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Christophe JEGHER ou JEGHERS
(en flamand Christoffel JEGHER of JEGHERS)
et excellent graveur sur bois, qui, comme nous
wM le prouverons, fut aussi imprimeur, n'est pas
né en Allemagne, ainsi qu'on l'avance généralement. Cette erreur provient sans doute du nom môme du maître, qui signifie chasseur dans la langue leutonique. Les anciens registres des paroisses d'Anvers écrivent Jegher, Jeghers, Jagher ou Jaghers, qui ont tous la môme valeur, à 1'^ près, qui marque le génitif. L'artiste signait indifféremment Jegher ou Jeghers. Une famille de ce nom existait à Anvers, depuis 1549, d'après les registres de mariages de S' Jacques.
Ce n'est pas pourtant dans cette paroisse que Christophe Jegher vit le jour. Il naquit à Anvers, sur le territoire de S' André, et fut baptisé dans l'église de ce nom, le 24 août 1596. Son père portait, comme lui, le nom de Christophe ; Tacte désigne seulement sa mère par son prénom de Paschasie {Pascbynkeii) . Il fut tenu sur les fonts par Hubert Bode et Catherine Smekens.
Nos recherches ne nous ont fait découvrir aucun frère ou sœur de Christophe Jegher, dont la date de naissance est confirmée par un acte notarié que nous citerons plus loin.
Il s'engagea de bonne heure dans les liens du mariacre puisqu'il épousa, à S' André, le 25 août 1613, Marie Jacobs, en présente de Jean Oosterbeek et de Thierry Inhoff. Christophe, qui n'avait pas été admis encore à la maîtrise de S' Luc, avait, à cette époque, d'après son acte de baptême, l'âge de dix-sept ans et un jour.
Sa femme lui donna neuf enfants, dont les huit premiers furent baptisés à S* André :
1° Jacques, le 20 mai 1614. Il fut tenu sur les fonts par Jacques Nobels et Marie Phalesius. Cette dernière était fille de Pierre Phalèse ou Phalesius, célèbre éditeur de musique, à Anvers, et d'Elisabeth Withagens(i). Elle fut reçue dans la gilde de S' Luc, en qualité de maîtresse-libraire, en 1628-1629 (2).
2° Marie, le 8 mai 1616 ; parrain, François van der Hoifstadt ; marraine, Claire Inhoif. Marie Jegher épousa, à S^ André, le 25 novembre 1636 , Philippe Smidts. Leur mariage eut pour témoins : Christophe Jegher, père de la fiancée, et Liévin Smidt. Nous ne savons pas si ce Philippe Smidts est l'amateur qui fut reçu en qualité de franc-maître dans la gilde de S' Luc , en 1618-1619 (3) ;
3° Jean, tenu sur les fonts le 3 novembre 16 18, par Jean Helbardinck et Catherine Nivels, Il reçut, lors de
(i) Alphonse Goovaerts. Notice biographique et bibliographique sur Pierre Phalèse, imprimeur de musique à Anvers, au XV I^ siècle, pp. S et 9.
(2) Liggeren et autres archives historiques de la gilde anversoise de Saint Luc, transcrits et annotés par Ph. Rombouts et Th. van Lerius, avocat, T. I, p. 666.
(5) Liggeren cités, T. I, p. 555. Le compte delà corporation écrit Smit, mais les doyens ne regardaient pas de très près en matière d'orthographff e noms propres.
sa confirmation, saint Christopiie pour second patron, et signa parfois Jean-Christophe Jeghers. Nous consacrerons une notice spéciale à cet homme de mérite, qui devint un graveur distingué.
4° Catherine, le i8 octobre 1620 ; parrain, Conrard van den Berch ; marraine, Catherine Krost. Elle épousa, à S' André , le 29 juin 1659 , Guillaume van Dyck. Jean Jeghers, frère de Catherine^ et Jean Giliams furent les témoins de leur mariage ;
5° Antoine, le 14 mai 1623 ; parrain, Antoine de Clerck ; marraine, Marie Spierincx ou, en d'autres termes, Marie Tengieters, femme du graveur Antoine Spierincx le jeune, qui fut reçu franc-maître de la gilde anversoise de S* Luc, en 1612-1613 (i) ;
6° Madeleine, le 23 juillet 1630 ; parrain, Balthasar Moretus le vieux, imprimeur-typographe et savant distingué, franc-maître de notre confrérie de S' Luc, en iéio-1611 (2) ; marraine, Anne Dirixens ;
7° Anne, le 16 juillet 1632; parrain, Pierre Schockaert ; marraine, Anne Mcnnens ;
8° Christophe, le 20 février 1634 ; parrain, Jossc Mertens ; marraine, Claire Gybens. Il fut inscrit dans la gilde de S' Luc, en i650-i65i,en qualité d'apprenti du
(i) Liggereii cités, T. I, p. 485.
(2) Op. cit. T. I, p. 466. Son portrait, très bien gravé par Corneille Galle le jeune, d'après le célèbre peintre Érasme Q.uellin, fait partie de la collection de feu notre honoré beau-père, M. Pierre- Théodore Moons-van der Straelen. On peut consulter, relativement à Balthasar Moretus le vieux, la Biblïoihcca Bclgica, de Jean- François Foppens, T. I, p. 122, et Geslagt-lyste der nakonieltngen van den vermaerden Christoffel Plantin, publié par notre beau-père, d'après le manuscrit de notre savant aïeul par alliance, M. Jean- Baptiste van der Straelen, pp 19, 23 et 27.
relieur Régnier Slegers (i). Nous n'avons pas rencontré son admission à la maîtrise ;
9° Pierre-Paul tenu, le 12 novembre 1635, sur les fonts de la cathédrale (quartier sud), par l'illustre Pierre- Paul Rubens, ami de son père, et par Catherine Struyckens.
Nous connaissons maintenant la famille de Christophe Jegher. Nous allons raconter à cette heure ce que nous avons appris de sa vie d'artiste. Les Liggeren sont muets quant au nom de son maître, mais nous croyons que celui-ci ne fut autre que Pierre-Paul Rubens, qui s'entendait, comme on sait, aussi bien à la gravure qu'à la peinture. On n'ignore pas non plus que des lettres patentes des archiducs Albert et Isabelle, en date du 9 janvier 16 10, l'avaient autorisé « à enseigner son art à ses » serviteurs et aultres qu'il voudrait, sans estre assubjecti » à ceulx du mestier (2). » Nous comprenons^ dès lors, pourquoi les registres de la corporation de S' Luc se taisent relativement à l'entrée en apprentissage de notre Jegher. Son admission à la franc-maîtrise est renseignée dans le compte de la gilde du mois de septembre 1627 au 18 septembre 1628 (3). L'artiste y est quahfié de graveur sur bois ; il avait atteint l'âge de 31 à 32 ans, était marié depuis 14 à 15 ans et avait déjà procréé cinq enfants.
La première mention que nous ayons trouvée d'une œuvre de Christophe Jegher porte la date du 17 octobre 1629. Il y est question d'une gravure sur plomb, qu'il exécuta
(i) Liggeren cités, T. II, pp. 216 et 218.
(2) Gachard. Particularités et documents inédits sur Rubens. Le Trésor national, T. I, pp. 161 et 163. (5) Liggeren, T. I, pp. 648 et 658.
pour l'église S' André, à Anvers. Elle avait pour sujet cet apôtre et était destinée à être distribuée aux fidèles qui se présentaient à l'ofirande, lorsque la statue du saint était portée annuellement en procession. Ce travail valut 12 florins au maître (i).
lien fournit un plus considérable vers 1636, lorsqu'il orna de nombreuses planches sur bois l'ouvrage du Jésuite anversois Guillaume Hesius, intitulé : Eniblmiata sacra de Fide, Spe, Charitate (2). Ces planches, exécutées d'après les dessins d'Érasme Quellin, sont au nombre de cent quatorze, et font le plus grand honneur aux deux maîtres. On y distingue surtout les figurines d'enfants, dans lesquelles van Avont excellait et que Jegher rendit avec infiniment d'esprit.
Notre graveur exécuta, en 1637, une représentation du Calvaire, peint en 1603, par François Francken, le vieux, pour l'autel de la S''^ Croix, de l'église S' André. Cette estampe est signée : F. Franck, inven. et dans un ovale : C. J. 16)". L'inscription suivante se lit au-dessous de la gravure :
Ghelyck deur Adam is comen de doodt
In onsen meesten noodt // quam weder 't leven
Deur Jesum Christum uyt liefde groot
Met sijn dierbaer bloedt root // in 't cruys verheven
Ontschuldigh ghestorven soo daer staet gheschreven
Heeft hy hem ghegheven // tôt den cruyce naeckt
Ons alsoo verlost en de hel doen beven
(i) P. VisscHERS. Geschiedenis van S^ Audrieskerk, te Antti.'erpen, T. I, p. 134.
(2) Antvcrphc, ex Officina Plantiiiiana Balthasaris Moreti. — M.DC.XXXVl. — Il s'agit, ici, de Balthasar Moretus le vieux, l'ami de Christophe Jegher.
De doodt verdreven // voor ons de doodt ghesmaeckt Want door 't heyligh Cruys syn \vy saligh ghemaeckt (i). Vidit P. CoENS C. A. (2).
Si Christophe Jegher jouit, comme graveur, d'une réputation universelle justement méritée, on sait moins généralement qu'il exerça aussi l'art de la typographie. Ce fut lui pourtant qui imprima la première édition du plus célèbre ouvrage du savant prieur de S' Sauveur, à Anvers, Christophe Butkens. C'est ce que prouve l'inscription suivante de la planche du titre, qui fut très bien gravée sur cuivre, par Matthieu Borrekens, d'après un dessin d'Abraham van Diepenbeeck : Trophées tant sacrés que prophanes de la duché de Brahant Tome I contenant
(i) Traduction : De même que la mort est arrivée par Adam, la vie nous est revenue dans notre extrême détresse par Jésus-Christ, qui, par un effet de son grand amour, a été élevé sur la croix qu'il a teinte de sotî sang précieux ; il est mort innocent selon qu'il est écrit. Il s'est livré nu à la croix, nous a sauvés par elle, a fait trembler l'enfer, vaincu la mort et a ressenti les tourments de l'agonie. Car c'est par la sainte Croix que nous avons été sanctifiés.
(2) L'inscription P. Coens C. A. peut se rendre de deux manières et signifier Pelrus Coens Canonkiis Autve.rpiensis, ou, plus probablement, Petrus Coens Censor Apostolicus. Pierre Coens, natif de Halle, et non d'Anvers, ainsi que Foppens l'avance par erreur, dans sa Bibliotheca BeJgka (T. II, p. 964), était licencié en théologie, chanoine de notre église-cathédrale et censeur des livres. Il fut secrétaire du savant évêque d'Anvers, Jean Malderus, qui en faisait le plus grand cas. Il mourut, à l'âge de 66 ans, le 7 août 1646, et fut inhumé à Notre-Dame, où son monument funéraire de marbre noir fut conservé jusqu'à l'année 1798, si fatale à cette église. On y voyait aussi son portrait dans la sacristie des chapelains, dont il fut un des bienfaiteurs. Foppens, à la page citée, mentionne deux productions de sa plume. Inscriptions funéraires et moniuuentales de ta province d'Anvers, T. I, pp. 32, 96 et 171.
Voyez, quant à la gravure de Jegher, d'après François Francken, le vieux, P. Visschers, Gesctnedenis van Sint-Andriesl:erh, te Antwerpen, T. I, pp. 78 et 79.
l'origine, succession et descendence des Ducs et Princes de ceste maison, auec leurs actions plus signalées. Ensemble les généalogies de plusieurs Ducs, Princes, Comtes, Barons, Seigneurs et Nobles, leurs vassals et subiects auec les prennes semantes à entière vérification. Par F. Christophre Bvtkens Prieur à S. Sauueur ordre de Cisteaux en Anuers. Et plus bas : Imprimerie de Christophre Ieger aux despens de l'Autheur. — Abraham a Diepenbekedelin. — Matt. Borrekens sculp. — On les vend che:( Mathieu Bor reliens. Il ne parut jamais qu'un seul volume de cette édition, que Foppens (Bibliothcca Belgica T. I, p. 176) dit avoir été publiée en 1641. Nous ferons observer toutefois que le privilège d'imprimer, concédé à Butkens, porte la date du 8 avril 1637, et que l'approbation du censeur ecclésiastique Gaspard Estrix, chanoine et pléban de la cathédrale d'Anvers, avait été délivrée le 21 mars précédent.
L'impression de cet in-folio fait honneur à Christophe Jegher, qui l'orna d'un nombre considérable de blasons, artistement bravés sur bois. La main de notre maitre se fait aussi remarquer, en général, dans les sceaux dont l'ouvrage est enrichi, mais nous sommes persuadé que quelques-uns d'entre eux ont été exécutés par le fils de notre graveur, Jean Jegher, qui approchait de la vingtaine, en 1637. Nous citerons en preuve les sceaux de Mane, comtesse de Julier s (p. 209 des Pr67«;t'5), d'Elisabeth de Brabant (p. 210), de Marie, douairière de Godefroid de Louvain (p. 213), etc. Quant aux représentations des tombes de plusieurs ducs et duchesses de Brabant, qui se trouvent reproduites en cuivre dans cette première édition des Trophées, nous croyons également que Jean Jegher en est l'auteur. Nous avouons qu'elles ne se re-
commandent pas par une grande valeur artistique, mais nous savons aussi que leur auteur sut mériter plus tard une place distinguée parmi les graveurs sur bois.
Christophe Jegher n'édita pas toujours des travaux aussi considérables. Nous en trouvons la preuve dans un poste du compte de la cathédrale d'Anvers, de la Noël 1 642-1 644, Cet article relate, en effet, un paiement de 8 florins 16 sous, pour l'impression, y compris la fourniture du papier, de 500 exemplaires d'une annonce concernant une indulgence octroyée à sept autels de l'éghse Notre-Dame (i).
Nous ne connaissons pas d'autres produits typographiques de Christophe Jegher, mais nous savons qu'il employait ses presses pour le compte de libraires, dont il mentionnait le nom sur les livres qull imprimait à leurs frais. C'est ce qui résulte d'un acte reçu, le 22 juin 1652, par le notaire André van der Donck, à Anvers, acte qui nous a été communiqué par M. Fr. -Joseph van den Branden, des archives communales. Ce document est une déclaration faite à la requête de Jacques Seldenslach, imprimeur et libraire, à Breda. Jegher^ qui y prend également la qualité d'imprimeur, y atteste d'abord de la manière la plus solennelle, avec offre de serment, s'il en était besoin, qu'il n'a jamais été chargé ou commis par Seldenslach d'imprimer, sous son nom, un livre intitulé : Hd cleyn Cabinet. Il ajoute qu'il est vrai que lorsque l'un ou l'autre libraire Çboeckvercooper), lui fait imprimer quelque livre, il y met le nom de son mandataire, sans que celui-ci l'en charge expressément.
(i) Li^gcrcn cités, T. I, pp. 648-649, note 4.
Cet acte eut pour témoins Edouard de Craj'-er et Jean-Baptiste van den Sande, en qui nous croyons reconnaître le graveur de ce nom, artiste de mérite, qui fut reçu franc-maître de notre gilde de S'. Luc, en 1620- 1621 (i).
Jegher, dans la pièce citée, se dit âgé de 56 ans, ce qui reporte sa naissance à la date de 1596^ que lui assignent les registres de baptêmes de notre église S' André (2).
Charles le Blanc, dans son Manuel de l'amateur d'estampes, (T. II, pp. ^^427 et 428), cite dix-sept gravures exécutées par Christophe Jegher, et, dans le nombre le Calvaire, d'après François Francken, le vieux, dont nous avons déjà parlé. Xous allons donner la nomenclature de ces planches que nous ferons suivre de l'indication de quelques autres travaux de notre artiste, qui sont restés inconnus à le Blanc.
1° Su:^anne surprise par les vieillards : P. -P. Rubens. Grand in-folio, en largeur. Premier état : avec le nom de P. -P. Rubens (P. 5, n° 85 du Catalogue del Mar-
{1) Ligeer en cités, T. I, p. 567. — Jacques Seldenslach fut reçu Iranc-maître libraire, à Anvers, la même année. Nous ignorons à quelle époque et pour quel motif il alla s'établir à Breda. Op. cil., ibid.
Van den Sande grava, d'après Pierre-Paul Rubens, le tableau de ce maître qui ornait autrefois l'église de l'abbaye de S^ Michel et qui représente le pape S^ Grégoire-le-Grand, accompagné de S* Sébastien, de Ste Flavie Domitille et de trois autres bienheureux. — Jean van den Sande était fils de Paul van den Sande et d'Ursule van den Eynde. Il fut tenu sur les fonts baptismaux de la cathédrale, le 17 février 1600, par le célèbre graveur Philippe Galle et par Marguerite van Papenbroeck.
(2) Protocoles du notaire André van der Donck, aux archives communales, année 1652.
mol (i). Signature : T. T. Riihens del. C. Jegher se.
2° Estbcr devant .Assuérus. Petit in-octavo en hauteur. Anonyme.
3° Lrt S^^ Vierge tenant l'Enfant Jésus, qui est endormi sur ses genoux : P. -P. Rubens. In-fol.
4° Le %epos en Egypte. La S'^ Vierge avec l'Enfant Jésus, est assise dans un paysage boisé ; S' Joseph est endormi ; deux anges et S' Jean conduisent un agneau : P. -P. Rubens. Gr. in-fol. en larg. Premier état avec le nom de P. -P. Rubens (Catalogue del Marmol, p. 28, n° 469. Les signatures sont écrites ainsi : P. P. %]ib. delm. & exe. C. T. {Cum prîvilegio). C. Jegbers seul p. M. del Marmol en possédait une épreuve en clair-obscur. Très rare, dit l'ouvrage cité.
5° L'Enfant Jésus et S^ Jean jouant avee un agneau : P. -P. Ruhcns. In-fol. en larg. Premier état : avec le nom de Rubens (Catal. del V\Carmol, p. 30, n° 493).
6" Jésus-Christ tenté dans le désert : P. -P. Rubens. Li-fol. en larg. Premier état : avec le nom de Rubens {Catal. del Marmol, p. 11, n° 188. Signature: T. T. %uhens del. & exe.
7° Jésus-Christ en eroix entre les deux Larrons ; au bas, la S"' Vierge, S' Jean, S'"" Madeleine et d'autres figures : F. Franck 1637. In-octavo en haut.
(i) Catalogue de la plus précieuse collection d'estampes de P. -P. Rubens et d'A. van Dyck, qui ait jamais existé, tant pour la beauté des épreuves que pour la rareté des pièces qui s'y trouvent, et qui sont uniques en leur genre, etc. Le tout recueilli avec beaucoup de frais et de soins par Messire del Marmol, en son vivant Conseiller au Conseil souverain de Brabant, etc. 1794. (sans indication de lieu ni de nom d'imprimeur). D'après une note de notre exemplaire, cette collection a été vendue en bloc à M. Neuman, marchand de tableaux à La Haye, moyennant 12,000 florins des Pays-Bas, soit 25,396 francs 82 centimes.
8° Le Couronnement de la S^^ Vierge: P. -P. Rubens. In-fol. en larg. Premier état : avec le nom de Rubens. (Catal. del Marmol. p. 28, n° 460). Signature : P. P. %jibens del. cxc. Chr. Jeghers sculp.)
9° L'tAssomption : P. -P. Rubens. Petit in-folio en haut (i).
10° Le Couronnement de la 5" Vierge: P. -P. Rubens. Petit in-fol. en haut.
11° S^ Georges combattant le drami. Pièce en haut. Anonyme.
12° S^ Jérôme dans le désert. Planche en haut. Anonyme.
13° Hercule exterminant la Fureur et la Discorde : P. -P. Rubens. In-fol. en haut, i^"" état : avec le nom de P. -P. Rubens (Calai, del Marmol, p. 47, n° 731. Signature : P. P. Rubens delin. et exe. La collection possédait le dessin très bien conservé de la planche et de la grandeur de celle-ci).
14° Silène ivre, soutenu par un satyre et un faune : P. -P. Rubens. In-fol., en haut, i^'' état, avec le nom de P. -P. Rubens. (Catal. del Marmol, p. 53, n° 827). L'exemplaire de l'auteur de cette biographie est signé de la manière suivante : P. T. %îib. delineau. & excud.
(i) Il est probable que le Blanc commet ici une erreur d'après le Catalogue des estampes gravées d'après Rubens, de François Basan, Paris, M.DCC.LXVII. Celui-ci indique, en effet, à la page 52, no 11, V Assomption en question, qu'il dit être signée Christ. Jegher sculp. A. Sallarts. Mais le Catalogue del Marmol affirme (p. 27, n" 454), que cette planche a été gravée en bois par Jean [egher et qu'on y voit le nom d'Antoine Sallarts. Il ajoute : « Sur le rêver (sic) est imprimé (sic) la S'^ Trinité et au bas des esclaves, etc. lAnt. Sallarts del. Joan. Jegher sculp.
— Cum priviJegiis. — Cbristoffel Jegher. sculp. C'est une belle épreuve du premier état.
15° ie Jardin d'amour : P. -P. Rubens. Gr. in-fol. en larg. — i^"" état, avec le nom de P. -P. Rubens. (Catal. del Mannol, p. 56, n° 881. Signature: T. P. %ubens (ciel.) & exe. En deux feuilles.)
16° Ferdinand, cardinal-infant d'Espagne. P. -P. Rubens. In-fol. en haut. (Catal. del Mannol, p. GG, n°98o. » Représenté debout et armé de pied en cap : il tient de la main droite son bâton de commandement. Erasmus Oiielliniis delin. Chr. Jegher se. & excudit : en bois très certainement d'après la composition de Rubens. Très rare »).
Un exemplaire de cette planche faisait partie de la belle collection d'estampes et de dessins de M. Pierre Wouters, prêtre et chanoine de l'église collégiale de S' Gommaire, à Lierre, trésorier et bibliothécaire de Sa Majesté Apostolique, etc., qui fut vendue à Bruxelles, en 1797. Le Catalogue ajoute cette note à la description: « cette planche est d'une rareté étonnante et peut-être unique, telle qu'elle est ici, d'une condition parfaite et avec les trois inscriptions latine, flamande et française au bas, commençant par ces mots : Ferdinandus Austriacus, etc., et finissant par: gouverneur des Pays-^Bas : t'Antwerpen, by Cbristoffel Jegher hondtplaetsnyder . in de Camnierstaet tegen over d'Augustyne^i. 9 pouces 10 lignes de largeur (i) ».
(i) Catalogue de la rare et nomhi-eme collection d'estampes et des desseins (sic) qui composaient le cabinet de feu M. PierreT^Vouters, en sonvivant prêtre, chanoine de l'église collégiale de S. Gomer, (sic) à Lierre en Bradant ; trésorier et bibliothécaire de Sa Majesté Apostolique, etc.,
Il résulte de ces dernières lignes que Christophe Jegher habitait dans la Cammerstraat, (rue des Brasseries) une maison située en face des religieux Augustins. Les anciens registres des sections (zuijkboeken), conservés aux archives communales, n'indiquant nulle part Christophe Jegher, en qualité de propriétaire d'un immeuble dans ladite rue, il est indubitable qu'il y tenait à bail une maison d'autrui.
17° Portrait d'homme, présumé celui du frère de Rubens, en buste, portant une barbe courte et épaisse : P. -P. Rubens. In-fol. très rare, i^'' état : avec le nom de Rubens. Nous ferons observer ici que M, Charles le Blanc entend parler sans doute, à cet endroit, de Philippe Rubens, secrétaire de la ville d'Anvers, car Pierre-Paul eut plus d'un frère (i).
Cette effigie est mentionnée ainsi dans le Catalogue del V\Carmol, page 75, n° 1076 : « Le même portrait d'homme en clair-obscur, avec P. P. Rubens del in. & excudit. Chr. Jeghers sculp. » Il y figure parmi (( les portraits de personnes, dont les noms sont ignorés î.
Le portrait de Philippe Rubens, frère de Pierre-Paul Rubens, est suffisamment connu. Il figure^ entre autres, avec ceux de Pierre-Paul lui-même, de Juste Lipse et de Hugo Grotius, dans un tableau peint par le grand artiste, et qui fut gravé par Ferdinand Gregori, de Florence. Cette planche fort connue sous le titre : Les quatre
Tréccdé d'une tahte alphabétique des maîtres, par N. J. T'Sas, négociant. Bruxelles, l'an V (iJ<)J, vieux style). P. 113, 11° 1276.
(i) Frédéric Verachter. Généalogie de Pierre-Paul Rubens et de sa famille, Anvers, 1840, p. 11.
Philosophes, est mentionnée par Charles le Blanc, T. II, p. 3 i8, numéro 47.
Un autre portrait de notre Philippe Rubens, celui-ci en buste et posé sur un piédestal, est mentionné dans le Catalogue del Marmol, p. 70, n° 1020, comme gravé par Corneille Galle, sans autre indication.
Nous concluons de ce qui précède que l'auteur de ce Catalogue a eu raison de classer l'effigie en question parmi celles de personnes dont les noms sont ignorés. Nous venons de passer en revue toutes les planches de Christophe Jegher, mentionnées par Charles le Blanc. Le catalogue cité du chanoine Wouters mentionne, en outre, les deux suivantes gravées sur bois, d'après Pierre- Paul Rubens :
'Daniel dans la fosse aux lions (p. 87, n° loio). Un Hermès portant une double tète de Mercure et de Minerve, etc. dans un rond. On y lit : Honesti Cornes Ratio, taille de bois, sans noms (par C. Jegher), de 6 pouces, 3 lignes de diamètre (p. 117, n° 1299).
Basan signale enfin (p. 196, n° 71), une vignette d'après Pierre-Paul Rubens pour un livre dédié au pape Urbain VIII. On y voit, dit-il, un cartouche qui a pour supports S' Pierre et S' Paul , la tête ceinte d'une couronne, le cartouche accompagné de deux clefs passées en sautoir.
Nous ne ferons pas l'éloge de Christophe Jegher, le mérite de cet excellent graveur sur bois étant assez connu.
La date exacte du décès de ce maître ne nous est pas connue, mais son trépas est mentionné dans le compte de la gilde de S' Luc du 18 septembre 1652 au 17 du même mois 1653. Jegher a, par conséquent quitté la
vie dans cet inten^alle. Le document cité nous apprend que sa dette mortuaire (i) n'avait pas été payée à la corporation (2).
(i) Liggeren cités, T. II, p. 246,
(2) Cette notice est datée du 17 mars 1873.
Jean-Christophe JEGHER ou JEGHERS
(en flamand Jan-Christoffel JEGHER ou }EGHERSj
ean Jeghers, fils du célèbre graveur sur bois 'Christophe Jeghers, et de Marie Jacobs, naquit là Anvers et y fut tenu sur les fonts baptismaux de l'éghse S^ André, le 3 novembre 16 18, par Jean Helbardinck et Catherine Nivels. Les œuvres de cet excellent artiste sont souvent confondues avec celles de son père. Le seul Constant Piron lui consacra une courte notice assez insignifiante et non entièrement exacte (i). A cette exception près, le nom de Jean Jeghers est passé sous silence dans toutes les biographies.
Jean Jeghers cultiva la gravure sur bois et fut un digne élève de son père, ainsi que le prouvent suffisamment ses bonnes productions. Il fut reçu dans la gilde anversoise de S' Luc, comme fils de maître, en 1643- 1644 (2). Notre artiste épousa, dans l'église S'^ Wai-
(i) Algemeene levensheschryvùtg der mannen en vrouwen van BeJgie, ivelke jich... eenen naem veriuorven hchhen. Mechelcn, 1S60, 2^ Byvoegsd, M. i6y.
(2) Les Liggeren et autres archives historiques de la gilde anversoise deSaint Luc, transcrits et annotés par Ph. Rombouts et Th. van Lerius, avocat, T. II, pp. 145 et 151.
burge, le 5 mars 1644, avec dispense des bans et du temps clos, Marie Lenaerts, qui appartenait à cette paroisse ; Jeghers habitait celle de la cathédrale. Il eut son père pour témoin ; celui de sa femme se nommait Jean van den Berge.
Marie Lenaerts donna à son mari sept enfants qui furent tous tenus sur les fonts du quartier sud de la cathédrale :
1° Jean, le 26 janvier 1645, par le célèbre graveur Pierre de Jode, le jeune, et Emérentienne de Snick ;
2° Jean-François, le i"^"" avril 1646, par Jean Willems et Sara van Lamoen ;
3° Elisabeth, le 23 octobre 1650, par Guillaume van Lamoen, fripier-crieur public et marchand d'objets d'art, reçu franc-maître de la gilde de S' Luc, en 163 1- 1632 (i) et par Elisabeth Jordaens ;
4° Jean-Baptiste, le 23 avril 1652, par Nicolas Schouteth et Catherine de Hemelaer, femme du célèbre peintre Erasme Quellin ;
5° Marie-Anne, le 3 janvier 1655, par Daniel van Houte et Anne de Grande ;
6° Susanne-Madeleine, le 3 1 décembre de la même année 1655, par Rombaut Hoomis et Madeleine de Vos ;
7° Marie- Anne, le 14 septembre 1660, par Dominique de Coster, marqueteur, reçu franc-maître de la gilde de S' Luc (2), comme fils de maître en 1658-1659, et par Marie van Lamoen.
Marie Lenaerts décéda peu après la naissance de cette fille.
(i) Liggeren cités, T. II, pp. 23 et 31. (2) Ihid, T. II, pp. 292 et 300.
Sa dette mortuaire est mentionnée, en effet, dans le compte de la confrérie de S' Luc qui s'étend du i8 septembre 1660 au 18 du même mois 1661 (i). Jean Jeghers entouré d'enfants mineurs, pouvait difficilement rester veuf, aussi résolut-il de convoler à de nouvelles noces. Il épousa dans la cathédrale, quartier sud, le i avril 1663, Marie Marien, avec dispense de deux bans et du temps clos. Ce mariage eut pour témoins le typographe Balthasar Moretus, le jeune, fils de Jean et de Marie de Swcert (2), doyen de la gilde de S' Luc en 1 648-1 649, et Régnier Blanckaert. Aucun enfant ne lui dut le jour.
Nous allons aborder maintenant la carrière artistique de Jean Jeghers. Nous avons dit dans la biographie de Christophe Jeghers que son fils, notre artiste, l'aida dans la gravure de quelques-unes des planches de la première édition des Trophées de Brahant, du savant Christophe Butkens, dont le privilège d'imprimer et l'approbation furent concédés en 1637. Nous avons indiqué aussi quelles sont celles de ces planches que nous croyons pouvoir lui attribuer.
Avant de poursuivre, nous devons avertir ici le lecteur que si Jean Jeghers ne reçut qu'un seul prénom au baptême, il en prit un second, lors de sa confirmation, selon l'usage assez généralement suivi de son temps. Ce deuxième prénom fut celui de Christophe. Il signait indifi'éremment ses productions de son surnom baptis-
(i) Liggeren cités, T. II, p. 319.
{2) Geslagt-lyste der nakomelivgen van âen vermaerden Christoffel Tlantin, koniiiglyhen aeris-hoekdruhher,... JoorJ.-B. van der Strae- LEN, en iiytgegeven door P. -Th. Moons-van der Straelen. Antwerpen, 1858, pp. 29, 32 et 53.
mal seul ou de ses surnoms réunis, ces derniers désignés d'ordinaire par les initiales I. C. I.
On doit à Jean Christophe Jeghers les médaillons sur bois dont est orné l'opuscule très rare d'Ernest van Veen, fils d'Otho Vctnius, intitulé : lîAIAEIA, sive miliiaris artis pcritia , serenissimi principis Ferdinandi S. R. E. Cardinalis Hispanianmi hifaiitis. ,Anctoyc Ernesto v(an) Veen, jimsconsulto. 'Briixelhe, typis Joaiinis MommartI, co. ne. xxxvi. Plusieurs de ces médaillons font honneur au maître.
L'artiste exécuta les nombreuses gravures sur bois qui se trouvent dans la traduction de Ylconologie de César Ripa, de Pérouse, œuvre de Thierry, fils de Pierre Pers (T)ierk 'Tieîersx. Ters), et imprimée par celui-ci, à Amsterdam, en 1644 (i). Ces petites estampes sont toutes de la main de Jean-Christophe Jeghers. Elles sont de mérites fort inégaux ; mais il en est qui font honneur au maître. Plusieurs ne sont pas signées, mais un assez grand nombre d'entre elles portent les initiales 1. C. 1. (Jan-Christoffel Jeghers^ en français Jean- Christophe Jeghers). Ces lettres paraissent pour la première fois à la page 81, au-dessous de la figure représentant la Valeur, et sont répétées plus ou moins souvent.
Au reste, si Jean-Christophe Jeghers n'avait jamais exécuté de figures plus recommandables que les meil-
(ij Voici le titre de cette traduction: Jconologia oft uytheeldinghe des verstants van Cesare Ripa van Periigien waer in verscheiden beeîdnissen van TDeiighde, Ondeughdcn , Menschlijcke Hert^tochten, Konsten, Leerin^hen, etc., en andere ontallijke stoffen, geîeerdelijck werdcn verhandeît. Uyt het Italiaens veriaelt door T). Pielersi. Ters. lAmstclredaiii bij Dircli Tieters^. Ters op 't water ovar de Koren-mercht.
leures que celles qui se trouvent dans l'ouvrage que nous venons de citer, son nom ne brillerait guère d'un bien vif éclat dans la phalange d'excellents graveurs qui illustrèrent le XVIP siècle. Le talent supérieur du maître se révéla, en 1649, dans les planches de petite dimension dont il orna l'opuscule flamand intitulé : Het gbeditrigh Kruys , ofte Passie Jesu Chrisîi , van 't beginsel synder Mensche-iuordinghe tôt bet eyiidc syns levcns ; in vîertigh Beelden uyt-gedrucht ; -welcker boute Platen tôt dienste der Gbemeynte ^jn voor niet geiont. Siet den prysvan 'tT^oeckxken, pag. 46. T Antwerpen. ^ij Cornelis Woom, 'Boeckdriicker op de Melck-marckt in de Sterre. ^Anno 164^. Consensu Superiorum (i).
La page 46 à laquelle nous renvoie le titre, nous apprend que cet opuscule comprenant deux feuilles d'impression, ornées de quarante gravures (celle du titre non comprise) se vendait brochée dans tous les Pays-Bas, un blanc ou trois liards.
Nous lisons à la page 4 que ces images ont été dessinées par Antoine Sallarts, peintre de Bruxelles, et gravées par Jean-Christophe Jeghers , graveur sur bois, d'Anvers. L'auteur de la présente biographie possède un exemplaire de la rarissime édition primitive de ce petit ouvrage. Un avis, inséré à la page 47, porte qu'on pouvait se procurer chez le même imprimeur (Corneille Woons) lesdites 40 images, avec une prière appropriée
(i) Traduction : La Croix perpétuelle ou Passion de Jésus-Christ, du commencement de son Incarnation jusqu'à la fin de sa vie ; représentée en quarante images, dont les planches sur bois sont mises gratuitement au service du public. Voyez le coût du petit livre, à la page 46. Anvers, chez Corneille Woons, imprimeur. Marché au Lait, à l'Etoile. An. 1649. ^^ consentement des Supérieurs.
à chacune d'elles et confirmant la doctrine de la croix perpétuelle. Nous possédons i8 de ces planches imprimées au recto et au verso, ce qui en porte le nombre h. }6. Elles n'ont pas de marges et les prières y font défaut. Quelques-unes de ces estampes diffèrent de celles qui ornent l'opuscule cité ; nous les signalerons à mesure qu'elles se présenteront,
La planche du titre, signée uniquement des initiales d'Antoine Sallarts, représente l'Enfant Jésus nu, la tête entourée de rayons et assis sur une tombe ouverte. Le divin Sauveur tient^ de la main droite, un fléau armé de pointes de fer, en forme d'étoiles, et de la gauche, une verge. Derrière Lui est érigée la Croix, avec le titre: INRI et la couronne d'épines. Le cœur, les mains et les pieds du Christ y sont attachés, La lance du centurion et la perche surmontée de l'éponge y figurent en sautoir. Près de l'Enfant divin croît un roseau ; à terre gisent une bêche, une tenaille et une colonne renversée et surmontée d'un coq chantant. Sur le fond se détachent les bustes de Pilate, d'Hérode, de Caïphe et de Judas riscariote, reconnaissable à sa bourse, trois clous, des dés, un poing fermé et couvert d'un gantelet, et des maillets de fer (i).
A la page 6 est représenté le conseil de la très sainte Trinité. Dieu le fils, vêtu d'une simple tunique et age-
(i) Les sujets des bustes en question font songer à quelques-uns de ceux qui se trouvent dans une splendide miniature de Roger van der Wej^den, le vieux, représentant la Messe de saint Grègoire-le-Grand et appartenant à M. J. Gielen, de Maeseyck. Une reproduction en chromolithographie de cette œuvre d'art, exécutée par M. S. Mayer, à Anvers, a paru dans les Annales de l'Académie d'archéologie de Belgique, T. VI, 2e série, p. 309.
nouille sur les nuages, que surmontent quelques têtes ailées de chérubins, embrasse la croix de la main droite et montre de la gauche la riche chape, la triple couronne et le sceptre dont il vient de se dépouiller. Jésus adresse la parole au Père Eternel, dont la main droite tient le sceptre et repose sur le globe, tandis que la gauche aide à soutenir un des bras de la croix. A côté de la première personne de la très sainte Trinité est assis le S* Esprit, sous une forme humaine et reconnaissable à la colombe entourée de rayons, qui s'élance de son sein. Il tient le sceptre de la main droite, et, de la gauche, également un des bras de la croix. Ces deux personnes divines sont assises sur les nuées du ciel, la tête ornée de la tiare et vêtues de superbes chapes. Cette composition est signée des initiales du peintre et du graveur, les premières entrelacées.
Cette première planche n'est pas reproduite dans notre tirage à part.
La deuxième a pour sujet l'Annonciation. La S"^ Vierge, agenouillée sur un prie-Dieu, vient de prononcer ces mots : « Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole. » Elle lève les yeux au ciel et y aperçoit la croix, que lui montre de la main droite l'archange Gabriel, qui tient, de la gauche, un lys en fleurs et s'apprête à prendre congé de la Mère de son Dieu.
Cette estampe, signée des initiales des deux artistes, est la première de nos tirés à part, qui sont évidemment d'une impression postérieure à celles qui ornent l'opuscule dont nous nous occupons.
La troisième planche représente la S"" Vierge assise et tenant l'Enfant Jésus, qu'elle vient de soulever de son berceau, près duquel sont accroupis le bœuf et
l'âne. L'Homme-Dieu et Marie lèvent les 5^eux au ciel, où apparaissent deux anges tenant la croix. S' Joseph debout et les mains jointes contemple son Sauveur. Signé des initiales des deux artistes.
Nos tirés à part contiennent une répétition de cette estampe.
La quatrième a pour sujet la Circoncision. La S*'^ Vierge à genoux et S' Joseph incliné , présentent l'Enfant divin au grand-prctre, qui se soulève quelque peu de son siège et tient l'instrument de la circoncision. Derrière lui, deux lévites avec des chandeliers surmontés de cierges ardents. Au fond, un docteur de la loi et quatre autres personnages. Signé des initiales des deux artistes.
Reproduit dans nos tirés à part. Un trait qui manquait dans l'édition primitive au nez de la S'" Vierge a été ajouté dans celle-ci.
La cinquième planche représente la Purification de Marie. Le saint vieillaid Siméon, revêtu du costume du grand-prêtre^ tient sur ses bras l'Enfant Jésus, qu'il contemple avec vénération. A ses pieds est agenouillée la S'^ Vierge, la main droite sur son cœur et tenant, de la gauche, une cage d'osier, qui renferme les deux colombes^ l'offrande des pauvres. Derrière elle sont debout S* Joseph et Anne , la prophétesse , admirant cette scène d'humiliation volontaire. Deux porte-cierges accompagnent Siméon. Signé des initiales des deux artistes et répété dans nos tirés à part.
La Fuite en Egypte est le sujet de la sixième planche. S* Joseph, chargé de ses outils de menuisier, tient le licou de l'âne, sur lequel est assise la S'*^ Vierge, qui serre de la main droite l'Enfant Jésus. La S'"-' Famille
traverse un chemin aride . Signé des initiales des deux maîtres et répété, sans variantes, dans le tirage à part.
La septième planche représente Jésus retrouvé au Temple. Le divin Enfant, assis à une certaine élévation, explique la loi et montre le ciel. Un docteur, un livre à la main, s'est levé pour l'interroger ; un autre assis auprès de celui-ci et tenant un rouleau, paraît s'apprêter à en faire autant, tandis qu'un troisième est en train de se lever. Un autre assis à côté du second, écoute attentivement. Un cinquième est debout au fond où se trouve une foule d'auditeurs ; à l'avant-plan se présentent la S'*^ Vierge et S' Joseph navrés de douleur et conversant entre eux. Signé des initiales des deux artistes et répété, sans changements notables, dans le tirage à part.
La huitième estampe a pour sujet Jésus dans l'atelier de S' Joseph. Le divin Sauveur qui porte un marteau à sa ceinture, est en train de tracer sur une planche, de la main droite, des indications au compas ; sa gauche tient une équerre. Son père nourricier travaille du marteau et de l'ébauchoir à une autre planche. L'une et l'autre sont posées sur un établi, près duquel on remarque divers outils de charpentier. Les initiales séparées d'Antoine Sallarts sont imprimées sur deux scies ; celles de Jean-Christophe Jeghers sont marquées à gauche de la planche.
Répété, sans changements, dans le tirage à part.
La neuvième planche nous fait assister à la mort du père nourricier du Sauveur. S^ Joseph, couché dans son lit et levant ses mains jointes, contemple le ciel, que lui montre Jésus, debout près de lui et lui faisant
ses dernières exhortations. La S''' Vierge, qui se trouve au chevet du lit de son époux, écoute les paroles de son divin Fils. Sur un guéridon placé près de la couche funèbre, sont déposés une fiole, un verre et une potion médicinale. Signé des initiales des deux maîtres et répété, sans variantes, dans nos tirés à part.
La Tentation de Jésus au désert est le sujet de la dixième planche. Satan sous la figure d'un vieillard et revêtu d'un manteau à capuchon à travers lequel passent ses cornes, présente une pierre au Sauveur et lui demande de la changer en pain. Jésus lui répond que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui procède de la bouche de Dieu. A droite, au fond, le diable s'efforce de persuader au Christ de se jeter en bas du pinacle du temple de Jérusalem, sur lequel l'a transporté l'Esprit mahn. A gauche, aussi au fond, le démon placé avec Jésus sur une haute montagne, lui montre tous les royaumes de la terre et leur gloire. Signé des initiales des deux maîtres et reproduit, sans changements, dans les tirés à part.
La onzième planche représente le Sauveur qui, fatigué de la route et assis à l'ouverture d'un puits, enseigne la Samaritaine. Au fond, les disciples de Jésus en admiration de ce qu'il adresse la parole à cette femme. Signé des initiales des deux maîtres et répété, sans changements, dans le tirage à part.
La douzième estampe a pour sujet les Juifs traitant Jésus « de Samaritain et de possédé du démon.» Le Sauveur vient de leur dire : « Qui de vous me convaincra de péché? Si je vous dis la vérité, pourquoi ne croyez-vous pas en moi ? Celui qui est de Dieu, écoute les paroles de Dieu. C'est pourquoi vous ne les écoutez pas, parce
que vous n'êtes pas de Dieu.^) Deux Juifs, dont la coiffure est surmontée d'un petit diable, gesticulent pleins de rage et adressent à Jésus les reproches que nous avons transcrits ci-dessus. Signé des initiales des deux artistes et répété, sans changements, dans le tirage à part.
La décollation de S' Jean-Baptiste est représentée dans la treizième planche. A l'avant-plan, le bourreau, qui armé d'un coutelas, vient de martyriser le saint. Il remet la tête du précurseur, dont le sang découle, à Salomé^ fille d'Hérodiade, qui s'est avancée sur les degrés de l'entrée de la prison et reçoit le chef sacré dans un plat de métal. A l'arrière-plan, Hérode est assis à table avec Hérodiade et d'autres convives, et Salomé apporte sur le plat le prix de sa danse voluptueuse. Signé des initiales des maîtres et répété, sans changements, dans les tirés à part.
La quatorzième planche a pour sujet les Juifs qui s'apprêtent à lapider Jésus. Deux d'entre eux saisissent des pierres et vomissent, avec un troisième, des imprécations contre l'Homme-Dieu. Le Sauveur leur demande d'une voix calme pour laquelle des nombreuses bonnes œuvres qu'il a faites au miHeu d'eux, de la part de son Père, ils veulent le lapider. Signé des initiales des deux artistes et reproduit, sans variantes, dans le tirage à part.
La quinzième planche représente trois Juifs qui, pleins de rage, veulent précipiter le Sauveur du sommet d'une montagne; un d'eux s'oublie jusqu'à lever le pied contre Jésus, dont il saisit le manteau. Signé des initiales des deux maîtres et répété^ sans changements, dans notre tirage à part.
Le sujet de la seizième planche est Jésus prenant
congé de sa sainte Mère, avant d'aller à sa Passion. Le divin Sauveur bénit Marie, qui est agenouillée devant lui et qui répand des pleurs. Au fond, à gauche. Judas s'entretenant avec une bande de Juifs, et, plus loin, le Calvaire, où sont déjà dressées les croix. Signé des initiales des maîtres et répété, sans changements, dans les tirés à part.
La Cène est représentée dans la dix-septièm^e planche. Jésus tenant de la main droite le pain consacré, annonce à ses apôtres qu'un d'eux le trahira. Ces mots les font tressaillir, et l'on voit S^ Pierre s'approcher de S' Jean, qui repose sur le sein de Jésus, pour lui demander de qui le Sauveur entend parler. Judas tenant sa bourse à la main, écoute les paroles accusatrices de son maître. Signé des initiales des artistes (celles d'Antoine Sallarts non entrelacées) et répété, sans changements, dans les tirés à part.
L'Agonie de Jésus au Jardin des Oliviers est le sujet de la dix-huitième planche. Le Seigneur est agenouillé et prie, les mains étendues. Dans le ciel lui apparaît un ange tenant un calice, de la main droite, et la croix, de la gauche. A l'avant-plan de droite sont endormis Pierre, qui garde une épée, Jacques et Jean. Au fond, à gauche, la bande de Judas se présente à l'entrée du jardin. Signé des initiales ordinaires des maîtres.
Cette planche a été, par suite probablement d'un accident, remplacée par une autre, dans nos tirés à part. Jésus, dans une posture différente de la première, et autrement drapé, est posé vers la gauche, tandis qu'il l'est vers la droite dans la composition primitive. Il se tourne de côté vers l'ange qui lui apparaît avec le calice et la croix, et qui est en partie enveloppé d'une nuée.
Cette figure d'esprit céleste est autre que celle de la première estampe, et elle est aussi posée différemment. Pierre, qui tient une épée d'une main et repose sur l'autre, Jean et Jacques sont endormis à l'avant-plan de droite, dans d'autres attitudes que celles de la première planche. Ce sont aussi de nouvelles figures. Au fond, à gauche, on aperçoit quelques Juifs à l'entrée du jardin. Signé des initiales entrelacées d'Antoine Sallarts , en grandes lettres et de celles de Jean-Christophe Jeghers.
La dix-neuvième planche représente le Baiser du traître. Judas s'est approché de Jésus et l'embrasse ; le Sauveur, dont un soldat lie la main droite, tourne la gauche vers l'apôtre infidèle et lui dit : « Judas, tu trahis le Fils de l'homme par un baiser ! » Un second soldat est en train de lancer une corde à Jésus. D'autres se trouvent en grand nombre derrière le Christ, tandis qu'on remarque à l'arrière-plan leurs compagnons qui s'empressent de les rejoindre. A l'avant-plan de gauche, Pierre a terrassé Malchus et lève son sabre pour lui couper l'oreille. Signé des initiales ordinaires des deux artistes.
Un accident doit aussi être arrivé à cette planche, car elle a été remplacée par une nouvelle, dans nos tirés à part. Judas tenant, de la main gauche, la bourse aux trente deniers, pose la droite sur l'épaule de Jésus, qu'il a attiré à lui, pour l'embrasser. Devant le Sauveur se tient un soldat, à la face hideuse, qui Lui tient les mains liées. Près de celui-ci, un chef agite en l'air son bâton de commandement. Au fond, Pierre lève son sabre pour couper l'oreille de Malchus terrassé. Un des soldats accourt à ce spectacle, en levant les bras et est suivi de ses compagnons. Signé des monogrammes ordinaires des maîtres.
Jésus précipité dans le torrent de Cédron, est représenté dans la vingtième planche. Deux soldats postés sur un pont, tirent à eux avec force les cordes dont sont liés les bras du Sauveur qu'ils entraînent à travers le torrent. Signé des seules initiales d'Antoine Sallarts dont rS est attaché à la partie supérieure de l'A, et reproduit dans le tirage à part, avec un léger changement au monogramme.
La vingt-et-unième planche figure le Sauveur amené devant Anne. Jésus est debout entre deux soldats dont l'un lui tient les mains liées et se met en posture d'appliquer sur sa face divine un soufflet de son gantelet. Anne placé, en habits pontificaux, sous un dais, paraît vivement contrarié des réponses de Jésus ; derrière lui se trouvent un grand nombre de satellites des princes, des prêtres et des anciens. Signé des initiales non entrelacées d'Antoine Sallarts et de celles de Jean- Christophe Jeghers.
Cette planche est remplacée, dans nos tirés à part, par une composition de quatre figures. Jésus, le corps lié par de grosses cordes, est debout devant Anne, qui est assis, en habits sacerdotaux, sous un dais, et interroge le Sauveur. L'Homme-Dieu est placé au milieu de deux soldats, dont l'un lève sa main armée d'un gantelet, pour le frapper. Signé du monogramme ordinaire des deux maîtres.
Le sujet de la vingt-deuxième planche est Jésus dans la maison de Caïphe. Le divin Sauveur est assis sur un bloc de pierre, la face voilée, le corps courbé et les mains retenues par des liens. Deux satellites sont en train de le souffleter et de lui dire : <( Prophétise, et dis-nous qui t'a frappé ? » Signé des initiales des deux
artistes et répété, sans changements, dans le tirage à part.
Jésus accusé devant Pilate est figuré dans la vingttroisième planche. Le Sauveur lié et entouré de soldats, est debout devant le gouverneur de la Judée, qui est assis sur son siège, à une certaine élévation, et adresse la parole au Christ. Signé uniquement du monogramme ordinaire d'Antoine Sallarts et reproduit, sans variantes, dans les tirés à part.
Dans la vingt-quatrième planche Jésus est renvoyé par Hérode à Pilate. Hérode assis sur son trône donne, d'un air moqueur, l'ordre d'emmener le Sauveur, qui est vêtu du manteau de dérision et s'éloigne entre deux soldats, dont l'un brandit sa massue, armée de pointes de fer. Signé du seul monogramme d'Antoine Sallarts. Dans nos tirés à part, les têtes des figures de cette estampe ont été retouchées, et l'œuvre porte uniquement les initiales de Jean-Christophe Jeghers.
La Flagellation est représentée dans la vingt-cinquième planche. Jésus, le corps presque entièrement dépouillé de ses vêtements, est attaché à une colonne. Deux bourreaux placés à ses côtés épuisent sur lui leur rage, à coups de verges et de lanières armées d'étoiles de fer. Un troisième bourreau accroupi est en train de lier des verges en faisceau. Signé des monogrammes des deux maîtres et reproduit, sans changements, dans les tirés à part.
Le Couronnement d'épines est figuré dans la vingtsixième planche. Jésus est assis sur un bloc de pierre, les mains chargées de liens, et épuisé par les souffrances. Deux bourreaux se servent de bâtons pour fixer la couronne d'épines sur son chef divin. Un troisième
agenouillé, lui tire la langue,, et la tête découverte, en signe de dérision, il présente au Sauveur un roseau, en guise de sceptre. A l'avant-plan de droite, un bassin de métal, sur le bord duquel est étendu un linge. Signé des initiales des deux artistes et reproduit, sans changements, dans nos tirés à part.
La vingt-septième planche représente le Sauveur montré au peuple par Pilate. Jésus, la tète couronnée d'épines, revêtu du manteau de dérision, et portant dans une de ses mains liées, le roseau en guise de sceptre, est debout, sur une hauteur, devant le palais de Pilate. Celui-ci tenant de la gauche le manteau du Christ, montre de la droite la divine victime et dit aux • juits : « Voilà l'homme. » La foule de ces malheureux répond, pleine de rage, au gouverneur :« Qu'il soit crucifié! » On remarque, parmi cette multitude, quelques-uns de ces forcenés qui lèvent en l'air la croix toute prête. Signé des initiales des deux maîtres et reproduit, sans variations, dans le tirage à part.
Jésus chargé de la croix est le sujet de la vingt -huitième planche. Deux soldats, dont Tun tient un bâton, sont en train de charger l'épaule droite du Sauveur de l'instrument du dernier supplice. L'Homme-Dieu, la tête couronnée d'épines et lié de cordes, tient, des deux mains, un des bras de la croix, sous le poids de laquelle chancellent ses jambes. Signé des initiales des deux artistes et répété, sans changements, dans les tirés à part.
La première chute de Jésus sous la croix est figurée dans la vingt-neuvième planche. Le Sauveur s'aftaisse sous l'instrument de son supplice. Un bourreau tire à lui la corde dont sont liés ses bras et touche de son
bâton la divine victime. Une troupe mennçante de soldats s'arrêtent derrière Jésus, tandis que d'autres les précèdent à l'arrière-plan. Signé des initiales des deux maîtres et reproduit, sans changements, dans les tirés à part.
La trentième planche a pour sujet le Sauveur portant sa croix et rencontré par sa sainte Mère. Des soldats accompagnés de bourreaux^ dont l'un porte une corbeille chargée des instruments du dernier supplice, et un autre une échelle, précèdent Jésus. Le Christ couronné d'épines et traînant sa croix, se tourne vers Marie, qui est venue à sa rencontre, accompagnée de S* Jean et qui compatit aux souffrances de son divin Fils. Signé des initiales des maîtres. On remarque, que contrairement à l'usage presque général. S' Jean est représenté barbu dans cette planche.
Les faces des figures ont été l'objet de quelques travaux supplémentaires dans les tirés à part, qui ne présentent pas d'autres différences.
La trente-unième planche représente Simon de Cj-rène contraint d'aider Jésus à porter sa croix. Le Sauveur entouré de soldats, fléchit sous le poids de l'instrument de supplice, dont est chargée son épaule droite. Simon de Cyrène prend, des deux mains, le milieu de la croix. A l'arrière-plan de droite, deux chefs à cheval précèdent une troupe de soldats, dont quelques-uns entraînent les deux larrons, qui s'avancent les mains liées derrière le dos. Signé des initiales des deux artistes, et répété avec quelques légers travaux supplémentaires aux visages des figures, dans les tirés à part.
L'impression de la Sainte-Face est le sujet de la trente-deuxième planche. La respectable matrone, dési-
gnée vulgairement sous le nom de S^^ Véronique, a reçu sur un linge qu'elle tient des deux mains, l'impression du visage sanglant de Jésus. Elle vient de quitter le Sauveur et considère avec attendrissement le dépôt sacré qu'elle a recueilli. L'Homme-Dieu plie sous le poids de la croix ; un soldat placé près de lui saisit la manche gauche de sa tunique, pour le forcer de poursuivre sa marche. D'autres soldats s'avancent à la suite du premier. Un corps de troupes, drapeau déployé, précède cette partie de l'escorte et se remarque à l'arrière-plan. Signé des monogrammes des deux artistes.
Nous ne possédons pas cette estampe dans nos tirés à part.
La Chute de Jésus près de la Porte-du-Jugement est représentée dans la trente-troisième planche. Le Christ s'est affaissé sous le poids de la croix ; un chef, debout prés de lui et le bâton de commandement à la main, interpelle les soldats de l'escorte. Un corps de troupes précède celle-ci, dans la direction de la Porte-du-Jugement. Signé des monogrammes des maîtres.
Cette pièce fait aussi défaut dans notre tirage à part.
Les Femmes de Jérusalem déplorant le sort de Jésus, sont représentées dans la trente-quatrième planche. Près du Sauveur qui porte sa croix, se trouve un groupe de femmes éplorées, dont une donne la main à son jeune fils. Un soldat furieux pousse en avant le Christ, qui adresse ces mots aux filles de Jérusalem : « Ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants. » D'autres femmes, que des soldats s'efforcent de retenir, vont au-devant de l'Homme-Dieu. Signé des initiales des maîtres et reproduit, avec quelques légers changements aux visages, dans les tirés à part.
La troisième chute de Jésus sous la croix est figurée dans la trente-cinquième planche. Le Sauveur vient de tomber exténué de forces ; un soldat saisit, d'une main, la croix et s'efforce, de l'autre, en vociférant, de relever la divine victime. Un second s'acharne sur Jésus, en brandissant sa hallebarde ; il pèse, du pied gauche, sur le corps du Christ. Des troupes précèdent et suivent ces bourreaux. Signé des monogrammes des deux maîtres et reproduit, sans variantes, dans les tirés à part.
La trente-sixième planche nous montre le Sauveur dépouillé de ses vêtements. Jésus, dont le pied droit est posé sur la croix, se trouve debout devant un bourreau qui lui enlève sa tunique. Un autre lui présente à boire du vin mêlé de fiel. Un troisième considère ce triste spectacle, tandis qu'un quatrième est en train de forer dans l'instrument de supplice les ouvertures des clous. Deux chefs à cheval, à l'arrière-plan, sont à la tête d'une troupe de soldats. Signé des initiales des artistes et répété, avec quelques légers changements aux visages, dans les tirés à part.
Jésus attaché à la croix est représenté dans la trenteseptième planche. Un vigoureux bourreau, transporté de furie, cloue la main droite du Sauveur ; un second, accroupi et froidement cruel, disloque les jambes de l'Homme-Dieu, pour assujettir les pieds à la place forée pour recevoir le clou qui doit les percer de part en part. Un troisième bourreau, appuyé sur une bêche, est debout et prêt à creuser l'endroit destiné à la croix. Près de lui se trouve une corbeille contenant des cordes et un morceau de bois, et dont l'anse retient une pioche. Une troupe de soldats occupe la partie inférieure du Calvaire. Signé des initiales des maîtres et répété, sans changements, dans le tirage à part.
Le Sauveur en croix est le sujet de la trente-huitième planche. Jésus vient de rendre le dernier soupir ; son sein d'où découlent l'eau et le sang, a été percé. A la droite du Christ se trouve sa Mère, abreuvée de douleur et priant ; S' Jean , placé à la gauche de l'Homme- Dieu, les mains croisées sur la poitrine, l'invoque avec ferveur. Signé des monogrammes des maîtres, celui d'Antoine Sallarts au bas de la croix, et reproduit, sans changements, dans les tirés à part.
La déposition de la croix est figurée dans la trente-neuvième planche. La S'^ Vierge est assise au pied de Tinstrument de notre salut. Elle soutient de son bras droit le corps de Jésus, qui est étendu sur ses genoux et relève, en contemplant le ciel, le bras gauche de son divin Fils, dont elle vient de considérer la main percée. S' Jean navré de douleur, est debout derrière ce groupe. A l'avant-plan sont placés à terre un bassin de cuivre dans lequel plonge un linge, la couronne d'épines et trois clous. Signé des initiales des artistes et répété sauf quelques légers travaux aux visages, dans les tirés à part.
La quarantième et dernière planche représente l'Ensevelissement du Sauveur. La S^^ Vierge se penche, dans la plus profonde affliction, vers le corps de son divin Fils, que Joseph d'Arimathie, Nicodème et deux autres personnages déposent^ pleins de vénération, dans le tombeau. Les saintes femmes assistent à ce triste spectacle. Signé des monogrammes des maîtres. Cette estampe fait défaut dans nos tirés à part.
Cette série de planches se distingue par la belle disposition des scènes, l'expression des figures, l'ampleur et le bien-rendu des draperies et la hardiesse des rac-
courcis. Les dessins en font le plus grand honneur à Antoine Sallarts, et Jean-Christophe Jeghers les a rendus d'une façon magistralement pittoresque, qui lui permet de prendre hardiment place auprès de son célèbre père.
C'est à propos de ces planches, que M. Chr. Kramm, citant Nagler, explique ainsi le monogramme I C I de notre maître, qui lui est resté inconnu : Incidit Chr. legber, au lieu de Jan Christoffel Jeghers (i).
L'année même de la publication du livre cité, Jean- Christophe Jeghers orna de diverses vignettes de sa main, l'ouvrage du père Guillaume de Wael de Vronesteyn, de la Compagnie de Jésus, intitulé : Croone dcr alderheylichsîc wonden Christi Jesii verclaert met XXXF beinercJiingen, ailes getrocken wt de H. Scriflure, HH. Vaders ende KercMijcke historié (2). Une seule est signée du monogramme du maître. On y remarque, au fond, un autel sur lequel se détache une croix, et, à l'avant-plan, l'Agneau de Dieu debout sur un roc. Le sang s'échappe en abondance d'une large plaie qu'il a reçue au coeur et est recueilli dans un calice, d'où il se répand sur le roc, pour retomber dans un bassin qui baigne celui-ci.
Une autre vignette représente le Sauveur mort appuyé sur la croix et assis sur une roche. Le sang s'échappe
[i) De levens en werken der Hollandsche en Vlaamsche kiinsischilders, beeldhomvers, graveurs en honivmeestcrs, voce Jegher (Christoffel).
(2) Ce livre translaté du latin fut édité à Anvers, en 1649, par la veuve de Jean Cnobbaert. Une traduction française en fut publiée, dans la même ville, en 165 1 chez Corneille Woons, sous ce titre : La couronne des playes très-sacrées de Nosire Seigneur Jesiis-Christ enrichie de XXXV considérations, tirées de l'Escriture Saincte, des SS. Pères, et de l'histoire ecclesiasticqiie composées en latin par le R. P. Gvillavnie de îVael de Vronestein de la Compagnie de Jésus, et traduicte en français par un Pcre de la même Compagnie.
avec abondance de la plaie de son côté. On distingue à terre la couronne d'épines, les clous et un bassin rempli de sang. Cette planche signée des initiales d'Antoine Sallarts, qui en a fourni le dessin à Jean-Christophe Jeghers, fait honneur aux deux artistes.
Les autres productions du dernier maître dont est orné le livre du pèie de Wael^ ont pour sujet des anges qui tiennent des draperies empreintes des plaies des pieds et des mains du Sauveur et de sa Sainte-Face. Nous ne doutons pas que les dessins enraient été exécutés par Antoine Sallarts, ainsi que celui de la gravure décrite en premier lieu. Adrien Lommelin a copié sur cuivre quelques-unes de ces vignettes sur bois de Jeghers, dans l'édition française de l'œuvre du père de Wael, mais il est resté bien au-dessous de son modèle.
Nous avons trouvé la mention des oeuvres suivantes de notre artiste. M. Alexandre Pinchart, après avoir mentionné la signature 1. leghcrs se. poursuit ainsi : « Cette signature se voit au bas de la grande vignette que Hubert Antoine, imprimeur de Bruxelles^ beau-fils et successeur de Rutger Velpius, en 1 615, avait coutume de faire appliquer à la fin des placards de format petit in-4°, qui sortirent de ses presses de 1656 à 1660. La vignette, imitée de celles dont son beau-père s'était servi, représente un joli cartouche formé d'anges et de fruits, au miUeu duquel se trouve un double aigle avec un Christ crucifié en cœur, et la légende suivante bien connue, sur des banderoles : Siih timbra aJaruvi tuamm protège nos. Cette gravure sur bois est traitée dans la ■ manière du célèbre Christophe Jegher, et le graveur que nous venons de citer pourrait bien avoir avec lui quelquelque Hcn de parenté, s'il n'est pas son fils, ce qui
n'est point inadmissible (i) )). M. Pinchart, on le sait actuellement, a deviné juste.
A l'exposition d'œuvres d'anciens graveurs anversois, ouverte au local de la Cité, à Anvers, en 1867, figurait au n° 892 du Catalogue la devise de l'imprimerie Plantinienne: Laboreet Constantia, avec des accessoires gravés par Jean-Christophe Jeghers, et signée de ses initiales I.C.I.(2). Nous possédons un exemplaire de cette planche, qui a été exécutée indubitablement d'après un dessin du célèbre peintre Érasme Quellin. Elle représente un portique orné d'une belle guirlande de fruits, et à l'entrée duquel est debout à droite, le Travail, sous la forme d'Hercule armé de sa massue et revêtu de la peau du lion de Némée, et, à gauche la Constance, qui appuie l'une de ses mains sur un piédestal. Elle tient, de l'autre, avec le demi-dieu, une couronne de lauriers au-dessus de la main qui sort d'un nuage et qui trace un cercle, au moyen d'un compas sur lequel se détache une banderole avec la célèbre devise : Labore et Constantia. Cette dernière partie de la composition en occupe l'arrière-plan. La planche que nous venons de décrire fait honneur aux deux maîtres. Il est plus que probable que Jeghers a encore exécuté d'autres travaux pour la célèbre typographie que nous venons de nommer.
Feu Constant Piron, qui a consacré à notre artiste une courte notice, dont nous avons déjà parlé, nous apprend que plusieurs livres sont ornés de ses planches. Il ajoute que le drapelet de procession (processievaantje) de Notre-Dame de Hanswyk à Malines, qui est encore
(i) archives des arts, sciences et lettres, le série, T. i, p. 151, (2) Op. cit., p. 167.
emporté actuellement par les pèlerins, à titre de souvenir, a été exécuté par lui (i).
Nous possédons un autre drapelet de procession gravé par Jean-Christophe Jeghers, en l'honneur de Notre- Dame du Hoorst, hameau dépendant du village de Schooten, près d'Anvers. A l'avant-plan de face est placée la statue de la S'= Vierge tenant l'Enfant Jésus qui bénit. Ce groupe repose sur un socle orné, entre autres, de deux têtes de chérubins ailés. La base de ce socle porte l'mvocation suivante :
Mater Dei memento mei (2).
Nicolas van de Werve qui fonda, en 1436, la chapelle du Hoorst, et sa femme Catherine Mickaert, sont agenouillés devant Notre-Dame et le divin Enfant, Le chevalier est vêtu d'un manteau doublé de fourrure et tient des deux mains un cierge allumé. En face des deux époux prie à genoux un jeune homme, dont le chapeau et le bâton de pèlerin reposent à terre. La chapelle du Hoorst est représentée au fond gauche de la composition. Un drapeau, signe de kermesse, flotte à
(i) C.-F.-A. PiRON. lÂl^emeene hvensheschryving der mannen en vroicwen van 'Belgie, tvelke :(ïch door hunne dapperheid, vernuft, geest, wetenscJmppen, kunst, deugden, dwalingen of misdaden eenen naem verworven hchhen. Mechelcn, 1860. Byvoegsel (1862), bl. 167. L'auteur a profité maintes fois des biographies d'artistes que nous avons insérées dans l'édition de 1857 du Calalogiie du Musée d'Anvers, sans citer nos travaux.
(2) « Mère de Dieu souvenez-vous de moi. »
son clocher. Un seigneur et sa dame se dirigent de ce côté, tandis qu'un campagnard qui vient de quitter l'auberge à l'enseigne des Trois %pis, vient à leur rencontre, un verre à la main. Un autre paysan assis au pied d'un arbre, devant ladite auberge, est en train de vider sa pinte. Près de là, un pèlerin se rend vers l'édifice sacré ; plus loin, une femme tend à son enfant un drapelet de procession et une autre figure est en train de gagner la chapelle. On remarque, de ce côté, quatre petits bâtiments aux toits couverts de chaume, tout comme les Trois Rois qui se trouvent du côté opposé. Vers le centre du paysage, et toujours au fond, se dresse l'antique château de Vordenstein, que l'excellent vin du Rhin dont ses caves étaient pourvues fit échapper, en 1542, au danger d'être incendié par les bandes du maréchal de Gueldre, Martin van Rossem(i). A droite, on distingue l'église de Schooten, près de laquelle s'étend un champ de blé, qu'un moissonneur attaque de sa faucille. Cette planche est signée des initiales de Jean- Christophe Jeghers. Elle se distingue par les expressions bien rendues et les poses naturelles des figures, et l'efî'et pittoresque du paysage et des fabriques dont il est animé.
Le revers de cette estampe représente les armoiries de Nicolas van de Werve, surmontées du heaume et de son
(i) F. -H. Mertens en K.-L. Torfs. Geschiedeuis van Antwerpen, T. IV, p. 80. — Catherine Mickaert, fille d'Arnould et de Gertrude van Impehem, était dame de Vordenstein. Son mari devait le jour à Nicolas van de Werve, le vieux, et à Catherine van Wilre. Ainnialre de la noblesse de ^Belgique, publiée par le baron Isidore de S te in d'Allcnslein, 1872, pp. 273 et 296.
cimier, et ornées de leurs lambrequins. A droite un cartouche, avec cette inscription :
iFouîinteur
£]ccx €[(ivô tlûtt îicu
iDcrue lliîiîicr in I)ct jacr
Cette partie, comme l'autre, est remarquable par son exécution magistrale.
INous possédons aussi une histoire du vieux et du jeune Tobie, de Judith, de Susanne et d'Esther, ornée de gravures sur bois par Jean-Christophe Jeghers. L'approbation d'une des premières éditions de cet ouvrage, écrit en flamand, est datée du 19 juin 1624, époque à laquelle notre artiste n'avait pas accompli sa sixième année. Il est donc évident qu"il exécuta ces estampes pour un tirage postérieur , dont nous ne pouvons , du reste , préciser le temps. Notre exemplaire a été imprimé, à Anvers, en caractères de civilité, par Jean-Pierre Willemsens , qui, d'après le compte de notre gilde de S' Luc, du 18 septembre 1724 au 18 septembre 1725, paya, en qualité de franc-maître libraire^ un supplément de 12 florins, 24 florins ayant été antérieurement versés par lui. Nous n'avons pas trouvé la réception de ce Willemssens, en qualité de maître imprimeur, mais bien que du 18 septembre 17 17 au 18 septembre 17 18, il avait payé 21 florins 4 sous, pour faire le négoce de papier peint et de registres à écrire. Q uoi qu'il en soit, nous avons ici des dates approximatives de l'édition de
(i) « Fondateur Mcssire Nicolas van den Wervç, chevalier, l'an 1436. »
notre volume, qui, d'après l'approbation, pouvait être employé dans les écoles, à l'enseignement de la jeunesse. On comprendra facilement, Jeghers étant décédé en 1666-1667, comme nous le verrons plus loin, que ces planches eussent beaucoup souffert, lorsque Willemsens les utilisa. Malgré cela, leurs restes permettent d'affirmer qu'elles datent de la bonne époque de notre graveur. Elles représentent :
1° Le jeune Tobie guérissant son vieux père, en présence de sa mère et de l'ange Raphaël. C'est la planche du titre qui est répétée à la page 2 : le maître l'a sijrnée de son monogramme I. C. I.
2° Une femme couronnée assise entre deux de ses suivantes, dont l'une lui adresse la parole (page 16).
3° Susanne au bain, surprise par les vieillards dont l'un veut lui faire violence (p. 36).
4° Assuérus assis sur son trône et étendant son sceptre vers Esther agenouillée devant lui et accompagnée d'une suivante qui relève la queue de son manteau. L'orgueilleux Aman est debout à la droite du roi. Il est représenté, au fond de la planche, attaché au gibet et deux oiseaux de proie dirigent leur vol vers son cadavre (p. 41).
5° Au milieu, la reine Esther, la couronne en tête et le sceptre à la main ; à droite, Judith ; à gauche, le jeune Tobie en costume de pèlerin et portant à sa ceinture un chapelet orné d'une croix. Cette estampe, plus grande que les précédentes, se trouve à la fin du volume.
La sixième planche forme le revers de la précédente. Au centre est figurée la ville d'Anvers, coiffée d'une tour crénelée, surmontée de deux mains coupées. Elle
tient de la gauche les armoiries du marquisat du S'- Empire romain, dont Anvers était, comme on sait, la capitale ; et, de la droite, une toile, qui paraît destinée à recevoir une inscription. Apollon, Minerve et Mercure, reconnaissablcs à leurs attributs, s'entretiennent avec elle et lui prêtent leur aide pour déployer la toile. A droite, la Renommée voltige dans les airs et embouche deux trompettes. A la partie inférieure de l'estrade sur laquelle posent les figures principales, sont attachés six médaillons contenant les bustes de personnes qui ont été en rapport, à un titre quelconque, avec l'enseignement. Ce sont : César Trogney, César Oudin, Gabriel Meurier (i), Mathias Sasbout, Corneille Kiliaen, le célèbre correcteur de l'imprimerie de Plantin, et M. Nicod. Cette planche qui occupe toute une page, a été exécutée d'après un dessin du peintre Erasme Quellin, dont elle porte les initiales E. Q.. Nous avons vu que Catherine de Hemelaer^ première femme de l'artiste, tint sur les fonts le quatrième enfant de Jean-Christophe Jeghers, qui a aussi marqué l'estampe de son monogramme I.C.I. Cette œuvre d'art fait honneur aux deux maîtres, dont nous avons mentionné précédemment la collaboration à la page 42 (2).
(i) Gabriel Meurier, fils de Pierre, né à Avesnes et maître d'école, obtint la bourgeoisie d'Anvers, le Vendredi 18 Juin 1542. — Note de feu M. Jean-Baptiste van der Straelen.
(2) Voici le titre de l'ouvrage cité : De historié van den ouden Tohias, ende van syneii soiie den jonghen Tobias, vol schoone leeringen : inhoiidende hoe een vader synen sone onderiuysen sal, ende hoe een Godtvreesende kint synen vader onderdanigh sijn sal. Noch de historié van de kloeckheyt der edelder tvednwe Judith. Noch de geschiedenisse der edelder ende eerbaerder vrouive Snsanna, met het vonnisse van den jongelinck ende prophect \DdiiicL Item noch is hier hy gestelt de schoone historié van
Le catalogue des estampes et des dessins du chanoine Pierre Wouters, que nous avons cité dans la biof^raphie de Christophe Jeghers, mentionne les planches suivantes, exécutées par son fils Jean-Christophe. Elles ont été toutes gravées sur bois, d'après Pierre-Paul Rubens : i° l'Assomption de la S"" Vierge (n° 1130 dudit catalogue) ; 2° S' Pierre debout, signé du monogramme I.C.I. et 3° S' Paul, son pendant (n° 1179).
Le Cataloc^iie de Messire del Marmol, également cité dans ladite biographie, nous fait connaître les estampes suivantes de notre maître :
I" L'Assomption de la S^" Vierge, gravée, d'après Rubens, par Paul Pontius; Jésus-Christ y est représenté dans la partie supérieure, prêt à recevoir sa sainte Mère. Jeghers re-
de coninginne Esther. Getrocken uyt den 'Bybel, van nieuius oversien, eiide naer den %oomschen Text verbetert. — Plusieurs passages de ce livre, dont le censeur, Maximilien van Eynatten, chanoine et écolâtre de la cathédrale d'Anvers, permit l'usage dans l'enseignement public, paraîtraient bien singuliers actuellement. Tels sont, entre autres, les détails relatifs à la circoncision d'Achior et les propositions des infâmes vieillards à la pudique Susanne. C'est donc ici le cas d'appliquer la réflexion énoncée par Joseph Droz, dans son Essai sur l'art d'être heureux (Paris, MDCCCVI, p. 160), c qu'à mesure que les mœurs d'un peuple se corrompent sa langue devient chaste » . L'introduction dans les écoles de l'ouvrage flamand qui renferme les traits cités, peut servir aussi à expliquer certaines figures peu vêtues de nos anciens artistes, qui passaient quasi inaperçues autrefois et qu'il serait peu convenable d'imiter actuellement.
La grande planche de Jeghers, d'après Érasme Qiiellin, que nous décrivons ci-dessus, était déjà fort usée en 1659. Elle servit à cette époque de frontispice à un dictionnaire flamand-espagnol rédigé par Arnould de la Porte, chapelain en chef de la citadelle d'Anvers, et à un trésor des langues espagnole et flamande composé par le même auteur, d'après un travail de César Oudin, secrétaire du roi, et d'autres linguistes. Ce double dictionnaire fut publié ladite année à Anvers, par Jérôme III et Jean-Baptiste Vcrdussen.
produisit la composition en sens contraire et y supprima la figure du Sauveur. Il l'exécuta en bois et on y lit le nom d'Antoine Sallarts,qui en aura fait le dessin. Au revers on voit la S''^ Trinité , et , au bas , des esclaves, etc. Signé : Ant. Sallarts ciel. Joan. Jeghers sculp. (n° 454 de l'ouvrage cité). Cette Assomption est celle que mentionne le Catalogue Wouters.
2° Un compas entrelacé d'une banderole sur laquelle se lit la devise de l'imprimerie de Christophe Plantin : Labore et Constant ia (n° 1168). Il est probable que cette planche est celle que nous avons citée à la page 42. Le Catalogue del Marmol se trompe, dans ce cas, en la mentionnant comme exécutée d'après Rubens, tandis que le dessin est l'œuvre de son élève Erasme Quellin, ainsi que cela résulte de comparaisons soigneusement faites.
Jean-Christophe Jeghers grava aussi la grande et la petite vignette de l'imprimerie de Jérôme Verdussen, le troisième, qui était établie dans la Canimerstraat ou rue des Brasseurs, à Tenseigne du Lion d'or (i). La principale est signée du monogramme I.C.I. et représente, dans un encadrement, un lion debout et tenant, de la patte gauche, un cartouche sur lequel se lisent les lettres HVD {Hieronymus Verdusseii). Un paysage entrecoupé d'une rivière, sillonnée par un navire, occupe l'arrièreplan de cette petite composition qui est exécutée avec talent. La petite vignette est conçue dans le même sens.
L'artiste exécuta pour le même imprimeur un cartouche dont ses initiales occupent le centre : il est surmonté d'une tète d'ange et orné, aux côtés, de deux
(i) J.-B. VAN DER Straelen. Gcshgllyste der nalionicUngcu van den vermaerden Christoffel Tlantin, enz., bl. 300.
esprits célestes à qui leurs ailes tiennent lieu de bras et de pieds. C'est une œuvre de mérite.
Nous mentionnerons finalement une planche représentant la célèbre cavalcade ou ommegang d'Anvers. Elle est divisée en deax parties. La première porte l'inscription suivante : Icy voye^^ vous la triomphante procession d'Anvers fort curieusement suivant leur prototype. Mis en lumière par Jean Jeghers, demeurant en ^Anvers sur la Lombarde Veste au « Livre à escrire n. Voici l'inscription de la deuxième : Icy commencent les chars de dévotions avec les personnages par dict Jean Jeghers. Joan. Jeghers fecit.
Cette double planche a été exécutée fort lestement,, mais non sans quelque mérite. Il nous paraît évident qu'elle a dû être colportée sur le parcours de Yommegang, en guise de souvenir. Elle fait partie de la collection de feu notre beau-père M. Pierre-Théodore Moons-van der Straelen.
Jean Jeghers orna aussi de gravures un livre flamand très rare, dont nous possédons un exemplaire et qui est intitulé : Kluchtighe Calliope, uytbeldende den aert, eygenschappen, cnde manieren der arme hedelaeren, hestacnde in verscheyde manieren van eyschen. Niet min stichtelijck, al s vermakelijckom lesen (i). Cet opuscule en vers, sans date et dont l'auteur nous est inconnu, se vendait à Anvers, chez Jacques van Ghelen, au Marché aux Œufs.
La vignette du titre, signée J, Jeghers, est exécutée d'après quelque dessin de Pierre Brueghel, le vieux. Elle représente, à l'avant-plan, trois enfants qu'un vieux
(i) Traduction : La plaisante Calliope, représentant le caractère, les attributs et la façon d'agir des pauvres mendiants, consistant en diverses manières de tendre la main. Ouvrage non moins édifiant qu'amusant à lire.
mendiant et deux commères sont en train de dresser pour la quête. A l'arrière-plan, une gueuse s'éloigne avec son nourrisson et un petit bonhomme. Cette planche a du mérite.
Les autres, au nombre de cinq, sont disséminées dans le volume et ont été copiées sur bois , avec talent, d'après les célèbres Mendiants de Jacques Callot, que l'auteur anonyme de l'opuscule mentionne avec éloge à la page 54. Trois de ces gravures sont signées du monogramme I, CL
Il nous reste actuellement à parler du testament et de l'époque du décès de Jean-Christophe Jeghers. Ses ' dispositions de dernière volonté furent reçues le 18 décembre 1666, par le notaire André-François van der Donck, le vieux. L'acte qui en a été dressé constate que l'artiste était malade et gardait le lit. Il mentionne aussi, et pour cause, la présence de Marie Marien, la femme en secondes noces de Jeghers. Nous lisons, en effet, que l'artiste lui avait fait cadeau, à l'époque de son mariage, d'un collier d'or, de deux chaînes de la même matière, destinées à l'ornement de l'avant-bras, d'une bague en diamant, d'une paire de bracelets en pierres fines pourvus d'agrafes en pierres noires et d'une paire de croissants d'or , garnis de pierres fines. Ces bijoux étaient censés représenter une valeur d'environ trois cents florins , somme assez considérable à cette époque. Jeghers déclara qu'il avait toujours été d'intention et qu'il l'était encore , qu'après son décès, ces joyaux feraient retour aux enfants qui lui survivraient {luederom souden gain ende keeren aeii syiie achtertelatcne kinderen'). Le maître n'ayant pas eu de postérité de sa seconde femme, cette idée de retour ferait
supposer que ces objets pouvaient avoir appartenu à Marie Lenaerts, sa précédente épouse. Qiioi qu'il en soit, Marie Marien avait toujours protesté contre la manière de voir de son mari, parce qu'elle était persuadée que les bijoux en question lui appartenaient absolument et lui avaient été donnés sans réserve. Elle entendait, par conséquent, qu'à l'époque de la dissolution de leur mariage, ces biens devaient lui rester en toute propriété.
Jeghers, désirant prévenir tous différends à cet égard entre les tuteurs de ses enfants mineurs et sa veuve future, assura à celle-ci l'usage de ces joyaux, sa vie durant. Il disposa ensuite qu'après le décès de Marie Marien, ces objets devraient retourner, en nature, à ses enfants survivants du premier lit ou à leurs représentants et qu'ils auraient droit aussi à la valeur de ceux de ces bijoux qui auraient subi des changements. La femme du maître déclara ratifier cet arrangement. Elle déclara ensuite, à la demande de son mari et pour prévenir toutes difficultés, que les biens qui lui étaient provenus de la succession d'Elisabeth Weyer, sa mère, et qu'elle avait apportés en dot, montaient à la somme de quatre cent quinze florins, outre ce qui restait à toucher et était regardé jusqu'ores comme incertain.
Jeghers nomma tuteurs testamentaires de ses enfants mineurs le Signor Guillaume van Lamoen^ que nous avons mentionné comme parrain de sa fille Elisabeth, et Régnier Blanckaert (i), un des témoins de son second mariage.
Le maître ordonna enfin qu'il serait enterré dans
(i) Par une étrange inadvertance, le notaire écrivit Lanckaert, de même qu'il nomma Dierick (Thierry^ Theurlincx, un de ses témoins qui signe Dirck Telyns.
l'abbaye de S' Michel, près de sa première femme.
Nous avons vu ci-dessus p. 50 que Jean-Christophe Jeghers habitait au Rempart du Lombard (Lombaerde Veste), à l'enseigne du Livre à escrire. Son testament fut reçu dans une maison de la même rue, (i) nommée la Maison-Rouge {'t Root Huys).
Nous ne savons combien de temps notre artiste survécut à la réception de cet acte. Il est certain, toutefois, qu'il décéda entre le 18 décembre 1666, date de sa confection, et le 18 septembre 1667. Sa dette mortuaire figure, en effet, dans le compte de la gilde de S' Luc (2) du 18 septembre 1666 au 18 septembre de Tannée suivante (3).