MONSEIGNEUR BOURGET
MGR BOURGET
avec respect ; type accompli que l’artiste, voulant peindre la vertu sous des traits humains, devrait prendre comme modèle. Combien de fois, à la vue de certains tableaux représentant quelques-uns des hommes vénérés par l’Eglise, n’avons-nous pas entendu dire : “ Comme ce portrait ressemble à Mgr Bourget ! ”
Caractère doux, aimable, affable, modeste, timide même et cependant susceptible de résolutions énergiques, capable d’entreprendre les choses les plus difficiles, les luttes les plus sérieuses : un arbre délicat aux branches chargées de fleurs et de fruits avec des racines de chêne. Exemple frappant de la puissance du sentiment religieux.
Aimant à rire et à plaisanter et sachant le faire avec délicatesse ; conversation enjouée, intéressante. Esprit vif et délié qui doit plus au travail qu’à la nature, recherchant le beau et le vrai. Imagination ardente qui embellit de fleurs exquises les douces émanations de sa foi et de sa piété. Plusieurs des mandements de Monseigneur sont des œuvres remarquables où la justesse des aperçus et l’énergie du raisonnement se mêlent aux agréments du style, aux poétiques inspirations de la religion et de la patrie.
Religion et Patrie ! on sent en quelque sorte les battements de son cœur, lorsqu’il parle de ces deux choses sacrées ; on comprend que pour elles, il est toujours prêt à faire les plus grands sacrifices.
Se multipliant à l’infini pour remplir les devoirs innombrables que son ministère et son zèle lui imposent. On se demande comment, à son âge et avec la maladie qui menace si souvent de le ravir à l’affection de son diocèse, il peut vaquer à tant de choses et s’occuper en même temps de questions si importantes.
Tard, bien tard dans la nuit, on voit souvent une lumière briller à une des fenêtres de l’évêché ; c’est l’évêque de Montréal qui prend sur son sommeil les heures dont il a besoin pour compléter ses laborieuses journées ; à quatre heures du matin on peut voir cette lumière se rallumer. Le der-
nier ;i u sommeil et le premier à la prière et au travail. Tel il était écolier et plus tard ecclésiastique ou simple prêtre, Ici il est aujourd’hui, soumis à la règle, assidu à tous les exercices de piété, poussant jusqu’au scrupule le désir de donner à chacun de ses actes le cachet de la perfection.
Un connaît les œuvres de son dévouement pour le salut des âmes et de sa charité pour toutes les misères de la société ; notre ville est remplie, en quelque sorte, des communautés qu'il a fondées, des asiles bénis qu’il a ouverts à toutes les infortunes physiques et morales. Les bonnes oeuvres ! elles naissent sous son souille comme les Heurs sous les tièdes haleines du printemps.
On l’a vu au milieu des épidémies, au sein des hôpitaux et tics prisons, dans tous les»asilcs consacrés à la souffrance ou au repentir, ces glorieux champs de bataille où jamais la charité catholique n’a été vaincue ! et partout il a laissé des traces ineffaçables de son passage.
Lorsque des milliers d'Irlandais, frappés d’une maladie terrible en abordant nos rivages, se tordaient dans la douloui et répandaient autour d eux le venin de la contagion, quelle est l’ombre bienfaisante qui plana sur les scènes lugubres dont les bords du St-Laurent furent alors témoins? Quel est le dévouement qui allégea les souffrances de ces infortunés par les consolations de la religion, et donna aux enfants de ceux qui succombèrent d’autres pères et d’autres mères ?
Ceux qui ont survécu se souviennent de cette figure qui leur apparut tant de fois, dans leur agonie, comme une vision céleste, un symbole d’espérance, et ils ne l’oublieront jamais.
Voyez ces personnes qui, tous les jours, gravissent lentement les marches de pierre qui conduisent à l’évêché de Montréal; ce sont des vieillards, des hommes dans la force de 1 âge, mais abattus par la souffrance, des femmes, des jeunes gens ; tous ils vont lâ demander des consolations ou des secours à leur saint pasteur, le refuge des aflligés.
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Regardez cette mère à Ja ligure rougie par les larmes, aux yeux creusés par l’insomnie; elle \ient de loin ; son enfant est malade, il souffre d’une maladie que les médecins croient incurable ; elle vient le présenter à Monseigneur pour qu’il le guérisse. Le bon et pieux évêque l’accueille avec bienveillance ; il comprend, dans la sensibilité de son cœur, ces inquiétudes maternelles : quel bonheur pour lui s’il pouvait toutes les soulager ! On dit que ces pauvres mères s’en retournent toujours consolées, et que plus d’une attribue la guérison de son fils aux prières de Monseigneur.
J’ai mentionné sa piété. On peut dire qu’elle a été l’auréole de sa vie, l’arôme de ses vertus et le principe fécondant de ses œuvres. C’est à elle qu’il doit en grande partie l’énergie qui le soutient et qui lui a donné les moyens de triompher de son humilité. Convaincu qu’il n’est rien par lui-même, il aurait succombé sous le fardeau de sa responsabilité, sans sa confiance illimitée dans l’efTicacité de la prière et de la protection spéciale de la Sainte Vierge, dont il est un des serviteurs lçs plus dévoués.
Lorsque, dans son immense désir de faire le bien, ii a demandé la bénédiction du Ciel sur un projet qu’il croit avantageux au salut des âmes et à la gloire de la religion, il ne s’arrête plus devant aucun obstacle; le sentiment religieux donne alors à son énergie naturelle une force extraordinaire. Quelques-uns même s'en plaignent et disent que Monseigneur ne tient pas compte assez alors des exigences de notre société ou des intérêts publics et personnels qui s’opposent à la réalisation de ses désirs.
Mais esquissons rapidement les principaux traits de la vie qui nous occupe.
C’était en 1821. L’illustre évêque Plessis avait triomphé de tous les obstacles qui s’étaient opposés à l’exécution du projet qu’il poursuivait depuis longtemps pour établir l’Eglise du Canada sur des fondements solides et durables ; il avait obtenu la division de son vaste diocèse, et M. Lartigue, prêtre du séminaire de St-Sulpice, avait été
nommé évêque auxiliaire, à la grande joie de la population catholique de ce diocèse. Le nouvel évêque ayant demandé à Mgr Plessis de lui donner pour secrétaire quelqu'un qui pùt l’aider dans l’exercice de ses nombreuses et difficiles fonctions, l’évêque de Québec lui indiqua un jeune ecclésiastique qui faisait la classe au collège de Nicolet. “On ledit un peu scrupuleux, ajoutait Mgr Plessis, mais nul ne fera mieux votre affaire.”
Ce jeune ecclésiastique était né, le 30 octobre 1799, dans une concession de la Pointe-Lévis, connue sous le nom de « Arlaka.» L’humble et antique maison où il vit le jour est devenue célèbre ; les gens de l’endroit la montrent avec orgueil au touriste curieux en disant : « C’est là qu’est né Mgr Bourget.»
Son père, Pierre Bourget, et sa mère, Thérèse Paradis, étaient à la tête d’une famille de treize enfants; Ignace était le onzième. Après avoir été à une école tenue par un monsieur Gingras, dans la paroisse de Beaumont, voisine de celle de Lévis, il était entré au séminaire de Québec, où il avait fait son cours classique. Quelques-uns de ses compagnons de classe étaient Mgr Magloire Blanchet, M. le Grand-Vicaire Gauvreau, M. Chartier, prêtre, l’hon. juge Bédard, M. le Dr Bardy, D. Defoy. Il avait embrassé l’état ecclésiastique, et après avoir étudié la théologie au séminaire de Québec pendant ûne couple d’années, il était passé au collège de Nicolet.
M. Raimbault était alors supérieur de cette maison naissante et en même temps curé de la paroisse ; M. Leprohon, dont l’évêque de Montréal garde les meilleurs souvenirs, était directeur du collège.
La vie du jeune lévite avait toujours été, jusque-là, douce, modeste et vertueuse ; sous le toit paternel comme sous le toit du collège, il avait grandi dans les bonnes pensées, les généreuses aspirations. Sous les dehors simples et modestes de cet enfant, les directeurs du séminaire de Québec et du collège de Nicolet n’avaient pas tardé à deviner un caractère
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d’élile, une intelligence susceptible de rapides développements. Ce fut aussi la manière de voir de Mgr Plessis, qui se connaissait en hommes ; il l’avait prouvé plus d’une fois, et en particulier lorsqu’il prit sous sa protection le pauvre petit garçon qui devint le célèbre Vallières.
Lorsque le jeune Bourget partit pour Montréal, au mois de mai 1821, il ne se doutait pas dans son humilité qu’il serait un jour le successeur de l'évêque éminent à l’ombre duquel il allait travailler. Il arriva dans cette ville au milieu des nuages qui assombrirent les premiers temps de l’épiscopat de Mgr Lartigue. On savait que de graves difficultés avaient forcé l’évêque de laisser le séminaire et d’aller demander l’hospitalité aux dames de l’Hôtel-Dieu.
Donner une église et un évêché à l’évêque fut alors le mot d’ordre de la population catholique de Montréal. Les citoyens du faubourg St-Laurent se distinguèrent surtout par leur zèle en faveur de cette grande œuvre.
Le comité nommé pour la conduire à bonne fin se composait de MM. A. Tulloch, T. Trudeau, P. Fiset, M.Nadeau, Leduc, Bourbonnière, Pominville, etc. MM. Denis-Benjamin Viger et Louis-Joseph Papineau donnèrent le terrain où se trouve l’église actuelle de St-Jacques.
Les souscriptions furent généreuses, et l’entreprise alla si vite que le vingt septembre mil huit cent vingt-cinq, Mgr Lartigue et son secrétaire entraient dans le premier évêché de Montréal.
Le jeune secrétaire fut d’un grand secours pour le succès de cette œuvre ; son zèle, son activité et le dévouement avec lequel il remplissait lesdevoirs de son ministère, lui gagnèrent en peu de temps la confiance de son évêque et l’affection du peuple. Aussi, lorsqu’en mil huit cent trente-six, Mgr Lartigue fut définitivement nommé évêque titulaire du diocèse de Montréal, il se hâta de s’adjoindre comme coadjuteur celui qui depuis dix ans partageait ses labeurs. Le vingt-cinq juillet mil huit cent trente-sept, le modeste enfant de Lévis était consacré évêque de Tel messe, dans la
nouvelle cathédrale, au milieu d’un concours immense du peuple et du clergé. Ce fut un grand jour, une fête brillante pour le diocèse de Montréal.
Trois ans plus tard la population de Montréal se pressait dans la même enceinte pour rendre ses derniers devoirs aux restes mortels du premier évêque de Montréal. Mgr Lartigue était mort, le dix-neuf avril mil huit cent quarante.
Son successeur était tout nommé d’avance. Mgr Bourget prit possession du siège épiscopal de Montréal, le vingt- trois avril mil huit cent quarante. Il annonçait cet événement, le trois mai suivant, dans un mandement tout imprégné d’humilité et du sentiment de la responsabilité immense qu’il assumait. Après avoir déploré dans des termes pleins d’amertume la mort de l’illustre défunt, il ajoutait :
« Le regret que vous cause sa mort est d’autant plus amer « que vous ne pourrez, Nos Très-Chers Frères, vous con- « soler de cette perte immense, en voyant le fardeau de « l'épiscopat passer à un sujet si peu qualifié pour remplace cer auprès de vous ce savant et vertueux prélat. Hélas ! ce que Nous sommes loin d’avoir les dispositions nécessaires « pour remplir dignement les sublimes fonctions de l’apos- « tolat ; et qu’il est à craindre que Dieu n’ait permis Notre « élévation que pour Nous punir de Nos innombrables <c péchés et vous châtier vous-mêmes du mépris que vous <c auriezfait des grâces que vous avez reçues par le ministère «de cet excellent pontife.»
Paroles sublimes que la religion catholique seule peut produire dans toute leur candeur !
Le pieux évêque se mit à l’œuvre et se consacra plus que jamais à cette vie de prière et de travail à laquelle il était déjà habitué ; il laissa couler de son cœur cette source intarissable de foi et de piété dont les eaux bienfaisantes fécondent depuis un demi-siècle le diocèse de Montréal.
Il faudrait bien des pages pour raconter tous les bienfaits et les événements glorieux de son épiscopat. Tout ce que son ardente charité a pu lui inspirer pour détruire le vice et
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l'erreur, augmenter la foi et faciliter le salut des âmes dans son diocèse, il l’a fait. Les yeux toujours ouverts sur tous les dangers qui pouvaient menacer le troupeau confié à ses soins, il a prié, il a veillé sans cesse.
Il a fondé une quinzaine de communautés, de maisons de charité et d’éducation, et une vingtaine de sociétés, confréries ou pieuses congrégations. C’est à lui que nous devons, par exemple, l’établissement dans ce diocèse des membres éminents de la Société de Jésus et des RR. PP. Oblats, si populaires parmi nous ; des dames de la Providence,. du Bon-Pasteur, de la Miséricorde, des Frères Josépliites et de St-Viateur, des Pères et religieuses de Ste-Croix, l’Institut des Sourds-Muets, l’Association des Dames de Charité, la Société Ste-Blandine pour les filles de service, l’Hospice St- Joseph pour les prêtres vieux et infirmes, plusieurs salles d’asile, etc., etc.
Il s’est associé à toutes les généreuses aspirations, à tous les dévouements qui avaient pour but de développer la vocation religieuse dans son diocèse. Il serait heureux s'il n’avait qu’à frapper la terre du pied pour en faire sortir des légions de prêtres, de missionnaires et de religieuses qu'il voudrait envoyer dans toutes les parties de l'Amérique porter le flambeau de la Foi.
Il a écrit trois à quatre cents mandements et lettres pastorales dont plusieurs sont, comme je l’ai dit, fort remarquables. Citons, en particulier, son mandement sur les Tables Tournantes , qui a reçu, même en France, les plus grands éloges pour les connaissances théologiques et philosophiques qu'il renferme, celui sur l’Université-Laval, l’incendie de Montréal, l’épidémie de mil huit cent quarantesept, les orphelins des Irlandais émigrants, les infortunes de Pie IX en mil huit cent quarante-huit, l’usure, l'indépendance et l’inviolabilité des Etats Pontificaux, le Denier de St-Pierre, etc., etc.
Il y a là des pages admirables qui rappellent le langage des premiers Pères de l’Eglise, et dans lesquelles brillent
comme des diamants les plus belles qualités du cœur et d& l’esprit.
Dans plusieurs de ces mandements, il fait des appels chaleureux au sentiment national de la population en faveur de la colonisation, de l'industrie, et autres choses utiles au bienêtre et à la gloire de la patrie. Dès mil huit cent quarantehuit, il déplorait les dangers de l’émigration et suppliait les Canadiens-Français de rester sur le sol de leurs pères et d’en exploiter les ressources. Il a combattu toute sa vie avec ardeur l’ivrognerie, par la prédication et l’établissement de sociétés de tempérance ; il a organisé contre ce vice destructeur des croisades qui ont eu le plus grand succès.
Il a fait cinq voyages à Rome, et chaque fois il en est revenu plus zélé et plus attaché que jamais au trône pontifical.
On comprend les jouissances que le pieux évêque a dû éprouver au milieu des merveilles et des souvenirs les plus glorieux du catholicisme. En France, en Italie, à Rome surtout, on a été témoin de l’ardeur de sa foi et de sa piété, de ses efforts pour rendre ses voyages utiles à son diocèse. Le Souverain-Pontife l’a honoré d’une manière spéciale et s’est plu à satisfaire tous ses pieux désirs.
C’est dans l’un de ces voyages, en mil huit cent cinquantequatre, qu’il composa un ouvrage sur le « Cérémonial des Evêques,» d’après les usages et traditions de l’Eglise de Rome. Cet ouvrage lui valut les félicitations les plus vives de la part du Souverain-Pontife et de plusieurs des premiers personnages de la Cour Romaine. Il avait déjà fait un traité sur ces questions, lorsque les Pères du premier concile de Québec avaient résolu d’adopter la liturgie romaine.
A son retour, en mil huit cent cinquante-six, après deux années d’absence, il entreprit d’introduire dans son diocèse les rites et coutumes de cette liturgie. Le peuple, qui tenait à ses vieilles cérémonies françaises, s’en sépara avec regret et fit entendre des murmures ; mais la tempête fut courte, on finit par se soumettre de bonne grâce aux réformes
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voulues par l’évêque ; on s’est même habitué au collet romain et à l’absence du crucifix sur le banc-d’œuvre.
L’épiscopat de Mgr Bourget, depuis 1852, a été marqué par des événements importants ; c’est l’époque de ses épreuves et de ses luttes.
Outre la question de la liturgie, il s’en est soulevé plusieurs autres qui ont vivement passionné l’opinion publique.
Le huit juillet mil huit cent cinquante-deux, la cathédrale et le palais épiscopal, l’un des plus beaux édifices de Montréal, construit depuis un an, devenaient la proie des flammes, dans cet incendie lamentable qui dévora une partie considérable de la ville. Lorsqu'il fut question de rebâtir la cathédrale et l’évêché, des difficultés s’élevèrent entre l’évêque et les citoyens du quartier St-Jacques. Il souriait assez à Monseigneur d’aller s’établir sur le plateau situé au coin des rues St-Denis et Sherbrooke, où on lui offrait un magnifique terrain ; mais n’ayant pas trouvé les avantages qu’on lui donnait satisfaisants, en vue des projets qu’il entretenait au sujet de sa future cathédrale, il alla se fixer au Mont St- Joseph, où il bâtit provisoirement une chapelle et un évêché.
Il est naturel que la population canadienne-française ait vu avec peine son évêque bien-aimé s’éloigner d’elle ; mais le temps donnera peut-être raison à l’évêque.
Puis est venue la fameuse question de l’institut-Canadien, qui, après avoir parcouru plusieurs phases, a atteint son zénith dans l’affaire Guibord.
Que la minorité ait bienfait de quitter l’institut-Canadien, c’est douteux ; elle aurait dû rester là pour réformer et non pas détruire une institution nationale et pleine de souvenirs patriotiques. Mais, une fois la séparation faite, une fois connu et constaté que l’institut-Canadien avait des livres dangereux pour la jeunesse, celui qui, dans ce diocèse, a reçu la mission et fait la promesse de veiller sur les âmes confiées à ses soins, pouvait-il s’abstenir ?
A ces brûlantes questions est venue se joindre celle plus
importante encore du démembrement de la paroisse de Montréal. Ici, c’est l’évêque contre le séminaire et le gouvernement. Croyant que, dans l’intérêt de la population catholique de Montréal, il était opportun de diviser la paroisse de Montréal, Monseigneur entreprit de le faire. Le séminaire, qui possède de par la loi et les autorités ecclésiastiques, depuis un temps immémorial, le titre et les droits de curé de la paroisse de Montréal, et qui croyait répondre suffisamment aux besoins de la population catholique en établissant des succursales, soumit au Souverain- Pontife les objections qu’il avait à se soumettre à tous les désirs de l’évêque. Plusieurs de ces objections furent maintenues, d’autres furent écartées, il y eut même des concessions de part et d’autre, et finalement un décret intervint autorisant l’érection canonique de nouvelles paroisses, à la condition que les curés seraient désignés par le séminaire et nommés par l’évêque.
De nouvelles difficultés surgirent alors au sujet de l’interprétation de ce décret, les messieurs du séminaire prétendant qu’il ne donnait pas à l’évêque le droit d’établir des paroisses ordinaires. Monseigneur, cependant, procéda à ériger des paroisses canoniques suivant le sens qu’il donnait au décret. Mais, lorsque les curés des nouvelles paroisses voulurent avoir des registres, les autorités judiciaires refusèrent de leur en donner en disant que la loi ne reconnaissant pas les paroisses canoniques, le curé seul de la paroisse civile pouvait tenir des registres. Pendant ce temps-là, le séminaire appelait à Rome de la décision de l’évêque.
La législature a mis fin à ces difficultés en accordant des registres aux nouveaux curés.
Il est aisé de saisir la pensée qui inspire Monseigneur dans ces questions, comme dans tous les autres actes de sa vie : c’est de soumettre compéltement l’Eglise du Canada aux doctrines et à la discipline romaines, de faire prévaloir le principe de l’autorité ecclésiastique dans toute sa plénitude vis-à-vis des fidèles et du pouvoir civil. C'est le prin-
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cipe que le séminaire et l’évêque ont cherché à faire triompher eu commun dans l’affaire Guibord et que les tribunaux ont consacré. En vue des complications que l’avenir peut nous réserves, nous avons tout l’intérêt du monde à assurer, à couronner, pendant que nous le pouvons, l’édifice de nos libertés religieuses et nationales, à le mettre à l’abri des orages et des tempêtes. Réaliser cet objet est une bonne œuvre ; mais cela doit se faire avec prudence, par les efforts réunis de l’autorité civile et religieuse ; leur division serait fatale à l’une et à l’autre et un malheur pour notre nationalité.
Les difficultés religieuses, provoquées par la division des paroisses, étaient à peine terminées que Monseigneur de Montréal soulevait, en attaquant le parti réformiste, une lutte beaucoup plus grave. La croisade entreprise contre le libéralisme, à propos de la division des paroisses, fut reprise avec vigueur à l’occasion du règlement des difficultés du NoYd-Ouest et des écoles du Nouveau-Brunswick.
Depuis deux ans la province de Québec est en feu, , on combat les réformistes en les assimilant aux libéraux d’Europe, et ceux-ci soutiennent avec énergie qu’on les traite injustement en leur prêtant des idées et des intentions qu’ils n’ont pas. Nous croyons que les autorités romaines sont saisies de la question et nous espérons qu’elles mettront fin à des difficultés qui produisent une irritation déplorable.
Malgré le mécontentement que l’évêque de Montréal a créé dans le diocèse de Montréal en intervenant depuis deux ans d’une manière aussi énergique dans la politique, il n’en jouit pas moins toujours du respect et de la confiance des fidèles. Tous n’ont qu’une voix pour rendre hommage à ses vertus et aux services qu’il a rendus à la religion et à la société pendant son glorieux épiscopat.
Au moment où nous écrivons ces dernières lignes, on nous apprend que Monseigneur Bourget est nommé archevêque in partibus et que Monseigneur Fabre le remplace
comme évêque de Montréal. Mais le vénérable évêque ne pourra pas jouir ici-bas du repos qu’il avait mérité, car il est à la dernière extrémité, on s’attend à recevoir d’un moment à l’autre la nouvelle de sa mort.
Montréal, 27 Août 1876.
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