ANGLETERRE
quelle les passions du jour, les antipathies longtemps contenues se donnent libre cours. Plus que jamais le mot « tableau humoristique », est celui qui convient aux peintures crayonnées par les habiles artistes des périodiques anglais. Ce pilote abandonné, ce chien jeté dehors sous une pluie torrentielle, ce bon commerçant mettant les volets à sa boutique portent en eux je ne sais quel sentiment de profonde rêverie, quelle philosophique constatation de Tinanité des grandeurs humaines.
Et quand on contemple ces images, surtout quand on les compare aux caricatures de Vienne ou de Berlin, on en arrive à se demander si les Anglais, qui ont si comiquement travesti Napoléon I", n'ont pas toujours éprouvé vis-à-vis de M. de Bismarck une sorte de crainte respectueuse, d'admiration tacite, qui les a empêchés de se laisser aller à leur humour habituel.
Peuple épris de développement physique, pratiquant plus que tout autre la force musculaire , n'est-ce pas justement, pour cela peut-être, que les Anglais admirent en Bismarck le représentant d'une race également forte, n'ayant pour les minorités et pour les faibles qu'un respect tout à fait relatif? Quand il s'agit de l'Angleterre, c'est-à-dire d'un
pays où l'art ne se conçoit pas sans une certaine pensée philosophique , il est bien permis de poser la question.
En tout cas, quelle que soit la raison de ce fait, après avoir parcouru années par années Punch, Furiy Judifj Mooshine^ Truth et nombre d'autres illustrés, j'en suis encore à trouver sur M. de Bismarck, de l'autre côté de la Manche, ce qu'on peut réellement appeler une caricature.
Vignette du Pwich.