C.-M. DE SALABERRY
de Basque, dans le royaume de Navarre, avait conquis ses titres de noblesse sur les champs de bataille. L’un des ancêtres de notre héros était au combat de Coutras, où il frappa dru et fort. Henri de Navarre, depuis roi de France sous le nom d’Henri IV, aperçut le terrible chevalier au moment où, après avoir terrassé de nombreux et vaillants adversaires, il accordait la vie à un gendarme qu’il venait de blesser. — “ Force à superbe ! Mercy à faible, lui cria le galant Béarnais, c’est ta devise.”
Noble devise ! que les de Salaberry ont raison de porter avec orgueil sur leur écusson, car ils y ont toujours été fidèles et l’ont illustrée par maintes actions éclatantes.
Le grand-père, Michel de Salaberry, vint en Canada dans l’année mil sept cent trente-cinq, en qualité de capitaine de frégate.
Il avait îine grande réputation de force et de bravoure. Il épousa, en mil sept cent cinquante, mademoiselle Juchereau Duchesnay, fille du seigneur de Beauport. Il prit part aux luttes héroïques qui se terminèrent par la cession du Canada à l’Angleterre.
Le père, Louis-Ignace de Salaberry, fut remarquable par ses vertus, son intelligence, sa haute et belle taille, la franchise de son caractère et cette force corporelle qui se transmet dans la famille de père en fils. Il combattit vaillamment dans les rangs de l’armée anglaise en mil sept cent soixante et seize, et reçut trois blessures sérieuses dans le cours de la guerre. Le gouvernement anglais le récompensa de ses services en lui accordant une demi-pension et plusieurs charges. Mais la reconnaissance qu’il devait au duc de Kent et au roi d’Angleterre ne purent jamais lui faire trahir les droits de ses compatriotes. Lorsque Craig voulut, en mil huit cent-neuf, unir les deux Canadas dans le but de mettre les Canadiens-Français sous l’empire d’une minorité anglaise, il fut un de ceux qui s’opposèrent lepluséner giquement à ce projet. Et lorsque le gouverneur le menaça de lui enlever ses moyens d’existence s’il ne se rendait pas
à ses désirs, il lui fit cette belle réponse : — “ Vous pouvez. Sir James, m'enlever mon pain et celui de ma famille, mais mon honneur . jamais ! ”
Devenu seigneur de Beauport, son manoir fut pendant vingt ans l’aimable rendez-vous où gentilshommes français et anglais, réunjs par la conquête, apprirent à s’estimer après s’être battus ; les plus hauts personnages d’Angleterre y trouvaient une hospitalité pleine de charme et de distinction. Le noble seigneur avait épousé, en mil sept cent soixante et dix-huit, la belle et distinguée demoiselle Hertcl, et de ce mariage étaient nés sept enfants, tous beaux et bien faits, trois filles et quatre garçons, dont l’aîné fut le héros de Chàteauguay.
Les Canadiens-Français étaient fiers de l’éclat qui environnait cette belle et bonne famille et des hommages qu’elle recevait de leurs fiers conquérants.
De toutes les sympathies qui l'honorèrent, la plus illustre et la plus bienveillante fut, sans doute, celle du duc de Kent, père de notre souveraine, la reine Victoria.
On sait que ce prince vint en Canada en mil sept cent quatre-vingt-onze, à la tête de son régiment, et qu’il fut, pendant son séjour au milieu de nous, l’idole de la population. C’était un bon prince, aussi, que le duc de Kent, généreux, affable et loyal, aussi noble par le cœur que par la naissance. Il n’eut pas mis le pied, une fois, dans le manoir de Beauport qu’il fut épris d’admiration et d’amitié pour ses aimables hôtes. Les heures les plus agréables de sa vie étaient celles qu’il passait au sein de cette famille, dont il fut toujours l’ami fidèle et le protecteur puissant. Une correspondance de vingt-trois ans, depuis mil sept cent quatre-vingt-onze à mil huit cent-quatorze, démontre toute la profondeur et la sincérité de cette honorable amitié qui se manifeste, à chaque ligne, par les sentiments les plus délicats, les épanchements les plus gracieux.
C’est par son influence que les quatre fils du seigneur de Salabcrry, Michel, Maurice, Louis et Edouard, son filleul.