‹ Biographies et portraitsChapitre 25 sur 31 · C.-S. CUERRIER, ÉCR, C. R · texte numérisé non relu

C.-S. CUERRIER, ÉCR, C. R

des phrases trop longues qui nuisent à la pureté et à l’élégance du style, etjl hésite en parlant.

La conversation de M. Cherrier est pleine d’intérêt, semée de traits piquants, de réflexions tour à tour sérieuses et joviales, d’anecdotes et de reparties charmantes. Personne plus que lui ne sait parler aux dames ce langage délicat qu’elles aiment ; personne ne fut jamais plus galant suivant les bonnes traditions. Il disait en riant qu’il n’avait remarqué qu’une lacune dans le banquet de mercredi, c’est qu’on ne l’eût pas appelé à répondre à la santé des dames.

Sa politesse est bien connue, toute sa personne est em preinte de bienveillance et de courtoisie. Toujours le chapeau à la main, il salue à droite et à gauche, bien souvent sans trop reconnaître les pei’sonnes à qui s’adressent ses politesses.

Lorsqu’il était en société avec les messieurs Dorion, il ne quittait jamais le bureau sans les saluer, ainsi que les clercs. Quelquefois, il revenait sur ses pas, lorsqu’il était déjà assez loin dans la rue, et rentrant dans le bureau, il disait :

— Je vous demande bien pardon, M. Dorion, mais vous ai-je salué avant de partir ?

— Certainement, répondait M. Dorion.

—Ah ! j ’en suis bien aise. ... je vous salue, M. Dorion. . . et il repartait.

Que dire maintenant de sa charité, de sa libéralité. Elles se sont manifestées avec honneur pour lui et ses compatriotes, dans toutes les occasions où des souscriptions publiques ont été faites dans un but charitable, religieux ou patriotique. Or, pour un pays où les grandes fortunes sont rares, ces occasions sont, on le sait, très-nombreuses, les mêmes personnes sont bien obligées de payer souvent de leur personne.

Et, cependant, on ne connaît pas toutes les charités de M. Cherrier, on ne sait pas tout ce que sa main droite donne sans que sa gauche le sache; car, chez M. Cherrier, la ver-

vertu existe pure de tout alliage, l’amour-propre et l’ambition n’y sont pour rien; il fait le bien your le bien, pour être agréable à Dieu et obéir aux impulsions de sa bonne nature.

On lui reproche quelquefois de ne pas faire fructifier ses capitaux dans son intérêt et celui du public, d’arrêter l’élan des affaires et du progrès dans certaines parties de la ville, en laissant à l’état de lots vacants, des terrains magnifiques qu’il refuse de vendre.

M. Cherrier n’est pas un homme d’affaires et il ne désire pas l’être. Il n’a voulu être qu’une chose dans sa vie, avocat et homme de bien. Ne pouvant plus être avocat, il se contente d’être homme de bien; fatigué d’ailleurs, incapablede se livrer à des occupations sérieuses, il aime mieux donner que spéculer, contribuer à la construction des maisons d’éducation et de charité et des églises que de prendre des parts dans les sociétés de commerce et d’industrie. Qui lui en fera un crime?

La vie de M. Cherrier offre le spectacle d’une riche nature perfectionnée par le sentiment religieux, illuminée par le flambeau de la foi. C’est grâce a cette lumière qu’il a pu marcher toujours si droit dans la voie du bien, pratiquer toutes les vertus, remplir si parfaitement tous ses devoirs envers Dien et envers la société.

Quoi qu’on en dise, la philosophie seule formera difficilement un honnête homme comme M. Cherrier, un homme dont la vie depuis les ardeurs de la jeunesse jusqu’aux glaces de la vieillesse, est un enchaînement de bonnes actions, d’actes de vertu.

Il est vrai que ce n’est pas souvent que la religion est aussi bien comprise, aussi bien pratiquée.

M. Cherrier jouit déjà sur cette terre des récompenses promises à celui qui a bien vécu ; malgré une faible constitution, il est arrivé sain de corps et d’esprit, entouré du respect universel, à cette heureuse vieillesse dont parle l’Ecriture Sainte. Il a prouvé, mercredi dernier, combien il a

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