Et le Seigneur dit au serpent : « Tu seras puni
toi qui as fait cela. Désormais, il y aura guerre à mort entre toi et le progrès, et ce dernier t'écrasera la tète.
6. Alors vinrent les anges de la Guerre et de la Révolution brandissant en main des épées flamboyantes, et ce fut la fin du paradis sur terre. »
Par cette légende, par les images, on peut juger du diapason auquel avait atteint, alors, la lutte sourde entre le Nord et le Sud, entre la Prusse et TAutriche, entre ceux qui rêvaient d'une sorte d'Allemagne confédérée à la façon helvétique, et celui qui cherchait à reconstituer une Allemagne nouvelle sous la domination des HohenzoUern. A peine lâchée par Taigle autrichien, TAllemagne sentait déjà sur elle les serres de l'aigle prussien. Et cette liberté entrevue, qui la lui ravissait? Un homme, M. de Bismarck.
Voilà pourquoi la satire le secouait si vigoureusement; voilà pourquoi, par la plume et par le crayon, les journaux illustrés le malmenaient sans jamais le moindre répit. Luil toujours Lui! Pour les Allemands il y avait deux Er : le Lui (Louis) de France (Napoléon III) et le Lui de Prusse.
C'était le Mauvais Génie, une sorte de Gustave le mauvais sujet, un polisson mal élevé, ne reçu-
lant devant aucune impolitesse, aucune grossièreté, un rural, un féodal, ayant en lui du Tyl Eulenspiegel.
De ses actes on eût pu constituer un recueil
A la recherche d'un domicile politique.
Bavarois, — Alors, vraiment, il n'y a plus aucune place pour moi et mes amis?
Bismarck, — Sur le devant plus rien, mais sur le derrière, à votre service.
Bavarois, - Je m'en tirerai sans doute, à meilleur compte, dans ces conditions.
Bismarck. — Cela non! C'est aussi cher dans Jes dépendances. Vous profitez également du renom de la maison et cela se paye.
[Punsch, 24 février 1867.)
de farces, écrit un auteur comique de l'époque. Et tous, même le Kladderadatsch, sont d'accord pour voir en lui un casseur d'assiettes.
Figaro^ Frankfurter Latern, Punsch, tels sont donc les trois feuilles à images qu'il faut parcourir si Ton veut avoir la véritable physionomie des événements contemporains, et plus que toutes les autres, avec leur saveur, les petites vignettes
Intendant Bismarck. — Vuus n'ètea point satisfaite de lu situation quj vous venez de conquérir? Point satisfaite de ce que je vous paye? Je vous engage à vous tenir en repos et à ne point solliciter autre chose que ce que je vous donne.
Mademoiselle Francfort. — Vous pouvez m'oppriraer, mais quant à me forcer à chanter juste, c'est une autre affaire !
Intendant Bismarck. —Puisqu'il en est ainsi, je vous ferai érèinter par mon critique Braun.
Mademoiselle Fran". fort . — Plus qus jamais mon parti est pris. Adieu. Vous ne resterez pas intendant éternellement.
[Punsch, 14 mars 1869.)
du Punsch constituent la véritable histoire tintamarresque, pittoresque, drolatique de M. de Bismarck, fondateur de la puissance prussienne et metteur
en scène des faits qui doivent aboutir à la Confédération de l'Allemagne du Nord, puis à l'Empire allemand.
Ici mettant la main dans la poix — lisez l'or des caisses publiques allemandes — ou engageant les
Ua Kellaer effronté à l'hôtel de rUnion allemande : « Gare la sauce, messieurs ! »
{Punsch, 29 avril 1866).
petits États à s'appuyer sur lui, là adressant de vertes réprimandes à « Mademoiselle Francfort », ou, serviteur improvisé, renversant les sauces sur les monarques attablés à V hôtel de la nation Memande^ ou encore, propriétaire d'hôtel meublé, n'ayant plus aucune place à offrir à « messieurs du Sud » ; il est bien toujorurs le person-
nage méphistophélique entrevu par la légende et qui aboutira au Cadet-Roussel germanique à trois cheveux — le baromètre politique de la diplomatie européenne.