UNE PREDICTION ALLEMANDE EN TRAIN DE SE RÉALISER
Le Punsch de Munich, feuille à caricatures avec laquelle le lecteur va faire plus ample connaissance, publiait le 11 janvier 1863 le dialogue suivant entre Maxl et Sepperl, deux petits bonshommes parlant de tout et sur tout, qui tienDent à la fois du gone de Lyon et du gamin de Paris :
Mail. — N'est-ce pas? dans les veines de M. de Bismarck circule un vieux sang noble.
Sepperl. — Certainement.
Maxl. — Oh ! il viendra bien, quelque jour, au rang de vieux fer.
Sepperl. — Très probablement.
La satire saute aux yeux. C'était, comme on le verra, une de ces nombreuses allusions aux paroles alors célèbres de M. de Bismarck : « L'Allemagne devra ôtre régénérée par le fer et par le sang », que les journaux à caricatures affectionnaient tout particulièrement.
Or, aujourd'hui, les temps sont accomplis. La prédiction de 1863 est devenue une réalité en f890.
D'après un encadrement de Ed. Daelen.
AVANT-PROPOS
J'estime qu'il est toujours utile, lorsqu'on se propose de biographier un personnage en vue, de donner un portrait, si ce n'est de l'homme moral, tout au moins de l'homme physique. Et à plus forte raison quand il s'agit de faire défiler la vie de ce personnage au moyen de l'image comique. La caricature étant la falsification du passeport individuel, il importe de rétablir le passeport dans sa teneur exacte.
C'est pourquoi j'ai tenu à placer ici des portraits du prince de Bismarck sous les deux formes géné-
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ralement employées : la forme graphique, la forme littéraire.
Les portraits graphiques représentent le Chancelier allemand aux deux extrémités de sa longue carrière, Fun à l'origine, d'après une peinture de famille datée de 1847, l'autre à son déclin, d'après le tout récent dessin de M. Gaston Vuillier, dans le Monde illustré^ sur les derniers documents photographiques venus de Berlin.
Voici, d'autre part, les portraits littéraires, de provenances diverses , mais tous postérieurs à 1870.
D'abord, Bismarck vu par l'écrivain hongrois, Maurice Jokai, en mars 1874 :
« Le prince de Bismarck est d'une taille athlétique ; haut de six pieds, les épaules larges, les mains puissantes, — des mains dont la pression laisse deviner une force musculaire considérable — le visage différent de tous les portraits que j'ai vus et qui en font un être morose et atrabilaire. »
Bismarck observé par M. Amédée Pigeon, durant l'hiver de 1881 (1) :
(1) V Allemagne de M. de Bismarck, par Amédée Pigeon. Paris, 1885. Un des meilleurs ouvrages publiés depuis 1870 trës^consciencieux et souvent très-exact.
« Le portrait de Thomme physique, personne, à mon avis, ne Ta fait, pas même Lenbach qui n'a
M. de Bismarck en 1847, député au Landtag.
(D'après un portrait de famille.)
représenté que Tattitude du lion orgueilleux, et encore en Texagérant. On sent trop que ce portrait a été fait pour en imposer au voyageur qui traverse le Musée. Il faudrait ici un Holbein qui pût
AVANT-PROPOS
s'asseoir pendant quelques matinées en face du prince — ou tout au moins un Prud'hon, devant lequel le prince consentît à poser, comme autrefois Talleyrand.
« Quand on n'a pas vu encore le prince de Bismarck et qu'on n'a eu sous les yeux que des photographies plus ou moins fidèles, qui ont au moins ce grave défaut de représenter l'homme figé et alourdi, on ne sait rien sur le prince. »
Suit la première impression, lorsque le Chancelier fit son entrée au Reichstag :
« Il me parut énorme. Il se peut que, d'abord, je n'aie pas vu bien net; mais, pendant les trois heures que dura ce jour-là la séance, j'eus le loisir de regarder le prince tout à mon aise.
... <( Le prince ne gesticule jamais en parlant. Il lève le bras droit, au hasard, comme machinalement, avec un geste raide et automatique de poupée articulée.
(( Et quelle tète ! Je n'en connais qu'une plus grosse : c'est celle de Scipion l'Africain, qui se trouve dans la galerie des Antiques du Musée de BerUn. »
Enfin, dernier portrait, tout récemment tracé — ^ mai 1890 — par M. Henri des Houx :