‹ Biographies [microforme]Chapitre 8 sur 23 · EE ————————————— —…— …— ———— — · texte numérisé non relu

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M. Fortin, surtout, n’a dû son élection qu’à M. Bernatchez et, quand il a forfait à ses engayements, À sa parole d'honneur, c'est M. Bernatchez qui l'a délogé en lui soustrayant un mandat deshonoré après avoir été volé.

Tout autre qu'un homme tenace comme lui eut abandonné la lutte. (Car, l'on se rappelle qu'après avoir été * déclaré élu ”” par un premier dépouillement du scrutin, un second décompte ie trouva en minorité,

Nas mains coupables avaient brisé une boite scellée, changé des bulletins et donré galu * -lni que le peuple renvoyait das: sa K jets, Sans peru:e une minute, habiléme::, ‘ncessamment secondé par notre gélé confrère M. Choquette, il porta plainte devant les tribunaux.

Là, on découvrit tout, sauf, par pudeur ou plutôt par un reste de favoritisme politique, sauf la main sacrilége.

Qu'importe, nous la connaissons cette main : le coupable quoique assez haut huppé ne perd rien à attendre.

Le5 janvier 1883, M. Bernatchez reprit possession de son mandat.

Si le jugement eut pû être rendu avant le 20 juin, 1882, M. Landry ne serait point député à Ottawa et M.

Fortin n'aurait pas siégé illégalement pendant toute une session,

À propos de cette session, je me rappelle avoir émis dans- Le Soir, ce qui suit :

l'élection de Montmagny ne tombent pas dans la catégorie ordinaire—c'est un vol de mandat, non par ccrruption, mais par soustraction violente de bulletins— un vol avec effraction,—-M, Fortin a regu illégalement une indemaité de $1000,00 pour les travaux d’une session à laquelle il ne devait pas, il ne pouvait pas assister—il doit y avoir rémission, etc.

J'eus occasion d'en causer à St. T'homas même avec M. Bernatchez.

Mais en homme qui ne considère pas la politique comme une vache à lait, i] déclara trouver ce ‘“ pauvre Fortin ” assez décapité comme cela.

Notons une remarque qui fut faite dans le temps.

Le soir de ces malheureuses élections de décembre 1881, de cette journée que M. Tarte appela, une fois ‘ la bouche.

rie à Sénécal ” ce suir, là de tous les coms tés qui occupent la carte depuis Lotbinière, au sud, et Ottawa, au nord, jusqu’au Golfe, il n’y en eut qu’un qui résista à la tourmente et resta bravement libéral.

Ce fut Montmagny, qui fut suivi de proche par Kamouraska où notre éminent debater M. Gagnon, eut maille à briser pour se faire déclarer élu.

M. Bernatchez est toujours le président du Club de Réforme.

| Toutes les œuvres libérales le trouvent

|sympathique et pratiquement sympa-

Les circonstances de la contestation de | thique.

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Ce qui n’est pas peu dire. On le trouve toujours prêt et c'est un de ces hommes qu'il est bon à un chef d'avoir près de lui, car l'on sait qu'ils ne sont pas au-dessous des rôles qui peuvent leur incomber, qu'ils étudient, qu’ils sont sérieux, estimés et populaires.

L'occasion est bonne pour faire une remarque : faisons-là.

C'est un tic profondement ancré chez nos bons campagnards que d'avoir pour “ not’ membre un cultivateur et un homme ‘* de la place. ”

C’est bien joli, mais comme il faut prendre les choses telles qu’elles sont et non telles qu'elles devraient être, il faut raisonner un peu,

Pas un homme plus entiché du cultivateur que moi.

Mais dans cet entichement comme dans le sentimentalisme, il ne faut pas que l'esprit soit la dupe du cœur.

L'expérience prouve désastre pour la

généralité des cas ou l'on a voulu absolument préfèrer à un pelitique compétent, un cultivateur, dévoué, honnôte, mais inexpérimenté.

Les questions de budget, de chemins de fer, de travaux publics les laissent dans l'impuissance.

S'ils ont quelque chose à dire sur l’agriculture, la timidité les cloue sur place et c’est une vérité vraie, passée en axiome parlementaire, que ‘ nul n’a moins voix au comité d'agriculture que le député-cultivateur.”

Ce que je dis là c’est le fruit d’une expérience acquise par les travaux de trois sessions à Québec.

Où j'en veux venir.

Si mes compatriotes, les cultivateurs, tieonent à élire un des leurs, —ce qui est leur droit— qu’ils choississent un homme de la trempe de M. Bernatchez—ce quileur sera un devoir.

Qu'on ne dise pas que je nie des capacités aux cultivateurs.

Qu'on me comprenne.

L'Hon. Geo. IRVINE

DÉPUTÉ DE MEGANTIC

ASSEMBLER LÉGISLATIVE DE QUEBEC

C'est le Holton de notre Législature bas-canadienne.

C'est le type parlementaire le plus accompli qu'ait abrité ces pauvres lambris incendiés, depuis que le doublemandat a été aboli; c'est le modèle que devront étudier et copier tous ceux qui voudront mettre du classique, du grand, de l’idéal dans les fonctions de député.

J'avoue une certaine inquiétude à esquisser ce portrait.

Le sujet est beau, mais il faut être un maître artiste pour l’aborder.

L'Hon. Geo. Irvine est de la nouvelle école comme il était en plein de la \icille. De cette école née des jours violentés par fanatisme, par un reste d’animosité et tempérée petit à petit par l'inoculation des principes parlementaires constitutionnels et politiques, consacrés en 1840.

C’est un opportuniste. Et que de choses ce mot veut dire quand on le comprend bien.

M. Irvine a toujours été l’homme des circonstances, Plus pratique que nous,

moins alléché par ces grands mots qui, peut-être, ne sont après tout que des non-sens, parfois il s’est plié aux circonstances, parfois il les a forcées, il les a faites,

Et il a paru si logique; sa stabilité et ses permutations ont paru si dignes, si raisonnées que ceux-là mêmes qui en auraient fait crime à autrui, se sont trouvés, malré eux, obligés au respect, à l’adfnission, ou tout au moins au silence.

Ah! c'est que le député de Mégantic n’est pas le rremier venu.

C’est un homme d’un passé nombreusement et brillamment rempli; c’est un député populaire chez ses constituants et domiuateur parmi ses collègues ; c’est un debater redoutable, extrêmement érudit, d'une subtilité athénienne et d'une souplesse telle que les plus grands comédiens, fut-ce Chapleau, y ont perdu grimmage et contenance ; c’est, enfin, un jurisconsulte à large renommée, un trésor de sciences légales, un puriste de la procédure, une autorité que ne dédaignent pas de consulter les majestés du Banc.

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Pour avoir une juste idée de l’homme politique comme de l'homme-avocat, il faudrait remonter bien haut, retracer toute une vie de labeurs, d'activité, de luttes ; le tout fait avec un sang-froid inaltérable, un semblant de bonhomie qui n'est que de la malice bien dirigée,et avec une santé de fer.

Voyez le début. On bâcle la Confédération. M. Irvine n'est député que depuis trois ans.

Que de sommités s'offrent au choix du chef de l'exécutif pour la formation du premier cabinet provincial de Québec.

Et pourtant il est nommé Solliciteur Général.

Ov devinait quel homme c'était et surtout quel homme ce serait.

Le tact que montrait dans leur choix les anciens chefs conservateurs a certainement été une cause de succès pour eux.

M, Irvine estentré conservateur dans le monde politique, mais sans donner à ce mot l'acception voulue.

fl voulait la confédération et se joigpait au parti qui l’avocassait.

Peu lui importait l'appellation partisanne jusqu’au jour où, mécontent de voir ses collègues, les ministres, tremper les mains dans la scandaleuse affaire des T'anneries, il les abandonna.

Ce mouvement plein d'indépendance et de ferme honnêteté lui coûtait son portefeuille. Il y avait donc désintéresse— ment marqué.

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C'est en cette circonstance que je vis et entendis le député de Mérantic pour la première fois.

J'étais élève de septième au Séminaire de Québec et comme il était défendu de s'attarder au Parlement, j'avais enfoui mon Æpitomeæ dans un des larges goussets du costume réglementaire et arrès bien des effoits j'avais une toute ptite place dans la galerie, en face des banquettes de la Gauche.

M. Irvine occupait le siège actuellement adjugé à M. Shehyn.

Pendant près de deux heures, il fit l'historique des Tanneries, la ‘ catillinaire ” des coupables et quand il reprit sou siége, non-seulement M. Dansereau était sommé de paraître à la ‘ barre ” de la chambre, mais le gouvernement avait virtuellement cessé d'exister.

Pourtant l’ex-ministre n'avait pas abusé des grands mouvements. Il avait assommé à froid, à coup de faits et de chiffres, se contentant pour variété de faire de l'ironie comme lui seul sait en faire

Malheur à ceux qu’il cloue au pilori.

C'est supplice qu'on n'oublie pas.

J'ai vu Chapleau, Angers et même Taillon sortir de leurs gonds d’une façon déplorable quand M. Irvine, haussant les épaules, clignotant de l'œil, leur débitait douceureusement de ces choses qui brûlent comme le feu grégeois tant c’est malignement vrai et ironiquement dit.

M. Mousseau ea a été lui-même dardé

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jusqu'aux os, ce n’est pas peu dire.

D'un autre côté, rien ne l’'émeut ou du moins jamais sa physionomie ne reflète ce qui se passe à l’intérieur, Chapleau a fait contre lui des charges de force à déraciner une forêt de vieux chênes, et ce stoïcien accompli s’est contenté d'attendre patiemment, cool/y, pour ne dire que deux mots dont l’un détruisait les avances de l'ennemi et l'autre repiquait plus au vif,

M. Irvine est orateur comme on doit l'être généralement aux Communes anglaises, Son genre n’est pas aisé à définir.

Quand on a dit qu'il est châtié, rapide, concis dans la forme, réservé dans la longueur de ses discours, il semble qu'on a tout dit et pourtant on n’a pas donné une idée du genre.

Encore ce matin, je feuilletais les Débats Parlementaires pour 1882, juste à l'endroit qui relate la discussion sur la vente du chemin de fer du Nord.

Je trouve son discours, de bien moyenne longueur, entouré étouffé, par de formidables ‘ speeches ” ce qui ne l'empêche pas de contenir plus de matière, plus de quintessence, plus de raisonnement que ses voisins.

M. Irvine excelle principalement dans ceci: nul plus que lui sait ramener les orateurs à la question ou éclaircir une “ question d'ordre.”

Sa dextérité, son érudition et son exquise politesse en ces occurences lui ont valu l'honneur insigne d'être appelé le

Holton de Québec.

C'est bien le regretté doyen de Chateauguay qui revit en M. Irvine.

Si le cadre de ces biographies me le permettait, j'aurais plaisir à y insérer quelques fragments de discussion, et surtout des passe-d'armes, où le genre du député de Mégantic éclate dans toute sa force.

D'aucuns ont pu croire qu’il tendait à s éloigner des discussions parlementaires, que l'indifférence prédominait chez lui et qu'il ne faisait acte de présence que pour la forme.

Il faut se détromper.

M. Irvine, il est vrai, n'a cedé aux sollicitations de ses électeurs de les représenter à nouveau qu'après de longues hésitations, mais ce n’est pas l’apathie ou l’égoïsme qui le guidaient,.

Profondément dégoûté de la marche des choses, convaincu que la majorité était simplement inconsciente ou entêtée dans son aveuglement, il s’est demandé si ce n’était pas un mal d'aller perdre un temps précieux à prêcher à des sourds, à promener la lanterne de Diogène au milieu d’aveugles à guérison impossible,

Ces questions étaient bien légitimes.

Le fait est, qu'en voyant cette pauvre Chambre d'Assemblée, son contenu, généralement parlant, et sa conduite, je me suis demandé ce qu'un homme, qui n’a pas de temps à perdre, peut aller faire dans cette galère.

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bué à degoûter M. Irvine, c'est le des-|de St-Maurice et devint, dans la suite potisme de Sénécal, despotisme accepté | membre du Conseil Législatif,

et applaudi dans cette province. Ces noms réveillent des souvenirs sym. Si quelqu'un le connaît Sénécal, c'est pathiques et font voir sur quelles brisées lui, et Sénécal le sait. notre ami était appelé à faire sa marche.

Ces deux hommes seuls savent ce qui C’est à Québec qu'il uaquit, le 16 les sépare, quelle huîne éternelle couve novembre 1826 [1 prit son instruction à chez l’un et l'autre. l'école du Dr Lundy. Où n'avait alors

Chez l’un, haîne de celui qui se sent |ni High School, ni collége strictement épié, dominé par plus fort que soi, chez anglais-protestant. Cowme il n'était pas l'autre, haîne politique, haîne profession |encore entré dans les mœurs, d'envoyer nelle : la haîne du citoyen vrai et honnô-|les enfants aux colléges catholiques-rote contre l’homme qui s'impose tyranni- maios, le Lundy's School était donc le

quement, indécemment. nec plus ultra pour nos compatriotes. Je crois même une chose. Reçu avocat en 1848, il dép'oya dès Ou Sénécal ruinera Irvine ou Irvine lors assez d'habileté et de souplesse pour tuera Sénécal. faire pressentir aux connaisseurs quel

Les apparences ne disent rien, mais le | degré de supériorité il obtiendrait, un delenda est lancé. Il se fait un travail |jour, dans la jurisprudence. latent, surtout de la part de Sénécal qui| En 1856, il obtint la main de la troisn’est pas homme à laisser, derrière lui, ième fille du riche québecquois, M. L.de propos délibéré, un antagoniste de la | mesurier. force du député de Mégantic. La société légale Irvine et Holt Sénécal a manqué son coup daus la | fut formée dans le temps pour n'être disdernière élection de Mégantic. soute que par la mort du regretté M. Il se reprendra. D'ici-à, il entrave in- | Holt, il y a encore peu d’années. directement les entreprises financières de| M. Irvine fut nommé (0. R.) Con.

l’'Hon. Irvine. seiller de la Reine en 1867.

Le collége Morrin s'assura de ses servi- George Irvine eut pour père le lieut-| ces pour la chaire de droit commercial, puis colonel Irvine, principal Aide de Camp | il tut nommé Chancelier de l'Université de du Gouverneur-Général et pour grands-| Lennoxville et y prit, en 1875, les degrés pères l’hon. James Irvine, membre du |de D. C. L.

Conseil Exécutif et député au parlement | Le Barreau de Québec l’a eu pour canadien, et l’hon. Mathew Bell, de|Bâtonnier et, entr'autres institutions

Trois-Rivières, qui fut élu dans le comté | commerciales qui lui ont conféré des

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honneurs ou des charges, il y a la Bauque Union, dont il a été le vicc-président.

Un homme comme M. Irvine ne pouvait rester en dehors de la politique.

Ses concitoyens ne pouvaient, non plus, le lui permettre.

I rprésuts Miguntie, d’abord, depuis 1863 jusqu à l'inauguration de la Jonfédération, dans le Parlement des Canadas-Unis.

Ea 1867, il ea fut le d'‘puté à Ottawa jusqu'en 1872; il refusa alors d'être réélu, afin de se consacrer plus exclusivement à sa clientèle devenue immense, à des eatreprises commerciales et à des études favorites.

Mais il ne casa pas un moment de représenter Mégantic à la Législature Proviaciale, jusqu'au jour où il accepta du “ouvernement de Boucherville, coujointement avec les Hons. Chinic et Malhiot, la position de Commissaire du Chemin de Fer du Nord.

C était en 1876 et M. Kennedy le remplaga.

Des 1867, M. Irvine fut ministre.

Solliciteur-Général d'abord, puis Proeureur-Grénéral jusqu'à cette scandaleuse affaire des Tanneries qui lui fit donner sa résignation.

Il cessa d'être Commissaire du Chemin de Fer en 1878.

C'était en pleine tourmente électorale.

M. Irvine, comprit Letellicr, résolut d'apporter son vaste prestige au service

mr

du coup-d'état régénérateur et alla reprendre le mandat de Mégantic.

Et l'administration Joly, dont il eut pu faire partie, le compta comme son meilleur avocat, son plus infatigable polémiste.

Aux deraières élections, on a lancé contre lui tout ce Senécal peut lancer contre uu homme qu'il déteste ‘ à la mort. ”

La victoire lui est venue fidèlement,

facilement .

Lui, aussi, c'est un deputé permanent.

Qui Le battra, pourra s'en vanter sans être taxé d'amour propre, car ce n'est pas petite besogne.

M. Irvine appartient à une foule de sociétés léga' religieuses, commerciales, ete, ete.

Il s'occupe beaucoup des affaires de banques et principalement de chemins de

fer.

L'on se rappelle encore, Le rôle qu'il a

joué dans la fameuse affaire du Levis et Kennebec R R. C'est de là que date la haine de Sénécal pour M. [rvine, haine que le procès occasionné par l’article ‘6 La caverne des quarante Voleurs ” est veau porter à son comble.

La clientèle de M. Irvine est de haute lignée. Elle est presqu'entièrement composée de tout ce que l'on compte de mieux posé dans l'industrie, le commerce, la baaquerie etc.

M. Irvine est, à un degré également éminent, avocat au ‘‘ civil” et au “ crimiuel."

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