‹ BismarckChapitre 10 sur 13 · LES DESSOUS DUNE RÉCONCILIATION · texte numérisé non relu

LES DESSOUS DUNE RÉCONCILIATION

Après s'être engagé à venir rendre hommage à l'Empereur sans vouloir préciser la date de sa visite, Bismarck maintenant se montrait pressé de tenir sa promesse. Les pourparlers engagés à ce sujet entre lui et le cabinet de l'Empereur eurent pour résultat de fixer au 23 janvier sa venue à Berlin. Mais, déjà, la visite perdait de son importance. Alors qu'on avait cru que Bismarck passerait plusieurs jours au palais impérial, on apprenait qu'il n'j resterait que quelques heures. 11 est vrai que le prince Henri, frère de Guillaume, devait aller le chercher à la gare afin de le conduire au palais. Mais ce n'était pas assez pour faire croire à ses partisans que l'Empereur se prêterait à des entretiens sur la politique et ils commençaient à comprendre que tout se bornerait, de la part du souverain, à un témoignage de déférence et de cordialité. Néanmoins, dans le monde de la Cour, on s'accordait à penser que la visite avait ses dangers et qu'en relevant Bismarck, elle nuirait au prestige monarchique. On remarquait d'autre part que Caprivi n'en avait pas été averti. « Il supporte la chose avec résignation, écrivîdt Hohenlohe. 11 est bon qu'il se résigne et que nous le gardions. » 11 craignait cependant que Bismarck ne le rendît suspect à l'Empereur.

C'est dans ces circonstances que, le 2S janvier, l'ex-chancelier arrivait à Berlin, à une heure de l'après-midi. Un carrosse de gala, escorté par un détachement de cuirassiers, l'attendait ; il y prit

place avec le prince Henri. Quelques voitures suivaient. Dans Tune d'elles se trouvait le comte Herbert, mais il quitta le cortège aux portes du palais. L'Empereur était descendu sur le seuil pour recevoir le visiteur ; il l'embrassa en lui souhaitant la bienvenue. Il le conduisit ensuite auprès de Tlmpératrice et Ton se mit aussitôt à table pour déjeuner. Aucun personnage de la Cour n'avait été invité et le repas fut tout intime. L'Empereur guidait l'entretien sans permettre qu'il s'égarât sur les choses dont il ne voulait pas parler.

En quittant la table, Bismarck se rendit chez la veuve de Frédéric HI. Là encore tout se passa en politesses banales. Rentré dans ses appartements, Bismarck reçut quelques visites, celle de Gaprivi notamment, et celle aussi du roi de Saxe venu à Berlin pour le rencontrer. Pendant ce temps TEnipereur se promenait à cheval sous les Tilleuls. Les acclamations dont il fut l'objet lui prouvèrent qu'on lui savait gré d'avoir fait les frais de la réconciliation. A la fin de la journée, était servi dans l'appartement de Bismarck un dîner de neuf couverts auquel étaient conviés ses fils et quatre officiers du régiment de cuirassiers dont il était. colonel ; l'Empereur n y fit qu'une courte apparition. Quelques instants après, il ramenait son invité à la gare et celui-ci rentrait le même soir à Friedrichsruhe. Ainsi se terminait cette visite dont à l'avance oa avait tant parlé. Elle se terminait sans avoir justifié les craintes des uns ni les espérances des

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