C.-S. CHERRIER, ÉCR, C. R
Des assemblées publiques eurent lieu clans la plupart des comtés.
M. Cherrier était à St-Laurent avec M. Papineau ; et quelques jours après, il allait à St-Constant avec son émule en science et en vertus, M. Toussaint Pelletier. Il parla avec énergie, mais conseilla au peuple de se tenir dans les bornes de la légalité, de chercher dans les moyens constitutionnels le succès de sa cause.
Mais la destitution des juges de paix et officiers de milice qui avaient pris part aux assemblées publiques, achevèrent d’exaspérer le peuple, qui prit les armes dans quelques endroits, pour [empêcher le gouvernement d’exécuter les mandats d’arrestation lancés contre les principaux chefs de la population.
Le 25 octobre, la grande assemblée de St-Gharles avait lieu, et, un mois après on se battait à St-Denis et à * St- Charles. Le district de Montréal était mis sous la loi martiale, et on arrêtait tous les hommes marquants dont on redoutait l’influence sur la population.
M. Cherrier fut du nombre des victimes ; comme il n’eut pas de procès, il ne sut jamais exactement pourquoi il avait été arrêté, mais il est probable que ce fut pour la part qu’il avait prise aux assemblées de St-Laurent et de St-Constant. Les autorité le relâchèrent, le 21 mars 1838, à cause* du mauvais état de sa santé, mais il resta prisonnier dans sa maison jusqu’au mois de juillet.
La conduite de M. Cherrier dans ces malheureux événements est une preuve de ce que certaines natures timides, irrésolues en apparence, mais dévouées, sont capables de faire sous l’empire d’un noble sentiment.
Depuis cette époque, M- Cherrier a fui l’arène parlementaire où il a constamment refusé de remettre les pieds, et il s’est même peu mêlé de politique en dehors de la chambre. Cependant, lorsque l’hon. Denis-Benjamin Viger, acceptant la position prise par Lord Metcalf sur la question du patronage, se sépara de Lafontaine et voulut gouverner avec
BIOGRArniES ET PORTRAITS.
Draper, M. Cherrier le suivit quelque temps. M. Viger était à ses yeux, comme aux yeux de tout le monde, un nomme de bien, complètement dévoué aux intérêts de son pays; de plus c’était pour lui un protecteur, presqu’un père ; il était naturellement disposé à lui donner la chance de résoudre les difficultés qui menaçaient de troubler encore la situation politique.
En mil huit cent soixante et sept, il sortit un instant de sa retraite pour combattre la confédération. Un soir, dans une assemblée publique tenue à l’Institut Canadien-Français, il retrouva sa vigueur d’autrefois pour démontrer les dangers qu’il voyait dans ce régime politique.
Considérons maintenant M. Cherrier en dehors de la profession et de la politique.
Appelé à parler, depuis une douzaine d’années, dans plusieurs circonstances, il a prononcé souvent des discours remarquables. Citons en particulier son discours lors de la grande démonstration qui eut lieu dans l’église Notre-Dame en faveur du pouvoir temporel du Pape, et qui lui valut l’honneur d’être fait chevalier de l’Ordre de St- Grégoire-le-Grand par Pie IX ; le petit chef-d’œuvre de bon goût et de délicatesse qu’il fit, en 1864, à l'occasion du vingtseptième anniversaire de la consécration de Mgr Bourget, et de dernier qu’il vient de prononcer au banquet de mercredi dernier.
li a aussi écrit d’excellentes choses dans les journaux, enlr’autres une biographie de M. Quesnel et une autre de son ami, M. Panet, publiée, il y a quelques semaines, dans l’Opinion Publique.
J’ai déjà parlé des qualités qui caractérisaient les plaidoyers de M. Cherrier, ajoutons qu’on remarque surtout, dans ses discours et ses écrits, la justesse et la finesse des pensées, un esprit cultivé par les études littéraires et philosophiques, le goût du beau et du vrai, un choix heureux d’idées et d’expressions distinguées.
11 a pourtant quelquefois le défaut de ses contemporains,