‹ Biographies de A.S. Falardeau et A.E. Aubry [microforme]Chapitre 3 sur 9 · HE TE · texte numérisé non relu

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veuve Bergonzi; maïs, bien que la caisse militaire fût vide, les commissaires français Monge et Berthollet tinrent bon, et le tableau du Corrège vint à Paris, où il resta jusqu’en 1815.”

On le voit aujourd’hui au musée de Parme (Academia delle Belle Arti), dans un salon à part, sanctuaire réservé à cette incomparable création.

Lorsqu'on lève la tenture de soie qui, par respect, couvre l’œuvre immortelle du maître, on est transporté d’admiration.

La beauté des formes, la grâce, l’élégance égalent la grandeur de la conception et la magie du coloris.

Les mains de l’enfant Jésus se jouant avec la chevelure d’or de Marie, sont quelque chose de divin.

Annibal Carrache disait qu’il préférait le Suint Jérôme, même à la Sainte Cécile de Raphaël.

Voilà le chef-d'œuvre que Falardeau avait la témérité de vouloir reproduire.

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Plusieurs autres artistes éminents tenaient aussi le pinceau devant la célèbre toile.

Les curieux et les amateurs suivaient avec intérêt cette joute du talent.

Bientôt les têtes se pressèrent derrière l'épaule de l’Americano, comme disaient les Italiens.

À mesure que l’œuvre sortait de la toile, l'admiration croissait et attroupait la foule.

Ce fut à la fin une véritable procession.

Un frisson d'enthousiasme parcourut la ville ; et il fallut ouvrir les portes du musée, les dimanches, pour satisfaire la curiosité publique. *

Avant même la fin du concours et la dé-

* Un incident faillit alors changer l'admiration en défiance contre notre artiste.

L’Angleterre offrait 2,000,000 de francs pour le S. Jérôme.

Le bruit circula, pendant quelque temps, que cette copie était destinée à remplacer l’original.

Heureusement que cette alarme n’eut pas de suite.

cision du jury, qui allait bientôt lui décerner le premier prix, l’Académie des beauxarts l’admit, à l’unanimité, au nombre de ses membres honoraires.

De ce jour commença une ère nouvelle pour notre héros.

M. Antoine Bertani, excellent connaisseur en matière d’art, ayant vu son tableau, lui écrivit la lettre suivante :

‘ Monsieur,

‘ J'ai été, il y a quelques jours, à l’Académie pour admirer voire ravissante copie; malheureusement, vous n’y étiez pas. Et, comme je n’ai pas eu le bonheur de vous voir, laissez-moi m’abandonner par écrit à l'entraînement des idées qu’elle a soulevées dans mon esprit, et permettez que j’obéisse au besoin impérieux de vous en témoigner de nouveau mon admiration. Mais, avant tout, recevez, Monsieur, les sentiments de ma reconnaissance, de ce que vous avez fait revivre pour moi un tem,\s qui, hélas! n’est

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plus, qui ne reviendra peut-être jamais plus!

t ce temps si fertile en écoles de peinture, d’où \ s’envolaient par flots ces légions d'artistes éminents qui allaient porter dans tout le n, __ reste de l’Europe le goût exquis du beau, et M}. } répandre la renommée de la glorieuse Étalie.

ï [ ‘ Oui, Monsieur, j'ai admiré-votre œuvre : mon regard courait sans cesse de l'original

À la copie; et voyant celle-ci, qui n’attendait

que quelques dernières touches de la main si savamment fidèle et passionnée de laquelle

elle tient le prestige de la vie, je rêvais, oui,

lje rêévais qu'un des élèves les plus chéris

w du grand maître allait venir l’achever. Voilà

| mon rêve.—Pourtant il y avait bien des

487 difficultés à surmonter dans l’immense tâche sa que vous vous étiez imposée! Que de beautés dans ce splendide modèle ! Que de beautés

que tout le monde peut apprécier, ma’s qu’il est presque impossible de retracer! Et combien d’artictes n’ai-je pas vus tomber sous le

poids trop lourd de ce fardeau de géant!

Mais vous, dans cette copie-là, dans votre æœt re nouvelle, vous ne vous êtes pas borné à reproduire servilement les traits du pinceau et la brillante harmonie du coloris du Corrège, comme beaucoup de vos devancieri ont tâché de faire sans pouvoir parvenir à

atteindre leur but: étude ingrate et froide]

tour de force d’émailleur. Dans cette copie, vous avez pénétré les mystères de Lal

palette magique du peintre immortel; vous!

L1 . À avez approfondi sa sublime pensée; vous!

vous êtes inspiré du souffle de son âme!

toute divine; vous avez sondé les recoins

les plus intimes de son cœur de poète, |

et vous vous êtes enivré du doux parfum

de son charme: vous avez saisi l'élan de |

sa brûlante imagination. Dans cette copielà, il n’y à pas seulement du talent, il y a du génie: voilà la réalité. Honneur à vous, jeune homme! Il ne vous reste désormais qu’à voler de vos ailes; livrez--

vous donc dans l’espace, vous ferez grand Chemin.

+ ‘“ Agréez, Monsieur, l'assurance de mou

dévouement.

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