‹ Biographies de A.S. Falardeau et A.E. Aubry [microforme]Chapitre 9 sur 9 · ASS E ER · texte numérisé non relu

ASS E ER

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mène comme une possédée; les vagues mugissent et s'élèvent tout autour de notre pauvre navire, qui se trouve ballotté dans toutes les directions ; les coups redoublent à l’arrière avec un bruit épouvantable ; vainement et pendant quatorze heures, au milieu des plus grands dangers, le capitaine, suspendu au-dessus de l’abîme, cherche avec de gros câbles et des chaînes en fer à consolider l’hélice aux flancs du navire; rien n’y fait : la mer brise tout avec fureur.

‘Quelle terrible journée du 7 septembre!

A toute minute, le navire menaçait de couler, et il n’y avait que huit chaloupes pour environ 200 passagers, sans compter l’équipage.

‘ D'ailleurs à quoi bon mettre les embarcations à la mer par une si furieuse tempête, et à plus de quatre-vingts lieues des côtes encore? La mort apparaissait avec toutes ses horreurs, et chacun recommandait son âme à Dieu, car tout paraissait fini ici-bas.

‘ Pour moi, je me recommandai aussi au bon Dieu, à la bonne Vierge et aux saints; je fis, à travers l’Océan, mes adieux à ma femme et à chacun de mes enfants, et: pourtant, vous le dirai-je? j’espéraïs contre toute espérance. J'avais communié le jor : de mon départ de Paris, et je m'étais mis sous la protection spéciale de Marie Immaculée et de saint Joseph.

‘D'autre part, il y avait à bord du Damascus quatre Pères Oblats de Marie Immaculée venant de France et allant en mission chez les sauvages de la Rivière-Rouge, et beaucoup de catholiques irlandais qui priaient et disaient leur chapelet avec une ferveur étonnante.

‘Cependant la fureur de la mer allaït toujours croissant, et vers cinq ou six heures du soir tout paraissait désespéré. Tous les passagers étaient sur le pont, les yeux levés vers le ciel et attendant la mort.

‘ Pour moi, je priais Marie et le glorieux

patriarche Joseph avec une ferveur que je n'avais jamais eue. Tout à coup un bruit, des craquements horribles se font entendre: on crut que le navire coulait, maïs à l'instant même on voit le capitaine rayonnant et sau- ! tant sur le pont s’écrier: Elle est partie!

‘“ Notre hélice venait d’être brisée et emportée par un violent coup de mer. Nous étions sauvés.

“Nous arrivâmes le samedi matin en Irlande et le mercredi suivant nous nous rembarquâmes sur le North American, qui nous amena à Québec en onze jours...”

Dans la vie privée, M. Aubry est d’une simplicité antique. La plus stricte économie préside à sa maison.

Il a connu les jours mauvais, et il veut que ses enfants se forment de bonne heure aux luttes de la vie. Il ne leur inspire que des goûts simples, des habitudes modestes.

Rien de plus charmant et de plus édifiant tout à la fois que le spectacle de son intérieur : c’est une parfaite image de la vie patriarcale.

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Mme Aubry préside elle-même à l’éducation de son fils et de ses trois filles.

Les leçons du jour, égayées d’innocentes récréations, les pieuses lectures, la promenade du soir en famille, les prières du matin et du soir en commun, partagent les heures.

À chaque repas, on lit à la table la vie du saint du jour, et la conversation roule ensuite sur les impressions qu’elle a produites.

Le reste de la journée, les enfants s’entretiennent entre eux du glorieux athlète, s’enthousiasment parfois, et se portent mutuellement de naïfs défis.

—Eh bien, toi, Zouave,* aurais-tu assez de foi pour souffrir sur le gril, comme saint Laurent ?

—Et toi, Marie, en aurais-tu assez pour endurer le supplice de sainte Agnès ?

Charlotte et Esther interviennent et portent aussi leurs défis.

* Cest le nom de guerre du petit Pierre Aubry.

PET ete È PRES,

5 PER EEE

Excellente famille! que de fois je:

plu à admirer votre belle simplicité, rer au milieu de vous le parfuni d

Si le luxe n’a pas ses entrées Aubry, c’est que la charité à toujours !

siennes. Le pauvre ne frappe jamais en ain à sa porte. | |

Sur son modeste revenu la part de Dieu et des pauvres est toujours prélevée la première.

Chaque année, pendant son séjour à Québec, il allait déposer entre les mains du chapelain de l’église Saint-Jean-Baptiste (nous tenons ce fait de M. Racine lui-même) la somme de cinq louis pour le denier de saint Pierre.

M. Aubry ne craint pas de raconter les rudes épreuves qu’il a traversées. Il sait que ce sont de nobles cicatrices qui témoignent de ses combats.

Un journaliste anglais eut un jour le mauvais goût de lui en faire un reproche, et crut blesser notre rédacteur au vif en lui disant que, dans son pays, il n’avait mené qu’une vie bien chétive (a scanty livelihood.)

FE reçut cette fière réponse:

‘ Vous auriez pu ajouter,.

le susdit rédacteur ne mèn à Québec, un train de grand pour de bonnes raisons : Her | “10 Parce que, sans avOiE ‘bosoin de l’apprendre d'autrui, il sait très bien qu’il n’est point grand seigneur;

© | (= ns

de ‘20 Parce qu’il veut rester libre et indé-

sb, pendant, et qu’il tient, avec Bossuet, qu’il n’y

Ex a rien de plus libre ni de plus” indépendant

si qu’un homme qui sait vivre de peu et qui,

“a | sans rien attendre de la protection ou de la

. libéralité d'autrui, ne fonde sa subsistance

jé que sur son industrie et sur son travail.” : Les habitués de l’avenue Saint-Louis et du

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ai | chemin de Sainte-Foye se rappellent l’avoir

souvent rencontré, le soir au soleil couchant, ne à æentouré de son intéressante famille, faisant | ® le tour du Belvédère ou du Mont-Plaisant.

l , : 4 I] aimait à se délasser des fatigues du pron . L L fessorat et des soucis du journalisme en allant ne

y respirer l’air de la campagne, jouir d’un peu

de fraîcheur, des causeries en plein air, et de. cette superbe vue du Saint-Charles qui se déroulait à ses pieds.

Ses amis ne l'y reverront plus.

Adieu donc, ami Aubry! vous allez revoir cette belle France où vous êtes né, et qui fut aussi le berceau de nos ancêtres.

Puissiez-vous là-bas, auprès de cette compagne si digne de vous, et de vos charmants enfants, retrouver cette part de bonheur dont furent privées vos jeunes années |

Adieu! Vous ne partez pas tout entier, vos œuvres nous restent, les fruits de vos enseignements, l’arome de vos bons exemples et de vos vertus.

Vous vivrez dans nos souvenirs comme le type de l’honneur français et du chrétien.

Québec, juin 1865.

A son arrivée en France, M. Aubry alla se fixer à Angers, où il occupe maintenant la chaire de droit romain à l’université catho-

lique de cette ville. Ses trois filles ont embrassé la vie religieuse au monastère des ursulines de Blois. Deux d’entre elles sont mortes ; celle qui survit est actuellement supérieure de sa coÿgnunauté.

Le fils unique de M. Aubry a été enlevé à la fleur de l’âge comme ses deux sœurs, mais dans des circonstances qui ont rendu sa mort doublement douloureuse. Attaqué de phtisie, il était venu au Canada, en 1882, dans l’espérance d’y rétablir sa santé ; mais sa maladie fit des progrès si alarmants qu’on dut mander à son père de venir en toute hâte le rejoindre pour le ramener en France. Le jeune Aubry, presque mourant à son départ de Québec, expira au milieu de la traversée; et son père n'eut pas même la consolation d'emmener avec lui ses restes, qui furent jetés à la mer.

M. et Mme Aubry n’ont vécu depuis que pour les œuvres de piété et de charité.

Québec, 15 janvier 1885.

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