jean Hoydonck . Celui-ci se fit garantir par la famille de Wael, héritière de leur oncle et grand-oncle Jean Wouters, des suites des procès et autres difficultés qui pourraient lui être suscités par Jean de Wael, fils du prédit Corneille, à cause de l'aliénation d'une ferme et de terres situées à Melsene. Cet immeuble, d'une contenance de près de 20 bonniers, dépendait de la succession de Jean Wouters et avait été vendu à Luc Hasaert et à Barbe van Mittendorff", sa femme. Le Jean de Wael dont il s'agit ici, était l'excellent graveur de ce nom. Il allait atteindre sa 25^ année au mois de juillet 1657, ^^ sa majorité prochaine paraît avoir causé à Jean Hoydonck des appréhensions que n'éprouvaient pas les
(i) Op. cit., pp. 238 et 241.
tantes et les oncles par alliance du jeune artiste (i).
Corneille de Baellieur^ le vieux, fut appelé, en 1661, à témoigner en justice, comme expert, au sujet de l'authenticité d'un Sauveur et de douze apôtres, acquis par le chanoine François Hillewerve, comme des originaux d'Antoine van Dyck. Il déclara, qu'à sa connaissance, ce maître n'avait jamais peint deux fois les mêmes tableaux, mais qu'il avait bien vu des copies exécutées d'après lui et retouchées de sa main. Ces copies paraissaient à de Baellieur aussi bonnes que les originaux. L'artiste était d'avis que si l'on donnait vingt-cinq livres de Flandre du meilleur des tableaux en question, la valeur en serait payée. Le maître habitait, à cette époque, le rempart des Tailleurs de Pierres (2).
Marie de Wael, la deuxième femme de Corneille de Baellieur, le vieux, décéda dans l'intervalle qui s'écoula du 18 septembre 1670 au 18 du môme mois 1671. C'est, au moins, à cette époque, que le paiement de sa dette mortuaire est renseigné dans le compte de la gilde de S' Luc (3).
Notre Corneille mourut le 26 juillet 1671. Il fut inhumé à S* Jacques, où se lisait autrefois l'inscription suivante :
Hier leet begraven den eersamen Cornelis de Baelleur sterft den 26 JuLY A° 1671
ENDE DE EERBARE JoUFFROU MaGDALENA
(i) Protocoles du notaire François vau den Berghe, année 1657, aux archives de la ville d'Anvers.
(2) L. Galesloot. Un procès pour une vente de tableaux attribués à ^Antoine van TDyck. 1660-1662. — annales de l'Académie d'archéologie de Belgique. 2^ série, T. IV^ p. $61 et suiv., p. 585.
(3) Liggeren cités, T. II, p. 408.
Matthyssen syn huysvrouw sterft den 2} july a° 1634
ENDE DE EERBARE JOUFFROU MaRIA
DE Wael SYNE TWEEDE HUYSVROU
STERFDEN . . . . (l)
Le paiement de la dette mortuaire de notre peintre est mentionné dans le compte cité de la gilde de S' Luc.
Corneille de Baellieur, le vieux, fut un peintre distingué d'histoire et de bas-reliefs historiques. Le procès dont nous avons parlé et où il fut appelé comme expert, en même temps que Jacques Jordaens, Abraham van Diepenbeeck, Hubert Sporckmans, Jean Boeckhorst Juste van Egmont et d'autres peintres de grand talent, prouve assez l'estime dont il jouissait auprès de ses contemporains.
Un tableau de notre maître, exécuté sur cuivre, orne le musée de Brunswick. Il représente, de la manière suivante, l'épisode de la femme surprise en adultère. Le Sauveur placé au milieu de la composition^ s'entretient avec la pécheresse; des Pharisiens et des docteurs de la loi écoutent avec attention les paroles de Jésus. Un d'eux regarde à travers un verre les lignes d'écriture tracées sur la terre, duelques soldats entourent ce groupe. Au fond, un paysage. Figures entières. Signé : Cor. d. Baellieur (2).
(i) Inscriptions jnnêrain's et iiioiiumentatcs de la province d't^4iivers. T. II, p. 256.
Traduction : Ci-gît Thonorablc Corneille de Baelleur, mort le 26 juillet de l'an 1671, et l'honorable demoiselle Madeleine Matthyssen, sa femme, décédée le 23 juillet de l'an 1634, et l'honorable demoiselle Marie de Wael, sa seconde femme, morte le
(2) L. Pape. Ver^eichnis-{ der GeviàUe-Sanwihing des Her:^oglicben [Muséums ^n Tiraunschiveig . Braunschiveig, 1849, p. 64, no 171.
M. le docteur W, Bode, qui parle de ce tableau, range son auteur au nombre des peintres flamands de troisième ordre, et il lui trouve des affinités avec les Francken, surtout avec François Francken, le jeune (i). N'ayant pas vu l'œuvre, il nous est impossible de contrôler les assertions du savant allemand. Mais nous avons remarqué plus d'une fois chez M. Pierre-Antoine Verlinde, artiste-peintre, à Anvers, deux grands et admirables tableaux de fleurs de Gaspard-Pierre Verbruggen, le vieux, au milieu- desquels notre Corneille de Baellieur avait peint de superbes bas-reliefs, en grisaille. Ces bas-reliefs, qui retracent des scènes de la vie de bienheureux de l'ordre de S' Dominique, ne nous rappelaient en aucune manière les Francken, qui précédèrent François, le jeune, ni ce maître lui-même. Ils trahissaient plutôt l'influence de l'école de Rubens.
Ces compositions provenaient du couvent des Dominicains d'Anvers. Elles furent vendues publiquement dans leur jardin, peu d'années après la révolution de 1830. Elles étaient alors au nombre de douze, dont six grandes et six petites. Ces dernières, ainsi que quatre des grandes, sont allées à Paris, d'après un renseignement que nous devons à l'obligeance de M. Verlinde. C'est une grande perte pour notre ville, si ces tableaux valaient, comme c'est probable, ceux que nous avons vus. (2)
(i) Algemeiiu'S Kinistler-Lexikon. Heraiisgegeben von D'^ Jiilius Mcycr. Zweite gànzUch neiihearbcitett. ^Auflagc von Nagkr's Kilnstîer-Lexikon. T. II, p. 536.
(2) Cette notice est datée du 6 octobre 1875.
Corneille DE BAELLIEUR, le jeune (1642-1687).
â^^>«^^ e peintre, fils de Corneille de Baellieur, le vieux, f ^(^M *-'^ ^'^ Marie de Wael, naquit à Anvers et y fut "Ài^^^tcnu, comme nous l'avons vu, le 24 janvier 1642, sur les fonts baptismaux delà cathédrale, quartier nord, par son oncle Corneille de Wael, marchand d'objets d'art, et Jeanne de Wael, sa tante. Il est probable que son père lui enseigna son art. Comme lui, il se fit recevoir dans la sodalité des célibataires, où il fut admis le 18 octobre 1665, Il en fut élu consulteur le 23 octobre 1672 (i).
Corneille de Baellieur, le jeune, épousa, le 8 mars 1681, dans la cathédrale, quartier nord, Marie-Cornélie Dresselaers, en présence de Jérémie Cock et de Pierre- David Michielsen. Quoique les noms de Dresselaer et de Cock soient connus dans les archives de S' Luc, nous ne saurions affirmer que la femme de notre artiste appartenait à la famille du brodeur Crépin Dresselaer, ni que le témoin Jérémie Cock soit le peintre reçu franc-maître en 1656-1657 (2).
Corneille de Baellieur, le jeune, n'eut pas d'enfants de son mariage : nous n'en avons, du moins, découvert aucun.
(i) Registre de la sodalité des célibataires.
(2) Ph. Rombouts et Théod. Van Lerius. Les Lig^eren et autres archives historiques de la gilde anvcrsoise âeSaint Luc. T. II, pp .277 et 28^.
Ce ne fut qu'en 1683-1684, lorsqu'il avait atteint l'câge de 41 à 42 ans, qu'il se fit recevoir dans la gilde de S^ Luc, en qualité de peintre et de fils de maître (i). L'artiste paraît s'être adonné de préférence à la peinture des bas-reliefs. Il est probable que Melchior Baeck mentionné en 1 685-1 686, dans le compte de la corporation, comme apprenti peintre chez Christophe Ballieuw, a été l'élève de notre Corneille, les registres ne mentionnant nulle part l'admission de ce Christophe Ballieuw à la franc-maîtrise (2).
Corneille de Baellieur, le jeune, avait été désigné pour remplir les fonctions de doyen de la gilde de S' Luc, du 18 septembre 1686 au 18 septembre de l'année suivante. Mais l'artiste se racheta de cette charge, le 20 août 1686, moyennant la somme de 100 ducatons, sans préjudice du droit de la gilde de l'élire comme administrateur de sa caisse de secours mutuels (busse) (3). Il fut remplacé par le peintre Louis Pauwels, qui reçut les 300 florins stipulés pour sa hbération (4).
Corneille de Baellieur, le jeune, décéda dans les premiers mois, de l'année 1687. Le compte de la cathédrale de la S' Bavon 1686-1687 mentionne au 9 mars de cette dernière année une recette de 21 florins 16 sous, pour le service funèbre de première classe de notre maître, qui était décédé (5) dans le quartier nord de cette paroisse (6).
(i) Op. cit., T. U, pp. 497 et 500.
(2) Ibtd., T. II, p. s 13.
(5) J.-B. VAN DER Straei,en. Jiierboek der verniaerde en kunstryke gilde van Sint Lucas hinnen de stad Antwerpen, pp. 141 et 142,
(4) Liggeren cités, T. II, pp. 516, 517 et 521.
(5) Liggeren cités, T. II, p. 497, note 3, p. 520.
(6) Cette notice est datée du 27 octobre 1875,
Louis de BAELLIEUR II.
omme nous l'avons vu, cet artiste naquit à Anra^î^vers et y fut tenu sur les fonts baptismaux de la cathédrale, le 17 décembre 16 12, par Érasme Rubens, fils de Josse et Anne Goossens. Il avait, ainsi que nous l'avons dit, pour père maître Louis de Baellieur, qui façonnait le verre : sa mère se nommait Anne van der Bruggen.
Louis de Baellieur, le jeune, est le seul des fils de ses parents qui se trouve nominativement désigné dans le testament de ceux-ci. C'est donc lui qui s'est rendu en Italie pour s'y perfectionner dans l'art de travailler le verre et qui est revenu de ce pays avec un jeune homme nommé Jean-Baptiste Hippolyto, à qui le vieux Louis de Baellieur légua un de ses habits et un manteau. Il fut reçu, au mois de janvier 1633, membre de la sodalité des céUbataires, dirigée par les jésuites d'Anvers. Élu, le 16 novembre 1659, consulteur de cette association pieuse, il en fut nommé le 31 octobre 1653;, assistant du préfet et préfet lui-môme le 26 octobre
Son frère Corneille de Baellieur, le vieux, étant doyen de la gilde de S' Luc, en 1644-1645, il s'y fit recevoir
(i) Registre de ladite sodalité.
en qualité de fils de maître. Le Liggere le mentionne comme peintre, mais le compte de la corporation ajoute à cette profession celle d'artiste travaillant le verre (jchildcr ende weer chaule in 't gelas) (i).
Nous avons vu dans la biographie de Louis de Baellieur, le vieux, qu'en récompense des bons services et de l'assistance que notre maître avait rendus et rendait encore à ses parents, ceux-ci lui léguèrent, par préciput, après leur décès, l'atelier de son père, avec tous les matériaux servant au travail du verre. Le vieux Louis étant venu à décéder, le 7 août 1660, moins d'une année après sa femme, notre artiste entra en possession de cette partie de leur héritage. Mais il n'en jouit pas longtemps, car la mort l'enleva le 2 février 1663, ^^^^ *^s ^'^ Purification de la S'^ Vierge. Il fut inhumé, auprès des siens, (2) dans l'église de l'abbaye de S' Michel (3).
(i) Ph. Rombouts et Théod. Van Lerius. Les Liggeren et autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc, T. II, pp. 155 et 162.
(2) Inscriptions funéraires et monumentales de la province d'Anvers. T. IV, p. 70. — Liggeren cités, T. II, p. 341.
(3) Cette notice est datée du 29 octobre 1875.
Abraham de BAELLIEUR I (1620-1624 ?-i67i-i672).
^îes registres baptismaux d'Anvers ne mentionîf^lË^nent pas ce fils de Louis de Baellieur, le vieux,
^et d'Anne van der Bruggen. Sa filiation nous est prouvée par la pierre sépulcrale de sa famille, qui existait autrefois dans l'église de l'abbaye de S' Michel de notre ville. L'inscription nous permet aussi de fixer approximativement la date de la naissance de notre Abraham. En effet, son frère Louis et ses deux sœurs qui y sont mentionnés, le sont à leur rang d'âge, et non d'après les dates de leur décès. Ainsi la première citée Catherine, morte en 1678, était née en 1609, Louis, défunt en 1663, avait vu le jour en 1612, et Anne, décédée en 1679, était venue au monde en septembre
1619. Abraham qui la suit dans l'inscription, a fait par conséquent sa première apparition ici-bas, au plus tôt en
1620. Ses cinq frères et sœurs étant nés dans l'espace de 13 ans, nous ne croyons pas que la date de son arrivée sur la terre puisse être reculée après 1624.
Abraham de BaelHeur, le vieux, entra, en 1643-1644, dans la sodafité des célibataires, dirigée par les Jésuites d'Anvers : il en fut élu consulteur au mois d'octobre 1647 (i). Il fut admis, dans la gilde de S* Luc, en
(i) Registre de la sodalitc des célibataires.
1 644-1645 5 époque du décanat de son frère Corneille de Baellieur, le vieux. La note de son inscription dans le registre ad hoc et dans le compte de la corporation le mentionne comme fils de maître et travaillant le verre (werckt in glas) (i). Abraham est le troisième artiste du nom de de Baellieur que nous trouvons avec cette désignation, très-rarement employée dans les archives de la gilde. Les collectionneurs de beaux vases de verre feront donc bien d'examiner si quelques-uns de ces meubles délicats et fragiles ne portent pas par hasard les monogrammes des deux Louis ou d'Abraham de Baellieur, car tous ces objets si prisés ne sont pas de fabrication étrangère.
Notre artiste épousa, le 25 février 1649, dans la cathédrale, quartier nord, Marie Granier. Ce mariage eut pour témoins Louis de Baellieur, père d'Abraham, et Maurice Hustinay, clerc de la paroisse, et fut célébré avec dispense de tous les bans et du temps clos. Il donna le jour à trois enfants, qui furent tous tenus sur les fonts baptismaux de Notre-Dame, quartier sud : i" Louis-Joseph, le 20 mai 1652, par son aïeul Louis de Baellieur, le vieux, et Catherine Verheyen ; 2° Jean- Baptiste, le 16 janvier 1655, P''^^ Louis de BaeHieur, représentant Adrien Govaerts et Catherine de Baellieur, tante de l'enfant, suppléant Jeanne van der Bruggen ; 3° Abraham, le 11 février 1657, par le peintre Corneille de BaelHeur, le vieux, son oncle, et Anne de Baellieur, sa tante, au nom de Barbe Granier, béguine.
(i) Ph. Rombouts et Th. Van Lerius, avocat. Les Liggerm et autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc, T. II, pp. 154 et 162.
Cet Abraham de Baellieur, que nous nommerons le jeune, fut reçu, à partir du 23 octobre 1672, dans la sodalité des célibataires. Il fut inscrit en 1672-1673, dans le Liggere de la gildc de S* Luc, en qualité d'apprentipeintre : le compte de la corporation nous apprend qu'il entra à l'atelier de Gaspard de Witte (i). Il ne paraît pas avoir acquis la franc-maîtrise. Un acte reçu le 25 mars 1687, par le notaire Gérard Casens, nous apprend qu'il était, à cette époque, essayeur général de la monnaie de Sa Majesté (2). Les comptes de la cathédrale de la S* Bavon 1695 à la Noël 1698 le signalent comme locataire d'une des maisons de cette église.
Son père Abraham de Baellieur, le vieux, fut admis, en 1 649-1650, dans la chambre de rhétorique de la Giroflée (Violiere), en qualité d'am.ateur. Il paya la somme de 18 florins, pour droit d'entrée. Les 10 florins dont il était redevable^ à cette époque, du chef de sa contribution annuelle, ne sont pas portés en compte. Cette contribution fut réduite plus tard à 3 florins, que l'artiste solda, à partir de 1650-1651, jusqu'en 1670-1671.il fut astreint à payer 5 florins, en 1 671-1672 (3).
Le maître avait été admis entretemps dans la sodalité des mariés, dont il fut élu consulteur le 14 mai 1654 (4).
(i) Liggn-en cités, T. II, pp. 419 et 424.
(2) Protocoles du notaire cité, aux archives communales d'Anveis, volume de 1687, p. 37.
(3) Liggeren cités, T. II, pp. 211, ibid., 221, 232, 245, 254, 266, 274, 283, 290, 301, 310, 323, 333, 344, 354, 360, 368, 377, 383, 393,400, 408, 413. Abraham de BaeUieur, le vieux, est mentionné en quelques-uns des endroits cités comme marchand d'objets d'art, mais c'est une erreur d'annotation.
(4) Registre de la sodalité citée.
Abraham de Baellieur, le vieux, mourut du temps du deuxième décanat du peintre Ambroise Brueghel, c'està-dire entre le i8 septembre 1671 et le 18 du même mois 1672 (i). Le compte de la gilde ne mentionne pas le paiement de sa dette mortuaire (2).
Nous passons sous silence le peintre Grégoire de Baellieur, qui fut reçu franc-maître de notre gilde de S' Luc, en 1647-1648^ et qui nous paraît étranger à la famille des artistes qui précèdent.
(i) Lifgcrcn cités, T. II, pp. 411, 425.
(2) Cette notice est datée du 8 novembre 1875.
Pierre de BALLIU.
e graveur distingué est fils de Bernard de Bal- ^iiu, dont le nom s'écrit parfois de Ballieul, dans les anciens registres des paroisses d'Anvers, et d'Agnès Jacops. Il naquit dans notre ville et y fut tenu le i mai 161 3, sur les fonts baptismaux de l'église S' Jacques, par Pierre de Ballieul ou de Balliu, que nous croyons son oncle, et Anne Jacops. Il fut l'aîné de huit frères et sœurs, dont les noms suivent :
1° Anne, baptisée dans ladite église le 3 mai 16 16; parrain^ Antoine Liesaert, peintre, fils de maître, admis dans la gilde de S* Luc le 29 novembre 1614 (i) ; marraine, Catherine Nagelers. 3° Marie, le 16 octobre 1618: elle fut tenue par Frédéric van Horen et Marie Heysen, sur les fonts baptismaux de la cathédrale, quartier sud. C'est là aussi que furent régénérés tous les enfants subséquents. 4° Une seconde Anne, le 14 juillet 1620; parrain, Pierre de Ballieul ou de Balliu, probablement l'oncle de la petite fille; marraine, Anne van Hove. 5° Elisabeth, tenue le 3 mars 1623^ par Jean Gansacker et Lucrèce Moucheron. Les parents de Pierre de BaUiu
(i) Fh. Rombouts et Théod. Van Lerius, avocat. Les Liggeren et autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc, T. I, p. 513.
habitaient, à cette époque, à l'enseigne du Lis rouge, dans la rue du Jardin des Arbalétriers. Nous les retrouvons encore en 1631, dans le même quartier de la ville. 6" Agnès, le 3 août 1625, par Gérard de Houwer, joaillier (i) et Anne Jacops. 7° François, le 17 juillet 1628, par François de Coninck de Decker et Catherine Alewyns. 8° Un second François, le 18 août 1630, par Frédéric van Hove et Anne Jacops. 9° Antoinette, le 29 août 163 1, par Antoine Jaspers et Anne Jacops, prédite.
Pierre de Balliu n'est pas inscrit comme apprenti dans les registres de notre gilde de S* Luc. Un graveur et connaisseur, de nos amis, le tient pour élève de Pierre de Jode, le vieux, tandis que M. E. KoUoff est d'avis que Scetsélon (Scbelté) de Bolswert lui enseigna son art (2).
La première opinion nous paraît la mieux fondée. Quoi qu'il en soit, Pierre de Balliu fut admis, en 1629- 1630, comme franc-maître de la corporation anversoise de S' Luc, il comptait à peine 16 à 17 ans. Le Liggere écrit son nom Beulleur, tout comme le compte de la confrérie. (3)
M. Kolloff a relevé sur ses estampes les signatures suivantes : P. de Bailleu, P. de Bailliu, P. de Baillieu, P. de Baillue, Balieu, P. Balleu, P. de Balliu, qui nous semble la plus rationnelle. Ce mot n'est, en effet, autre chose que l'ancien substantif flamand de haUieii, qiu signifie en français le bailli.
(i) Inscriptions funéraires et monumentales de la province d'Anvers. Anvers, T. I, p. 342.
(2) tAïïgemeiiies Kiinstler-Lexikon. Leipzig, 1875, T. II, p. 556.
(3) Liggeren cités, T. II, pp. 3 et 9.
Pierre de Balliu se rendit en Italie, à une époque qui nous est inconnue. Il se trouvait à Rome, en 1635, d'après l'inscription d'une de ses estampes, gravée d'après le célèbre Pierre van Lint et représentant des pèlerins qui vénèrent la confession de S' Pierre (i).
Il résidait encore dans la capitale de la chrétienté, en 1637, et y exécuta, à cette époque, une planche ayant pour sujet l'empereur Constantin-le-Grand posant la première pierre de la basilique du prince des apôtres, sujet composé par le même Pierre van Lint (2).
Nous retrouvons notre graveur dans sa ville natale, trois ans plus tard. Il y épousa, en effet, le 28 juin 1640, Elisabeth van Engelen. Ce mariage fut contracté avec dispense de tous les bans, en présence de Balthasar van Engelen et de Daniel de Bruyn, un des amateurs de la chambre de rhétorique de la Giroflée (Fiolicre), dont il fut reçu membre en 1643 -1644 (3).
Cinq enfants naquirent de ce mariage : 1° Bernard, tenu sur les fonts de S' Jacques, le 31 mai 1641, par Bernard de Balliu, son aïeul, et Marie Bogaerts. Il embrassa la carrière paternelle, et nous en parlerons spécialement. 2° François, baptisé le 2 septembre 1642, dans la cathédrale, quartier sud, où furent aussi présentés les deux suivants. Parrain : Rombaut van de Velde, éditeur d'estampes et marchand d'objets d'art, admis dans notre gilde, en 1645 -1646 (4) : il publia quelques planches
(1) E. KoLLOFF, /. c, T. II, p. 560, no 88. Cette gravure fait partie de la collection de feu notre beau-père, M. P.-Th. Moons-van der Straelen.
(2) E. KoLLOFF, /. c, T. II, p. 560, no 87.
(3) Liggeren cités, T. II, pp. 150, 160 et 170.
(4) Liggeren cités, T. If, pp. 168 et 172.
de Pierre Balliu (i), Marie de Bruvn fut marraine de l'enfant. 3° Un second François, le 12 août 1643 : il fut tenu par Pierre van Engelen et Sara Bogaerts. 4° Pierre, le 27 mai 1644, par le célèbre graveur Pierre de Jode, le jeune, et Agnès de Balliu, tante de l'enfant. Signalons, en passant, ces relations de Pierre de Jode, le jeune, avec Pierre de Balliu. Elles ne sont pas faites pour infirmer l'opinion de l'artiste-connaisseur qui est d'avis que de Balliu eut pour maitre Pierre de Jode, le vieux, décédé le 9 août 1634 (2). Ce Pierre de Balliu reçut pour second patron, lors de sa confirmation. S' François. Il s'appela par conséquent Pierre-François, et fut peintre. Nous donnons plus loin sa biographie. 5° Arnould, le dernier des enfants de Pierre de Balliu et d'Elisabeth van Engelen, fut baptisé, à S' Jacques, le 23 janvier 1647, et présenté par Pierre van Engelen et Marie Willemsen van de Westcrlaken.
Disons maintenant quelques mots des œuvres de notre rirtiste. Lorsqu'il se trouvait à Rome, il attira sur lui les regards du célèbre peintre Joachim de Sandrart, qui l'employa, malgré son jeune âge, avec Théodore Matham^ Corneille Bloemaert, Régnier de Persyn, Claude Mellan, Charles Audran et d'autres graveurs de renom, à reproduire les antiques de la galerie du prince Justiniani. Ceci eut lieu probablement en 1633, lorsque de Balliu comptait:! peine 20 ans (3). M. E. Kolloft'cite 103
(1) E. KoLLOFF, /. c, T. II, p. 5)7, nos 2 et 160, n" 86"J.
(2) CoRNELis DE BiE. Hd GulclcH Cabinet, enz., p. 493. — Lig^eren cités, T. I, p. 413, note 2.
(3) Joachim de Sandrart a Stockau. xAcadeuiia nobilisslnueartis pictoria. Noribergœ, cioidclxxxiij, p. 362.
planches qui portent son nom ou lui sont attribuées, et parmi lesquelles il s'en trouve de fort remarquables (i). Le maître a travaillé, entre autres, d'après Pierre-Paul Rubens, Antoine van Dyck, Abraham van Diepenbeeck, Jean Thomas, Théodore van Thulden, Théodore Rombouts, Erasme Quellin, etc., et aussi d'après Raphaël Sanzio, Annibal Carrache, Guido Reni et Bernardino Gagliardi.
L'auteur de cette biographie possède dans un livre ou recueil de gravures qui appartenait, en 1687, au célèbre statuaire Henri-François Verbruggen, dont il porte la signature, une belle estampe de Pierre de Balliu exécutée d'après Théodore van Thulden. Cette planche, de format petit in-foHo, non mentionnée par M. Kolloff, représente S^ François Xavier à genoux devant un prie-Dieu et accompagné d'un ange qui le présente à l'enfant Jésus, que tient la Sai?ite Vierge. Trois têtes d'anges ailés apparaissent dans le ciel près de ce groupe. Les inscriptions suivantes se hsent sur cette gravure : au-dessous de S' François Xavier, les mots : Satis est, Domine, satis est (2). A droite ; Theodor. à Tulden delin. — Pet rus de Baillue fecit et excudit.
Nous tenons à faire observer ici que la plus ancienne édition du Sauveur et des apôtres, gravée par notre maître sur les dessins de Théodore van Thulden, n'est pas celle de Gaspard Huberti, citée par M. Kolloff (3). Le recueil cité renferme en effet quelques-unes de ces planches qui portent, outre le nom du peintre, les mots :
(i) I. c, T. II, p. 557 et seqq.
(2} C'est assez, Seigneur, c'est assez.
(3) Loc. cit., T. II, p. 558, 11° 27.
P. de Balliu exe. — Pet. de Bail in sculpsit et excudit. — Pet. de Ballue fecit et excudit, etc. Il nous reste encore à faire connaître quelques particularités concernant notre artiste. Ainsi les Vicrschaerboecken, conservés aux archives de la ville d'Anvers, nous apprennent que le 3 1 août 1646, Elisabeth van Engelen, la femme de notre graveur, fit pratiquer une saisie sur les biens de son mari. Le registre se tait sur les motifs de cet acte de procédure. Il nous dit, par contre, que Michel Claphouwer agit de même, le 2 août 1647. Celui-ci était un imprimeur en taille-douce, qui avait été reçu franc-maître de la gilde de S* Luc, en 1643-1644 (i).
Pierre de Balliu grava, d'après Anselme van Huile, le portrait de Henri Herdingh, bourgmestre de Munster, qui porte la date de 1650 (2). C'est la plus récente que nous ayons rencontrée relativement à notre maître, car les trois effigies d'artistes, que renferme de lui le Giilden Cabinet de Corneille de Bie, publié en 1662, avaient été exécutées pour l'ouvrage que Jean Meyssens publia en 1649, sous ce titre : Images de divers hommes d'esprit sublime, qui par leur art et science devront vivre éternellement et desquels la louange et renommée faict estonner le monde (3).
Nous ignorons le lieu et l'époque du décès de Pierre de Balhu (4).
(i) Liggeren cités, T. II, pp. 145 et 151. (2) KoLLOFF, loc. cit., T. II, p. 561, 11° 98, c. I. (5) C. Kramm. De Icvens en luerken der Hotlandsche en Vlaamsche knnstschilders , heetdhoiiwers, graveurs en houivmeesters. T. IV, p. 1115. ('4) Cette notice est datée du 18 novembre 1875,
Bernard de BALLIU (1641-1 ?)
'^ ^ graveur de talent était l'aîné des enfants de LtM Pierre de Balliu et d'Elisabeth van Enselen. Il
naquit, comme nous l'avons dit, à Anvers, et y fut tenu sur les fonts baptismaux de S' Jacques, le 3 i mai 1641, par son aïeul Bernard de Balliu, et Marie Bogaerts.
Il est probable que son père lui enseigna son art. Les archives de la gilde de S' Luc ne mentionnent pas son entrée en apprentissage, omission qui se remarque d'ordinaire quant aux fils de maîtres. Elles nous apprennent, par contre, que le graveur Bernard de Balliu fut reçu, en 1662-1663, en ladite qualité de fils de maître. Le Liggere orthographie son nom Ballieur, tandis que le compte écrit Ballieu. L'un et l'autre document oublient le de (i).
Bernard de Balliu comptait de 21 à 22 ans^ à l'époque de son admission. Nous le perdons de vue jusqu'en 1674, année pendant laquelle nous le trouvons à Rome. Il y signa, le 3 janvier 1675, les lettres d'admission dans
(i) Phil. Rombouts et Théod. Van Lerius, avocat. Les Liggeren et autres archives historiques delagilde anversoise de Saint Luc, T. IL, pp. 354 et 344.
la bande académique, du bon peintre et graveur à l'eauforte, Abraham Genoels, le jeune, de l'excellent statuaire Pierre Verbruggen, le second, tous deux Anversois. De Balliu portait la surnom de Ciel (Hemeï) dans cette joyeuse réunion d'artistes (i).
Le maître résida longtemps à Rome. M. E. Kolloft' cite, outre son portrait, par lui-même, avec les attributs du graveur, 12 planches exécutées, la plupart, d'après des maîtres italiens. La presque totalité porte l'adresse de l'éditeur romain G. G. de Rossi (Jo. Jacobus de Rubeis). L'iconographe cité signale ces productions de Bernard de Balliu comme des estampes de mérite (2). Elles portent son nom écrit de différentes manières : Bernard Baleu, de Baleu., de Bailliu, Bahu et Balliu (3). Les graveurs de lettres ne seront pas étrangers à ces variantes d'orthographe.
Nous ignorons si notre artiste revit jamais sa ville natale. L'époque et le lieu de son décès nous sont également inconnus. Il se trouvait encore probablement à Rome, sous le pontificat d'Lmocent XI (1676-1689), puisqu'il y fit paraître, dans ce temps-là, quatre portraits de cardinaux, encore vivants, dont l'un, exécuté d'après
(i) Ark. Houbrakek. T)c groole Schoiihnr^h der NcckrJamUsche hinstschilders eu schilderesscii. Amsterdam, 1721, deel III, bl. loi en
Houbraken tenait son récit de Genoels lui-même. Ce maître lui ayant écrit qu'il n'arriva à Rome que le 4 novembre 1674, il est évident qu'il n'a pu y être reçu dans la bande académique, le 3 janvier de la même année, et que c'est 1675 qu'il faut lire. Faisons observer ici, en passant, que le nom de notre graveur est écrit erronément Baillen dans le texte d'Houbraken.
(2) ^llgemeines Kiiitstler-Lexikon, T. II, p. 562.
(3) KoLLOFF, /. c, T. II. p. 562.
Godefroid Kneller (i), représente l'effigie da cardinal Pierre Basadonna (2), mort en 1684 (3).
(i) Ibid., t. II, p. 562, no 7.
(2) Ch. le Blanc. Manuel de l'amateur d'estampes, T. I, p. 151.
(5) Cette notice est datée du 20 novembre 1875.
Pierre-François de BALLIU.
ierre-François de Balliu était fils du graveur de Y/pA ^M mérite Pierre de Balliu et d'Elisabeth van En-
4^^gelen. Il naquit à Anvers et y fut tenu, le 27 mai 1644, sur les fonts baptismaux de la cathédrale, quartier sud, par le célèbre graveur Pierre de Jode, le jeune, et par Agnès de Balliu, sœur de son père. Son prénom de François lui fut donné lors de sa confirmation.
Le premier maître de Pierre-François de Balliu ne nous est pas connu. Le jeune peintre se rendit en Italie, pour s'y perfectionner dans son art et y fut admis à Rome, dans l'ateUer de Carlo Maratti. C'est ce que nous apprend Jacques van der Sanden, secrétaire de l'ancienne académie d'Anvers, dans son manuscrit intitulé : Ouâ Konsttûoneel van Antwerpen. L'auteur ajoute que de Balliu s'exerça aussi à copier les œuvres des grands maîtres italiens et qu'il fit des dessins de monuments et de statues antiques.
Notre peintre ne retourna que fort tard dans sa ville natale. Les archives de la gilde de S' Luc nous apprennent, en effet, qu'il n'y fut reçu, en qualité de fils de maître, qu'en 1688-1689 (i).
(i) Phil. Rombouts et Théod. Vax Lerius, avocat. Les Li^^cren et autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc, T. II, pp. 531 et 536. Les registres omettent constamment le de du nom de l'artiste.
Les comptes de la corporation signalent les noms de trois apprentis que Pierre-François de Balliu admit dans son atelier : Jacques van Pelt et Etienne van den Eynde, en 1696-1697, Jean-Pierre Goesin, en 1697-1698 (i).
Campo Weyerman parle de notre artiste, dont il désigne le prénom par l'inconnue A^.,et dont il orthographie le nom Baljiiiu. D'après sa malheureuse habitude, il s'efforce de tirer le maître en ridicule, mais il n'en rend pas moins justice au talent avec lequel de Balliu exécutait les vases dont il étoffait les tableaux de ses contemporains, les peintres de fleurs anversois. Ces vases sont, dit-il, artistement peints et bien colorés, mais ils manquent de relief, ce qui est dommage, car les petits enfants, les satyres, les nymphes et autres ornements dont il les pare, sont habilement dessinés et bien traités. Après avoir loué de Balliu sous ce rapport, Campo Weyerman le raille au sujet d'un Christ en croix, avec accessoires, peint par lui (2),
Notre artiste était réellement un homme de talent. C'est ce que prouvent, entre autres, deux tableaux de sa main, exécutés en camaïeu et peints sur les murs de deux niches pratiquées dans l'ancienne salle du petit collège, à l'hôtel de ville d'Anvers. L'une de ces compositions fait face aux fenêtres et représente V^réopage d'Athènes, de la manière suivante. Dans la partie supérieure, la Justice assise tient une lance de la main droite et un livre ouvert, de la gauche. Plus bas, de ce côté, un personnage debout, coiffé d'un casque orné d'étoiles, étend la main dans la direction de la Justice,
(i) Liggeren cités, T. II, pp. 596 et 607.
(2) Jacob Campo Weyerman. De Jevens-beschryviugen cler Nederlandsche konst-schilders en konst-schiJdcressen. T. III, p. 230.
et paraît prononcer un discours. Ce serait, d'après le manuscrit cité de Jacques van der Sanden, S' Denis l'Aréopagite. Près de lui est figuré, également debout, un jurisconsulte portant un livre à la main. A droite, huit hommes sont en train d'écrire et d'étudier, dans des postures différentes.
Ce tableau, qui se distingue par de sérieuses qualités de dessin, est peint avec vigueur. L'influence de l'école italienne s'y fait sentir.
Le deuxième placé en face de la cheminée^ a pour sujet la Justice. La partie supérieure de la composition est occupée par trois figures de femmes assises. L'une, qui représente le T)roit romain, tient la main droite sur un faisceau de verges que couronne l'emblème de la liberté. Une lumière céleste illumine de ses rayons le front de la seconde, qui occupe le centre et personnifie le Tarait canon. La troisième, ou le Droit coutumier, tient un livre de la main gauche et regarde le ciel. Le sceptre et la couronne, la mitre et la balance de la justice sont peints en divers endroits de la composition. Plus baSj est debout un personnage armé du glaive et portant un bâton de commandement qu'il étend sur le globe terrestre, surmonté de la croix.
Près du globe, un scribe qui écrit une sentence, un homme qui suit des yeux le tracé des lettres, et, en face, une figure assise près de livres et qui paraît foire une démonstration. Ce camaïeu est plein d'eftet et d'un beau dessin.
Ces deux compositions ont été exécutées probablement en 1708. Il est certain, en tout cas, que l'ordonnance de paiement en fut donnée par le collège des bourgmestres et échevins, le 13 mai 1709. Elle montait
à la somme de 229 florins courant, qui devait être prise de celle de 400 ib de Flandre, mise annuellement à la disposition de nos magistrats (i).
Ces tableaux furent très-appréciés des contemporains de l'artiste. Aussi une Description des œuvres d'art de la ville d'Anvers, éditée au siècle dernier, s'exprime-t-elle ainsi : Le petit collège est entouré de fort belles peintures en bas-relief (lisez : haut relief) par le fameux maître Balieu (2). «
Parmi les peintres de fleurs dont Pierre-François de Balliu étofta les tableaux, nous pouvons citer Gaspard- Pierre Verbruggen, le jeune, et Jean-Baptiste Bosschaert, le second maître de ce nom inscrit dans le Liggere de la gilde de S' Luc.
Notre artiste orna de grisailles représentant quelquesuns des mystères du Rosaire, une partie des quinze ta-
(i) Voici la copie de cette pièce qui nous a été communiquée par M. Pierre Génard, archiviste de la ville d'Anvers : « Geordonneert wt de Ib 400 vlems ter dispositie van myne heeren jarelyckx staende te betalen aen M. Balliu de somme van 229 guldens courant gelt cens, voor soo veel dat beloopt syne rekening over het schilderen in het cleyn collegie op den Raedthuyse deser stadt, luyt de selve. Actum in coUegio, den 13 May 1709. »
Ce que nous traduisons ainsi : Ordonné de payer à maître Balliu, des 400 Ib de Flandre se trouvant annuellement à la disposition de Messieurs (du collège^, la somme de 229 florins argent courant, montant de son compte des peintures du petit collège, à l'hôtel de ville, d'après ledit compte, Ainsi fait en collège, le 13 mai 1709.
(2) Description des principaux ouvrages de peinture et sculpture ; actuellement existans dans les églises, couvais et lieux publics de la ville d'Anvers, donnée an jour pour l'utilité des voyageun. Troisième édition. ^Anvers, Gérard Berbie, 1757, p. 76. — Le privilège d'imprimer est daté du II juin 1755.
J.-B. Descamps, dont le Voyage pittoresque delà Flandre et du. Brabant ne parut qu'en 1769, a connu cet opuscule et en a profité.
bleaux de fleurs dont Jean-Baptiste Bosschaert, le jeune, avait rehaussé cette partie de l'histoire sacrée, Les autres grisailles furent exécutées par Jacques van Hal.
Van der Sanden, qui nous rapporte ces particularités, nous apprend que ces œuvres d'art étaient exposées annuellement dans l'église de S' Paul ou des Dominicains, pendant l'octave de Notre-Dame du Saint Rosaire. Actuellement elles ont disparu, du moins en majeure partie. C'est grand dommage, si elles valaient deux tableaux de petites dimensions, des mêmes artistes, que possède encore ce temple magnifique. Ils ont pour sujet l'un la Purification de la Sainte Vierge, l'autre, V Agonie de Jésus au jardin des Olives, traitées en camaïeu, par Pierre- François de Balliu, et posées au milieu de fleurs brillamment peintes par son collaborateur. Ces productions de l'artiste peuvent compter parmi ses meilleurs ouvrages.
Il est possible que ces tableaux soient un reste de la suite signalée par van der Sanden, car cet auteur nous apprend que celle-ci se composait en partie de grandes et en partie de petites peintures. L'une des grandes était signée : /. Bosschaert, F. 17 19.
Celles que nous venons d'indiquer sont exposées dans le passage qui conduit au chœur, près de la chambre des marguilliers.
L'auteur de cette biographie possède un beau tableau de fleurs de Gaspard-Pierre Verbruggen le jeune. Il est orné d'un superbe vase, peint par Pierre-François de Balliu, et sur lequel sont artistement représentés en basrelief des enfants jouant avec une chèvre.
Nous sommes également propriétaire d'un tableau de
fleurs de Jean-Baptiste Bosschaert IL Elles ornent un beau vase peint en camaïeu par Pierre-François de Balliu et qui repose sur un satyre et deux autres figures. La partie centrale représente des enfants qui jouent avec un lion. Cette œuvre d'art mesure en hauteur 58 centimètres sur 44 de largeur. Elle porte la seule signature de Bosschaert. Le pendant exécuté par les mêmes maîtres, appartient à notre beau-frère, M. Florent Moons. (i)
Pierre-François de Balliu a peint en grisaille un gracieux buste de jeune fille, que Jean-Baptiste Bosschaert II a couronné et entouré de fleurs. La partie inférieure de la guirlande descend sur un bas-relief représentant un génie ailé et couronné de lauriers, au milieu de trophées d'armes. Cette peinture, qui nous appartient, est haute de 30 centimètres et large de 26, à peu près.
Balliu mourut dans l'intervalle qui s'écoula entre le 18 septembre 1726 et le 18 du môme mois 1727. C'est à cette époque que les comptes de la gilde de S' Luc renseignent le paiement de sa dette mortuaire (2). Le maître était âgé de 82 à 83 ans. Il décéda célibataire (3).
Sources : Registres des paroisses d'Anvers. — ■ Archives de la ville d'Anvers. — Archives de la gilde de Saint Luc. — Ph. Rombouts et Th. Van Lerius. Les Liggeren, etc.
(i) M. Florent-Marie-Arabroise Moons, chevalier du St Sépulcre, docteur en droit, conseiller de fabrique de l'église de S' Jacques, à Anvers, ancien président du Bureau de bienfaisance et secrétaire de la Société Royale des Beaux-Arts, était fils de feu M. Pierre-Théodore Moons et de Dame Catherine-Joséphine van der Straelen. Il mourut à Florence, le 23 Mars 1879, ''^ ^'^S^ ^^ 4^ ^"S, 7 mois et 9 jours. Ses restes mortels furent inhumés à Calmpthout, village de la province d'Anvers.
(2) Liggeren cités, T. II, p. 749.
(5) Cette notice est datée du 2 décembre 1875.
Les peintres de HEEM,
«|3^^^ hrétien Kramm est, à notre connaissance, l'au- |tf|y;^teur qui s'est le plus occupé jusqu'ici des fcS^feSà différents artistes de la famille de Heem. Malheureusement, n'ayant à sa disposition qu'un petit nombre de documents authentiques, parmi lesquels les actes de baptême et de mariage foisaient complètement défaut, le biographe néerlandais s'est engagé dans un labyrinthe où le fil conducteur lui manquait. C'est à cette cause qu'il faut attribuer le peu de clarté de cette partie de son travail.
Nous avions trouvé, il y a plusieurs années, dans les registres de nos anciennes paroisses, conservés à l'hôtel de ville d'Anvers, des actes en nombre assez considérable relatifs aux de Heem : ils commencent en 1638 et finissent en 1794. Nous avions déjà fait connaissance, à cette époque, des annotations qui les concernent dans les Liggeren de la gilde de S' Luc. Enfin, des découvertes importantes que nous fîmes aux archives de notre ville nous mirent sur la voie de ce qu'il y avait à réclamer ailleurs. Nous allons, à cette heure, exposer le résultat de nos recherches personnelles et de celles qui ont eu lieu, à notre demande, en Hollande. Mais nous avons auparavant à nous acquitter d'un devoir de reconnaissance. Les renseignements importants qui nous sont parvenus de la Néerlande nous ont
été transmis, en 1869, par l'intermédiaire de M. Joseph- Corneille van Put, bourgmestre d'Anvers, (i) qui avait eu la bonté de les demander pour nous. MM. J. de Craen, secrétaire communal, et Constantin Simillion, dont le nom n'est pas inconnu dans la littérature flamande, ont bien voulu s'employer aussi à nous les procurer. Qu'ils reçoivent ici l'expression de notre gratitude. Celle-ci est bien due aussi à MM. les officiers de l'état-civil des villes d'Utrecht, de Leyden et de la Haye, qui ont mis le plus louable empressement à seconder nos investigations.
Entrons en matière, et occupons-nous d'abord de David de Heem, le vieux.
(i) M. Joseph-Corneille van Put, ancien Bourgmestre de la ville d'Anvers, commandeur de l'ordre de S* Grégoire-le-Grand, mourut à Anvers, le 2 Juillet 1877, à l'âge de 66 ans et 17 jours, étant veuf de dame Marie-Henriette van Steven. Il était fils de feu Jacques van Put et de feue Anne-Catherine Pauwels. Ses restes mortels furent inhumés à Hoboken.
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David de HEEM, le vieux.
'après Kramm, David de Heem né à Utrecht, en 1570, était un excellent peintre de fleurs, de
^^ fruits, de vases d'or, d'argent, de cristal et d'autres objets inanimés. Nous devons faire remarquer que la date signalée ne repose pas, que nous sachions, sur aucun document authentique. Aussi lorsque nous avons désiré nous enquérir, en 1869, sur quel fondement elle s'appuyait, l'honorable M. Boer, offlcier de l'état-civil à Utrecht, a-t-il mandé à M. le bourgmestre d'Anvers que les registres de baptêmes de l'ancienne ville épiscopale ne commençaient qu'en 1626. A moins donc qu'il soit prouvé, ce qui n'est pas même allégué, que le millésime de 1570 résulte des lettres scabinales, d'un acte notarié, etc., nous pouvons en admettre la plausibihté, mais non la ceititude.
David de Heem, le vieux, eut deux fils peintres, David, le second, et Jean. Ils eurent soin, Tun et l'autre, de faire conster de leur descendance, l'un, lorsqu'il se fit inscrire dans la gilde de S' Luc, à Utrecht, en 1668, et l'autre, en signant ses tableaux J. D. de Heem, ou du monogramme J. D. d. H., indications qui signifient Johafi Davids:^on de Heem (Jean, fils de David de Heem).
Le premier fit suivre son prénom des mots T)avids:^oon , (fils de David), lors de l'admission signalée (i).
Nous ignorons si la Grietje ou Marguerite de Heem, mentionnée dans un acte du mois d'août 1670, comme habitant Utrecht, était sœur de David, le jeune, et de Jean. Cet acte a été publié par Kramm(2). Il est certain en tout cas, que nous ne rencontrons aucune fille de ce nom dans les généalogies de Jean et de Corneille de Heem.
Comment se nommait la mère de David, le jeune, et de Jean? Nous nous trouvons dans l'impossibilité de résoudre cette question. Nous nous contenterons par conséquent de faire connaître, qu'en 1869, les registres de mariages d'Utrecht ont été consultés du 8 mars 1590, date de leur commencement, jusqu'au 31 décembre 1608, sans qu'on y ait découvert celui de David de Heem, le vieux. Cet artiste a donc pris femme ailleurs.
Kramm rapporte que notre maître est décédé en 1632, mais nous devons faire observer que cette date n'est pas plus prouvée que celle de sa naissance. L'auteur ajoute que les marchands de tableaux et les possesseurs de ses œuvres font passer facilement ses productions comme exécutées par son fils Jean. Ceci exige l'addition d'un y à la signature, lorsque les peintures sont marquées. Au reste, il y a au nombre des négociants que nous venons de nommer, des gens peu scrupuleux, qui ne reculent devant aucune indignité, lorsqu'ils trouvent le moyen de tromper à leur profit des amateurs peu instruits.
(i) Christ. Kramm. 'De Icvcns en iverken der Hollatidsche en Vlaamschehinstschllders, heeldhotncers, graveurs en homvnieesters. T. III, pp. 652 et 654.
(2) Ihid., T. III, p. 634.
L'auteur cité se trompe, en avançant que le musée de Bruxelles possède un tableau de notre maître : Jean et Corneille de Heem y sont seuls représentés. Par contre, nous rencontrons une peinture de David de Heem, sous le nom de son fils Jean, dans le catalogue du musée ducal de Brunswick, publié en allemand, en 1849, par M. L. Pape. Cette peinture est décrite de la façon suivante : sur une table est posé un vase de porcelaine chargé de raisins, de figues, de pêches et d'un citron coupé. On y voit de plus un verre à vin, une boîte, une assiette remplie d'huîtres, du pain, des cerises, des abricots et une grenade. Le tableau est signé D. DHeem (le dernier D et l'H réunis). Puisque M. Pape, malgré cette signature, l'a mentionné comme une œuvre de Jean de Heem, nous pouvons supposer que c'est une production de son père David (i). Mais ne perdons pas de vue, que, comme nous le verrons, la flimille de Heem compta trois peintres du nom de David.
La seizième édition du catalogue fort mal rédigé de la galerie impériale et royale de Florence signale trois œuvres de David de Heem : 1° un tableau de plusieurs fruits posés sur une table ; 2° un petit tableau, avec une caverne; 3° une masse de fleurs de diff'érentes espèces réunies ensemble. (2). A quel David appartiennent ces productions, dont la deuxième est étrangère au genre cultivé par la fiimillc ? C'est ce qu'il nous est impossible de dire.
Kramm cite, d'après les catalogues publiés par Pierre
(i) Ver\eichms\der Geinàîde-Samriihcng des HeriogUchcn Muséums \u Braunschiveig. Dritte vermehrte Auflage. Braunschiveig , 1849, p. 167, 11° 461.
(2) Op. cil., Florence 1844, pp. 200 et 202.
Terwesten, trois tableaux qu'il attribue à David de Hecm, le vieux. Nous avons vérifié son assertion et nous avons trouvé dans l'ouvrage en question, quatre peintures d'un David de Hcem, sans autre indication. Les deux premières parurent, en 1763, à la vente Guillaume Lormier, qui eut lieu à la Haye. Elles portaient les n°' 136 et 137 et représentaient des tulipes et d'autres fleurs.
Ces deux productions furent adjugées ensemble à 5 florins 10 sous. On pourrait supposer, eu égard à la somme minime qu'elles atteignirent dans cette mortuaire, où les œuvres d'art rapportèrent généralement des prix élevés, qu'il s'agit ici de deux peintures de David de Heem, le troisième, qui paraît avoir eu moins de talent que ses prédécesseurs. Un troisième tableau d'un David de Heem représentant des fleurs valut 71 florins, à la Haye, en septembre 1765, à la mortuaire du président bourgmestre Gérard vanOostrum, à Heusden.
Enfin une quatrième peinture d'un David de Heem, ayant pour sujet des fruits, rapporta 54 florins à la mortuaire de M. D. van Eversdyck, baron d'Albrantswaart, à la Haye en mai 1768 (i).
Nous ferons observer qu'il est impossible d'assigner les tableaux que nous venons de passer en revue à un David de Heem déterminé. Nous ajouterons finalement que nous avons exposé ci-dessus tout ce que nous avons pu apprendre relativement à David, le vieux (2).
(i) PiETER Terwesten. Catahgus of naamlijst van schilderyen, enz., ''s Gravenhage, 1770, p. 522, nos 136 et 137, p. 488, no 4, p. 530, ;np 34.
(2) Cette notice est datée du 7 octobre 1874.
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David DE HEEM II
e peintre, comme nous l'avons vu dans la bio-
"¥^^ graphie de son père, David de Heem, le vieux, a eu lui-même soin de nous apprendre le nom de l'auteur de ses jours. Il fut peintre de fleurs et de fruits, comme tous les artistes de sa famille. Nous ignorons, du reste, en quel lieu et en quelle année il est né. S'il a vu le jour à Utrecht, il sera impossible d'y découvrir son acte de baptême, puisque les registres, comme nous l'avons dit, n'y commencent qu'en 1626.
David de Heem, le deuxième, eut probablement son père pour maître. S'il est né à Utrecht, il doit avoir été longtemps absent de cette ville, puisqu'il ne fut inscrit, d'après Kramm, qu'en 1668, dans la gilde de S' Luc.
On ne sait si notre artiste a été marié, s'il a eu des enfants et à quelle époque il est décédé.
Le musée d'Amsterdam possède un tableau de ce maître. Il est décrit dans le catalogue de 1870, de la manière suivante : « Sur une plinthe de pierre couverte en partie d'une draperie de velours violet, est posé un plat de porcelaine bleue , contenant des grappes de raisins blancs, des pêches, des abricots, des bigarreaux, des mûres sauvages et des noisettes; on remarque, non ^oin de là, un citron à moitié pelé.. Une écrevisse cuite
et une branche chargée de prunes bleues reposent sur une caissette. Une grappe de raisins rouges, des nèfles, des épis et des sarments de vigne sont attachés à un ruban de soie bleue. Derrière l'écrevisse une coupe remplie de vin. Au-dessous du plat, un petit pain. Des papillons et d'autres insectes animent la composition : à droite, un nid entier de petites chenilles rouges se laisse descendre d'une feuille. Une fenêtre est figurée à l'arrière-plan. »
Ce tableau, haut de 70 centimètres et large de 58, fut acheté le 6 juin 1808, à la vente G. van der Pot, à Rotterdam, au prix de 385 florins, soit 814 francs 82 centimes. M. P.-L. Duburcq, auteur du catalogue du musée d'Amsterdam, fait observer que la peinture décrite ci-dessus a toujours été considérée comme une œuvre de David de Heem, fils de David. Il ajoute que le style exclut toute idée d'exécution de la part de David, le vieux (i). C'est la seule production de David de Heem, le jeune, qui soit connue avec une quasi-certitude. Quant à la vie du maître, on voit qu'elle est à-peu-près entièrement à rechercher (2).
(i) Beschriji'iiig der schildcr/jen op 's Rijks Musetmi, le Anislerdaui. — Amsterdam, 1870, bl. 159, n^ iS.
(2) Cette notice est datée du 9 octobre 1874.
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Jean DE HEEM (i6oo?-i683-i684).
ean de Heem, cet excellent peintre de fleurs et [de fruits, était comme il a eu soin de nous l'ap- I prendre lui-même, fils de David de Heem I. Son acte d'admission dans la bourgeoisie d'Anvers énonce posivement qu'il est né à Utrecht; on dit qu'il vit le jour en 1600. Cette date n'a rien d'invraisemblable, mais elle ne saurait être prouvée par les actes de baptême de l'ancienne ville épiscopale, puisque, comme nous l'avons fliit connaître dans la biographie de David de Heem, le vieux, ces documents ne remontent pas au-delà de 1626. Jean de Heem eut très-probablement son père pour maître.
Nous allons, à cette heure, grâce aux documents que nous avons découverts à Anvers et à ceux qui ont été ensuite recherchés en Hollande, entrer dans le domaine des faits positifs. Mais nous devons faire observer, avant tout, que nous nous contenterons d'exposer ceuxci, sans nous arrêter à réfuter les erreurs répandues par des biographes mal informés.
Nos documents authentiques commencent en 1626. Ils nous apprennent que le 12 novembre de cette année-là, Jean de Heem, fils de David, jeune homme (joug gcsel^, d'Utrecht, fut inscrit dans le registre des mariages de ladite ville, comme fiancé d'Âellgcn, fille de Corneille van Weede, jeune fille {joiigc Jocblcr'), d'Utrecht. L'acte
énonce ensuite que les futurs époux habitaient Leyden, et qu'ordre fut donné d'y publier leurs bans. On expédia le 24 novembre 1626 vers ladite ville une attestation qui leur permettait de s'y marier.
Avant de poursuivre notre récit, nous ferons observer que le prénom diminutif néerlandais Aeltgen ou Adtjeii a diverses significations en français. Il répond, en effet, à Adélaïde, à Aldegonde et Alêne (i). Les documents anversois désignant la fille de Corneille van Weede tantôt sous le nom d'Aletta, tantôt sous celui d'Alette, nous lui conserverons ce dernier.
Le 3 décembre 1626, Jean de Heem fut inscrit avec sa fiancée dans le registre des mariages de l'église de S' Pancrace, à Leyden, Ils y contractèrent le 22 du môme mois. L'acte nous apprend que l'artiste habitait à Marendorp, et Alette van Weede, à Stecnschuyr, dans la dite ville.
Ils eurent au moins quatre enfants :
1° David, né à Leyden et baptisé le 29 novembre 1628, dans l'église de S' Pierre de ladite ville, en présence de Just la Feber, d'Annette Pieters, d'Hildegonde Antonie et de Marie Martinus. Ce David décéda antérieurement au 29 mars 1643, puisqu'il n'est pas mentionné parmi les enfants survivants de sa mère, dans l'état de la mortuaire d'Alette van Weede, dont nous parlerons plus loin.
2° Corneille, né dans la même ville et y baptisé dans l'église dite Hooglandsche Kerk, le 8 avril 163:. Il avait
(i) Notnina propria Hollandorum, accomodata Nominibus Sanctorum, qui in Ecdesia ceJebranUir : adjunctis pleruiuque eorum Festis. Apud J. F. WiLLEMS, Bdgisch Muséum, 1S41, T. V, p. 394.
pour témoin Pierre Potter, dont le nom rappelle celui du peintre de mérite, qui fut père du célèbre Paul Potter. Il serait toutefois téméraire d'afErmer qu'il s'agit ici du même personnage.
Corneille de Heem fut un artiste de grand talent. Nous lui consacrons une notice spéciale.
M. Boer, officier de l'état-civil d'Utrecht, en 1869, a fait observer que le premier des enfants de Jean de Heem reçut au baptême le prénom de son aïeul paternel, et le deuxième, celui de son grand-père maternel.
3° Torentienne (Torentiana) , nous ne connaissons pas le lieu de sa naissance, mais comme elle avait 8 ans en 1643, d'après un acte authentique que nous analysons plus loin, elle doit avoir vu le jour en 1635, ou vers cette époque.
Son père Jean de Heem était établi à Anvers entre le 18 septembre 1635 et le 18 septembre 1636, puisqu'il se fit recevoir, à cette époque, franc-maître de la gilde de S^ Luc, de cette ville (i). Joachim de Sandrart, son contemporain, rapporte qu'il se fixa parmi nous, parce qu'il pouvait y trouver plus facilement certains fruits rares dans une plus grande perfection et maturité. L'auteur allemand cite en exemple diverses espèces de grandes prunes et de pommes de Perse et d'Arménie, d'oranges, de citrons, de raisins, etc. (2).
(i; Phil. Rombouts et Th. Van Lerius, avocat. Lrs Liggeren et autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc, Tome II, pp. 71, 74et 77. Le nom du maître est écrit de Heym dans le compte de 1635-1636.
(2) JoACHiMi DE Sandrart a Stockau, Sereuissimi Trincipis, Coviitis Taîatiiii Keohurg. Consiliarii & Palmigeri Ordinis Socii, Academia uohilissinia artis pictoria, Noribergie CID IDC Ixxxiij, p. 307.
On sait que généralement les seuls artistes qui jouissaient à Anvers du droit de bourgeoisie, pouvaient exercer leur profession dans cette ville. D'après une ordonnance du 22 juillet 1442, les étrangers qui y auraient été reçus dans la gilde de S' Luc étaient astreints à se faire admettre dans la bourgeoisie à la plus prochaine assemblée du tribunal dit VicrscJmre, qui suivrait leur entrée (r). Notre maître ne satisfit que plus tard à cette obligation, comme le prouve la mention suivante inscrite dans le registre de la bourgeoisie Poortersboek, à la date du vendredi 28 août 1637, et que nous traduisons du flamand : « Jean de Heim, natif d'Utrecht, peintre . »
4° Le dernier enfant issu de son mariage avec Alette van Weede naquit à Anvers et y fut tenu sur les fonts de l'église de S' Georges, le 11 avril 1638. Il fut nommé Thomas-Marie par ses répondants Thomas- Willebrord Bosschart, de Bergen-op-Zoom (2), excellent peintre, et Marie de Lannoy, dont l'appellation patronymique n'est pas inconnue dans les registres d'inscriptions de la gilde de S' Luc.
Nous verrons plus loin que Jean de Heem comptait parmi ses amis plusieurs de nos maîtres les plus célèbres. Outre Bosschart, il était lié avec le fameux Adrien Brauwer, qui se trouva être son débiteur, lors de son
(i) J.-B. VAN DER Straelen. Jaerhoek der vermaerde en Juins tryke gilde van Sint Lucas, hinnen de stad ^ntwerpen. — Antwerpen, 1853, bl. 6, 7.
Les maîtres distingués, et Jean de Heem était certainement de ce nombre, avaient le droit de travailler pendant six semaines à Anvers, sans se faire recevoir dans la gilde. — Art. XIII de l'ordonnance citée. Id., ibidem, p. 9.
(2) Il fut admis dans la bourgeoisie anversoise le 7 août 1637.
décès, arrivé vers le mois de février 1638 (i). C'est ce qui résulte d'une annotation du registre de la Vierschare, qui nous apprend que notre artiste fit pratiquer le 26 mars 1638, une saisie ou opposition à charge des biens délaissés par Brauwer.
Cette annotation ne nous dit pas, du reste, si ce dernier devait de l'argent à de Heem, ou bien s'il avait en sa possession quelque ustensile de peinture ou autre meuble appartenant à celui-ci.
Nous avons trouvé quatre créanciers qui suivirent l'exemple que leur avait donné, le 19 février 1638, Jean Dandoy, en recourant aux voies de droit pour se faire délivrer ce qui leur revenait dans la succession d'Adrien Brauwer (2), Ceux qui détenaient, à un titre quelconque, les biens de cet artiste ne pouvaient s'en dessaisir sans risque, à moins de l'intervention de la justice, puisque le maître était décédé célibataire et certainement sans héritiers connus et résidant à Anvers.
Le compte de la gilde de S* Luc du 18 septembre 1642 au 18 du même mois 1643, mentionne une recette de 3 florins 4 sous, produit de la dette mortuaire de la
(i) Liggeren cités, T. II, p. 22.
(2) Ce Jean Dandoy est probablement celui qui figure en 1622 et en 1625, surlaliste des membres du vieux serment de l'arc conservée à l'hôtel de ville parmi les archives de la garde bourgeoise. Brauwer reçut, il est vrai, en 1631-1632, un apprenti du nom de Jean-Baptiste Dandoy, qui fut admis franc-maître en 1 637-1638. Mais il n'est guère à supposer qu'il s'agit ici de celui-ci, qui pourrait être le fils du premier, puisque les jeunes maîtres nouvellement entrés dans la gilde n'étaient pas généralement en état de faire des prêts ou avances quelconques. Nous soupçonnons que le Jean Dandoy, créancier de Brauwer, est le courtier-juré mentionné dans un acte reçu en i6S7, par le notaire Antoine de Costere, à Anvers.
femme de maître de Heem (i). Alette van Weede était décédée, en effet, le 29 mars 1643, dans sa maison située dans la Tapenstrate, près de l'église de Notre- Dame. C'est ce qui résulte de l'état de sa mortuaire qui fut passé et approuvé à la chambre des pupilles (JVeesmeesterskanicf-), de la ville d'Anvers, le 19 novembre de la dite année. Cet état fut présenté par le Signor Jean de Heem, artiste-peintre (Signor Joannes de Heeiii, constschilder,') aux tuteurs légaux des trois enfants de la défunte, Jean Casspeel, marchand d'objets d'art, avec qui nous ferons plus ample connaissance, et Adam van Lamoen, fripier-crieur public (2). Les enfants désignés dans l'acte sont Corneille, Torrentienne et Thomas- Marie de Heem. On y donne 13 ans au premier, tandis qu'il ne venait d'accomplir la 12, que depuis le mois d'avril. Le document nous apprend ensuite que Jean de Heem est resté en communauté avec ses mineurs jusqu'au 18 novembre 1643. Ce jour-là, il fit estimer par Pierre Cornelissen et Guillaume van Lamoen, priseurs jurés du métier des fripiers, et en présence des tuteurs, tous les biens meubles, tableaux, etc., délaissés par Alette van Weede. Les deux experts avaient fixé auparavant la valeur de ce qui pourrait être prélevé par de Heem, dans l'actif de la communauté, d'après la coutume d'Anvers. Elle avait été évaluée à 335 florins 4 sous.
(i) Liggeren cités, Tome II, p. 142.
(2) Il est probable que le greffier de la chambre des pupilles a commis une erreur de prénom en cet endroit et qu'il s'agit ici d'Abraham van Lamoen, qui fut reçu franc-maître de S' Luc, en 1630- 163 1, en qualité de marchand d'objets d'art, commerce que pratiquaient souvent les fripiers. Cet Abraham eut un fils également nommé Abraham ; celui-ci fut inscrit comme peintre et fils de maître, en 1647-1648. Liggeren cités. Tome II, pp. 14, 18, 186 et 193.
Cette déduction faite, les priseurs estimèrent à 2889 florins 16 sous la part de la communauté dans les objets en question. L'artiste déclara avoir devers lui en outre, en or et en argent, la somme de 1200 florins, appartenant à la mortuaire.
L'actif net s'éleva à 4089 florins 16 sous. Il n'y eut à défalquer de ce boni que la somme de 54 florins 14 sous, montant des salaires des priseurs, des honoraires des maîtres de pupilles et de leur greffier, de la garde et copie de l'état, des devoirs du notaire Henri Fighé, qui avait rédigé la minute de l'acte, etc. Il restait donc à partager 4035 florins 2 sous, dont la moitié, soit 2017 florins 11 sous revenait à de Heem^ et l'autre moitié à ses trois enfants. De façon que la part de chacun de ceux-ci était de 672 florins 10 1/3 de sous.
Un poste inséré pour mémoire dans l'état concerne les droits de fabrique (Jierchnrechteii) et les dépenses relatives à l'enterrement, etc. d'Alette van Weede. Comme ils avaient été payés pendant la communauté de la mortuaire, ils ne furent pas portés en compte. Nous croyons pouvoir conclure de cette mention que, si la femme de Heem était née protestante, ce qui ne nous est pas démontré, elle est morte catholique.
Quant au culte professé par son mari, l'acte que nous allons analyser nous apprendra suffisamment ce qu'il en faut croire. Disons d'abord que le maître ayant à soigner trois enfants en bas âge, pouvait difficilement rester veuf. Aussi avait-il jeté les yeux sur Anne Ruckers, fille d'André le vieux, habile facteur de clavecins, et de feu Catherine de Vriese, pour occuper la place devenue vacante à son foyer. Les parents de la future s'étaient mariés dans la cathédrale d'Anvers, le 25 janvier 1605.
Elle avait été tenue sur les fonts de cette église, quartier sud, le 15 mars 16 15, par Guillaume Gompaerts, facteur de clavecins, franc-maître de notre gilde de S^ Luc en 1560-1561 (i), et par Jeanne Moons. Anne Ruckers allait atteindre par conséquent l'âge de 29 ans^ lorsque le notaire Barthélemi van den Berghe, le vieux, se présenta le 23 février 1644, dans la maison d'André Ruckers, rue des Tanneurs, pour y recevoir le contrat de mariage de sa fille. Cet acte énonce d'abord les noms des comparants, monsieur Jean de Heem (d'heer Johan de Heem), artiste-peintre (2), résidant en cette ville d'Anvers, veuf de feu mademoiselle Alette van Weede, futur époux, assisté du signor Jacques Jordaens, également artiste- peintre^ d'une part. Et de l'autre, mademoiselle Anne Ruckers, célibataire, fille légitime du signor André Ruckers, assistée de son dit père, future épouse. Ses autres assistants étaient son frère le signor André Ruckers, le jeune, célèbre facteur de clavecins, mademoiselle Marie de Vriese, veuve du signor Jean Beelaert (3), sa tante, et le signor Zacharie de Vriese, son oncle maternel (4). Les futurs époux déclarèrent
(i) Liggeren cités, Tome I, pp. 218 et 341.
(2) Le texte dit constryck schilder, littéralement : peintre riche en art.
{5) Il s'agit ici de Jean Beelaert ou Bellerus, le jeune, libraire, admis en 1609- 16 10, dans la gilde S' Luc, en qualité de fils de maître, et décédé en 1636. — Liggeren cités, Tome I, p. 455, ibiâ., note 2. — Il avait épousé Marie de Vriese dans la cathédrale, le 11 août 1609, en présence de Gommaire van der Zulten, libraire, francmaître de St Luc en 1 596-1 597, et d'André Ruckers, le vieux. — Liggeren cités. Tome I, p. 385.
(4) Il fut inscrit en 1604-1605 dans la gilde de S^ Luc, comme apprenti brodeur chez Artus ou Arnould de Coûter. Ni les Liogercii
qu'ils avaient conçu le projet de conclure un mariage, à l'honneur de Dieu, si cela pouvait avait lieu du consentement de notre sainte mère la sainte éc;Hse catholique. Ils en réglèrent ensuite les conditions de la manière suivante. Jean de Heem devait apporter dans la communauté les biens qui lui avaient été assignés pour sa moitié, dans l'acte analysé ci-dessus du 19 novembre 1643, passé à la chambre des pupilles.
Le contrat nous apprend que le maître avait été autorisé, à ladite date, à pourvoir à l'alimentation et à l'entretien de ses enfants du premier lit, au moyen des intérêts des sommes qui avaient été reconnues leur revenir dans la succession de leur mère. L'artiste devait verser, en outre, dans la communauté les 335 florins 4 sous, auxquels les priseurs avaient taxé l'avantage qui lui revenait, en qualité de survivant, aux termes de la coutume d'Anvers. De Heem déclara que les biens qui lui avaient été désignés dans l'état de la mortuaire d'Alette van Weede n'avaient pas diminué de valeur, depuis la réception de cet acte.
Quant à Anne Ruckers, elle promettait l'apport de tous ses habillements, joyaux et bijoux, qui devaient être estimés, aussitôt que possible, et dont la valeur serait déterminée par le registre de prisée (schadthoeck) que le clerc-juré du métier des fripiers revêtirait de sa
ni les comptes de la corporation ne signalent son admission à la maîtrise. — Liggeren cités, Tome I, p. 428.
Zacharie de Vriese épousa dans la cathédrale, quartier sud, le 8 avril 1625, Anne Jordaens, sœur du célèbre peintre Jacques Jordaens, qui fut, avec Jean Ruckers, le jeune, un des témoins du mariage.
Faisons observer ici, en passant, que les dénominations de monsieur, de signor et de mademoiselle n'étaient pas prodiguées à l'époque dont nous parlons.
signature. André Ruckers, père de la future, s'engageait à payer, aussitôt après la consommation du mariage, la somme de 3000 florins, du chef des biens qui revenaient à sa fille dans la succession de sa mère. Après avoir spécifié que cette partie de la dot devait être placée sans retard en biens patrimoniaux, en faveur de la future, l'acte ajoute que celle-ci fera, en outre, apport de ce qui lui revient dans la succession de sa sœur Marie Ruckers.
Nous ferons observer ici, en passant, que cette part s'élevait au moins à 600 florins, dont le père avait l'usufruit. C'est ce qui résulte du testament d'Anne Ruckers, que nous analysons plus loin. De façon que la communauté n'avait que la nu-propriété de cette somme. Ajoutons qu'André Ruckers, le vieux, ne promit aucun appoint de ses biens propres.
Après avoir ainsi réglé leurs apports, Jean de Heem et Anne Ruckers disposent que tous ces biens, ainsi que ceux qui parviendraient à chacun d'eux, par suite de successions, de legs ou de donations, retourneront, lors de la dissolution de leur mariage, en nature, sinon en juste valeur, en cas de changement ou d'aliénation, à la famille de laquelle ils sont provenus. En cas de survivance de la future, elle aurait droit, en guise de douaire, à une part d'enfant telle que de Heem pouvait la lui léguer, d'après la coutume d'Anvers. Si Anne Ruckers était la prémourante, son mari aurait droit à la somme de 600 florins, à percevoir des biens les plus liquides de la succession de sa future. Les conquêtes qu'ils parviendraient à réaliser par la grâce de Dieu, devaient, à la dissolution du mariage, être divisés en deux moitiés. L'une d'entre elles reviendrait au sur-
vivant des époux, et l'autre, aux enfants ou héritiers du décédé. Ces stipulations devaient recevoir leur exécution, qu'il y eût, ou non, des enfants survivants des futurs conjoints. Telles furent les clauses de ce contrat, qui se termine par les promesses et renonciations d'usage.
L'acte fut signé de la manière suivante par les parties, leurs assistants, tenant lieu de témoins, et le notaire : « J. de Heem. — Anna Ruckers. — Andries Ruckers. — Andries Ruckers, den jongere (i). — Sacharias de Vrise. — Marie de Vries. — Jacques Jordaens. — B. van den Berghe, nots (2). »
Le mariage de Jean de Heem et d'Anne-Catherine Ruckers, qui avait reçu ce deuxième prénom lors de sa confirmation, fut célébré dans la cathédrale d'Anvers, quartier sud, le 6 mars 1644.
Il eut pour témoins André Ruckers, père de l'épousée, et Charles de Longin.
La grossesse d'Anne Ruckers ne se fit pas attendre longtemps. Appréhendant sans doute les accidents fâcheux qui accompagnent ou suivent parfois les accouchements,, elle manda le notaire Barthélemi van den Berghe, le vieux, dans la maison qu'elle occupait aux Gasîhuisbeemdeîi et lui fit recevoir son testament le 7 mars 1645. Après les recommandations ordinaires de son âme à Dieu^ aux prières de la S^^ Vierge et de tous les Saints, la femme de Jean de Heem fait élection de sépulture dans la cathédrale, où, dit-elle, sa mère avait été enterrée. Elle
(i) André Ruckers, le jeune.
(2) Minutes du notaire Barthélemi van den Berghe, le vieux, conservées aux archives de la ville d'Anvers, volume de 1644, page xlvj.
lègue I florin à la fabrique de cette église, et 12 florins aux aumôniers de la ville, en faveur des pauvres honteux. Elle dispose ensuite de tous ses biens en faveur de son mari Jean de Heem, et ce aux charges ordinaires d'alimentation, d'entretien et d'éducation des enfants survivants qui naîtraient de leur mariage. Chacun de ces enfants embrassant quelque état approuvé, ecclésiastique ou laïque, ou parvenant à l'âge de 25 ans, aurait droit à sa part d'une somme de 1800 florins, et cela du chef des biens maternels. De Heem était tenu de faire emploi de 1200 florins sur les 1800. Les éoo restants étaient la valeur d'un legs qui avait été fait à la testatrice par sa sœur Marie Ruckers. André Ruckers, leur père, les gardait par divers lui^ et en avait l'usufruit. Jean de Heem devait jouir de l'mtérêt des 1200 florins, jusqu'au moment fixé pour la remise aux enfants survivants. En cas de décès de son beau-père, il était tenu également de bien placer les 600 florins, dont l'intérêt lui reviendrait ensuite sur le pied fixé pour les 1200. En cas de décès d'un ou de plusieurs enfants, le droit d'accroissement était stipulé en faveur des survivants. Il l'était également pour Jean de Heem, s'il leur survivait à eux tous. Mais dans ce cas, les 600 florins légués à la testatrice par Marie Ruckers devaient être hérités par les enfants de son frère André Ruckers, et Jean de Heem était tenu de payer à ce dernier la somme de 50 florins. Moyennant ces legs, André Ruckers et ses enfants devaient rester exclus de la succession de la testatrice, si celle-ci venait à décéder sans héritiers.
Le maître fut institué exécuteur du testament de sa femme et tuteur de leurs enfants, avec pouvoir d'en assumer d'autres. Il fut dispensé de l'obligation de faire
dresser un état et inventaire de la succession d'Anne Ruckers (i).
Peu de temps après la réception de cet acte, Anne Ruckers mit au monde son premier enfant. Il fut nommé Marie-Anne et tenu sur les fonts de l'église S* Georges, le i6 mars 1645, par son aïeul André Ruckers, le vieux, et Marie de Vriese, veuve de Jean Beelaert, sa grand'tante maternelle.
Les quatre enfants suivants furent tous baptisés dans la même église; 2° Isabelle-Catherine, le 17 avril 1647; parrain, Zacharie de Vriese, oncle maternel d'Anne Ruckers ; marraine, Catherine van Woensel, dont la famille n'est pas inconnue aux registres de la gilde de S^ Luc.
Isabelle-Catherine de Heem se maria, mais fort tard. Elle épousa, en effet, dans la cathédrale, quartier sud, le 12 décembre 1697, Alexandre Felbier, en présence de Michel Bels et de Pierre Dominet. Les futurs avaient obtenu la dispense des trois bans et du temps clos de l'avent.
3° Hildegonde, tenue sur les fonts le 17 mai 1648, par le célèbre peintre Gérard Zegers et Anne Jordaens, sœur du fameux Jacques et femme de Zacharie de Vriese. Elle vivait encore en 171 3, comme nous le verrons dans la biographie de David de Heem, le troisième.
4° Jean, le 2 juillet 1650; parrain, André Ruckers, probablement le jeune, marraine, Marie de Vriese, veuve de Jean Beelaert. Nous n'avons pas pu découvrir si ce Jean de Heem, qui est inconnu aux Lig^eren et aux
(i) Minutes du notaire Barthélemi van den Berghe, le vieux, conservées aux archives de la ville d'Anvers, volume de 1645, page xcvj.
comptes de la gilde de S' Luc, est décédé, ou non, dans sa jeunesse. Nous croyons, du reste, qu'il ne pourra guère servir les auteurs qui croient à l'existence de deux peintres du nom de Jean de Heem, eu égard aux dates qu'ils ont avancées.
5° Anne-Marie, le 3 novembre 165 i; parrain, André Ruckers, (le vieux, le jeune ?), marraine, Anne Jordaens.
6° Jacques, le 25 octobre 1654; parrain, Jacques Kemp ; marraine, Anne Jordaens, femme de Zacharie de Vriese. C'est la troisième fois qu'elle rendit ce service aux parents de Jacques de Heem. Disons ici, en passant, que le nom de Kemp est connu dans les archives de S* Luc (i); nous n'y avons toutefois pas rencontré le Jacques en question.
Nous connaissons à cette heure la famille de Jean de Heem et savons déjà quelques particularités importantes de sa vie d'artiste. C'est le récit de cette partie de son existence dont nous allons poursuivre la narration.
Arnould Houbraken rapporte que notre maître eut pour élèves le célèbre Abraham Mignon et l'Utrechtois Henri Schook. Celui-ci avait pratiqué d'abord l'histoire, qui lui avait été enseignée par Abraham Blommaert et Jean Lievens. L'envie lui ayant pris, un jour, d'exécuter un tableau de fleurs, il le montra à de Heem. Cet artiste lui en témoigna sa satisfaction et lui conseilla de se tenir à cette partie de la peinture. Schook se rangea à son avis et se fit recevoir ensuite dans son atelier (2).
(i) Liggeren cités, T. II, pp. 272, 383, 398 et 440.
(2) De groote Schoiihurgh der Nederlaiidsche konstschilders en schilderessen. Amsterdam, 17 18, Tome I, pp. 212 et 213. 's Gravenhage, I7')3, Tome III, pp. 82 et 83.
Houbraken n'a pas connu les apprentis que de Heem eut à Anvers. Les Liggeren en désignent trois, qu'il admit en 1641-1642, Alexandre Coosmans, Thomas de Clerck et Léonard Rougghe. Le premier, qui devint un peintre de talent, fut reçu franc-maitre en 1645-1646. Certains auteurs ont cru bon de lui donner les prénoms d'Alnrd et d'Alexis. On a même rangé dans l'école hollandaise ce maître Anversois de naissance. Quant à ses camarades d'atelier, Thomas de Clerck et Léonard Rougghe, leur admission à la maîtrise n'est pas signalée (i).
Les fils d'artistes n'étaient inscrits que très-rarement dans les Liggeren, en qualité d'élèves. C'est ce qui explique l'absence dans les listes des apprentis, des noms de Corneille de Heem et de Jean-Paul Gillemans, le vieux, qui eurent Jean de Heem pour maître et lui firent honneur. Il suffit, pour se convaincre de cette double vérité, de comparer leurs productions avec celles de ce grand artiste. Au reste, en ce qui concerne Corneille de Heem, qui fut admis, en 1 660-1 661, dans la gilde de S' Luc à Anvers, Corneille de Bie a eu soin de nous apprendre qu'il reçut les leçons de son père (2). Quant à Jean-Paul Gillemans, le vieux, franc-maître, en qualité de fils de maître, en 1647-1648, (3) les biographes ne paraissent pas même le connaître. Cela n'étonnera guère le lecteur, lorsqu'il saura que les marchands de tableaux font passer ses œuvres, dont ils enlèvent les signatures, comme peintes par Jean de Heem. Xous
(i) Liggeren cités, Tome II, pp. 128, 131, 134, 165 et 172. (2) Het Gtdden Cabinet van de edel vrij schilderconst . pp. 217 et 218. Liggeren cités, Tome II, pp. 311 et 322.
{3) Liggeren cités, Tome II, pp. 187 et 193.
avons vu ci-dessus que Jean Casspeel était, en novembre 1643, un des tuteurs légaux des enfants de Jean de Heem. Ce marcliand d'objets d'art et imprimeur en taille-douce avait été reçu en la première qualité dans la gilde de S' Luc, en 1634- 163 5 (i). Il exerçait, en outre, la profession de serrurier ou de forgeron et était un grand amateur de tableaux. Enfin il était l'ami de prédilection de Jean de Heem. Celui-ci voulut lui en donner une preuve. Pierre de Balliu, un de nos bons graveurs, avait exécuté une belle planche, d'après le tableau d'Antoine van Dyck, qui ornait l'église des Capucins de Termonde. Ce chef-d'œuvre, placé actuellement dans l'ancienne église de Notre-Dame de ladite ville, représente h Sauveur en croix et S^ François d'Assise en adoration aux pieds de Jésus ; à droite sont représentés la S'^ Vierge,, S' Jean et S"= Marie-Madeleine ; à gauche, le centurion. De Heem obtint du graveur l'autorisation de pouvoir dédier son estampe à Casspeel et y fit placer ensuite l'inscription suivante, datée du mois de juin 1643 ;
«Hoc amoris sui pignus dedicat D. Joannes de Heem singulari amico suo D. Joanni Caspeel fabro ferrario, famosoq ; artis pictoric-e amatori Antverpiœ Junij 1643. — Antonius van Dyck pinxit. — Petrus de Balliu fecit » (2).
Le compte de la gilde de S^ Luc de 1 642-1 643 mentionne une recette de 6 florins, dûs pour une réu-
(i) Liggeren cités, Tome II, pp. 60 et 67. — N" 1417. Renaud s'éveillant dans le giron d'Armide, « P. de Jode scnlp. Joan Caspeel exe. « N.-J. t'Sas. Catalogne du chanoine Tierre Wouters. Bruxelles, 1797, p. 128.
{2) On remarquera le double Dominus de l'inscription : ce titre n'était pas donné ni pris indifféremment à cette époque.
nion de la chambre de la corporation, où l'on s'était occupé d'une demande de Jean Casspeel, relative à un projet de vente de tableaux. Il en reçut l'autorisation requise et paya libéralement 75 florins de ce chef. Le même compte renseigne sa dette mortuaire, mais c'est là évidemment une erreur. Jean Casspeel est décédé, en effet, le 22 mai 1655, d'après son inscription sépulcrale, et le compte de la gilde du 18 septembre 1654 ^^ ^^ du même mois 1655, mentionne une deuxième fois la recette des droits dévolus à la corporation par suite de son décès (2). Il est donc certain qu'en 1 642-1 643, le nom de Casspeel a été écrit erronément, au lieu d'un autre.
Au reste, cet amateur ne fut pas seul à recevoir de Jean de Heem des dédicaces de gravures. En effet, Pierre de Balliu, ayant exécuté une planche d'après le tableau de Pierre Paul Rubens, représentant la Réconciliation d'Esaïi et de Jacob, notre artiste obtint l'autorisation de pouvoir offrir à Martin Kretser le travail de son ami. Il fit en conséquence placer l'inscription suivante au bas de l'estampe :
« Domino Martino Kretzer, artis pictori^e admiratori ac patrono amico, hanc cultus et observantias suœ indicem tabulam Joannes de Heem dicat consecratque Antverpi^e, 24 Febr. 1652. »
Ces lignes datées d'Anvers, le 24 février 1652, nous apprennent que Martin Kretser était un admirateur de l'art de peindre et un protecteur de de Heem. On voit suffisamment, au ton de la dédicace, que le maître s'y
(2) Il avait épousé Anne van Gootsenhave, qui mourut le 19 octobre 1675. — Liê^geren cités. Tome II, pp. 138, 141 et 263.
adresse à une personne de considération. Nous ne connaissons pas, du reste, ce Kretser autrement et ignorons même sa nationalité (i).
C'est une chiose singulière qu'un artiste offrant à une personne envers laquelle il se croit obligé^ l'œuvre d'un autre artiste encore vivant. C'en est une plus singulière encore qu^un fonctionnaire dédiant à son supérieur la planche d'un graveur. Nous en avons pourtant un exemple assez récent : c'est celui de M. Jay, inspecteurgénéral des octrois dans les départements au-delà des Alpes, dédiant le Portrait de Michel- Ange 'Biio)7arotti, gravé à l'eau-forte par Joseph-Charles de Meulemeester, d'après un dessin d'Annibal Carrache, à M. Antoine François, comte de l'empire, directeur-général de l'administration des droits réunis, etc., etc. (2)
Revenons à Jean de Heem. Les registres de la bourgeoisie d'Anvers Çpoortersboeken) nous signalent de nombreuses absences de cet artiste. Ainsi il se fit inscrire le mardi 24 décembre 1658, en qualité de bourgeois forain (bîiitenpoorter) , et paya pour un an le droit dû de ce chef à la ville. Ces registres renferment des annotations semblables, aux dates suivantes : 15 novembre 1659, 9 novembre 1660, 15 novembre 1661, 11 décembre 1663 et 26 novembre 1667. Il n'en existe pas pour l'année 1669, époque à laquelle Jean de Heem fut reçu
(i) Il habitait Amsterdam en 1653, possédait une Madeleine du Titien, et fut un des membres fondateurs du festin de S' Luc dans ladite ville, où il exerça les fonctions de régent du théâtre. — Van Lennep apud J.-A. Alberdingk Thijm, Volhsahnanak voor l^ederlandsche hatholieken 1875, p. 186, nota 2.
(2) Edmond de Busscher. Biographie historique de J.-C. de Meulemeester, de Bruges. Gand, sans date, p. 99.
dans la gilde de St-Luc, à Utrecht, d'après ce que rapporte Kramm (i).
Ce défaut d'inscription aurait pu entraîner pour le maître la perte de ses droits de bourgeoisie d'Anvers, aux termes du titre XXXVIII de la coutume de cette ville. Il paraît toutefois qu'on ne se montrait pas toujours trèsrigoureux en cette matière. Ainsi nous lûmes dans les Toortersbocken, une annotation datée du 3 novembre 1666, constatant que Jean de Bruyn-van Aelst avait pa3'é le droit de bourgeois forain pour les années échues depuis le 4 septembre 1653 jusqu'au 4 du même mois
Corneille de Bie rapporte que Jean de Heem ne peignait pas seulement avec beaucoup de talent des fleurs et des fruits, des vases d'argent et des instruments de musique, mais aussi des paysages, des poissons et de la viande (2), sans doute comme accessoires. Il faut joindre à cette énumération des insectes, d'autres animaux et les bocaux dans lesquels se réfléchissent les objets placés à distance, les vases d'or et de porcelaine, etc.
Le maître excellait à grouper ces produits de la matière et de l'industrie et à en faire ressortir harmonieusement la beauté. Aussi de Heem a-t-il recueilli les louanges les plus enthousiastes de ses contemporains et la postérité les a-t-elle confirmées.
L'archiduc Léopold-Guillaume possédait de ses œuvres, d'après le catalogue inséré dans le Thcatruui piciontui, publié par David Teniers, le jeune. Un grand nombre de musées européens sont aussi fiers de ses productions.
(1) De Icvens en iverJceu cler Hûllandsche en Vlaamsche kunstschilders, en\., T. III, p. 654.
(2) Op. cit.., pp. 217-218.
Celui d'Anvers en étale une représentant une guirlande. Elle est composée de la manière suivante. Sur un fond noir se détachent des branches de lierre, retenues par des rubans bleus, dont les nœuds sont fixés à des clous. A ces branches est entrelacé un bouquet de fleurs et de fruits. On y distingue, entre autres, des roses rouges et une blanche, diverses espèces de tulipes, une pivoine, des auricules, un pavot, des soucis, une belladone^ des violettes, etc., des cerises et des prunes encore retenues à la branche qui les vit mûrir, un épi de blé, sur lequel s'est abattu un insecte qu'une araignée s'apprête à saisir, du maïs, etc. Tous ces objets sont disposés avec un goût parfait, supérieurement bien dessinés et peints de main de maître. Ce tableau brillant et superbe est en outre, animé de papillons, de chenilles, de fourmis, de sauterelles, etc , d'un choix exquis. Il est signé au milieu de la partie inférieure :
J. D. De Heem, /.
Le musée de Bruxelles possède plusieurs tableaux de de notre maître. Le premier, signé du monogramme de Jean de Heem et daté de 1668, représente une guirlande de fruits et de légumes. Elle entourait d'ancienne date un médaillon que le peintre avait laissé vide sans aucun doute, puisqu'un artiste du 18™'' siècle y exécuta en grisaille la figure assise de la fécondité, ayant deux enfimts à ses côtés. Cet artiste n'est autre que l'Anversois Jean-Baptiste Lambrechts, franc-maître de notre gilde de S"" Luc, en 1 708-1 709. Il signa également son œuvre, mais la partie antérieure de la lettre J ayant été enlevée, le fragment conservé a été considéré quoique
dubitativement, comme un C (i). M. Edouard Fétis nous apprend que ce tableau qui a fait partie de la célèbre galerie du cardinal Fesch, a été acheté à Rome, en 1862, pour la somme de 2,150 francs.
Une deuxième composition représente, de la manière suivante, un bouquet de fleurs. « Dans une carafe en verre, un bouquet composé de tulipe, rose, pivoine blucts, etc. La carafe est posée sur une table en marbre où l'on voit un escargot et une chenille. »
Ce tableau signé du nom du maître et des initiales J. D., a été acquis en 1822, au prix de 650 francs.
Une troisième et dernière composition payée, en 1868, 410 francs, à la vente de M. J.-H. Cremer,, est décrite ainsi : « Sur une table en marbre rougCcâtre, une assiette d'étain contenant deux huîtres ouvertes et un quartier de citron ; près d'une grappe de raisins, un grand verre à pied où trempent les tiges d'un épi de blé et d'une branche de mûrier ; un autre verre à moitié rempli ; à droite, au bord de la table, des huîtres et des écailles vides ; à gauche, un papillon volant au-dessus de la table (2). »
Cette dernière production est cataloguée à Bruxelles, comme exécutée par un autre Jean de Heem que celui dont nous nous occupons, et dont le musée de Dresde posséderait un chef-d'œuvre peint en 1650. Mais il convient de faire observer que ce chef-d'œuvre est signé
(i) Edouard Fétis. Catalogue descriptif et historique du musée royal de 'Belgique {Bruxelles). — Bruxelles 1862, pp. 309-310.
Nous espérons bien pouvoir utiliser les documents que nous avons recueillis relativement à Jean-Baptiste Lambrechts, qui fut peintre de conversations.
(2) Ibid., pp. 310 et 447.
J D. (le/ et le 1) entrelacés) De Heem, ce qui se traduit par Jobamics Davids:^oon de Heem (Jean fils de David de Heem), de façon qu'il s'agit ici précisément de l'artiste dont nous écrivons la biographie (i). C'est pourquoi nous avons trouvé bon de lui restituer le tableau du musée de Bruxelles, indiqué en dernier lieu.
A l'exposition d'œuvres des maîtres anciens, ouverte, en 1873, dans la ville citée, figurait un tableau superbe de notre peintre. Le catalogue le signale en ces termes : « Sur une table, des fleurs dans un vase ; près du vase, des firuits ; à gauche, une fenêtre; un fond, un rideau. Signé : /. D. T)e Heernf. »(2). Cette composition appartenait à M. B. Suermondt, qui depuis, au grand étonnement des amis des arts, a vendu la majeure partie de sa splendide collection au gouvernement prussien.
M. Victor de Stuers donne la description suivante de deux tableaux de Jean de Heem, qui ornent le musée de la Haye : (( n° 38. Fruits. — Sur une table couverte d'un drap vert sont rassemblés des fruits. Un grand plat en vermeil porte des pêches, des cerises, des nèfles et plusieurs grappes de raisins ; une pêche coupée en deux parts est posée sur une assiette en argent ; à droite sont placés un melon et une grenade coupés. A gauche, des coquillages, des noix, une montre et un coftret garni d'un drap bleu, sur lequel se trouvent un grand verre rempli de vin blanc, un citron coupé et une flûte. A droite, un rideau rouge.
(i) JuLius HùBNER. Verieichuiss der Dresdiier Gctiuildc-Gakiie. Dresden 1872, p. 249, 11° 1165.
(2) Exposition de tableaux et dessins d'anciens maîtres, organisée par la Société néerlandaise de bienfaisance, à Bruxelles. Bruxelles 1873, P- 35, n° 89.
Cette peinture signée /. D. De Hcem, /., provient du cabinet du prince d'Orange Guillaume V.
N° 39. Guirlande de fleurs et de fruits. — Des oeillets, des marguerites, des fleurs d'oranger, des pivoines et des épis de blé sont entrelacés avec des grappes de raisins, des pêches, des abricots, des coings et des châtaignes; la guirlande qui sert à orner le centre d'une niche, est entourée de faveurs bleues et suspendue par les extrémités à des clous. Ça et là des papillons. Signé : /. D. De Heem, fecit. — Château du Loo. — Collection Guillaume V (i).
Le musée d'Amsterdam renferme deux tableaux de Jean de Heem. Le premier, peint en 1640, représente, de la manière suivante, des objets inanimés : sur une plinthe de pierre sont posés un pot de vermeil artistement ciselé, près d'un verre à vin de couleur verte ; non loin de là, un bocal d'argent également ciselé, un citron et d'autres objets. Cette toile est portée au catalogue comme l'œuvre d'un Jean de Heem, qui serait né en 1603, décédé en 1650 et qui aurait été l'élève de son oncle David de Heem (II?). N'ayant aucune preuve de l'existence de ce second Jean, nous croyons pouvoir restituer cette œuvre au seul Jean connu. Elle provient de la vente G. van der Pot, qui eut lieu à Rotterdam, le 6 juin 1808 et porte la signature suivante du maître, à laquelle Ve de de fait défaut :
Johannes de Heem f. 1640.
Nous la rendons ainsi :
Johannes de Heem fecit 1640.
(i) Victor de Stuers. Notice historique et descriptive des tableaux et des sculptures exposés dans le musée royal de la Haye. La Haye 1874, pp. 42-43.
La partie antérieure du d a disparu.
La deuxième toile figure des fleurs et des fruits. A un ruban de soie bleue sont attachés des grappes de raisins de la même couleur, des pêches, des abricots, des nèfles, des grenades, des bigarreaux, des oranges douces, des prunes, un citron, une citrouille, des roses, des mauves blanches, plusieurs autres fleurs et des feuilles. Des papillons, des urebecs et d'autres insectes sont répandus en divers endroits. Un urebec parcourt la partie inférieure d'une plinthe.
Ce tableau signé : /. D. Di Hecm {piiixit^ provient du cabinet van Heteren (i).
Le musée de Haarlem possède de notre maître des fruits, signés de son monogramme et datés de 1653. Ils proviennent de l'hospice des vieillards (2).
Pour abréger, nous ajouterons que le musée du Louvre, à Paris, est orné de deux compositions de Jean de Heem, ayant pour sujet l'un et l'autre des fruits et de la vaisselle sur une table. L'un de ces tableaux est signé /. de Heeiii f., sans addition du D., comme un de ceux du musée d'Amsterdam (3).
D'autres œuvres de l'artiste sont conservées dans les musées de Lille, de Dunkerque et de Lyon (4). Parmi
(1) P. L. DuBOURCQ.. 'Beschn'jviiig der schiUerijen op 's rijh muséum, te Amsterdam. — Amsterdam 1870, pp. 58-59.
(2) Cataîogus der schilderijen op het muséum der stad Haarlem, 1863 (?), p. 14, no 48.
('3) Frédéric Villot. Notice des tableaux du musée
impérial du Louvre. Paris 1855, P- lOi.
(4) Ed. Reynart. Notice du musée de Lille, 1862, 11° 93.
— Catalogue des ouvrages exposés au musée de la ville de
Dunkerque, eu i8yo, p. 19. — Augustin Thiériat. Notice âss tableaux exposés dans la grande galerie du 7iiusée de Lyon. Lyon 1861, pp. 54, 55 et 106.
ces derniers figure, sous le n° 102 de la notice de i8éi, un cartouche entouré de fleurs et de fruits, supporté par deux aigles : au milieu se trouve le portrait de Guillaume III d'Orange, enfant : on ne nomme pas l'auteur de cette effigie.
Ce tableau a fait partie du cabinet du prince d'Orange Guillaume V ; il fut volé, en 1795, avec toute sa collection, par les républicains français, (i) Napoléon, aussi peu scrupuleux qu'eux, fit cadeau de .cette superbe production au musée de Lyon, après qu'elle eût figuré à celui de Paris.
Le tableau du musée de Dunkerque provient également des spoliations de la république française. Il faisait partie de la collection de peintures de l'abbaye de Bergues S' Winoc. Don P. de Madrazzo signale deux œuvres de Jean de Heem, dans son Catalogue du musée de [Madrid, édition de 1858. Elles y portent les n°' 1237 et
M. Albert Krafft en mentionne trois, dans l'édition
de 1853 du Catalogue de la galerie de tableaux impériale et royale du Belvédère, à Vienne. Deux sont signés ; l'un /. de Heem f., l'autre, /. de Heem fecit anuo 1648. Celui-ci représente un calice surmonté de l'Hostie rayonnante, dans une petite niche environnée d'une grande quantité de fruits et de fleurs groupés avec deux gerbes de blé, qui, liées de rubans bleus et entrelacées de raisins, comme symboles du pain et du vin, forment deux cornes d'abondance (2).
Le musée de Munich renferme deux tableaux de
(i) Victor de Steurs, op. cit., pp. v et vj. (2) Op. cit., p. 93, 11° 18, p. 9^, nos 21 et 28.
Jean de Heem (i) : celui de Dresde n'en contient pas moins de onze, y compris celui que nous avons restitué ci-dessus au maître (2). Deux d'entre eux représentant des guirlandes retenues par ces rubans bleus que le peintre affectionnait : tous sont signés (3). La galerie de Cassel en possède trois : une nature morte et deux compositions de fruits (4).
L'auteur de cette biographie est aussi propriétaire d'une peinture de Jean de Heem. Elle est conçue de la façon suivante. Sur la plinthe d'une table de bois est posée une draperie sur laquelle se détache un beau vase de porcelaine chargé de fruits. On y remarque une grappe de raisins blancs^ deux grandes pêches et une petite, et une superbe orange amère. Les raisins d'une transparence merveilleuse sont encore attachés au sarment de la vigne, qu'une magnifique chenille quitte pour aller ramper sur une des pêches, toutes de la plus belle venue.
L'animal est représenté avec tant de vérité, qu'on distingue tous ses mouvements. L'orange vient d'être cueillie avec une partie de la branche qui la soutenait et dont les feuilles se marient à celles de la vigne et d'une autre branche d'oranger : ces feuilles sont peintes de main de maître. A droite du vase se trouve la moitié
(i) Catalogne des tahîeaiix de la pinacothèque royale à Munich. Munich 1860, p. 44, 11° 177, et cabinet XIV, p. 241, n" 420.
(2) JUL. HûBNER, Op. cit., pp. 247-249.
C3) Le no 1162 est signé : /. D. De Heem, f. p. Cette dernière lettre affecte plus ou moins la forme de IV, comme au no 117 du musée d'Amsterdam. Le no 11 64 porte la marque : Js. T>. de Heem, en d'autres termes : Johannes "Davidsi. de Heem.
(4) Ver^eichniss der Casseler 'Bilder-Gallerie. Cassel, sans date, p. 33.
d'une savoureuse pêche, quelques raisins blancs et des noyaux de fruits ; au pied du vase, auquel adhère une mouche, deux cerises d'une seule venue, un quart d'orange douce coupée, dont on peut compter les pépins et d'où s'échappent quelques gouttelettes de jus, on ne peut plus transparentes. Un autre quart de cette orange dont le suc a été exprime, supporte le premier ; çà et là sont répandus des noyaux, et d'autres restes de fruits. Fond noirâtre, avec un angle de mur.
Ce tableau, de l'effet le plus brillant, est peint avec infiniment de sagesse. La composition en est d'un goût parfait et la couleur d'une harmonie ravissante. Ce petit chef-d'œuvre exécuté sur panneau est signé au-dessous de la plinthe du monogramme du maître : J. D. H. f. (le D et l'H accouplés) : il mesure 43 centimètres en hauteur et 53 en largeur.
L'intéressant catalogue des tableaux que Diego Duarte possédait, en 1682, à Amsterdam, après son départ d'Anvers, mentionne deux œuvres de notre maître. L'une représentait un pot de fleurs très-curieusement exécuté, des fruits et d'autres raretés, figurant les quatre éléments. Ce tableau^ qui avait exigé beaucoup de travail, avait été payé 330 florins. Le second, ayant pour sujet des fruits très-curieusement peints, 150 florins (i).
L'artiste est indiqué dans le document cité , sous le nom du vieux de Heem. Il l'était, en effets en 1682, à l'égard de son fils Corneille et de son petit fils, David, le troisième. Au reste, on l'entendait bien ainsi encore
(i) Frederik Muller. Catalogus der schllderijenvan Dies^o'Duarle, te Amsterdam in 1682, met de prij\en van aankoop en taxatie. De Otid Tijd. Haarlem, 1870, p. 401, n°s 116 et 117.
du temps de Gérard Hoet, qui mentionne invariablement dans la table du tome I de son ouvrage, sous le nom de Jean de Heem, tous les tableaux portés dans ses catalogues comme exécutes par de Heem, le vieux. Dans celui d'une vente qui eut lieu à Amsterdam, le 10 juin 1705, les 2 premiers numéros sont annoncés comme peints par Jean fils de David ou le vieux de Heem, /. D. d. oude de Heem (i).
Les deux volumes de catalogues de Gérard Hoet et celui de Pierre Terwesten (2) renferment un nombre considérable de tableaux de Jean de Heem. Nous les passons sous silence, de peur de trop allonger cette biographie.
L'Anversois François van den Wyngaerde a gravé d'après Jean de Heem. C'est du moins ce qui nous paraît résulter d'un passage du Catalogue de la rare et nombreuse collection d'estampes et de desseins (sic) de feu M. Pierre Wouters, en son vivant prêtre, chanoine de l'église collégiale de S. Gomer (sic^ à Lierre en Brahant, trésorier et bibliothécaire de S. M. Apostolique, etc., par N. J. T'Sas, négociant, qui le publia à Bruxelles, en 1797. Ce passage figure à la page 160- 161, à la fin du n° 1750 que nous copions intégralement, quoique le commencement ne concerne pas Jean de Heem : « Des Bohémiens à la porte d'un cabaret, grand morceau en hauteur, par
(i) Gérard Hoet. Catàlo^us of naamlyst van schiUeryen, met derselver pryien, en^. 's Gravenhage, MDCCLII, deel i, p. 78, nos j et 2, ibid., register H., voce Heem (Jan de).
(2) PiETER Terwesten. Catalogus of naamlyst van schilderyen, met derselver pty^en, ^edert den 22 augusti 17^2 tôt den 21 novemher iy68, Zo in Holland aïs Braband en andere plaat:(en in het openbaar verkogt. s Gravenhage 1770.
G. de Heem ; Pan et Syrinx dans un petit paysage en travers dito, par de Hcusch, la vache hollandoise, petite pièce en hauteur dito, par H. Hojidhis, 1644; le matin, dito, par F. van den Wyngaerde, d'après Johan. de Heem, etc. 9 pièces. » — Ce matin représentera, sans doute, quelque déjeuner peint par notre maître, à moins qu'il ne s'agisse ici d'un des paysages qu'il exécutait aussi d'après le témoignage de Corneille de Bie. Le portrait de Jean de Heem a été peint par le célèbre Jean Lievens, de Leiden, qui avait été reçu bourgeois d'Anvers, le 12 décembre 1640, après avoir été admis franc-maître de la gilde de S^ Luc de notre ville en 1634-163 5 (r). Il fut gravé avec beaucoup de talent par Paul du Pont ou Pontius. Le maître est représenté assis, tête nue, enveloppé en partie de son manteau. Sa main droite, qui tient une façon de ruban, repose sur son cœur; la gauche, sur sa cuisse. De Heem porte un habit boutonné jusqu'au menton; son col est rabattu sur ses épaules.
Ses mains, dont la droite est supérieurement dessinée, sont ornées de manchettes. De longs cheveux, divisés au miheu du front, encadrent sa tête. Des moustaches relevées en croc et une impériale embellissent sa figure pensive et bienveillante.
Les lignes suivantes se lisent au-dessous de cette superbe effigie qui se détache sur le ciel et sur un mur:
(i) Liggeren cités, T. II, p. 61, note i. Il résulte des faits mentionnés dans le texte, qu'on était fort tolérant dans l'application des règlements de la corporation aux artistes étrangers.
JOANNES DE HeEM, VlTRAIECTENSIS.
D'Heem pingit : natura stupet sua poma potenter Vinci, et fallaces pr^evaluisse dolos.
^Emula dextra Mid.e lento dominatur in auro. Artificem dextram, auis pariare potest ?
Joannes Lyvyns pinxit. Paulus Pontius sculpsit.
Franciscus van dfn Wyngaerde excud. (1)
Jean de Hecm mourut à Anvers entre le 18 septembre 1683 et le 18 du même mois 1684, C'est à cette époque, en effet, que la dette mortuaire de 3 florins 4 sous (i) du vieux maître fut payée à notre gilde de S' Luc (2).
(i) Nous traduisons librement: Jean de Heem, d'Utrccht. — De Heem peint : la Nature se trouble en voyant ses fruits puissamment vaincus, et que de vains artifices aient pu prévaloir sur eux. Une main émule de Midas s'assujettit l'or flexible. Qiii peut égaler cette droite si pleine d'habileté ? — Peint par Jean Lievens. — Gravé par Paul Pontius. — Imprimé pai François van den Wyngaerde. Corneille de Bie a reproduit ces vers, avec un changement variare au lieu de pariare au dernier. Op. cit., p. 219.
(i) Liggeren cités. Tome II, p. 501.
(2) Cette notice est datée du 11 novembre 1874.
Corneille de HEEM (1631-16. .?)
orneille de Heem, ainsi que nous l'avons vu
^'ÊM ^^^^^ ^'^ ^'^^ '^'^ J^^^-^ ^^ Heem, était fils de ce peintre célèbre et de sa première femme Alette van Weede. Il naquit, comme nous l'avons dit, à Lciden et y fut baptisé dans l'église nommée de Hooglaiidsche Kerk le 8 avril 163 1, ayant pour témoin Pierre Potter.
Il suivit son père à Anvers, où celui-ci était venu s'établir vers 1635-1636 (i). Jean de Heem lui enseigna son art (2) et eut en Corneille un émule digne de lui, quoi qu'en disent certains critiques. Il traita les mêmes sujets que l'auteur de ses jours et mérita d'occuper une place brillante à côté de celui-ci.
Corneille fut reçu franc-maître de la gilde anversoise de S' Luc, en qualité de fils de maître : son inscription eut lieu dans l'espace compris entre le 18 septembre 1660 et le 18 du même mois 1661 (3).
Le jeune artiste comptait, à cette époque, de 29 à 30 ans bien accomplis. Son entrée tardive dans la corpo-
(i) Phil. Rombouts et Théod. Van Lerius, avocat. Les Liggeren et autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc, T. II, pp. 71 et 77.
(2) CoRNELis DE BiE. Het Giildeu Cabinet van de cdcl vry schildcrconst. Antwerpen, 1661, p. 217.
(3) Liggeren cités, T. II, pp. 511 et 322.
ration nous est une preuve suffisante qu'il a voyagé, avant de demander son admission dans l'immortelle eilde.
Il se trouvait à Anvers, le 24 juin 1657, puisqu'il tint, ce jour-là, sur les fonts baptismaux de S' Jacques, Elisabeth Ykens, fille du statuaire et peintre Jean, et de Barbe van Brekevelt. Corneille de Heem se maria peu après : il épousa Catherine Pauwens, dont le nom patronymique n'est pas inconnu à Anvers. Nous n'avons pu découvrir, du reste, ni la date, ni le lieu de la célébration de son mariage.
Il en naquit deux enfants en notre ville ; l'un et l'autre furent tenus sur les fonts de baptême de S* Georges : 1° David, le 27 février 1663, par Jacques Laureyssens , au nom de Jean de Hèem, l'aïeul du petit être, qui était sans doute absent à cette époque, et par Susanne-Catherine Rogiers, représentant Claire-Marie Pauwens. Ce David embrassa la carrière paternelle ; nous lui consacrons une biographie spéciale.
1° Anne-Catherine, le 15 novembre 1665, par Antoine Gilis, au nom de Corneille Pauwens, et Elisabeth Post, remplaçant Anne-Catherine Ruckers, la seconde femme de Jean de Heem. Celle-ci imposa ses prénoms à l'enfant. Faisons observer ici^ en passant, que cet Antoine Gilis exerçait la profession de relieur et qu'il fut reçu, en 1656-1657, franc-maître de la gilde anversoise de S' Luc, en qualité de fils de maître (i).
Quant à Anne-Catherine de Heem, nous sommes persuadé que c'est elle qui figure sous son seul prénom de Catherine, dans les registres de S' Jacques, comme ayant épousé dans cette égfise, le 9 juin 1699, Jean
(0 Liggercn cités, T. II, pp. 275 et 282,
Leemans. Ce mariage eut pour témoins Simon Mayael^ concierge de S* Jacques, et Jean de Hollander.
Nous ignorons jusqu'à quelle époque Corneille de Heem a résidé à Anvers, mais il est certain qu'il habitait la Haye, en 1678, puisqu'il y promit, le i juin de cette année-là, de faire payer à son décès, la somme de 25 florins à la société des artistes connue sous le nom de Pictura, dont il était membre (i).
Joachim de Sandrart rapporte, dans son Academia nohilissimce artis picîoria, que Corneille de Heem était réputé incomparable, et que ses œuvres étaient avidement recherchées. Il ajoute qu'ayant vu chez Thomas Kretzer,, amateur distingué des beaux-arts, à Amsterdam (2), un tableau de notre maître, d'une longueur de deux aunes, il fut tellement charmé de sa rare élégance, qu'il offrit à son propriétaire de le lui payer comptant 450 florins. Mais celui-ci refusa, nonobstant la grande amitié qu'il portait à Sandrart, en ajoutant qu'il ne vendrait cette peinture à aucun prix, les tableaux exécutés par ces nobles mains étant plus estimés des connaisseurs que l'or et l'argent (3).
Les tableaux de Corneille de Heem ornent plusieurs musées de l'Europe. Celui de Bruxelles possède un chef-d'œuvre du maître. En voici la description, d'après le Catalogue, rédigé par M. Edouard Fetis : « Fruits et fleurs. Hauteur 65 c. — Largeur 53 c. — Toile. —
(i^ Communiqué des registres de la confrérie, par M. Jean Weissenbruch, à M. Mart. Nijhoff, éditeur à la Haye, qui a bien voulu nous transmettre cet extrait.
(2) Ce Thomas était sans doute parent de Martin Kretser, dont nous avons parlé dans la vie de Jean de Heem.
(3) NORIBERG-E, CID IDC LXXXIIJ, p. 513.
Dans un vase de porcelaine à dessins bleus, posé sur une tablette en pierre, sont des fruits : pêches, prunes, raisins, etc., mêlés à des convolvulus. Sur la tablette, une grenade coupée, un melon, des prunes et des raisins, une branche de mûrier à laquelle pendent des fruits. Au centre de la composition se détache au-dessus des fruits et des fleurs qu'il domine, un verre de Venise à couvercle. Signé sur le bord de la tablette, à gauche : C. De Heem f. 1.6.7.1. — Acquis en 1868, à la vente Cremer, 2,777 francs (i).
L'exposition de tableaux et dessins d'anciens maîtres, organisée en 1873, à Bruxelles, par la société néerlandaise de bienfaisance, renfermait deux superbes compositions de notre artiste. L'une représentait posés sur une table, un bassin d'argent et un bol du Japon remplis de fruits, prunes, raisins, mûres, citron, etc. Celle-ci était peinte sur bois et mesurait 36 centimètres en hauteur et 5 1 en largeur. La seconde, haute d'un mètre et 8 centimètres et large d'un mètre et 83 centimètres, était décrite ainsi : sur une table couverte d'un tapis vert sont accumulés : une corbeille et des plats remplis de fruits, une coupe, une aiguière en argent ciselé, un homard, un vidrecome à moitié rempli de vin. Ce tableau est peint sur toile (2).
Le musée d'Anvers ne possède aucune œuvre de Corneille de Heem. Celui de la Haye en renferme une, que M. Victor de Stuers mentionne en ces termes : « Fruits. Toile, H. 0.65. L. 0.50. Dans un encadrement
(i) Op. cit., édition de 1869, p. 448, n" 369. (2) Catalogue de l'exposilion citée. Bruxelles, 1S73, p. 34, nos 84 et p. 80, n" 281.
cintré, sur une corniche en pierre, est disposée une grande variété de fruits ; au premier plan, des pèches, des raisins blancs, et à droite, sur un pot d'étain, un citron dont l'écorce à demi pelée se déroule en une longue spirale. Sur une tablette plus élevée, des oranges, des raisins bleus, des nèfles^ des glands de chêne et des châtaignes. — Fond sombre. — Signé sur la pierre : C. T)e Heern » (i).
M. Albert Krafft nous fait connaître en ces termes, une production de notre maître, qui orne la galerie du Belvédère, à Vienne : « Nature morte. Des fruits, des huîtres et des citrons dans une assiette, sur une table, avec une boîte à sucre, une montre d'argent et un couteau. Signé : C. de Heem f. Bois» (2).
La galerie royale de Dresde étale quatre compositions de Corneille de Heem. Toutes sont signées, mais aucune n'est datée. Le peintre Jul. Hûbner, auteur du catalogue de cette collection, fait observer que parmi ces tableaux, il en est de magnifiques, qui tiennent dignement leur place à côté de ceux de Jean de Heem (3),
Le musée de Cassel et la galerie de Schleisheim comptent un tableau de notre maître. Dans la collection du château de Pommersfelden qui fut vendue à Paris, au mois de mai 1867, se trouvait une production de Corneille de Heem, qui fut adjugée au prix de 1250 francs, non compris les frais. Elle représentait des huîtres, un plat d'argent, une orange, un vidrecome, des
(i^ Notice historique et descriptive des tabteaux et des scidpltires exposés dans le musée royal de la Haye. La Haye, 1873, p. 43, n° 40.
(2) Catalogue de la galerie citée. Vienne, 1853, p. 94, no 24.
(3) Catalogue cité, 1872, p. 249, nos n^ô et 1169.
feuilles de laurier, etc., posés sur une console, signée : C. 'De Heeni, /. 16^4.
Nous allons à cette heure donner quelques extraits des catalogues de ventes de tableaux, publiés au siècle dernier, par Gérard Hoet et Pierre Terwesten, concernant des œuvres de Corneille de Heem, Ainsi on adjugea, le 10 mai 1713, à la Haye, à 6 florins, un tableau agréablement peint par notre maître, et représenta»nt une table chargée de fruits ; il faisait partie de la collection de Corneille van D3^ck (i). Deux petites compositions de fleurs valurent 18 florins, à la vente de Henri Trip, un des directeurs de la compagnie des Indes orientales, qui eut lieu à Amsterdam, le 11 mai 1740. Le maître y était nommé Nicolas (Claas) de Heem. — Une table chargée de fleurs et de fruits rapporta 40 florins, à la vente du cabinet du comte van Hogendorp, tenue à la Haye, le 27 juillet 175 1. Le catalogue des tableaux de Marie Beukelaar, douairière de Messire Halungius, envoyé du duc de Saxe-Cobourg- Gotha, et du peintre Antoine de Waart mentionnait quatre œuvres de Corneille de Heem. Des fruits, composition haute de 2 pieds 3 pouces et large d'un pied 9 pouces ; deux peintures de fruits et de fleurs, d'une hauteur de 2 pieds et de 4 pouces et d'une largeur d'un pied et de 11 pouces, et un tableau de fleurs, haut de 2 pieds 2 pouces et large d'un pied 8 1/2 pouces. Le premier fut adjugé à la Haye le 19 avril 1752, à 7 florins, 5 sous, le deuxième et le troisième, à 25 florins, et le quatrième à 11 florins (2).
Ci) Gérard Hoet. Catahgus of naamlyst van schildcryen, met dcr- :(elver pryieii, cn\. 's Gravenhage, MDCCLII, T. I, p. 160, 11° 11.
(2) Op. cit., T. II, p. 5, no 10, p. 301, n» 28, p. 513, 11° 24, p. 316, nos 29 et 35.
Les catalogues de Pierre Terwesten mentionnent les productions suivantes de Corneille de Heem, Un tableau de fruits vendu 25 florins ; deux tableaux de fleurs, ensemble 23 florins, à la Haye, le 3 mai 1729 ; un tableau de fruits, 17 florins 15 sous^ dans ladite viUe, le 15 juillet 1749 ; deux compositions de fleurs et de fruits, 20 florins à Amsterdam, le 2 avril 1754; des fruits, 19 florins, à Anvers, le 11 juin 1754; ils faisaient partie de la collection du peintre et marchand d'objets d'art J. Siebrechts. Des fleurs et des fruits, production haute de plus de 2 pieds et large d'au-delà de 2 pieds 5 pouces, 30 florins 10 sous, à Utrecht, à la vente du conseiller et ancien bourgmestre Jean-Jacques van Mansveldt, le 8 avril 1755; une nature morte, 16 florins à Amsterdam, le 1 1 mai 1756 ; deux tableaux de fruits, 10 florins dans la même ville, le 18 mai 1756 ; des fruits, 41 florins 5 sous, à la Haye, en juillet 1756, à la vente Arnould Borwater, etc., une guirlande de fleurs et de fruits, haute 3 pieds 6 pouces, large 3 pieds, II florins 5 sous^ à BruxeUes, le 22 mai 1758, à la vente Martin Robyns ; des fruits, peinture haute de 2 pieds 3 pouces, large de 19 pouces, 80 florins; d'autres fruits, toile haute de 18 pouces, large de 2 pieds 2 pouces, 32 florins, dans ladite ville, le 22 mai 1758, à la vente du chevalier Augustin de Steenhault ; un tableau capital représentant des fruits de toute espèce, haut 5 pieds et large de 6 pieds 9 pouces, à 102 florins, argent courant de Flandre, à Gand, le 26 octobre 176 1, à la vente de M. Gaspard d'Heyne, seigneur de Leeuwerghem, Elene, etc. ; un beau tableau de fleurs, haut de 23 pouces, large de 7 1/2, 31 florins, à la H^iye, le 5 avril 1762, à la vente du peintre Jean-Guillaume Franck;
deux tableaux de fleurs, très-achevés, 15 florins 5 sous, à Rotterdam, le 26 avril 1762, à la vente de l'ancien bourgmestre Henri Gevers, seigneur de Piershil ; deux peintures sur panneau ayant pour sujet une table chargée de fruits, hautes de 17 pouces, larges de 14, ensemble 20 florins ; une vigne chargée de raisins, exécutée sur toile, haute de 26 pouces, large de 24, 15 florins, à Amsterdam, le 5 juin 1765 ; un feston de fleurs et de fruits, sur toile, haut de 25 pouces, large de 21, 42 florins, à Amsterdam, le 19 juin 1765, à la vente Pierre-Léonard de NeufviUe, le vieux. Un tableau de fleurs et de fruits, exécuté par Jean de Heem, y fut payé 1075 florins. Un beau tableau de fleurs sur toile, haut de 26 pouces, large de 20, 30 florins, à Louvain, le 10 septembre 1765, à la vente du greffier de cette ville, T.-B. t' Santels ; des fruits, composition haute de 18 pouces, large de 15, 42 florins; des fleurs dans un vase de verre, peinture haute de 17 pouces, large de 14, 25 florins; son pendant de mêmes dimensions, 17 florins, à Leiden, en septembre 1766, à la vente Catherine Backer, veuve Alard de la Court ; enfin un tableau de fleurs, 12 florins, à Amsterdam, le 19 mai 1767, à la vente Arnould Leers, seigneur d'Amyden et échevin de Rotterdam (i).
Les listes que nous venons de communiquer ne démontrent que trop à quels prix généralement dérisoires
(i) PiETER Terwesten. Catalogiis of naamlysl vuii schilderyen, met dei\elver pry^en, en:(. 's Gravenhage, 1770, p. 8, n°^ 99 et loo^ p. 56, no 65, p. 87, no 62, p. 94, no 115, p. 125, no 62, p. 144, no 109, p. 147, no 26, p. 15s, no 47, p. 195, n° 163, p. 196, no* 13 et 14, p. 241, no 42, p. 248, no 54, p. 251, no 25, p. 467, nos 17, 18 et 19, p. 471, no 39, p. 485, no 9, p. 56), nos 208, 209 et 210, p. 604, no 138.
s'adjugeaient^ au siècle dernier, dans les Pays-Bas, les œuvres du fils et de l'émule de Jean de Heem. Nous les aurions passées sous silence, si les catalogues qui les mentionnent ne méritaient toute confiance, et si ceux-ci étaient rédigés à la façon de certaines notices modernes de ventes, où l'on n'a pas honte d'imposer de grands noms à d'abominables croûtes et d'ajouter parfois des légendes mensongères à la description de celles-ci.
Le catalogue de la collection renommée du chanoine noble gradué de la cathédrale d'Anvers, Pierre-André - Joseph Knyff, qui fut vendue en cette ville, au mois de juillet 1785, signalait deux tableaux de Corneille de Heem. L'un représentait des fruits suspendus dans une niche, à savoir des grappes de raisins, des oranges, un citron, des prunes et quelques fleurs.
Cette peinture sur toile d'un beau fini et bien groupée, haute de 22 pouces et large de 19, rapporta 35 florins, outre les frais de vente. L'autre, des fruits et des fleurs dans une niche, suspendus par un ruban à un clou, et qui était animée de quelques insectes, valut 15 florins 10 sous, sans les frais. Elle était exécutée sur toile, haute de 23 pouces et large de 18 1/2 (i), et fut acquise par le sieur Steber, de Vienne, en Autriche.
L'auteur de cette biographie possède aussi un tableau de Corneille de Heem. Il représente des fruits et un verre posés de la manière suivante, sur une tablette de pierre grise. A droite, une orange amère cueillie avec la branche qui la portait et qui est chargée de deux fruits encore verts, de boutons de fleurs et de feuilles : sur cet entourage se détache l'orange, au devant de laquelle
Ci) Catalogue cité. Anvers, 1785, p. 5, n» 15, p. 76, 11° 237.
sont placés deux morceaux découpés d'une autre orange, qui lui servent de repoussoirs. L'un de ces morceaux d'où s'échappent une couple de gouttelettes, on ne peut plus naturellement peintes, laisse voir ses pépins et le jus qu'il recèle à l'intérieur. Un grand citron, découpé en partie et dont la pelure est superbement repliée, sert de centre à toute la composition. Ce limon est exécuté si artistement, que l'œil peut se rendre compte de ce que le fruit renferme, à l'endroit entamé. Le blanc d'une huître ouverte fait ressortir les tons chaudement dorés du citron, tandis qu'une gouttelette descend lentement d'une des écailles. Quatre abricots, dont deux tiennent encore à leur branche, sont disposés de façon à faire ressortir une grappe de raisins bleus, posée derrière trois d'entre eux, et une autre de raisins blancs, dont l'avantpartie s'étale sur le rebord de la tablette. Elle se trouve quasi sur la ligne du quatrième abricot, qui a subi les atteintes des ins.ectes et pend un peu plus bas avec une autre branche ornée de son feuillage. Les raisins bleus sont restés attachés au sarment de la vigne, et leurs feuilles merveilleusement exécutées, comme celles du dernier abricot, se détachent en partie sur un verre à moitié rempli de vin. Près des raisins blancs est posée une belle pêche, qui les sépare d'une grappe de raisins rouges, dont une feuille reçoit la visite d'un charançon. Quelques noisettes et des mûres noires et une rouge surmontent les dernières grappes. Tous ces fruits sont dessinés et peints avec un art extrême, les raisins bleus sont d'un velouté admirable, les blancs et les rouges d'une transparence telle que le regard discerne ce que renferme leur enveloppe. Ce chef-d'œuvre peint sur toile, mesure en hauteur 44 centimètres, et 63 en lar-
geur. Il est signé sur la partie antérieure de la tablette : C. D. H. f.
Le C de ce monogramme affecte la forme singulière qui a causé la méprise de J. Immerzeel junior, lorsqu'à la page 280, 2^ colonne, du tome III de son ouvrage suffisamment connu, il l'attribuait à Jean de Heem. L'auteur néerlandais s'est imaginé sans doute que le C en question, qui ressemble à première vue à un G était l'initiale de l'italien Giovanni, ou Jean. Une simple comparaison d'un tableau de Corneille de Heem avec une œuvre de son père, l'aurait convaincu de son erreur, qui étonne de la part d'une personne adonnée au commerce des œuvres d'art.
Il nous resterait, pour terminer cette biographie, à indiquer l'année du décès de notre maître. Malheureusement nous devons dire, à notre grand regret, que cette date n'est pas connue jusqu'ici. M. Mart. Nijhoff nous a informé que le manuscrit de la société Pictnra à la Haye, appartenant actuellement à iM. Jean Weissenbruch, ne renferme que ces mots, placés en marge de l'engagement du I juin 1678, dont nous avons parlé ci-dessus : « Obiit ; nihil. » Ainsi la conirhno. Picttira n'a pas touché les 25 florins, que Corneille de Heem s'était engagé à lui faire payer, à sa mort. Celle-ci eut Heu probablement à la Haye même, la dernière résidence connue de notre artiste, (i)
(i) Cette notice est datée du 21 novembre 1874.
David de HEEM III (1663-17..?).
e fils de Coi'neille de Heem et de Catherine î^wê P'^^uwens naquit, comme nous l'avons vu, à (&:^^U Anvers, et y fut tenu sur les fonts baptismaux de l'église S* Georges, le 27 février 1663, par Jacques Laureyssens, au nom de Jean de Heem, aïeul de David III, et par Susanne-Catherine Rogiers, représentant Claire- Marie Pauwens.
David de Heem III embrassa la carrière paternelle et suivit, sans nul doute, Corneille de Heem, lorsque cet artiste alla s'établir à la Haye. Il y a tout lieu de croire aussi que celui-ci lui enseigna la peinture. Campo Weyerman, qui n'a pas su le prénom de notre coloriste, et qui le fait naître à tort dans la capitale de la Néerlande, nous apprend qu'il fut un bon peintre de fleurs et de fruits : il le met, pour ainsi dire, sur la même ligne que Corneille de Heem, qu'il désigne à tort comme son oncle ou son grand-oncle. Ce n'est pas là, du reste, un éloge complet de sa part, à en juger par ce qu'il rapporte de contradictoire relativement à Corneille de Heem, à la fin du tome I de son pamphlet en quatre volumes (r). L'auteur hollandais ajoute que David
(i) Jacob Campo Weyerman. De levensheschryving der Nederlandsche konstschilders en konstschilderessen. T. I, p. 411.
de Heem III n'avait guère de vigueur dans sa manière de peindre et que l'ordonnance de ses tableaux ne dépassait guère la médiocrité. Il occupait, dit-il, deux chambres dans la rue de Long Acre d'un des faubourgs de Londres, chez un paysagiste de talent. Celui-ci peignait les avant-plans et les ciels de ses tableaux de fleurs et de fruits et les ornait de ses vues champêtres. L'écrivain cité, à qui ses calomnies et ses autres méfaits valurent une détention perpétuelle (i) et qui souillait tout ce qu'il touchait, n'a pas épargné David de Heem m. Dans une phrase à double sens, il le dépeint comme un étourdi ou un libertin (2). Campo Weyerman aurait bien fait de garder pour lui-même cette dernière épithète, lui qui avoue cyniquement qu'il fut et qu'il était encore un grand coureur de filles (3).
David de Heem III fut reçu, en 1 693-1 694, dans la gilde anversoise de S' Luc, en qualité de peintre fils de maître. Le compte du 18 septembre 1693 au 18 du même mois 1694 mentionne un paiement de 21 florins, fait par notre artiste, y compris la remise d'une promesse de solde, pour son admission dans la caisse de secours mutuels de la confrérie. Mais une note placée en marge de ce poste, nous apprend que le maître ne fit pas néanmoins partie de ladite caisse (4).
(i) J. Immerzeel, Junior. De levens en werken der Holîandsche en Vlaamsche kunstschilders, beeïdhouwers, graveurs en houwmeesters . T. III, p. 251.
(2) Op. cit., T. m, p. 387.
(3) Ihid., T. III, p. 297.
(4) Ph. Rombouts et Théod. Van Lerius, avocat. Les Liggeren et autres archives histcrriques de la gilde anversoise de Saint Luc. T. II, pp. 564 et 569.
Nous ne savons jusqu'à quelle époque David de Heem III continua d'habiter sa ville natale. Mais des actes authentiques nous apprennent qu'il épousa Anne-Marie Kok ou Cock ; nous ignorons du reste en quel endroit et en quelle année. Il est 'certain, en tout cas, que l'artiste habitait la Haye, en 1697, puisque le 17 novembre de cette année-là, son fils Gérard fut baptisé dans la grande église de cette ville, ayant pour témoins Gérard van den Blok et Béatrix Pi j fer (i).
Ce baptême avait été administré d'après le rite protestant : c'est ce qui résulte des registres de la cathédrale d'Anvers, quartier sud. Ces livres nous apprennent, en effet, que le 26 décembre 1713, Gérard de Heem, alors âgé de 16 ans accomplis, après s'être vu suppléer les cérémonies du premier des sacrements, avoir été catéchisé et avoir émis sa profession de foi, y fut baptisé sous condition. Michel Bels, son parrain, ajouta le nom de son patron à celui de Gérard ; le jeune homme eut pour marraine sa grand' tante Hildegonde de Heem, fille du célèbre Jean et d'Anne-Catherine Ruckers.
Gérard-Michel de Heem se maria deux fois, à Anvers. Il eut des enfants de sa première union contractée, à S' Jacques, le 10 avril 1720, avec Isabelle-Marie Hosti. Sa descendance existait encore à Anvers, en 1794, puisque, le 18 mai de cette année-là, on baptisa, à S" Walburge, Marie-Pétronille-Joséphine de Heem, son arrière-petite-fille (2).
(i) Communication faite en 1869, par M. E. B. baron Wittert van Hoogland, officier de l'état -civil à la Haye, à M. J.-C. van Put, bourgmestre d'Anvers, qui a bien voulu nous la faire transmettre.
(2) Marie-Térèse-Catherine de Heem, petite-fille de Gérard-Michel, épousa, à S'e Walburge, le 15 février 1792, Jean-Joseph Willebors.
Nous ia:norons si David de Heem m a eu d'autres enfants que Gérard-Michel. Quant à ses œuvres, nous devons avouer que nous n'en connaissons aucune, avec certitude. Nous prions, du reste, le lecteur, de vouloir bien se rappeler ce que nous "avons dit dans la vie de David de Heem, le vieux, des tableaux que Kramm attribue à ce maître, et qui pourraient bien avoir été peints par son arrière-petit-fils.
Le lieu et l'époque du décès de David de Heem El nous sont inconnus. Nous sommes seulement à même de dire que le maître ne mourut pas à la Haye : c'est ce qui résulte des recherches qui eurent lieu dans cette ville, en i869.Campo Weyerman rapporte qu'il le quitta à Londres, dans un état d'assez grande faiblesse, maladif et à moitié perclus, d'où il supposait en 1729, que l'artiste était déjà décédé à cette époque. L'auteur cité nous apprend ailleurs que son voyage en Angleterre eut lieu en 17 18 (i) : ce serait donc vers ce temps qu'il faudrait placer la mort de David de Heem El.
Nous avons vu ci-dessus que ses descendants existaient encore à Anvers, en 1794, et nous sommes persuadé que si nous avions voulu poursuivre nos recherches jusqu'au siècle actuel, nous les y aurions rencontrés encore. Mais comme la famille de Heem n'intéresse plus l'histoire, après David III, nous nous sommes arrêté au fils de ce maître, sans faire usage des notes que nous avons recueillies dans les anciens
L'acte de mariage constate qu'elle ne savait pas signer. Cette impossibilité prouve que la situation financière des de Heem ne devait pas être fort brillante à cette époque, (i) Op. cit., T. III, pp. 387 et 323.
registres de nos paroisses, relativement aux enfants et descendants de celui-ci (i).
Sources : Registres des paroisses d'Anvers et actes de l'état civil d'Ulrccht, de Leiden et de la Haye. — Ph. Rombouts et Théod. Van Lerius : Les Li^geren d autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc. — Registres de la confrérie des artistes de la Haye connue sous le nom de Tictura. — Archives de la ville d'Anvers.
(i) Cette notice est datée du 24 novembre 1874.